ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Insomnium – Winter’s Gate


Insomnium - Winter's GateUn des effets principaux de la crise qu’a traversée l’industrie musicale ces dernières années est que l’album, en tant qu’objet, perd de sa valeur et parfois de son sens, même si on peut noter le retour du vinyle, particulièrement populaire chez les adeptes de metal. Mais nombreux sont les artistes qui accordent encore une grande importance à l’album dans son identité et son concept, comme le démontrent plusieurs sorties récentes. Les Finlandais d’Insomnium font partie de ces groupes, proposant avec Winter’s Gate un album conceptuel constitué d’un seul morceau de quarante minutes. L’œuvre est articulée autour d’une nouvelle écrite par Niilo Sevänen, le bassiste et vocaliste du groupe, il y a près de dix ans. C’est un pari osé pour le combo qui exprime ici le souhait d’aller au-delà de leurs propres barrières musicales avec ce nouveau travail.

Inspiré de la mythologie scandinave, Winter’s Gate raconte l’histoire d’un groupe de vikings parti en expédition à la recherche d’une île légendaire au nord-ouest de l’Irlande, même si leur exploration semble risquée à l’approche de l’hiver. L’histoire est racontée par trois protagonistes différents, dont deux des vikings qui sont père et fils et une petite fille habitant sur cette île. Sans dévoiler l’intrigue pour ne pas gâcher le plaisir des auditeurs souhaitant la lire en écoutant l’album (celle-ci étant disponible en audiobook sur un CD et en livret, en trois langues, finnois, anglais et allemand, sur l’édition spéciale de l’album), nous pouvons préciser que nous nous situons dans une aventure fantastique assez sombre, comme souvent dans les histoires vikings, où il y sera entre autre question de légendes, de divinités et de créatures légendaires.

L’objectif de l’album est en quelque sorte d’illustrer musicalement cette aventure, et cela passe indéniablement par une musique progressive intelligemment ficelée et composée – l’accalmie à partir 12:30 flirte même avec une sensibilité entre Tool et Porcupine. Le morceau démarre sur une musicalité épique, qui sera conservée tout du long, pour marquer cet esprit de conquête. Sur un death metal mélodique propre au son d’Insomnium, même si l’on pensera aisément aux mélodies d’Amon Amarth sur certains passages, le chant growlé semble quasi narratif et l’atmosphère très froide est apportée par le son du vent qui souffle et par un clavier (toujours signé Aleksi Munter de Swallow The Sun) aux sonorités glaciales. Imageant la troupe d’hommes conquérants trésors et richesses, des passages avec des chœurs lumineux en voix clair et l’apport de guitares folk aèrent le propos tout en faisant transitions entre les différentes phases dans la composition ainsi que dans l’action du récit. Le blast beat et la violence auront vocation à nous plonger dans ce climat froid et hivernal, assez commun aux ambiances abordées dans le metal extrême. Le groupe ne se cantonne néanmoins pas uniquement à son style de prédilection, ils survoleront également des ambiances doom et même le black metal progressif sur le dernier quart du morceau – pouvant faire penser aux travaux de Moonsorrow ; le groupe évoquant pour sa part l’influence d’Emperor – pour marquer le dénouement final de l’histoire. Sans vraiment marquer de temps morts ou de longueurs, l’album ne laisse pas le temps à l’auditeur de lâcher prise pendant le récit, l’amenant de bout en bout de ce périple, jusqu’aux dernières notes de piano et ce vent glacial qui concluent l’aventure.

La nouvelle et la chanson « Winter’s Gate » ont pour points communs de se lire et de s’écouter assez rapidement et d’être assez accessibles. Cependant, que ce soit dans l’intrigue ou musicalement, l’auditeur habitué de la scène risque, malgré le format peu commun en soi et une certaine variété musicale, de ne pas découvrir quelque chose de forcément aussi original que ce à quoi il s’attend, et aura peut-être même une impression de déjà-vu, notamment dans les quelques compositions longues de leurs compatriotes finlandais Ensiferum. Cela n’enlève pas pour autant le plaisir d’écoute, et il faut saluer la performance du groupe qui expérimente quelque chose d’inédit dans sa carrière, à la fois dans la composition et dans le format, sonnant comme une parenthèse dans sa discographie, ou peut-être leur ouvrira-t-il des portes pour l’avenir. A noter que la chanson sera jouée en intégralité lors d’une tournée à venir, et il serait intéressant de voir comment ce dernier sera mis en scène.

Album Winter’s Gate, sortie le 23 septembre 2016 via Century Media. Disponible à l’achat ici.



Laisser un commentaire

  • j’ai découvert le groupe avec cet album que j’ai trouvé immense. j’ai écouté les autres albums, mais celui-ci est pour l’instant clairement mon préféré. C’est une perle musicale.

    [Reply]

  • Cet album est une pure merveille … Dix écoutes déjà et je découvre toujours de nouveaux trucs … C,est vraiment un groupe immense 👍🏻👍🏻

    [Reply]

  • Arrow
    Arrow
    Children Of Bodom @ Angoulême
    Slider
  • 1/3