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Interview   

In Vain éclaircit l’énigme


La nouvelle offrande d’In Vain, Aenigma, a un peu plus mis en lumière le potentiel du groupe à proposer un univers progressif sombre teinté de black metal ouvert sur d’autres styles… Il n’est en effet pas étonnant chez In Vain de retrouver du saxophone, par exemple, ainsi qu’un mélange important de divers chants et techniques vocales disparates. Les Norvégiens offrent une musique complexe qui s’est pourtant quelque peu condensée avec ce dernier opus, dont les titres plus directs et parfois moins extrêmes, pourront séduire un plus large public.

En pleine tournée européenne en compagnie de leurs compatriotes Solefald et Vreid, Johnar Håland, la tête pensante et guitariste du groupe, ainsi que son acolyte également guitariste de la formation, Kjetil Petersen ont bien voulu répondre à nos multiples questions sur leur monde complexe dans lequel il fait bon se perdre, malgré ses étranges méandres…

Radio Metal : Apparemment Aenigma a mis du temps à voir le jour car vous avez dû mettre vos activités entre parenthèses pendant environ un an. Pouvez-vous nous en dire plus sur les raisons de cette pause plus longue que prévue ?

Johnar Håland (guitare) : J’ai acheté un appartement, mais après l’achat, j’ai découvert des problèmes que j’ai senti que l’on m’avait dissimulé. Par conséquent, j’ai voulu annuler l’achat. Ce n’est pas simple et cela m’a pris beaucoup de temps et d’effort. A la fin j’ai tout résolu mais cet incident a retardé la sortie de l’album d’une année environ, je dirais.

Johnar est-il le seul compositeur du groupe ? Les autres membres du combo ne pouvaient-ils pas t’aider à continuer le travail pendant que tu résolvais les choses de ton côté ?

Kjetil Pedersen (guitare) : Johnar a été plus ou moins en charge de la totalité de l’écriture depuis le début et il a fait un excellent travail jusque-là, je dirais ! J’espère que pour le prochain album nous serons capables de le soulager un peu de la charge de travail.

Johnar Håland : C’est ce que j’espérais, pourtant cela ne s’est pas vraiment passé. Jusqu’ici j’ai écrit toute la musique et ça me va. Mais j’espère que les autres seront plus actifs et impliqués dans le futur.

« Je doute que vous puissiez entendre un hit radio de 3 minutes d’In Vain un de ces jours. »

Le titre de l’album nous fait penser qu’il y a un thème commun aux différentes chansons de l’album, par exemple les énigmes. Est-ce le cas ?

Kjetil Pedersen : Les paroles d’Ænigma traitent de nombreux sujets différents, et il n’y a pas de fil rouge intentionnel ou de concept de paroles sur l’album. Cependant, j’ai l’impression que le titre reflète l’atmosphère de l’album et la complexité des chansons. Il y a beaucoup de nœuds – musicalement et au niveau des paroles – à dénouer pour les auditeurs.

Ænigma montre que le groupe va vraiment plus loin sous différents aspects. Mais le considérez-vous comme une continuité par rapport à Mantra ou le début de quelque chose de nouveau ?

Johnar Håland : Mon opinion est que c’est plus une représentation solide de tout ce que nous avons fait jusqu’ici. Sur nos premiers albums, nous avions toujours quelques chansons rapides, alors que sur Mantra, il y a plus de chansons lentes avec une aura plus progressive et sombre. Sur Ænigma, je voulais faire revenir certains des éléments rapides dans notre musique, avec toujours des titres lourds pour équilibrer le tout. En plus, je voulais également écrire des chansons plus courtes et accrocheuses, des titres comme « Image Of Time ». In Vain a déjà exploré et développé un vaste paysage musical dans lequel nous évoluons, et il nous reste encore beaucoup de territoire à couvrir dans ce paysage. Je crois aussi que nous avons développé un son unique, c’est pour cela que je ne vois pas pourquoi on se réinventerait maintenant.

Les chansons d’Ænigma sont plus courtes que celles de Mantra mais en même temps plus riches. Elles paraissent plus « concentrées », pour ainsi dire. Pensez-vous que les albums précédents avaient des longueurs inutiles ou moins essentielles ?

