ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Il est libre Mike, y’en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler…


Libre comme l’air, semble-t-il heureux, cela fait désormais quatre ans que Mike Portnoy butine plus que jamais d’un groupe à l’autre, et il faut croire que c’est ainsi qu’il trouve son épanouissement personnel. « J’ai toujours su qu’il y avait vraiment, vraiment plus qui bouillonnait sous la surface et demandait à sortir et être exploré » nous avoue-t-il dans l’entretien qui suit, ajoutant : « je ne veux pas vivre dans l’ombre d’un seul groupe. » Voilà qui est clair, Mike Portnoy a tourné la page de la rupture de 2010 avec Dream Theater et fonce avec ses nouvelles formations avec lesquelles il commence à se stabiliser, la preuve : Flying Colors sort son second album qui voit les musiciens ouvrir davantage leur musique, plus à l’aise dans leur collaboration, et le trio The Winery Dogs s’apprête lui aussi à entamer un nouveau cycle d’album. Mais se stabiliser ne veut pas dire ne plus avoir de nouvelles ambitions ou idées, puisqu’il avouera vers la fin de notre discussion être tenté par l’aventure du metal extrême…

Nous parlons donc avec lui de Mike Portnoy le batteur qui s’éclate dans tous les styles de jeu, même les plus simples, de Mike Portnoy le leader « par défaut » qui se contente tout aussi bien d’être un membre parmi d’autres, Mike Portnoy le communicant qui désormais redoute et regrette la controverse que peut créer son parlé franc et ouvert… Mais avant tout ceci, parlons d’abord de ce nouvel album de Flying Colors, intitulé Second Nature, qui mérite que l’on s’y attarde.

« Je saute d’une tournée à l’autre, d’un album à l’autre et d’un groupe à l’autre, et pour moi, c’est ça le processus d’apprentissage. »

Radio Metal : La musique sur ce second album de Flying Colors sonne plus progressive et moins directe que celle du premier. Est-ce parce que vous vous connaissiez mieux cette fois-ci et vous sentiez donc plus à l’aise pour développer votre musique ?

Mike Portnoy (batterie) : Je le crois. Je pense que nous avons été capables de faire respirer et développer le tout un peu plus. La première fois, nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre et je pense que nous étions très attentifs à faire en sorte que cela reste très simple et concis, et en plus nous avions aussi Peter Collins qui était là pour produire. Je pense donc qu’avec le premier album, nous avons établi les jalons de ce que le son et le style de Flying Colors devaient être. Et cette fois-ci, ceci étant établi, nous avons été en mesure d’explorer un peu plus.

L’album s’intitule Second Nature, est-ce parce que la musique sur cet album a été conçue très naturellement, comme si ça avait été une seconde nature pour le groupe ?

Je crois que c’est un bon résumé et que c’est une super façon d’interpréter cette expression, « seconde nature ». Ça veut effectivement dire que quelque chose se fait naturellement et c’est ce qui se passe avec [la musique dans] ce groupe. La composition, la musique et les chansons nous viennent, à nous cinq, vraiment incroyablement naturellement. Donc, ouais, j’ai suggéré ce titre Second Nature. Il avait évidemment une signification qui correspondait bien, mais ça collait aussi parce que c’est le second album du groupe. Ce qui est marrant, c’est que tout dans le groupe, d’un point de vue musical, se fait très facilement mais après, tout le reste du processus de décision est une bataille. Arrivé à la moitié de la conception de l’album, je plaisantais presque en suggérant que nous devrions peut-être changer le titre pour l’appeler Second Guessing [NDT : reconsidération] ! [Rires] Car la musique était facile mais ensuite il fallait que nous prenions des décisions pour l’illustration de l’album et ci et ça, et toutes les autres décisions qui vont avec et toutes étaient de dures batailles.

Qu’est-ce qui serait une seconde nature pour toi, personnellement ?

