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Interview   

Incry : entre deux chaises


Pour décrire son univers, Incry dit souvent avoir « le cul entre deux chaises ». Alors que l’usage commun de cette expression a une connotation plutôt péjorative, le groupe l’utilise avec fierté, faisant de ses différents paradoxes une part de son identité. Incry joue du contraste entre son amour pour le rock’n’roll et ses shows qui tendent de plus en plus à être calibrés jusque dans le moindre détail, entre la thématique mythologique de son nouvel album Pandore et des textes bruts de décoffrage et très ancrés dans la réalité ou encore de bien d’autres façons, notamment dans sa musique.

A l’occasion de la sortie de l’album, dont certains textes ont été co-écrits avec Laurent Karila, psychologue passionné de metal que l’on a découvert via sa collaboration avec Satan Jokers, nous avons discuté avec Crow (batterie) et sommes revenus sur ce que cela représente, en 2016, d’avoir une singularité musicale.

« Avec Pandore on a voulu parler de l’humain, que ce soit dans le passé, dans le futur ou dans le présent. »

Radio Metal : Votre nouvel album s’appelle Pandore et fait donc référence à la boîte de Pandore, un thème de la mythologie parmi les plus populaires et les plus connus. Pourquoi avoir fait ce choix ? Qu’est-ce que vous mettez dedans ?

Crow (batterie) : Avec la boîte de Pandore de la mythologie grecque, il y a un côté intemporel. C’est historique : que ça soit dans le passé le présent ou le futur tout le monde s’en souvient, tout le monde sait ce que c’est. Avec Pandore on a voulu parler de l’humain, que ce soit dans le passé, dans le futur ou dans le présent. Les notions du bien et du mal sont donc présentes. Chacun peut s’identifier sur cet album, peut piocher un morceau dans la boîte.

Est-ce qu’il y avait chez vous une volonté de faire un album qui avait une portée universelle dans les textes, qui permettait à chaque auditeur de pouvoir y mettre sa propre histoire, son propre vécu ?

Tout à fait ! Si tu prends un morceau comme « Oxygène » qui parle de liberté, tu peux le voir comme ça, mais quelqu’un d’autre va le voir autrement. Tu mets le CD dans le lecteur et tu en fais ta propre interprétation. C’est un peu l’apocalypse. On y dresse un constat qui est certes sombre mais il ne faut pas oublier que dans la boite de Pandore était enfermé l’espoir. Chacun s’en fait sa propre opinion.

En s’éloignant de Pandore, quelle est votre relation avec la mythologie ?

C’est Pandore elle-même, la boîte de Pandore, qui nous lie à la mythologie. On n’est pas forcément fan de mythologie mais on s’est aperçu que le thème de Pandore collait parfaitement avec les morceaux qu’on avait composé. On y décrit un peu tous les maux qui ressortent de cette boîte. C’est ça qu’on a voulu dire.

Ce sont des textes qui sont paradoxalement très ancrés dans la réalité, dans le quotidien, avec des thèmes ou phrases qui sont parfois très bruts, voire même parfois vulgaires. Est-ce que c’était voulu d’associer ce côté grandiloquent de la mythologie avec ce côté brut de décoffrage ?

« Brut de décoffrage » c’est exactement l’expression qu’utilise Kourros (chant) pour cet album. Je ne pense pas qu’il ait fait exprès d’insérer des mots crus comme ça, en tout cas pas directement. On aime la provoc’, on n’aime pas forcément rentrer dans des cases, dans un style. Incry, c’est ça, on a le cul entre deux chaises au niveau du style. Là où les autres groupes n’osent pas forcément être aussi crus, nous ça nous amuse plus qu’autre chose.

Est-ce que tu trouves que les groupes de metal et de rock, qui étaient connus pour être hyper provocateurs, se sont un peu trop assagis ?

Ils ont évolué comme Incry a évolué. Ce qui est marrant, c’est qu’Incry n’était pas comme ça avant, Kourros n’était pas aussi cru dans ses textes, il l’est maintenant.

Quand on lit le texte, on se rend compte que c’est un album très cohérent avec des textes très bruts qui font sens avec le thème de Pandore. À côté de ça, la musique est assez brute de décoffrage tout comme la production de l’album, qui elle aussi se veut assez brute, sans être surfaite. Dans quel sens ont-été faites les choses ? Est-ce que c’est la musique qui est venue en premier et qui a inspiré ces paroles et ce thème ? Est-ce que ce sont les paroles qui sont venues en premier ?