Comme je l’ai expliqué dans la question précédente, l’intention était d’écrire des titres plus courts. Ils sont tout de même toujours longs, de plus de 5 minutes. J’ai pendant longtemps été fan des longs titres que l’on ressent comme un voyage. Souvent nos titres ont eu plusieurs riffs d’intro jusqu’à ce que la vraie chanson débute. Je voulais avoir quelques titres plus directs cette fois-ci. En regardant en arrière, il y a quelques-unes de nos longues chansons que j’aurais réarrangées. Mais je crois que ça sera toujours comme ça.

Est-ce que le fait que ces chansons soient plus courtes les rende plus accessibles à une audience plus large ?

Kjetil Pedersen : Pour le dire d’une manière simple : nous nous sommes concentrés sur le fait de faire des chansons aussi bonnes que possible et c’est ce qui a donné des chansons plus courtes cette fois-ci. Si cela nous aide à avoir plus d’auditeurs, eh bien c’est génial, bien sûr ! Cela dit, les chansons varient toujours de 5 à 9 minutes, et je doute que vous puissiez entendre un hit radio de 3 minutes d’In Vain un de ces jours.

La production a clairement évolué sur cet album et est devenue plus importante, plus claire et plus puissante ; la batterie en particulier sonne de manière plus lourde et naturelle. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ? Devez-vous cela essentiellement au travail de Jen Borgren (le producteur de l’album, ndlr) ?

Nous sommes vraiment heureux de la façon dont la production a été faite. Nous avons enregistré la majeure partie des titres aux studios Strand à Oslo et dans différents home-studios. Et ensuite Bogren et les gars de Fascination Street ont fait un super travail de re-amplification, mixage et mastering. Ils ont fait ressortir la puissance et la clarté que nous espérions et je suis certain que c’est l’album d’In Vain qui sonne le mieux jusqu’ici.

De ce que j’ai lu, c’est la première fois que vous faites une pré-production pour un album. Tous les albums précédents étaient faits sans, comment cela se fait-il ?

Johnar Håland : C’est exact. C’est la première fois que nous sommes capables de faire une pré-production, et cela a eu un impact immense sur l’album. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles nous n’avions pas fait cela avant. Tout d’abord, nous étions des étudiants vivant dans diverses parties de la Norvège. La période estivale était la seule période où nous pouvions enregistrer et il fallait que nous passions l’été entier sur l’enregistrement en lui-même. Deuxièmement, avant nous n’avions pas d’équipement studio. Maintenant j’ai mon propre home-studio, ce qui rend les choses plus faciles.

Qu’est-ce que la phase de pré-production a concrètement changé ?

Kjetil Pedersen : Avec une pré-prod sonnant décemment, nous avons été capables d’écouter les chansons et de les modifier encore et encore, en essayant d’optimiser chaque détail et de jouer également avec les structures des titres. Je pense que ce procédé a amené des chansons plus efficaces et mieux pensées que sur les albums précédents. Cela a aussi rendu les sessions d’enregistrement plus faciles.

« Je pense que le saxo colle très bien avec le metal alors j’essaie toujours de voir si je ne peux pas en caler quelque part. »

Le travail fait sur les voix est très riche et diversifié. Est-ce quelque chose que vous vouliez particulièrement travailler et développer ?

Johnar Håland : Nos titres sont variés, cela requiert donc des voix variées également. Cela ne collerait simplement pas avec des growls tout au long de l’album. Nous avons tellement de voix fortes dans le groupe, pourquoi ne pas toutes les utiliser ? Cela dit, je pense qu’In Vain a toujours eu des voix diversifiées depuis le début et ce n’est pas une nouveauté d’Ænigma pour moi.

Comment avez-vous réussi à trouver une cohérence avec les différents types de voix utilisés ?

Nous essayons d’équilibrer les choses et de ne pas avoir trop de chanteurs sur chaque titre. Nous essayons également d’avoir un chanteur principal sur chaque morceau. C’est simplement une question d’écouter les chansons et de voir si je ressens une bonne sensation dans le ventre quand je les écoute. Si la bonne sensation n’est pas là, je sais que quelque chose doit être changé. Mais c’est définitivement un équilibre délicat. Avoir trop de chanteurs peut aussi transformer le truc en un cirque. Quand nous jouons en concert, nous avons deux chanteurs devant. Je ne suis pas un grand fan de cela, d’un point de vue visuel. Mais c’est la conséquence avec laquelle il faut composer quand nous faisons des chansons aussi bonnes que possible pour un enregistrement, et non pour une situation de concert. Si nous étions plus concernés par l’aspect live, je pense que nous n’aurions pas autant de chanteurs sur chaque chanson.