La batterie, pour être honnête. La batterie est quelque chose qui me vient très naturellement et facilement. Lorsque je fais un album, quel que soit le groupe, je ne fais pas vraiment attention au jeu de batterie ; je suis plus concentré sur la composition, les mélodies, les riffs, les progressions, les arrangements, la production… Je ne réfléchis même pas à mes parties de batteries. La batterie est vraiment quelque chose qui me vient comme une seconde nature.

L’album a été conçu sur une année avec différentes sessions de compositions faites à divers endroits, à divers moments, et même via Skype. Comment êtes-vous parvenus à obtenir une unité et une cohérence avec ce qui semblait être une manière de travailler très irrégulière ?

La cohérence vient du fait que nous étions toujours tous les cinq là à collaborer dans une pièce, que ce fut au studio de Neal ou dans mon studio ou même avec nous cinq à l’écran via Skype. Le fait que tout a été réalisé en collaboration entre nous cinq à permis de conserver une cohérence et que ça reste bien ciblé. Malgré les nombreuses sessions et lieux différents, l’alchimie était toujours la même. Le fait que nous étions toujours tous les cinq était donc ce qui importait le plus. Ça a permis de rester concentré.

La chansons « Peaceful Harbor » possède un important côté gospel, est-ce que ce pourrait être ton nouveau « The Spirit Carries On » ?

L’idée de « Peaceful Harbor » a émergé à partir d’un truc que Casey chantait pendant les balances durant la tournée de 2012 et, en fait, si tu regardes le DVD Live In Europe, tu peux l’apercevoir en train de chanter la mélodie d’ouverture, avant le passage avec le solo. Nous avons donc décidé d’écrire une chanson autour de ça. Steve avait des accords de guitare vraiment sympa et un truc qui faisait carrément gospel et un peu hymne folk / celtique. Nous avons donc assemblé ces choses et ensuite Neal a arrangé les chanteurs gospel pour la fin. Au final ça a donné cette chanson très Pink Floyd dans l’âme. C’est une autre facette de Flying Colors, tu sais. Je crois qu’avec Flying Colors, tout tourne autour de la diversité que l’on peut trouver d’un style à l’autre, d’une chanson à une autre.

Et du coup, quelle est ta relation avec la musique gospel ?

Je n’en ai aucune ! [Rires] Mon exposition à la musique gospel se limite à tout ce que Pink Floyd a pu utiliser. [Rires] Ça ne va pas plus loin pour moi. Pas contre, il est évident que c’est quelque chose d’énorme pour Neal. Neal est chrétien et il passe la plupart de son temps à l’église, donc évidemment c’est d’une grande inspiration pour lui. Par contre, je ne suis pas certain pour les autres gars.

« Je veux pouvoir être capable d’être une personnalité indépendante, avec un large – un très, très large – spectre de couleurs, de styles, d’albums et de groupes. Voilà qui est Mike Portnoy. »

La dernière chanson de l’album, « Cosmic Symphony », est épique et décomposée en trois parties. Quelle est l’histoire derrière ce concept ?

Nous arrivons vers la fin du processus de composition et il nous restait encore un paquet d’idées sur la table dans lesquelles nous n’avions pas pioché ou que nous n’avions pas utilisé. J’ai donc suggéré : « Pourquoi ne ferions-nous pas une petite suite où nous pourrions prendre un certain nombre de ces idées pour les assembler ? » Et c’est précisément ce qui s’est passé. Ca a commencé avec ce morceau d’ouverture que Casey avait et qui était très, très lugubre et étrange et qui avait ce côté un peu à la Radiohead. Nous avons donc utilisé ça et développé la chanson à partir de là. Nous l’avons ensuite progressivement transformé pour qu’elle rejoigne cette section médiane que Dave avait. Dave avait cette ligne de basse et cette progression vraiment cool. Et ensuite nous avons construit autour de ça pour arriver jusqu’à la pièce finale que Casey a appelé « Pound For Pound ». Nous les avons liés les unes aux autres pour en faire une suite en trois parties cohérentes qui utilise toutes ces idées différentes.

