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Metalanalyse   

In Vain : une lumineuse énigme aux sombres contours


Il y a en apparence peu de raisons pour lesquelles In Vain reste un groupe à la popularité plutôt confidentielle : l’une de celles-ci est sûrement ses accointances avec le Black Metal. En dehors de cela, la complexité, les passages planants, les breaks ou rythmiques déstructurées sont autant d’éléments qui font que le groupe norvégien pourrait jouir d’une popularité proche des autres groupes de Metal progressif, américains par exemple.

Oui, mais voilà, ces titres sont l’œuvre d’un groupe norvégien, et le label « Produit au Pays Du Black Metal » y est collé d’entrée sur la jaquette.

Alors, il est vrai qu’In Vain flirte et a toujours flirté depuis sa création en 2003 avec la violence extrême du style Noir, mais l’univers large dans lequel le groupe évolue mériterait que les autres publics s’y intéressent et ne s’arrêtent pas au premier passage de chant à la Cradle Of Filth (époque Dusk…) ou au premier coup de double un peu trop soutenu. Car ceux qui cherchent le bonheur musical dans les contrastes, dans l’opposition de violences et d’intentions plus calmes, dans le fruit généreux qui naît de la contradiction de sentiments opposés en un même lieu, devraient sérieusement pencher une oreille, ou même les deux, du côté de Kristiansand.

S’il faut mettre un nom sur le style d’In Vain et utiliser les termes Metal progressif, il conviendra d’y associer la mention « extrême », comme eux-mêmes le font sur leur page Facebook officielle, sans quoi le risque est de rapprocher le travail des Norvégiens d’un Tool, voire d’un Dream Theater, ce qui pourrait être trompeur. L’auditeur évolue dans un registre où quasiment tout peut lui sauter aux oreilles : une envolée mélodique, un chant traditionnel scandinave, une rythmique Death ou encore un saxophone. Quand The Latter Rain, le premier album, est sorti en 2007, les ambitions du groupe étaient déjà dirigées vers le haut du pavé, puisque pas moins d’une vingtaine de musiciens avaient été invités à participer aux ébats torturés du groupe, dont Jan K. Transeth (ex-In The Woods) et Kjetil Nordus (Tristania). Mantra, sorti en 2010, poursuivait la découverte du monde plutôt complexe dessiné par Haaland, Wikstøl, Nedland, Reinhardtsen, Frigstad et Pedersen, les six musiciens d’In Vain, dont cinq sont également chanteurs au sein du groupe. L’élément vocal est essentiel dans leur univers, et la superposition des divers chants est réalisée grâce à deux chanteurs principaux, l’un étant dédié aux chants gutturaux, l’autre aux chants clairs, accompagnés de trois autres qui les soutiennent dans les chœurs.

Et cette richesse vocale ressort à chaque instant lors de l’écoute, puisqu’un nombre conséquent de registres vocaux sont utilisés, mélangés et superposés dans un ensemble évidemment déconcertant au premier abord, mais qui prend rapidement tout son sens. En fait, dès le premier titre d’Ænigma, leur dernier né, « Against The Grain », single approprié de l’album par sa structure et son efficacité, qui voit trois émotions vocales distinctes s’enchaîner dans un des titres les plus directs de ce troisième opus, malgré ses sept minutes dépassées. Presque tout est là dès le départ, comme un échantillon représentatif de la relativement large palette d’In Vain. Les mélodies et leur côté accrocheur saisissent dès le départ. Des ténèbres à la clarté, en parfois moins d’une seconde. D’un propos franc et incisif, à une progression quasi-infinie l’espace d’un solo ou d’un chœur en canon. « Image Of Time » poursuit la route vers l’inconnu, au son de refrains étonnants par leur efficacité quasi « radio-friendly », épaulée par une double pédale presque continue. Et comme sur Mantra et le titre « Mannefall », un court intermède de guitares acoustique et électroacoustique intervient exactement au même moment (la troisième piste), pour une escapade intitulée « Southern Shores » qui ne dépareillerait sur aucun album d’Opeth, tant elle semble appartenir au même monde.

La véhémence Black est, elle, présente à tout moment. Comme pour rappeler que derrière les apparats de lumière se terre toujours le côté obscur. Ses expressions arrivent sous forme d’interventions gutturales ou aiguës, intempestives et répétées, et disparaissent aussi vite qu’elles sont apparues. Le sentiment laissé est constamment étrange, les impressions jamais tout à fait claires, car In Vain fait chanceler l’auditeur dans toutes les directions sans jamais le faire chuter définitivement d’un côté. Le Death progressif très spirituel, aérien mais breaké, proche de l’univers musical de Gojira par moments (« Times Of Yore », « Rise Against ») reste néanmoins un aspect prédominant, mais ses méandres ne facilitent pas le repérage dans ce milieu parfois très hostile (« Culmination Of The Enigma »). La balade n’est pas de tout repos, heureusement quelques chaudes paroles mystiques glissées en norvégien, des riffs agressifs ou des solos encore, ramènent un peu les débats sur la terre ferme (« To The Core »).

L’épilogue de cette épique énigme prendra forme lors de l’architectural « Floating On The Murmuring Tide », dont la teneur ne sera pas entièrement dévoilée pour ne pas gâcher un plaisir éventuellement pris lors de cette ultime bataille. Sachez seulement qu’il y sera question de saxophone et de contrastes, encore et toujours.

Comme dans toute saga, la suite est espérée. Après avoir plongé dans cet album, il peut-être intéressant de ressentir les épisodes précédents (les albums The Latter Rain et Mantra), à nouveau ou pour la première fois, pour se rendre compte à quel point In Vain a gagné en maturité dans sa démarche : le groupe réussit à élever la densité de sa musique sur des morceaux pourtant plus concis, servis par une production plus imposante qu’auparavant. L’exemple du son de batterie est flagrant : à la résonance plutôt terne et métallique sur Mantra, s’oppose un couple double pédale/caisse claire qui a copieusement gagné en puissance et en épaisseur sur Ænigma. Et la richesse des voix – qui elles aussi ont gagné en maturité – décrite précédemment symbolise bien l’évolution d’In Vain, qui se donne ici les moyens de son ambition.

Album Ænigma, sortie le 11 mars 2013 chez Indie Recordings



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