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Chronique   

In The Woods… – Cease The Day


Si on pense souvent à la Norvège du début des années 90 comme du berceau du black metal le plus canonique, il ne faudrait pas oublier qu’avant d’être dotée de l’aura mythique qu’elle a désormais, elle était une sorte de creuset dont ont émergés les individualités les plus singulières. In The Woods…, né en 1991 des cendres du déjà très végétal groupe de death metal Green Carnation que son leader Tchort venait de quitter pour rejoindre Emperor, est l’une d’entre elles. L’un des premiers groupes à revendiquer jouer du pagan metal, point de cornemuses ou de vikings ici : la musique d’In The Woods a toujours défié les catégories, empruntant au black autant qu’au doom, délivrant des morceaux sophistiqués et progressifs avec une mélancolie toute gothique.

Chacun des albums des Norvégiens consiste en une nouvelle combinaison de ces éléments pour un résultat à chaque fois reconnaissable mais unique, très black sur Heart Of The Ages, beaucoup plus progressif sur Omnio, par exemple. Après un long silence d’une quinzaine d’années, In The Woods… est à nouveau sorti du bois en 2016 avec un nouveau line-up et un Pure reçu avec enthousiasme par la plupart de ses fans historiques. Si cette fois-ci le groupe les aura fait moins attendre en sortant son cinquième opus, Cease The Day, seulement deux ans plus tard, c’est néanmoins une nouvelle métamorphose qu’il propose, les frères Botteri ayant quitté le navire entre temps, laissant le batteur Anders Kobro seul membre d’origine aux côté de James Fogarty, arrivé à l’époque de Pure. Avec Cease The Day donc, double défi pour In The Woods… : innover pour honorer la tradition qu’il a sculpté en plus de 25 ans d’existence, et ne pas perdre son identité pour autant.

Le groupe balaie les doutes dès le premier titre, « Empty Streets », résolument In The Woods tant dans la forme – une progression allant de ce qui ressemble à une chanson traditionnelle à des hurlements black metal en passant par des riffs très doom – que dans le fond – mélancolie, réflexions sur l’impermanence des choses. Est-ce pour cette raison aussi que sur cet album, Kobro et ses nouveaux camarades multiplient les effets de boucle et d’allusion à leur passé ? Le plus flagrant, c’est évidemment la large place à nouveau laissée au black metal, qui ramène l’auditeur aux tous premiers pas du combo. Et comme pour accentuer ce mouvement, on trouve au centre de l’album un « Still Yearning » qui résonne comme un écho du « Yearning The Seeds Of A New Dimension » qui ouvrait son tout premier album. Au sein même de Cease The Day, on retrouve ce mouvement circulaire avec le retour de la ritournelle qui ouvre le disque à sa toute fin. Entre temps, les longs titres se déploient sur près d’une heure toute en contraste et en miroitements subtils, menant de la quiétude de la nature dans « Empty Streets » aux acclamations de la foule sur « Transcending Yesterdays », de nappes de synthé atmosphériques (« Substance Vortex ») à des guitares melodeath accrocheuses, d’un chant clair lumineux ou gothique à des cris perçants, souvent au sein d’un même morceau. Servies par une production claire, les transitions se font sans à-coup, de manière tout à fait organique.

Car en effet, faisant honneur à son nom, la musique d’In The Woods… est touffue, luxuriante, pleine d’ombres et de percées de lumière, de voies balisées et de sentiers de traverse. Évidemment inspiré par la nature – Kobro parle de « Mère Nature » en interview – et ses cycles, le groupe fait fleurir un futur possible là où on n’aurait pu voir qu’une fin : après tout le titre de l’album, Cease The Day (Arrête le jour), est un jeu de mots pour le moins pessimiste sur « seize the day », le célèbre « cueille le jour » des épicuriens… Non loin de groupes comme Enslaved ou leurs comparses forestiers de Woods Of Ypres, In the Woods… poursuit son chemin avec détermination, Cease The Day paraissant plus direct, enlevé, et délivré avec plus de conviction que Pure. Honorant ses racines sans oublier de cultiver ses bourgeons, le combo fait mieux que surmonter les épreuves : comme le dit le dernier titre avant l’outro, il transcende les jours passés.

L’album en écoute intégrale :

Album Cease The Day, sorti le 23 novembre 2018 via Debemur Morti Productions. Disponible à l’achat ici



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