Le groupe a choisi de produire lui-même l’album cette fois-ci. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

Je crois que tout le monde s’est rendu compte après le premier album que nous étions plus que capables de nous en charger nous-mêmes. Il y avait déjà bien assez de chefs en cuisine comme ça. L’idée d’avoir recours à un producteur pour le premier album était déjà quelque chose avec laquelle j’étais en désaccord ; je pensais que nous n’en avions pas besoin mais quelques personnes estimaient que nous en avions besoin pour une première fois. Je suppose qu’ils voulaient un filet de sauvetage, un arbitre objectif pour superviser les choses en studio, tu sais, une oreille extérieure. Mais je pense qu’au bout du compte nous avons prouvé la première fois que nous étions plus que capable de nous en charger. Donc, cette fois-ci, nous avons décidé de simplement rester entre nous cinq en studio et je trouve que ça s’est très bien passé.

Bill Evans est considéré comme étant l’homme responsable du concept de Flying Colors, mais quel est concrètement son rôle et son apport au groupe ?

Eh bien, son rôle a commencé à la formation du groupe. Il était celui qui a rapproché Neal et Steve, et ensuite Steve à amené Dave et Neal m’a amené moi et ensuite j’ai amené Casey. Mais Bill était le gars qui avait ces idées et le concept de ce que ce groupe pouvait être et nous a regroupés. Et à partir de là, il nous laisse faire la musique, mais une fois que l’album est fait, nous le lui remettons entre les mains et il est très impliqué dans le marketing, le travail avec les labels, les décisions créatives pour la promotion de l’album… Donc, ouais, il est très impliqué dans ces aspects-là.

J’avais Paul Gilbert au téléphone il y a deux jours et il m’a raconté qu’il avait pensé à toi pour jouer un peu de batterie sur son nouvel album solo parce qu’il savait que tu t’amuserais à jouer des choses simples. Il disait que d’autres batteurs auraient râlé parce qu’une chanson comme « Why Don’t We Do It On The Road » est trop simple. Est-ce ce qui te différencie d’autres batteurs très doués et techniques est lié au fait que tu apprécies et ne t’ennuies pas à jouer des rythmes simples ?

Je pense que c’est quelque chose que j’ai prouvé avec les années. Moi et Paul avons eu quelques groupes de reprises ensemble ; nous avons fait des groupes hommage au Beatles, à The Who, à Led Zeppelin… Dans tous ces cas, c’étaient des groupes basés sur des chansons simples avec des parties simples, et j’adore ça ! J’adore jouer des choses qui servent les chansons. Mes goûts musicaux ne sont pas seulement tournés vers les choses progressives et techniques. J’ai un faible et un amour pour tout type de musique, allant de la simplicité des Beach Boys jusqu’à la brutalité de Pantera. Je suis un fan d’énormément de styles musicaux. Je me suis fait une réputation à jouer pendant vingt cinq ans de la musique très technique avec Dream Theater, mais ceci n’était qu’une facette de ce que je suis. Et je crois que j’avais besoin de sortir de l’ombre de Dream Theater pour prouver qu’il y a bien plus dernière le nom Mike Portnoy que simplement ça. Et, tu sais, tout ce que j’ai fait au cours de ces dernières années, de Flying Colors à The Winery Dogs, en passant par Big Elf et Stone Sour… Tout ceci fait partie de la vue d’ensemble de ce que je suis, et j’aime jouer des choses simples, j’aime jouer des choses lourdes, j’aime jouer des choses complexes, J’aime jouer des choses légères et mélodiques, j’aime tout ça ! Je suis un passionné de musique ! Et je ne veux pas être défini par une seule chose.

Mais est-ce précisément ce qui te différencie des autres batteurs très techniques qui semblent ne s’épanouir que dans des parties de batteries complexes ?