Vous avez choisi de mettre une chanson (« Southern Shores ») dans la tracklist de l’album exactement à la même place (la troisième) où vous aviez mis « Ain´t No Loving » sur Mantra, deux chansons qui dégagent la même chose. Etait-ce délibéré, et si oui, pourquoi ?

Kjetil Pedersen : Les deux titres fonctionnent comme de douces introductions aux chansons suivantes, alors je vois de quoi tu parles. Je pense que c’est plus une coïncidence qu’elles aient fini au même endroit sur l’album.

Johnar Håland : Les deux chansons sont des moments de répit sur le disque.

D’où tenez-vous l’idée d’avoir utilisé un saxophone à des moments clés de l’album ?

Je ne me souviens pas où j’ai entendu le saxophone pour la première fois mais la première fois qu’on l’a utilisé dans In Vain, c’était lors de l’enregistrement de Wounds en 2005, sur la chanson “In Remembrance”. Je pense que cette chanson a le meilleur passage de saxophone de toutes les chansons d’In Vain qu’on a pu enregistrer. Je pense que le saxo colle très bien avec le metal alors j’essaie toujours de voir si je ne peux pas en caler quelque part. Sur Ænigma, nous avons juste amené une saxophoniste dans le studio et lui avons demandé d’improviser sur quelques titres. Nous l’avons guidée et nous lui avons demandé quel genre de gammes elle voulait utiliser. A la fin, nous avons pris les enregistrements que nous trouvions les meilleurs.

Bizarrement, le saxophone est un instrument qu’on entend de plus en plus dans les groupes de metal. Comment expliquez-vous cela ? Avez-vous été influencés par d’autres artistes qui ont utilisé le saxophone ?

Je ne suis pas sûr de l’endroit où j’ai entendu un saxo pour la première fois mais les albums de Green Carnation (albums Light Of Day, Day Of Darkness) et Solefald (In Harmonia Universali) sont des disques avec une utilisation géniale du saxophone. Alors peut-être que c’est de là que je l’ai pris. J’ai aussi vu Ihsahn l’utiliser sur ses albums mais je ne crois pas que ce soit commun. Peut-être que les gens deviennent plus ouverts d’esprit.

Cet album contient à nouveau des participations. Lazare et Cornelius de Solefald apparaissent dessus. Comment en sont-ils venus à participer à l’album ?

Kjetil Pedersen : Solefald et In Vain sont liés par le sang puisque notre chanteur Sindre est le frère de Lazare. In Vain fonctionne en fait comme un groupe d’accompagnement pour le duo Solefald, maintenant qu’ils ont enfin décidé de refaire des concerts. Pour de nombreuses raisons, cela était tout naturel d’inclure leurs talents vocaux à l’album.

L’album inclut des participations, ce que vous avez déjà fait sur d’autres albums, est-ce une autre manière d’enrichir votre musique ?

Les chanteurs invités peuvent parfois donner à une chanson ou à une partie de chanson cette touche extra, spéciale. Nous aimons profiter de la créativité de nos invités également; pas seulement leur faire chanter une mélodie toute faite mais les défier pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes sur cette partie, pour qu’ils trouvent leurs propres mélodies, etc. Nous avons aussi renforcé notre budget plusieurs fois pour pouvoir inclure de grands musiciens sur nos albums, pour faire des sections de cordes et d’instruments à vent qui sonnent bien mieux que si nous les avions enregistrés avec des synthés ou de la programmation.

A cause de ces invités, n’est-ce pas difficile de reproduire les chansons en live ?

Cela peut être difficile parfois, je l’avoue. Certaines chansons peuvent paraître plus déshabillées et directes jouées en live. Mais nous utilisons aussi des pistes de soutien instrumentales en live pour aider à maintenir le son des enregistrements originaux.