Au moment de la composition, on a tout enregistré sur ordinateur pour ce troisième album, ce qui a fait la différence avec les deux premiers où deux groupes se réunissaient pour composer. Là, on a tout écrit sur ordinateur, l’aspect musical d’abord. Une fois que la préprod était faite, Kourros s’est ensuite isolé et a écrit ses textes. Cela ne s’est pas fait comme ça pour tous les albums.

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« Incry a toujours été un groupe rock’n’roll même si on est en train de construire un show de plus en plus carré, de plus en plus dirigé, écrit, avec un scénario. »

Dans cet album, il y a un morceau qui s’appelle « Rock’n’roll », ce qui est assez étonnant pour un morceau sorti en 2015. Quel est votre message avec ce titre-là ?

C’est un peu la finalisation du CD, on conclut avec « Rock’n’roll parce qu’Incry a toujours été un groupe rock’n’roll même si on est en train de construire un show de plus en plus carré, de plus en plus dirigé, écrit, avec un scénario. Incry a toujours été un peu à l’arrache, « On s’en fout, on écrit puis on verra ce que ça donne ». C’est une façon de conclure l’album. C’est aussi un clin d’œil à notre mode de vie qui est rock’n’roll. On est un groupe, on est sur les routes. Notre vie tourne autour de la musique. Toutes nos familles se connaissent, on vit grâce au rock’n’roll.

Tu parlais de l’évolution de votre jeu de scène qui devient de plus en plus cadré et prémédité, au moins dans les grandes lignes. Est-ce que tu penses que vous êtes destinés à aller plus loin dans cette voie et, à l’avenir, partir sur un spectacle dans le sens théâtral du terme ?

C’est tout à fait le cas parce qu’on est, en ce moment-même, en train de monter deux shows. Comme je te le disais, Incry a le cul entre deux chaises. On a conçu un set plus rock et ensuite un set plus metal. Forcément, il y a des liens entre les deux, mais les morceaux diffèrent en fonction du plateau qu’on va faire, du public qu’on va avoir. On a décidé de faire deux sets. On est en train de monter un show carré et écrit, pas du début à la fin parce qu’on veut garder une certaine liberté. Là on a fait appel à un ingé-lumière par exemple pour embellir le show, pour créer une coordination avec la musique. Peut-être un décor de scène aussi, on ne sait pas trop encore, que ça soit vestimentaire, ou des drapeaux, des backdrops. On essaie d’évoluer et d’être de plus en plus dans quelques chose d’efficace.

Est-ce qu’on peut s’attendre à un concept-album de votre part ?

C’est marrant que tu dises ça parce que quand on a écrit Pandore, on s’est dit que ça serait vraiment cool de faire un album qui raconterait une histoire. On ne sait pas encore si c’est ce qu’on va faire, puisqu’en ce moment on est encore sur Pandore, même si on peut trouver à droite à gauche quelques petits riffs pour le quatrième album. On n’a pas ça en tête pour l’instant, mais peut-être pourquoi pas.

Est-ce que vous gardez en tête l’idée de faire de temps en temps des concerts plus relax, avec moins de préparation et un délire un peu plus brut ?

On va faire des premières parties, des têtes d’affiche, donc forcément il y aura des concerts un peu plus underground que d’autres où par exemple la salle ne nous permettra pas de faire quelque chose de vraiment carré donc il y en aura vraiment pour tous les goûts.

Sur cet album, vous avez travaillé avec le psychologue Laurent Karila qui est connu parce que c’est un fan de metal qui a beaucoup travaillé avec Satan Jokers. Pourquoi est-ce que vous avez eu besoin de lui pour ce disque-là ?

C’est plutôt l’inverse en fait. On connaissait Laurent puisqu’on le voit partout. On le voit aux concerts, aux interviews. Donc on s’est d’abord lié d’amitié avec lui, puis musicalement. C’est aussi un pote de notre manager. Il a créé des textes pour Satan Jokers, et il a eu envie, pour un morceau d’Incry, d’y mettre sa patte. Il nous a envoyé ses textes, Kourros les a légèrement modifiés pour les adapter sur un morceau qui ne s’appelait pas du tout « Monde Virtuel » au départ. Quand on écoutait ce morceau, on voyait bien la tronche de Laurent Karila, donc ça collait parfaitement et on a décidé de mettre ses paroles sur ce morceau.

Comme tu l’as dit plusieurs fois pendant cette interview, vous êtes un groupe qui a le cul entre deux chaises. Votre musique est quand même très personnelle. Comment est-ce que vous arrivez à ce résultat ? Mine de rien, c’est de moins en moins facile en 2015 de faire un truc qui est hyper-personnel et original.