Eh bien, je pense que ça me différencie depuis le tout début ! Je crois que, même si je jouais de la musique très technique avec Dream Theater, si tu nous avais vus en concert, ma présence scénique a toujours été entre celles de Lars Ulrich et de Keith Moon. Tu ne verrais jamais un batteur progressif comme Neil Peart ou Bill Bruford se comporter ainsi sur scène ! [Ricane] Je pense donc que je suis sorti des sentiers battus dès le début. J’ai toujours été le genre de batteur et de musicien qui épousait et incorporait tout ces trucs. Je suis le plus grand fan de Slayer et je suis le plus grand fan des Beatles, et pourtant c’est la même personne qui chausse les mêmes chaussures.

« Pour être honnête, être le leader me manque car fonctionner ainsi est plus simple ! »

Dirais-tu que certains batteurs très techniques ont tendance à oublier comment bien faire sonner un groove, avec du feeling et de l’émotion ?

Je le crois. Ouais, il y a beaucoup de batteur que je regarde et qui sont plus inquiets de leur technique que du fait d’avoir une personnalité ou… Tu sais, ce n’est pas quelque chose qui m’intéresse. Je préférerais très largement regarder quelqu’un comme Keith Moon que quelqu’un qui reste assis là à jouer la partie de batterie technique la plus parfaitement exécutée au monde. Pour moi, c’est barbant. Je préférerais regarder quelqu’un comme Keith Moon qui n’a pas une grande technique mais qui, au moins, était divertissant, amusant à voir et me collait un sourire sur le visage. [Ricane] Tout est là : c’est une question de sourire ! Je ne veux pas rester assis là à regarder un musicien virtuose sur scène, je veux regarder un performeur qui provoquera un sourire sur mon visage et me motivera à vouloir faire de la musique et à écouter de la musique. Ça a bien plus de valeur pour moi.

Je me souviens d’une interview que nous avons faite avec Devin Townsend où il disait qu’il aimait « l’idée de travailler avec des gens qui ont le potentiel de faire tout ce qu’ils veulent mais choisissent de ne pas le faire », qu’il aimait « cette retenue ». Soit dit en passant, il parlait de Morgan Ågren… Que penses-tu de cette déclaration ?

Cette idée est très vraie. Je veux dire que nous parlons ici de moi et de ma musique, donc je suppose que je peux me retrouver dans cette déclaration. Je pense que ça s’applique à mon cas. Par exemple, je suis capable de monter sur une scène et jouer des mesures en 21/16, mais je ne le fais pas si ce n’est pas ce que la musique réclame. Je suis plus qu’heureux de juste jouer un simple rythme de fond et poser une simple boucle de batterie, comme ce que je fais dans « Cosmic Symphony » sur l’album de Flying Colors. Mais je suis capable de jouer sur des kits de batterie de cent pièces si c’est ce qui convient, mais je crois qu’un musicien vraiment mature saura ce qui est approprié et s’appliquera en fonction.

Tu as été cité affirmant ne plus travailler ton jeu de batterie. En revanche, as-tu des habitudes, comme des exercices d’échauffement à faire tous les jours de manière à maintenir tes aptitudes à un certain niveau ?

Nah… Pour moi, mon type d’exercice, c’est jouer sur scène en concert ou en studio avec tous mes groupes différents. A ce stade de ma carrière je saute d’une tournée à l’autre, d’un album à l’autre et d’un groupe à l’autre, et pour moi, c’est ça le processus d’apprentissage. C’est mon processus de développement. Pour chacun de ces groupes, de ces tournées et de ces albums, j’utilise différents kits, je joue différents styles, avec différentes personnes, et pour moi, c’est ainsi que je me développe en tant que batteur. Le fait de rester assis dans mon sous-sol et m’entraîner sur des tempos de deux cent quarante coups par seconde, ça ne m’intéresse pas ; ça, ça revient juste à développer une machine. Je préfère dépenser mon temps à collaborer avec d’autres musiciens qui m’inspirent et à faire de la musique qui me touche. Et pour moi, c’est une forme de développement bien plus épanouissante et qui fait de moi un meilleur batteur.

