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Chronique   

Immolation – Atonement


Immolation, c’est un peu le vieux compagnon de route de l’amateur de death metal. Jamais vraiment extravagant mais toujours présent et fidèle. Vingt-neuf ans déjà que les New-Yorkais nous gratifient d’un death varié, depuis Dawn Of Possession (1991). Certains avanceront qu’Immolation n’a pas toujours retrouvé le charme d’un Failure For Gods (1998), par exemple, mais il a poursuivi sa route sans accroc majeur, toujours performant mais jamais vraiment transcendant. Pourtant Majesty And Decay (2010), qui inaugurait leur signature chez Nuclear Blast, ainsi que l’EP Providence qui n’a pas tardé derrière, montrait la volonté de taper du poing sur la table et de continuer à progresser sans se travestir, ce que ne trahit pas l’album concept Kingdom Of Conspiracy (2013). Atonement intervient après quatre ans. On est alors en droit de se demander quelle direction emprunte Immolation et si ce dernier ne souhaite pas revenir en arrière, à l’image de leur logo d’origine de retour sur la pochette, absent depuis 1996.

Et cette pochette, parlons-en. Il y a une sorte de classicisme qui ravira les vieux de la vieille nourris à l’imagerie death : un ange lugubre surplombant une ville ravagée et embrasée. Image cataclysmique s’il en est, œuvre de Pär Olofsson (Exodus, Abysmal Dawn) déjà sollicité par le groupe pour Majesty And Decay. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la pochette ne trompe pas sur la marchandise. Le départ du guitariste Bill Taylor n’a pas altéré le moins du monde le son d’Immolation. Rythmiques graves, guitares acérées et dissonantes restent indéniablement leur marque de fabrique (avec une nouvelle fois Paul Orofino aux manettes, qui réalise là une de ses meilleures productions avec le groupe), illustrée par un savoir-faire en terme de leads reconnaissable entre mille (reverb et grandiloquence sont au programme), en témoigne le solo de « Rise The Heretics ».

Là ou Atonement fonctionne réellement, c’est sur son atmosphère globale, sinistre au possible sans sombrer dans le glauque morbide et plat, à l’image de toute l’outro de « When The Jackals Come » – qui fait opérer un revirement à la chanson à mi-chemin – lugubre à souhait, ou le passage à effet d’ambiance avec la batterie sur « Fostering The Divide ». La lourdeur d’un titre tel que « Thrown To The Fire » démontre le talent des Américains à alterner passages doom et segments death plus cavaliers. Immolation cherche à multiplier les dynamiques, recette miracle pour transporter l’auditeur selon le chanteur/bassiste Ross Dolan. Ce dernier livre d’ailleurs une prestation où ses lignes gutturales s’accordent parfaitement à l’ambiance pesante de l’opus. S’il ne surprend pas et s’il emploie effectivement nombre d’éléments de ses précédents albums, Immolation arrive tout de même à faire preuve d’audace avec des rythmiques qui sortent des canons du genre, à l’image de « Lower » qui rappelle la majesté d’un Rotting Christ. « Destructive Currents » qui démontre l’étendue de la palette du batteur Steve Shalaty, toujours brutal, jamais bourrin.

En réalité, c’est lorsque Immolation cherche à dépoussiérer les codes qu’il impressionne. Quand ce dernier les applique à la lettre (avec un talent incontestable certes), il peut finir par lasser. Le titre éponyme lui-même peine à réellement frapper les esprits, ce malgré un break pour le moins surprenant. Immolation n’échappe pas à la redondance, nul doute que le jeu dissonant des guitaristes participe à créer une impression d’homogénéité presque trop forte. Le riff d’outro, à coup d’harmoniques qui couinent, de « Destructive Currents » ressemble de près aux gimmicks sur « Above All ». Atonement souffre légèrement de l’écart existant entre titres phares et titres plus anecdotiques. Il n’y a qu’un pas de l’expertise à l’excellence.

Toujours est-il, difficile de douter qu’Atonement se taille une place de choix dans la discographie du groupe. Immolation prouve qu’il est davantage qu’une « valeur sûre » du death metal. Il reste l’un de ses porte-étendards les plus éloquents, capable de susciter l’attente et ce vingt-neuf ans après le premier opus. Immolation a un côté vintage. Il n’est aucunement rétrograde.

Chanson « Destructive Currents » en écoute :

Album Atonement, sortie le 24 février 2017 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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