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Nouvelles Du Front   

In Flames : la musique a besoin de temps


C’est le mantra de notre époque dans cette industrie de la musique qui cherche encore son nouveau modèle économique : il faut trouver de nouveaux formats ou, au moins pour commencer, en privilégier d’autres que celui de l’album qui coûte cher à produire, d’un côté, et à l’achat, de l’autre. Ainsi, de plus en plus de groupes, et non des moindres, tournent le dos à ce LP qui semble avoir perdu de son charme d’autrefois.

Par exemple, le guitariste Kirk Windstein nous expliquait l’an dernier pourquoi Down préférait sortir quatre EP plutôt qu’un album : « Plus personne n’achète plus rien. Donc nous essayons de faire les choses différemment, en faisant en sorte que ce soit moins cher à acheter. Les gens veulent les choses gratuitement ! Donc, six titres, ça rendra les disques moins chers à acheter. C’est la même chose pour ce qui est du téléchargement : ce sera moins cher à télécharger. Plus personne ne va dans les magasins de disque pour acheter. On essaie juste de faire notre tambouille différemment. »

Les gars de Mötley Crüe, eux vont plus loin, voyant l’avenir dans le petit single, « car les gens ne peuvent ingérer qu’une chanson à la fois, dit le batteur Tommy Lee, alors pourquoi ne pas faire des chansons à un moment et les sortir. Vous pouvez appeler ça single, qu’importe, ou, au maximum, un EP, quatre chansons, fait, boum. Je sens vraiment que les jours des disques entiers sont partis depuis longtemps. » Ce que confirmait Mick Mars : « Je dirais qu’on est revenu aux années 60, des singles, des EPs, des choses comme ça. Si tu vas sur iTunes, ou un truc comme ça, tu vois ce qui a été téléchargé. Beaucoup de groupes bâclent le reste de l’album… Il faut donc que tu achètes un album complet pour avoir une seule chanson. » Mais Anders Fridén, chanteur d’In Flames, à contre-courant de toutes ces idées, peut-être un peu « vieille école » dans son genre, croit encore en l’album, et si possible en vinyle.

Interrogé par Pure Grain Audio (voir la vidéo de l’interview en anglais plus bas) pour savoir si le groupe considérait toujours comme logique de sortir des albums à notre époque, et pas plutôt des singles et des EP tout simplement, Fridén a déclaré : « Pour moi, définitivement. Je pense en format album. Et je pense qu’aujourd’hui, c’est plus important que jamais, en fait, quand il est si facile de sortir des singles et de petits extraits de musique. Je pense qu’il est important de toujours avoir cette sensation. Peut-être que les gamins d’aujourd’hui n’ont pas ça, mais je suis trop old-school dans ma façon de penser. J’ai l’habitude de ça, l’habitude des vinyles. Je n’étais pas à fond dans le format CD car il est tellement facile de passer [ndt : « skip » en anglais, comme quand on passe d’une piste à une autre sur son lecteur à l’aide d’un simple bouton] d’une musique à une autre – même si j’ai quelque chose comme un million de CD. Mais je suis plus le genre albums comme gars. »

Faites donc vos singles et vos EP, semble dire le chanteur, adaptez-vous donc à cette époque du « vite écouté, vite passé à autre chose », lui, il gardera le bastion du LP, du vinyle même s’il le faut, qui vous oblige à prendre une heure pour tout écouter, à prendre le temps de vous lever de votre siège pour changer de face. Le jour où vous voudrez retrouver ces « valeurs », vous n’aurez qu’à venir toquer à la porte de sa forteresse et il vous accueillera avec plaisir pour retrouver comment faire un album complet et pas seulement un single ou deux avec dix titres de remplissage autour. Fridén a choisi la voie de l’objet-disque, comme d’autres artistes comme lui, ce qui explique le retour ces dernières années du vinyle, mais surtout celle de l’œuvre complète, version longue, et pas des échantillons parsemés parce que les gens ne sont plus capables de prendre leur temps.

Et In Flames aussi prend son temps, prend son temps pour sortir un nouvel album, qui, toujours d’après cette interview, pourrait ne pas voir le jour avant au moins un an : « Il est probable que nous continuions de tourner durant toute l’année prochaine et ensuite nous allons penser à ce que nous allons faire. Je veux dire : nous avons déjà quelques trucs en tête, mais le vrai processus d’écriture est une chose que nous ne faisons qu’une fois que nous avons quitté la route. Nous avons besoin de nous concentrer là-dessus. Le fait est qu’on a beaucoup de temps quand on est sur la route mais on ne peut pas se concentrer ; je ne sais pas pourquoi on est comme ça. Il y a trop de distractions tout autour. Je préfère sortir, faire un bon repas, prendre une bonne bière, plutôt que de m’asseoir devant mon ordinateur et enregistrer. […] J’ai mon propre matos avec moi, j’ai un Pro Tools, j’ai un tout petit clavier sur lequel je peux jouer… Je fais ça. Et j’écris, des choses basiques, pour moi-même, pour rester sain. Mais, effectivement, musicalement, In Flames a besoin de se détendre un petit peu avant de commencer à penser à ça. »



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  • Totalement d’accord avec vous tous les gars. Et Anders Friden bien évidement. Il faut se battre pour la musique, pour l’amour de la vraie musique, celle qui ne va pas à l’essentiel avec un titre et laisse de côté toute l’ambiance jugée superflue, celle qu’on ne trouve que dans un CD ou un vinyle.