Avec tous ces groupes avec lesquels tu as joué ces dernières années, on dirait que tu essayes d’exprimer tous les aspects de ta personnalité musicale que Dream Theater semblait pouvoir concentrer en un endroit. Est-ce que ça ne te manque pas de jouer et créer de la musique dans le style de ce type de groupe ? As-tu déjà songé à fonder un nouveau groupe de metal progresssif où tu pourrais poursuivre ce que tu avais au sein de Dream Theater ?

J’estime que je poursuis tout ce que je faisais dans Dream Theater avec tout le reste que je fais. Mais je suis capable de le faire avec plein de gens différents. Avec Dream Theater, c’était juste les mêmes quatre personnes encore et toujours, et je ne peux pas autant me développer en jouant sans cesse les mêmes chansons avec les mêmes personnes. Pour moi, c’est une question d’explorer [la musique] avec différentes personnes et sous différents états d’esprit, et de collaborer avec des personnalités et des opinions différentes. Et je peux aller plus loin avec tous ces différents styles. Je ne voulais pas être défini par Dream Theater ; je veux être défini par toutes ces choses que je fais au cours de ma carrière. Je ne veux pas vivre dans l’ombre d’un seul groupe. Je veux pouvoir être capable d’être une personnalité indépendante, avec un large – un très, très large – spectre de couleurs, de styles, d’albums et de groupes. Voilà qui est Mike Portnoy. Ce que j’ai fait au sein de Dream Theater pendant vingt-cinq ans montre une facette de Mike Portnoy, mais j’ai toujours su qu’il y avait vraiment, vraiment plus qui bouillonnait sous la surface et demandait à sortir et être exploré, et c’est toujours le cas ! Et, pour moi, ceci a été satisfaisant musicalement. Ce que j’ai fait au cours de ces quatre dernières années, je n’aurais jamais pu le faire si j’étais resté dans un seul groupe. J’ai à ce jour fait une douzaine d’albums, avec une douzaine de groupes différents et j’ai tourné avec une douzaine de groupes différents, j’ai joué avec tout le monde, de Stone Sour à Fates Warning, en passant par Avenged Sevenfold, Big Elf, The Winery Dogs, Transatlantic, Flying Colors… Tu me demandais si le style de musique que je jouais dans Dream Theater me manque, j’ai assemblé PSMS (Portnoy, Sheehan, MacAlpine et Sherinian) avec qui j’ai l’occasion de faire un peu de ce style. Mais, tu sais, ça ne me manque pas de faire ce style en particulier. Si ça avait été le cas, j’y serais resté. J’avais besoin de partir et d’explorer de nombreuses choses.

« Je me suis rendu compte que ce type de conversation franche et sincère cause parfois des répercussions, avec des choses qui sont prises hors de leur contexte ou qui sont incomprises. […] Donc l’idée de faire une biographie me fait un peu peur en ce sens [rires]. »

Tous ces groupes, comme Transatlantic, Flying Colors, The Winery Dogs ou même Adrenaline Mob, n’avaient et n’ont pas vraiment de « leader ». Était-ce une volonté de ta part ? Est-ce que ça avait une quelconque importance pour toi de te tenir à l’écart de ce rôle de leader ?