« C’est dommage que les gens qui n’écoutent pas de metal ne sont pas capables de discerner un bon groupe de metal d’un groupe de merde. Pour eux, c’est juste un amas de bruit. »

Même si cet album tend à être de plus en plus progressif, il y a toujours du black metal à l’intérieur. Restez-vous proches de ce style de musique ?

Les éléments black metal et death metal ont toujours été une part vitale du son d’In Vain. Pour ma part, j’aime beaucoup de musiques différentes et le metal extrême est l’une d’entre elles. Je pense que nous avons tous une grande variété de groupes favoris et de sources d’inspiration, ce qui nous rend capables d’incorporer des styles différents dans notre musique.

Avez-vous déjà songé qu’inclure des éléments black metal pouvait empêcher certaines personnes de rentrer facilement dans votre musique ?

Nous avions en fait prévu d’enlever les parties de metal extrême cette fois-ci, et de nous concentrer sur les accordéons et le Yodel (une technique de chant traditionnelle, ndlr.) mais, là encore, cela aurait empêché un autre groupe entier de personnes de l’apprécier… Je trouve difficile de prendre en compte ces considérations quand on crée et que l’on interprète de la musique. In Vain joue un genre de musique que j’aimerais écouter et c’est ma motivation principale. Nous ne ferions aucun changement drastique de style juste pour devenir plus accessibles.

Johnar Håland : J’admets que parfois c’est dommage que les gens qui n’écoutent pas de metal ne sont pas capables de discerner un bon groupe de metal d’un groupe de merde. Pour eux, c’est juste un amas de bruit. Cela dit, le metal n’est pas pour tout le monde et ce ne sera jamais le cas d’ailleurs.

Quelles sont les clés de votre collaboration avec Indie Recordings ? Est-ce que cela marche bien avec eux ?

Ils nous ont signés en 2005 après la sortie de l’EP Wounds. Nous sommes très heureux de cette coopération jusqu’ici.

Comment voyez-vous l’avenir d’In Vain, musicalement parlant ?

Nous continuerons à jouer du metal et je pense que nous avons déjà développé un vaste paysage musical dans lequel nous continuons à opérer. Je crois qu’In Vain a un son unique que nous n’avons pas besoin de changer ou de ré-inventer.

Avez-vous des idées d’incorporation d’instruments ou d’arrangements inattendus pour l’avenir ?

C’est impossible à dire aujourd’hui, puisque je n’ai pas encore commencé à écrire pour le prochain album. Mais In Vain sera toujours ouvert à de nouvelles idées et approches. Nous avons l’esprit ouvert quand il s’agit de musique.

Réussissez-vous à rencontrer un public précis, en considérant le spectre musical large du groupe, du black à des styles plus progressifs et ouverts ?

Je pense que notre public est très large, beaucoup de gens trouvent quelque chose à aimer dans nos compos. Nous avons beaucoup d’éléments différents dans notre musique. Même si le public old school la trouvera peut-être trop variée.

De l’extérieur, la Norvège paraît très prolifique en terme de groupes de metal, quelle est votre vision de groupes comme Kvelertak qui sortent et connaissent un succès international ? Avez-vous une explication pour cette abondance norvégienne de groupes de metal ?

Je trouve cela génial qu’ils aient un tel succès et je suis aussi un peu surpris car leur musique est tout à fait extrême à mon avis. Du moins les voix. Peut-être les gens écoutent-ils de la musique plus dure ? Pour ce qui est de la scène metal en Norvège, les fondations ont été posées dans les années 90. Les vieux groupes ont placé la barre haut, cela force les nouveaux groupes à vraiment amener de la qualité pour qu’ils existent sur la scène.

In Vain va partir en tournée avec Solefald et Vreid, était-ce quelque chose de naturel de choisir de partir avec ces deux groupes ?

Kjetil Pedersen : Nous avions passé des moments super en tournée avec Vreid en 2007 et, avec la collaboration avec Solefald dont nous avons parlé précédemment, cela apparaissait comme une affiche de tournée parfaite pour nous. Deux concerts de suite chaque soir, cela sera sûrement éreintant mais également très fun ! Nous serons au Klub à Paris le 16 avril, peut-être nous verrons-nous là-bas ?

Interview réalisée par e-mail en avril 2013.
Traduction : Amphisbaena

Page Facebook d’In Vain.

Album Ænigma, sortie le 11 mars 2013 chez Indie Recordings



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