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Chronique   

Ihsahn – Telemark


Fort d’une carrière aussi prolifique qu’emblématique, Ihsahn entend aujourd’hui convoquer, après sept albums, un interlude dans sa discographie en proposant son premier EP. Premier acte d’un diptyque annoncé, Telemark – ainsi nommé en référence à la région natale de l’artiste – se présente en effet comme un temps d’hommage et de réflexion sur les racines, les origines et les accomplissements du musicien. Si, par exemple, l’ensemble des paroles de l’EP est ici intégralement en norvégien, bien loin d’être rétrograde ou musicalement réactionnaire, l’œuvre est plutôt pour son géniteur une occasion d’écarter entraves et contraintes artistiques, inévitablement imposées par un long format. Ihsahn espère de fait exprimer la part la plus vive et sombre de sa musique, tout en appelant une continuation qui sera, quant à elle, totalement tournée vers les expérimentations avant-gardistes et les complexes entrelacs progressifs.

Tandis qu’avec son précédent album Àmr (2018) Ihsahn confirmait justement un cheminement progressif et une exploration stylistique, Telemark est une déclaration d’intention. Délaissant les partitions aux styles déstructurés et vaporeux, l’artiste propose en effet de se replonger aux origines de sa carrière. Et s’il ne faut pour autant attendre le moindre écho significatif d’Emperor, Telemark s’affiche explicitement bien plus focalisé que ses récents aînés. Immédiatement viscéral, les compositions captent davantage l’attention par leurs accroches directes que par les lignes mélodiques. Et si ces dernières finissent par fracturer les compositions à travers, notamment, les assauts rythmiques des cuivres – plus présents que jamais, étonnamment, quoiqu’ils soient pensés comme appuis plutôt que mis en avant en solo –, Telemark se construit avant tout sur ses relances incisives, à l’instar de l’ouverture du morceau « Stridig », rappelant immanquablement certaines heures passées du projet. A ce titre, l’album Eremita (2012) surnage allègrement parmi les échos majeurs de l’EP.

Néanmoins, si l’œuvre aurait pu se retrouver dénuée de tout enthousiasme et de toute inspiration, l’artiste démontre nettement qu’un hommage peut être bien autre chose qu’un simple palimpseste nostalgique. Telemark ne s’épanche jamais en diatribes musicales débridées, ce qui ne l’empêche évidemment pas de porter à chacune de ses compositions un souffle versatile chargé d’une élégante virtuosité, celui-là même qui caractérise la poétique nuancée de l’artiste. Les cuivres languissants traînent sur les riffs accrocheurs et déambulent sur les rythmes, teintant invariablement les rigueurs d’un black acrimonieux de subtiles touches jazzy. « Nord » nous emporte ainsi en une balade aussi mélancolique que lénitive parmi un paysage strié d’un black metal aux saveurs old-school. Assurément moins contenu et plus emphatique dans son ensemble, quoique tout aussi ambivalent, le titre éponyme « Telemark » incarne ce clivage musical sur lequel se construit une atmosphère partagée entre les phrasés mélodiques folk, surprenants et presque guillerets, et des moments de tension inquiétants.

La part réellement surprenante de cet EP, ce sont aussi inévitablement les deux reprises (assez fidèles, à quelques détails de forme près) que l’artiste propose ; l’une du groovy « Rock And Roll Is Dead » de Lenny Kravitz et l’autre de « Wrathchild » d’Iron Maiden, symbiose réussie entre des horizons musicaux pourtant éloignés mais que, là encore, Ihsahn associe à une intention et une esthétique globale : un esprit artistique brut et sincère qui fait du black metal autre chose qu’un ensemble de considérations techniques.

Cristallisant admirablement cette force et cette intention d’un artiste qui n’a plus à prouver son talent, Telemark parvient précisément à incarner ce qu’Ihsahn annonçait proposer : une parenthèse vagabonde parmi les influences et l’histoire tant du projet que de l’artiste lui-même. Assurément authentique, Telemark annonce un futur qui s’énonce par une révérence aux temps achevés.

Clip vidéo de la chanson « Stridig »:

Album Telemark, sortie le 14 février 2020 via Candlelight Records. Disponible à l’achat ici



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