Eh bien, je pense que j’étais le leader dans Dream Theater parce que j’étais toujours le plus franc, j’ai toujours eu la vision la plus forte et cette personnalité extravertie. Je pense donc que j’étais le leader par défaut ! Parce que j’ai toujours eu la personnalité la plus forte dans ce groupe. Mais depuis lors, j’ai travaillé dans des groupes avec d’autres très fortes personnalités. Tu sais, en travaillant avec The Winery Dogs, avec Billy Sheehan et Richie Kotzen, ces gars ont de fortes opinions et ils ont beaucoup d’histoire derrière eux également, il est donc nécessaire de respecter ça et de faire avec. Idem pour Flying Colors, tu sais, le fait de travailler avec Steve Morse et Neal Morse, tu dois apprendre à collaborer. Avec tout ce que j’ai fait après Dream Theater, je n’ai pas été le leader parce que ce furent des situations davantage collaboratives avec l’implication de personnalités. Pour être honnête, être le leader me manque car fonctionner ainsi est plus simple ! Au sein de Dream Theater, je prenais un million de décisions et je les prenais seul. Je n’avais pas à envoyer un million d’emails pour chaque idée. Tu sais, avec Transatlantic, Flying Colors et The Winery Dogs, pour chaque idée il y a des centaines de mails qui vont et viennent [rires] pour trouver un accord définitif sur une décision. C’est frustrant ! C’est absolument frustrant de travailler ainsi. Et la simplicité de gérer les choses moi-mêmes me manque. Mais le fait de gérer les choses soi-même implique également une quantité phénoménale de pression et un énorme poids. Donc, tu sais, je pense qu’au cours de ces quatre années, au sein de chacun de ces groupes, j’ai dû en quelque sorte jouer des rôles différents. A chaque fois que tu commences à travailler avec d’autres gens, tu dois évaluer la situation. Parfois peut-être que quelqu’un ne souhaite pas être impliqué dans un domaine, alors tu prends le relai, tu prends ça en charge et tu prends les décisions. Et puis il y a d’autres fois où quelqu’un montre beaucoup de passion dans un certain domaine, alors tu dois le laisser avoir son mot à dire, apprendre à faire des compromis et jouer en équipe. J’estime avoir été très bon en jeu d’équipe. Je crois que beaucoup de gens me voient comme ce dingue qui veut avoir la mainmise sur tout car c’est le rôle que j’avais au sein de Dream Theater, mais c’était par défaut. Mais je peux être un très bon joueur en équipe également. Si tu regardes les groupes que j’ai aujourd’hui, je joue complètement en équipe. Je suis aussi très à l’aise en étant un musicien mercenaire, tu sais ! Avec Avanged Sevenfoild, avec Big Elf, avec le groupe solo de Neal Morse, je viens et juste je joue de la batterie, et je suis plus qu’heureux de jouer ce rôle si c’est ce qui est demandé.

Et, soit dit en passant, en tant que leader tu étais celui qui avait mis en place et avait la responsabilité des sorties sur Ytsejam Records. N’es-tu pas déçu que ce ne soit plus maintenu ?

Ouais ! C’est malheureux mais j’étais l’homme aux archives, je suis celui qui possède toutes les archives de 1985 à 2010. Donc, malheureusement, lorsque j’ai quitté le groupe, les archives sont parties avec. Je n’ai pas le droit de sortir quoi que ce soit de tout ça. Donc voilà, je n’ai aucun contrôle là dessus. C’est triste, c’est un gâchis mais c’est ainsi que vont les choses.

Tu as affirmé il y a quelques mois que tu souhaitais travailler sur une autobiographie. As-tu des nouvelles à ce sujet ?

Non. On me demande très souvent ça et on me fait continuellement des offres pour l’écrire mais je… Je ne sais pas. Je ne fais qu’esquiver… Je suis quelqu’un de très ouvert et honnête. J’aime répondre franchement et ouvertement à chaque question que l’on me pose, mais malheureusement, à cette époque d’internet, je me suis rendu compte que ce type de conversation franche et sincère cause parfois des répercussions, avec des choses qui sont prises hors de leur contexte ou qui sont incomprises. Il est donc facile pour moi d’être désormais un peu timoré et ne pas pouvoir parler aussi franchement et ouvertement que j’aimerais pouvoir le faire. Donc l’idée de faire une biographie me fait un peu peur en ce sens [rires].