Je pense que c’est lié aux influences. On a tous des influences différentes, mais avec des liants. On est tous fans de Metallica, de Rammstein. Moi je viens du black metal, Kourros va écouter du Alice in Chains, Noug va écouter du Toto, Did du Testament. Donc on part d’une feuille blanche et ensuite c’est un mix de tout ça. On ne dit pas qu’on va créer un album super personnel. La seule directive qu’on suit c’est d’avoir un album qui rentre dedans.

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« C’est un risque de mélanger autant de couleurs dans un album mais pour l’instant ça a l’air de marcher. »

Quand on mélange plusieurs influences et qu’on a envie de se démarquer, il y a toujours le risque de tomber dans un mélange un peu improbable qui va tout simplement ne pas fonctionner. Comment est-ce que vous évitez cela ? Est-ce qu’il y a des choses que vous vous interdisez dans le processus de composition ?

On s’interdit de faire pareil que tout le monde parce qu’on pense qu’il y a suffisamment de styles dans la nature et de groupes pour que tout le monde y trouve son compte. On a décider d’ « Incryiser » tous les riffs et toutes les compos. Quand j’envoie un riff à Noug, ou que j’envoie une partie de batterie, il l’ « Incryise ». Il y a toujours cette patte de Noug, ou de Kourros pour le chant. On part d’une feuille blanche pour arriver au final à quelque chose qui ressemble à du Incry. C’est un risque de mélanger autant de couleurs dans un album mais pour l’instant ça a l’air de marcher.

La dernière fois qu’on vous avait eu en interview, c’était pour le disque précédent Rock.fr. Avec Kourros on avait parlé de ce style un peu particulier et il nous disait que ça vous rendait un peu difficile à placer sur des affiches de concerts, surtout dans un pays comme la France qui est très attachée aux étiquettes. Est-ce que vous en avez souffert et avez tenté de faire autre chose ?

Quand tu es artiste, tu te remets tous les jours en question, tu te dis « Qu’est-ce que j’ai bien fait ? Qu’est-ce que je n’ai pas bien fait ? » et au final c’est une force. On a constaté qu’en France on a un très bon public, mais que les dates les plus mémorables, hormis le Sonisphere qui était génial en France, se sont passés dans les pays frontaliers, la Belgique, l’Allemagne, la Suisse. Pourquoi pas s’exporter ? De toute façon on est ouvert à tout.

Tu parlais tout à l’heure d’un quatrième album et du fait que vous aviez commencé à écrire quelques petits choses. Qu’est-ce que tu peux nous dire sur le peu que vous avez déjà écrit ?

On a vraiment écrit très peu de choses pour l’instant vu qu’on a la promo de Pandore et 2016 à préparer. C’est assez compliqué même si on travaille par mail maintenant. Globalement, on est sur quelque chose d’encore plus moderne, c’est tout ce que je peux te dire pour l’instant.

Tu viens de me dire que vous travaillez beaucoup par mail. Comment ça se fait ? Vous n’êtes plus dans la même ville ?

Si, on se voit deux fois par semaine. On répète une fois par semaine et on se voit une autre fois pour se réunir et discuter du groupe et de ce qu’on a à faire. Pour répondre à ta question, on travaille par mail parce que c’est un nouveau mode de composition, on travaille sur ordinateur ce qui fait qu’on peut vite visualiser ce que va être un morceau. Moi je balance un sample de batterie, Did balance un riff et en une heure on a déjà un aperçu de ce que va être un morceau. C’est ça qui est pratique.

Est-ce que vous n’avez pas peur de vous éloigner les uns des autres ? Le fait de travailler à distance étant différent de travailler ensemble dans une salle de répét ?

C’est vrai que c’est différent mais maintenant énormément de groupes bossent comme ça parce que la plupart composent sur les tournées. Je pense aux grands groupes où ils n’ont pas le temps de composer. Certains composent quand ils rentrent chez eux, d’autres sur la route. C’est une autre méthode de composition mais ça nous éloigne pas forcément d’Incry, on est une grande famille. Si on est encore ensemble c’est qu’il n’y a pas de risque qu’on se détache les uns des autres. On se réunit exprès deux fois par semaine pour ne pas perdre ce feeling.

Interview réalisée par téléphone par Philippe Sliwa.
Retranscription : Gabriel Jung.
Introduction : Philippe Sliwa.

Site officiel d’Incry : incry.fr.



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