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Chronique   

Insect Ark – The Vanishing


La multi-instrumentiste Dana Schechter a plus d’une corde à son arc : maniant principalement la basse, les claviers et la guitare lap steel, elle collabore activement avec les légendaires Swans, plus occasionnellement avec de nombreux groupes dont Zeal And Ardor ou Oranssi Pazuzu, compose pour des courts ou des longs métrages, et surtout s’exprime au sein d’Insect Ark, projet qu’elle a entamé seule en 2011. Avec les renforts de la batteuse Ashley Spungin à partir de 2015, le groupe se fait connaître grâce à Portal/Well, première mouture de son doom instrumental psychédélique et cinématographique. Marrow Hymns ensuite, sorti en 2018 sur Profound Lore, attire l’attention d’un public plus large et notamment des amateurs de post-metal et de musique atmosphérique. C’est dans la même lignée que s’inscrit The Vanishing malgré une genèse compliquée, Andy Patterson (ex-SubRosa) ayant dû remplacer au pied levé Spungin à quelques semaines d’une tournée. Cette collaboration précipitée s’avère fructueuse : les territoires explorés par Insect Ark prennent sur The Vanishing une ampleur inédite.

Au niveau du son d’abord : Insect Ark n’a jamais sonné si organique. Dès le premier titre, « Tectonic », qui fait le grand écart entre basse plombée à la Neurosis et sonorités « cosmiques » éthérées, le son, travaillé par Colin Marston, semble respirer et passer avec agilité de l’abstraction à la viscéralité (de la batterie notamment, très brute et naturelle). Au niveau de la composition ensuite : le duo prend son temps pour déployer ses titres et ses atmosphères, et ce dès « Tectonic » là aussi, lente montée en puissance à partir d’une pulsation initiale qui rappelle certaines ouvertures d’Aluk Todolo. Tout au long de l’album, autour d’un cœur palpitant formé par la basse, la batterie et la guitare, fourmillent quantités d’effets discrets, synthétiques et évocateurs, des claviers inquiétants qui soulignent la lap steel de « Philae » aux bourdonnements space rock de « Swollen Sun ». Mais c’est surtout au niveau des paysages dessinés que The Vanishing voit large, propulsant l’auditeur dans les grands espaces. Avec ses riffs de basse désolés et ses guitares western à souhait (dans « Danube » notamment), il évoque des plaines désertiques hostiles à la Cormac McCarthy qui rappellent celles suggérées par Hex Or Printing In The Infernal Method d’Earth. Avec ses méandres psychédéliques portés par les claviers, c’est dans l’hyperespace qu’il nous emmène, l’imaginaire et les voyages intérieurs. Lorsque ces deux pôles se rencontrent, le résultat est étourdissant (« Three Gates »). Tantôt beau et lumineux, parfois inquiétant voire anxiogène, The Vanishing semble toujours tiraillé entre le concret et quelque chose de plus évanescent.

En effet, Schechter compose aussi pour le cinéma et ça s’entend : bande-son idéale pour la rêverie, assez atmosphérique pour être appréciée même écoutée de manière distraite, la musique d’Insect Ark prend tout son sens écoutée de près. De nouveaux détails se dévoilent à chaque écoute ; l’image s’étoffe. Plus que sur les albums précédents, chacun des titres se détache des autres et on y découvre des arcs narratifs différents, méticuleusement agencés, qui mènent au long morceau final, « The Vanishing », aboutissement et synthèse de ce qui le précède. Long crescendo qui monte doucement en pression, « The Vanishing » ne débouche sur… pas grand-chose, justement, le néant ou presque, et c’est cette fin déceptive qui éclaire tout l’album, ode au délitement et à l’impermanence des choses. Lorsqu’elle explique ce titre (« La disparition »), Schechter évoque l’impression ou le désir de s’évanouir dans la nature, le côté dérisoire de la vie humaine face à l’ampleur du monde, et c’est bien ce qu’exprime cet album insaisissable, séduisant car élusif. Sombre mais d’une grande clarté, il prouve que les paroles sont parfois superflues et que c’est dans les détails plus que dans la simple lourdeur que se crée l’intensité.

Album en écoute :

Album The Vanishing, sorti le 28 février 2020 via Profound Lore Records. Disponible à l’achat ici



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