Est-ce la raison pour laquelle tu es toujours très au fait de ce qui se dit à ton sujet sur le site Blabbermouth, car tu as peut-être parfois peur de ce qui est généralement écrit sur toi ou sur ce que tu déclares ?

Ça m’importe ! Je suis de ces musiciens qui se sentent vraiment concernés et je prête beaucoup d’attention sur ce qui se dit sur le net. Et je suis comme ça depuis le premier jour. Même avant internet, j’ai toujours été celui qui répondait aux courriers des fans, restait en contact avec eux et prêtait attention à ce genre de choses. Donc, inévitablement, avec l’invention des réseaux sociaux, Facebook, Twitter et les choses de ce genre, je suis resté très impliqué et très ouvert vis-à-vis de ma communauté de fans. Ça a ses bons côtés et ses mauvais côtés. C’est bien parce que ça me mets en relation directe et ce type de relation est quelque chose qui me tient vraiment à cœur, et je sais que beaucoup de fans apprécient ceci également. Mais la conséquence de cette relation ouverte, c’est aussi que ça me mets sous les feux des projecteurs et ça fait de moi une source d’énormément de controverses.

Mais as-tu peur de comment les gens pourraient interpréter tes mots ?

Je ne dirais pas que j’ai peur, je dis juste que me sens concerné. Donc lorsque je vois des choses négatives ou qui sont complètement fausses, tu sais, des informations erronées qui sont postées, inévitablement j’essaie de les corriger ou au moins donner ma version des faits. Ce n’est pas que j’ai peur de ça, c’est que c’est frustrant. J’y prête attention parce que ça m’importe. Il y a des musiciens qui n’en ont juste rien à foutre et n’y prêtent aucune attention. J’aurais souhaité pouvoir simplement éteindre l’ordinateur et n’en n’avoir rien à faire, mais la réalité est que j’en ai quelque chose à faire ! Ce que les fans disent m’a toujours importé et j’y prête attention. Et je crois que c’est ça qui a toujours fait de moi un artiste proche des fans. Mais il y a deux côtés à cela.

« Il y a une part de moi qui adorerait faire un truc de metal extrême progressif […], [et] il y a aussi une autre part de moi qui est un énorme fan de thrash metal. […] Je dirais que ce sont les deux derniers styles qu’il reste parmi ceux auxquels j’adorerais m’essayer. »

Est-ce que tu as des nouvelles de The Winery Dogs ?

Ouais, nous allons nous réunir à nouveau pour commencer à travailler immédiatement après la nouvelle année. Nous prévoyons de commencer le nouvel album en janvier et espérons nous concentrer sur The Winery Dogs pour la majeure partie de 2015. Ce sera ça notre centre d’attention pour nous trois.

On dirait que tu t’éclates vraiment avec The Winery Dogs. Est-ce que travailler en power trio était quelque chose que tu souhaitais faire depuis longtemps ? Qu’est-ce que ce groupe t’a apporté ?

Je ne peux pas dire que jouer dans un power trio était sur ma liste de souhaits, mais c’était sur ma liste de souhaits d’être dans un groupe avec Billy Sheehan. Et une fois que Billy et moi avons commencé à travailler ensemble, nous nous sommes dit que le power trio serait un format sympa pour ce que nous voulions faire. Nous avons recruté Richie et l’alchimie était super. Maintenant que je travaille au sein d’un power trio, je me rends compte à quel point c’est fun. Ça offre tellement d’espace d’un point de vue sonore, artistique et physique [ricane], que c’est vraiment agréable de travailler sous ce format. J’apprécie l’idée du power trio. Et le style de musique que je fais avec The Winery Dogs était aussi une part de moi-même qui a toujours voulu s’exprimer. J’ai toujours été un énorme fan de classic rock, et la musique de la fin des années 60 et début 70 a toujours été une très, très grande partie de mon background dans laquelle aucun de mes précédents groupes ou projets n’ont vraiment complètement puisé. C’était donc un style vraiment sympa à enfin creuser.

