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Chronique   

In Flames – I, The Mask


Dans le metal, rares sont les groupes aussi controversés qu’In Flames aujourd’hui. Autrefois icônes et porte-étendards du death mélodique scandinave, les Suédois ont opéré une mutation stylistique dont on pourrait identifier les prémices dès Reroute To Remain (2002) mais qui a sans doute trouvé son apogée sur Siren Charms (2014), avec qualitativement des hauts et des bas. À certains égards, In Flames arpentait des versants plus pop et électro et délaissait même par moments le penchant metalcore, sans même parler de death… Pourtant, In Flames bénéficie toujours d’une très grande notoriété, preuve en est l’édition de son propre festival Borgholm Brinner. L’audace de cette mutation a indéniablement payé pour le groupe, invitant ouvertement les fans de la première heure à se réfugier dans Whoracle (1997) ou Colony (1999). Fait représentatif de la nouvelle orientation d’In Flames, Battles (2016) avait été produit par Howard Benson (My Chemical Romance, Mötörhead) sous le soleil de Los Angeles. I, The Mask reprend le même processus, à un détail près : Björn Gelotte et Anders Friden sont arrivés en studio sans avoir réellement écrit au préalable, histoire de laisser la spontanéité prendre le dessus. Dans l’ensemble, bien leur en a pris.

I, The Mask ne remet pas en question le registre dans lequel s’illustre In Flames aujourd’hui. Simplement, il retrouve un peu de la ferveur qui commençait à s’estomper il y a plus de dix ans avec A Sense Of Purpose (2008). « Voices » est une introduction d’album d’un classicisme certain lorsqu’on connaît la discographie d’In Flames, avec une tension faite de samples électro et une lead-guitare contenue. Néanmoins, elle a le mérite de présenter davantage de hargne que toutes les compositions de Battles réunies. On retrouve le riffing ultra-mélodique de Björn et la voix éraillée d’Anders Friden. Les parties rythmiques sont convenues mais bien plus efficaces et entraînantes que celles timorées du précédent opus. « I, The Mask » ne perd pas en intensité, bien au contraire, Björn semble avoir retrouvé de l’inspiration, notamment sur le riff chaloupé du refrain. On appréciera le break massif de mi-composition avant de déplorer une intervention solo un tantinet apathique…

Le point fort est à nouveau l’alternance growl-chant clean d’Anders ; « I, The Mask » remplit son rôle de vitrine sur ce plan. Quelques titres sont même littéralement portés par le frontman. C’est le cas de « Call My Name » et ses airs fédérateurs ou de la pseudo-ballade « Follow Me » qui malheureusement se laisse aller à quelques platitudes cathartiques via des arpèges peu audacieux lorsqu’on connaît ce dont est capable Björn Gelotte… « (This Is Our) House » semble s’inspirer à nouveau du That’s The Spirit de Bring Me The Horizon (2015) avec ses chœurs juvéniles en introduction et son refrain catchy. Ce genre de compositions où l’accroche est recherchée à tout prix fait partie désormais d’In Flames et le groupe s’en sort parfois péniblement. A ce titre, « We Will Remember » est une chanson qui divisera les auditeurs, soit elle incarne de la meilleure des manières ce qu’est In Flames aujourd’hui – un mélange entre ersatz de metal moderne énervé et d’accroches mélodiques « mainstream », pour faire simple –, soit elle illustre le travers actuel des Scandinaves : une grosse production au service d’une composition agréable mais peu mémorable.

I, The Mask contient tout de même son lot de surprises bienvenues, à l’instar d’« I Am Above » qui effleure l’In Flames de la fin des années 90 ou début des années 2000, avec ses rythmiques frontales, l’un des growls les plus incarnés de l’album et un refrain particulièrement bien charpenté. C’est souvent dans les vieux pots… L’écoute d’I, The Mask amène finalement à se poser une question : est-ce que la force d’In Flames aujourd’hui ne résiderait pas surtout dans la performance d’Anders Friden ? Le langoureux « In This Life » n’a rien d’émouvant instrumentalement parlant, il faut le timbre du chanteur pour provoquer un minimum d’entrain. Même lorsque In Flames se montre plus cavalier (« Burn »), les gimmicks sont tellement connus qu’ils laisseraient sur leur faim si Anders ne les magnifiait pas d’un refrain prenant ou d’une ligne vocale rugueuse. Malheureusement c’est parfois insuffisant, ce que prouve la conclusion semi-acoustique « Stay With Me » qui peine à s’extraire de sa condition de ballade mielleuse, malgré son atmosphère chaleureuse et les cris écorchés d’Anders.

I, The Mask est dans la lignée de Battles, avec toutefois une place accrue des guitares dans la production. Il a ses moments de grâce lorsqu’il nous fait remémorer un In Flames peut-être moins mature mais ô combien plus prenant. En cela, I, The Mask vaut amplement son lot d’écoutes. Il est cependant impossible de ne pas éprouver de la lassitude ou de l’indifférence sur le long terme. In Flames est un groupe qui même au sein de sa « mutation stylistique » répète inlassablement les mêmes instrumentations et se repose peut-être inconsciemment sur l’excellence de son frontman. Un groupe ne peut pourtant pas donner l’impression d’être porté par seulement deux épaules.

Lyric vidéo de la chanson « Burn » :

Lyric vidéo de la chanson « I, The Mask » :

Clip vidéo de la chanson « I Am Above », avec l’acteur Martin Wallström (Mr. Robot) :

Lyric vidéo de la chanson « (This Is Our) House » :

Album I, The Mask, sortie le 1er mars 2019 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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