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Conférence De Presse   

In Flames rallume la mèche


9 novembre 2022, 14 heures. Des deux côtés de la route, des bâtiments traditionnels aux murs rouge vif. Sur l’horizon, un soleil particulièrement bas pour un début d’après-midi. À la radio, une langue qu’un cerveau germanophone a toujours l’impression de vaguement comprendre, mais pas vraiment. Pas de doute, nous sommes bien arrivés en Suède ! Dans le taxi qui file de l’aéroport d’Arlanda au centre-ville de Stockholm, trois Allemands et deux Français, conviés par Nuclear Blast, en compagnie d’une dizaine d’autres collègues européens, à une listening session du nouvel album des vétérans du melodeath suédois, In Flames. Un privilège d’autant plus apprécié que Foregone ne sortira que le 10 février prochain, et que le label est « assis dessus », pour reprendre les termes de la chargée de relations avec les médias, depuis déjà plusieurs mois.

Notre premier avant-goût de l’album, nous y avons droit dans un cadre plutôt inhabituel : un escape game sanguinolent et un brin stressant, dans le cadre duquel notre petite alliance franco-allemande, enfermée dans le sous-sol d’un serial killer, ne dispose que d’une heure pour s’évader. Le jeu aurait été très sympathique en temps normal, mais les énigmes repensées pour faire référence à la discographie et au line-up d’In Flames y apportent une dimension supplémentaire. Quand Foregone commence à s’élever dans les haut-parleurs, votre servante est enchaînée à un fauteuil de dentiste (ne faites pas comme si ça ne vous était jamais arrivé…) pendant que ses collègues cherchent un moyen de la tirer de là. À première vue, ce n’est pas la situation idéale pour découvrir un album, mais après tout, en attendant d’être libérée-délivrée, il n’y a rien de mieux à faire que d’écouter ! La musique adoucit les mœurs, dit-on ; pas sûre que l’agressivité de la quatorzième galette d’In Flames mette vraiment notre tueur en série dans de meilleures dispositions ! Motivé à coups de death mélodique, notre groupe parvient à s’échapper du sous-sol de l’enfer avec une marge de huit minutes au compteur – et ce n’est pas pour nous vanter, mais nous sommes les seuls à y être parvenus. Pour nous remettre de nos émotions, nous allons prendre possession de nos chambres avant d’aller dîner chez Aifur, un restaurant thématique qui nous plonge dans l’ambiance bruyante et conviviale d’un banquet viking. Éclairage à la bougie, langskip pendu au plafond, joueur de vieille à roue, serveurs en costumes… Tout y est, et la grande tablée Nuclear Blast doit faire des efforts, entre deux verres d’hydromel, pour se rappeler que nous sommes là pour In Flames, et pas pour Amon Amarth.

Le plat de résistance de cette journée marathon est servi en deuxième partie de soirée, dans les locaux de Warner Music Sweden. Là, dans ce qui est manifestement la salle à manger des employés, tapissée de posters à l’effigie d’un Jester qui semble en avoir soupé des simples mortels, nous pouvons enfin profiter de Foregone dans des conditions moins stressantes. Et être confortablement installé n’est pas du luxe, car l’album est riche, dense, et gagne à être écouté des deux oreilles. Dire que Foregone associe à merveille l’ancien et le nouvel In Flames ressemble à un cliché de journaliste en mal d’inspiration à qui on a réclamé une catchphrase, mais c’est pourtant la réalité. Les deux parties de la chanson-titre en sont l’illustration parfaite. Suffisamment mélodique pour figurer dans les premiers albums du groupe, « Foregone Pt. 1 » est l’un des meilleurs singles qu’In Flames ait sortis depuis des années, et s’offre même quelques accords acoustiques au milieu d’une avalanche d’agressivité. Bien que liée au niveau des paroles, comme nous l’expliquera le chanteur Anders Fridén le lendemain, « Foregone Pt. 2 » opère un changement de style musical radical qui annonce brillamment la seconde moitié de l’album.

De bout en bout, ce quatorzième album recèle de véritables pépites et un nombre impressionnant de riffs à provoquer des torticolis. Les singles « State Of Slow Decay » et « The Great Deceiver » ont déjà obtenu les faveurs du public, mais des titres comme « Meet Your Maker », « Cynosure » ou « Pure Light Of Mind » (qui prouve que le death metal peut parfaitement être agressif et efficace en reléguant le chant extrême en fond sonore) devraient faire chauffer les cervicales de ceux qui affirment encore qu’In Flames, c’était mieux avant. Car sur cet album, Anders Fridén est en colère, et ça se sent. Lassé de voir l’humanité scier la branche sur laquelle elle est assise et s’écharper pour des questions de politiquement correct plutôt que d’essayer de changer les choses pour le meilleur, le chanteur a déversé toute sa rancœur dans les paroles de l’album et donné cent pour cent de ses capacités vocales en studio. Comme il nous le confie en interview, chaque album d’In Flames fait pour lui office de thérapie, et cette séance-ci a manifestement bien fonctionné, car c’est avec beaucoup de calme et une bonne humeur certaine qu’il évoque la fin annoncée du monde tel que nous le connaissons. C’est d’ailleurs bien ainsi qu’il faut interpréter le titre : en anglais, « foregone » signifie en effet « inéluctable, prédéterminé, couru d’avance ». Et on ne parle pas ici de l’accueil qui sera réservé au disque…

Foregone est un de ces albums qui vous laissent une excellente impression à la première écoute et qui ne font que se bonifier au fil des suivantes. Ainsi, des chansons un peu plus difficiles à appréhender après une longue journée menée tambour battant (« A Dialogue In b Flat Minor » et « End The Transmission », pour ne pas les citer) auront vraiment dévoilé leur potentiel le lendemain, à tête reposée, une fois l’excitation de la première découverte passée. Si l’album est encore meilleur la deuxième fois, on imagine ce que des écoutes à répétition à compter du 10 février 2023 pourront générer ! Pour une fois, les indéfectibles fans et les déçus de ces dernières années devraient réussir à se mettre d’accord : In Flames est bel et bien parvenu à allier passé, présent et futur dans un album qui devrait faire beaucoup parler.

Photos studio : John Carluccio (1, 2), Blake & Chris (3, 5) & Jarrod Mancilla (4).



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  • En espérant qu’ils sortent de la médiocrité dans laquelle ils sont englués depuis au moins les trois derniers albums…

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