On sait à quel point tu es éclectique et tu as réalisé tant de projets avec les années, mais aucun n’a vraiment été dans le domaine du metal extrême. Est-ce quelque chose que tu aimerais faire en tant que projet à un moment donné dans le futur ?

Absolument ! C’est la dernière chose qu’il me reste et que j’aimerais faire. Je suis autant un énorme fan de metal que de tout autre chose. Et il y a deux côtés derrière ça : il y a une part de moi qui adorerait faire un truc de metal extrême progressif et travailler avec des gars comme Mikael Åkerfeldt et Devin Townsend ou les gars de Mastodon ou Dillinger Escape Plan, quelque chose dans la veine de ce que ces gars font. Mais il y a aussi une autre part de moi qui est un énorme fan de thrash metal. Je fais ces concerts Metal Master avec mes bons amis de Megadeth, Slayer, Anthrax et Pantera, mais malgré tout j’adorerais monter un groupe ou projet dans cette veine avec quelques uns de ces gars, qui représentent une part importante de mes amis et des cercles dans lesquels je traîne. Donc, ouais, je dirais que ce sont les deux derniers styles qu’il reste parmi ceux auxquels j’adorerais m’essayer et faire quelque chose avec.

Et as-tu de nouveaux projets pour le futur ?

Rien de neuf, non. Là tout de suite je me concentre sur l’album et la tournée de Flying Colors, et ensuite il y a un CD/DVD/Blu-Ray live de Transatlantic qui arrive à l’automne et sur lequel je suis en train de mettre les touches finales. Je vais faire quelques concerts avec Big Elf en novembre, je suis sur le point de faire le nouvel album de Neal Morse et ensuite j’ai l’album de The Winery Dogs qui arrive au début de l’année. Donc, en gros, rien de vraiment neuf. Je travaille juste avec tout ce qui existe déjà. Il y a déjà tant à faire avec tout ça que je n’ai vraiment pas le temps pour quoi que ce soit de nouveau. La seule chose que je peux dire, c’est que je viens de produire l’album du groupe de mon fils. Mon fils a un groupe qui s’appelle Next To None et je viens de passer le mois dernier en studio à produire leur album. Je suppose donc que c’est quelque chose de nouveau mais ce n’est pas vraiment mon projet.

Interview téléphonique réalisée le 3 septembre 2014 par Spaceman.
Retranscription, traduction et introduction : Spaceman.
Fiche de questions : Spaceman & Metal’O Phil.

Site internet officiel de Flying Colors : flyingcolorsmusic.com
Site internet officiel de Mike Portnoy : mikeportnoy.com



Laisser un commentaire

  • « être le leader me manque car fonctionner ainsi est plus simple ! »

    Traduction == >> « avoir le contrôle artistique total me manque. »

    [Reply]

  • Le verbe « ricaner » est hyper négatif, je trouve, c’est dommage de laisser entendre que votre interlocuteur est incapable de rire autrement que de façon mesquine 🙂

    [Reply]

  • Sa séparation de DT doit lui laisser un gout amer:on sent le coté revanchard sur les batteurs « sans âme » qui sans les nommer fait penser à Mancini.Il dénigre aussi les autres membres du groupe en disant qu’il était le lead avec eux mais pas aujourd’hui dans son rock band (ce qu’il regrette semble t’-il…) car les musicos sont selon lui des cadors ce qui sous entend que pour DT ils ne l’étaient pas?!
    Déverser du fuel n’est pas cool même si on a pu apprécier ce qu’il a fait depuis 20 ans…Allez mec reprends- toi!!!

    [Reply]

  • Arrow
    Arrow
    Greta Van Fleet + Vola @ Paris
    Slider
  • 1/3