    Un album, pour un artiste, c’est un choix: pourquoi telle chanson plutôt que tel chanson, pourquoi tel solo plutôt que tel autre, et puis peut-être pourquoi pas les deux finalement (ex: Throne of Thorns de Testament ou l’album bonus intrumental ENTIER de Dark Clouds and Silver Linings de Dream Theater), pourquoi tel rythme plutôt que tel autre… Une seule et unique chanson, ou même un EP ne peuvent traduire tout ce travail, toute cette créativité.

    Un album, ça peut aussi être un DVD bonus qui explique l’approche du groupe, les différents points de vue des artistes, les limites et les problèmes rencontrés… C’est la réalité dans un making of. Trop facile de jugé un travail qui peut prendre des années, le cul vissé sur sa chaise après 3 clics et trente secondes sans dépenser un rond, en disant « trop commercial » ou « pas assez accrocheur » ! C’est plus dur d’apprécier quelque chose pour lequel on a pas payer. Regarder un making of, c’est voir la part humaine derrière la musique.

    Se battre, c’est au sens figuré, c’est plus une position forte un peu dingue dans un monde numérisé qu’un vrai combat… Et pourtant, fier défenseur des CD que je suis, j’ai trop souvent l’impression de mener un combat !!

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  • Qu’est-ce qu’il a raison ce mec! L’époque que nous vivons est nulle musicalement. Les gens n’écoutent plus la musique que comme ambiance sonore, ils ne s’intéressent plus au fond.
    Ecouter les singles et laisser l’album, c’est bon pour les radio gagas! Un album c’est comme un tableau, ça se contemple dans son intégralité. Si on ne prenait que le doigt de la Joconde, on ne comprendrait pas ce qu’on regarde, ben un album c’est pareil, ça s’écoute en entier

    et putain ouai, vive le vinyle!!! ya pas plus bel objet au monde!

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  • L’album est comme un film

    Si les gens s’intéressent, ces derniers temps, autant aux singles et au téléchargement de petites « unités » (chansons), c’est parce que quand on va sur Internet (notre époque) on écoute de manière fragmentaire, et non pas un album entier.

    Ceux qui considèrent les albums comme une œuvre « à part entière » se reconnaitront. C’est le plaisir d’écouter un album comme de prendre le temps de regarder un film (entier), pendant une heure (environ, + ou -). C’est savourer toutes les atmosphères/les idées d’un groupe à un instant donné. D’ailleurs l’album permet, comme contrainte de temps, de « presser » l’artiste (le musicien) de composer différentes sortes de morceaux : un morceau d’ouverture, de clôture, des titres phares, des morceaux secondaires, qui permettent au groupe d’expérimenter du nouveau, de prendre son temps (pour jouer et pour développer des idées/des sujets), de varier (dans les rythmes par exemple). Alors que le format single (le format radio??) limite un petit peu (à mon sens) le processus de création. Composer pour un album, c’est l’ouverture, la liberté. Pour moi, composer des singles (surtout quand il s’agit de répondre au besoin « instantané », « fast food », des médias, c’est en être dépendant, alors que les disques, les vinyles, ont leur propre indépendance.

    De toute manière, à l’ère du numérique, le cd, pour moi, fonctionne non seulement comme un film que je me plais à déguster de A à Z, mais aussi, ça me sert à stocker mes « informations » : un disque dur avec 30 milliards d’albums dessus peut vite partir en fumée (bye-bye), alors qu’un album solide, rangé dans sa bibliothèque (discothèque) est toujours une sécurité, de qualité de son (toujours optimale), et de stockage (d’archivage. Pour le garder quoi, au cas son disque dur plante). De plus, ça fait toujours du bien d’avoir l’objet « entier » : livret, cd… Les infos qu’il y a dedans sont souvent (toujours) une très bonne source d’informations pour commencer à découvrir un album (paroles, artwork, dates, line-up, photos…) et commencer à en comprendre les intentions des artistes (par exemple, sur Dance of Death de Maiden, les photos du groupe dans un opéra m’a permet de comprendre était très orienté théâtre).

    Bref, n’enterrons pas si vite l’album, il est encore vivant

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    guigui14

    par exemple, youtube qui renforce ce sentiment. toujours chanson par chanson. Même si on trouve parfois des albums entier sur Youtube, et ça c’est cool quand même. Cela m’a permis de découvrire l’album Pur Holocaust de Immortal!

  • Ayant envie de faire carrière dans le metal, je suis absolument d’accord avec Anders Fridén ! Si certaines personnes ne veulent pas dépenser un sou pour leur groupes préférés afin de les soutenir ( et surtout de se faire plaisir), qu’ils aillent se faire f***** ! Ce sont des mauvais fans et des sacrés radins !!

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  • je suis à 100% d’accord avec ce qu’il dit! Putain c’est vrai quoi! rien de mieux qu’un vinyle ou un album a écouter en entier.
    Depuis toujours j’ai la hantise des single (les EP passent encore mais c’est court quand même… sauf pour Dream Theater xD).
    Sérieusement je comprend bien et il n’y a rien de mieux que prendre son temps et écouter a fond un album, et pas un foutue playlist disparate qui ne ressemble à rien!

    Stay True!

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