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Metalanalyse   

Intronaut élève le metal par le jazz


Bien malin celui qui arrive à définir qui est la tête pensante musicale d’Intronaut. Car en quatre albums studios, pas un des membres ne parvient à tirer son épingle du jeu. Chacun tire la couverture de son côté, empêchant même le frontman Sacha Dunable, guitariste chanteur de son état, de jouer son rôle naturel de leader.

Et si la vraie star d’Intronaut, c’était Joe Lester et sa basse fretless, lui qui donne du relief au fort côté jazz du groupe et fournit de surprenants passages indépendants du jeu de guitare depuis leurs débuts en 2004 ? Ou bien serait-ce le batteur Danny Walker, fan absolu de Meshuggah, et ses polyrythmies à en couper le souffle même de l’autre Danny (Carey, batteur de Tool) au point que Tool les a choisi pour les accompagner lors de leur tournée américaine de 2012 ?

Chez Intronaut, le danger vient de tous les côtés, comme l’a récemment précisé le guitariste Dave Timnick en interview : « Nous essayons toujours de découvrir de nouvelles musiques, et tout ce que nous découvrons finit par nous influencer d’une manière ou d’une autre. » Et les Intronaut écoutent beaucoup de choses, et surtout du jazz, ce qui ressort forcément beaucoup dans leurs compositions progressives, entre Sludge et Post-Core.

Pourquoi le jazz ? C’est cette fois-ci Joe Lester qui répond à Metal Sucks : « Le jazz représente la liberté avec des harmonies qui sont plus complexes que les accords vus dans la musique Rock. Dans un sens, je pense que c’est l’un des côtés cools d’Intronaut. Nous pouvons mélanger des styles Heavy et aller vers les harmonies jazz, les altérations et autres. » Mais réduire Intronaut à un champ d’expression jazzy ou à un terrain de jeu réservé aux musiciens ne correspond pas à la réalité du groupe, qui, s’il lorgnait plus vers un sludge dur aux harmonies très dissonantes à la Old Man Gloom sur les albums Void (2006) et Prehistoricisms (2008), a penché vers un propos un peu plus doux et Post-Core version Isis grâce à Valley Of Smoke (2010).

Habitual Levitations présente donc un panel plus large, aux largesses peut-être moins exotiques que dans le passé, une sorte de Baroness polyrythmique mélangé aux expérimentations jazzy de Cynic (avec qui ils ont joué lors de leur tournée de retour en 2010) qui donne la part belle aux voix mélodiques et aux longueurs ambiantes déstructurées. Si Intronaut avait habitué son monde à des voyages en terres indiennes, avec l’épique « The Reptilian Brain » (plus de 16 minutes !) sur Prehistoricisms, ou africaines avec le titre « Valley Of Smoke », l’auditeur voyagera cette fois-ci un peu moins loin géographiquement mais découvrira néanmoins d’autres contrées musicales comme le rock progressif (« Killing Birds With Stones »), des ambiances empreintes de psychédélisme (la fin de « Milk Leg ») ou un retour à un sludge efficace à la Mastodon (« The Welding »).

Les musiciens d’Intronaut sont également très impliqués dans d’autres projets musicaux très orientés metal, et intègrent les éléments de leurs aventures personnelles lorsqu’ils se rejoignent pour élargir encore l’éventail des possibilités et conserver la constante metal dans l’aventure Intronaut : Danny Walker joue dans Murder Construct, un groupe de deathgrind ; Dave Timnick le guitariste joue de la batterie dans le side-project de Justin Chancellor (Tool) baptisé M.T. Void ; Sacha Dunable, quant à lui, a sorti un album de doom metal avec un groupe nommé Bereft…

Malgré ces multiples participations, les membres du groupe ne vivaient jusqu’ici étonnamment pas encore à 100% de leurs revenus de la musique, même s’ils admettent que les choses « s’améliorent », la tournée avec Meshuggah aux États-Unis cette année ayant par exemple pu les aider quelque peu à ce sujet. Une spécificité de plus pour Intronaut, qui tourne pourtant avec des géants comme Tool ou Mastodon, mais qui est beaucoup moins médiatisé que ceux-ci. Car même si des titres comme « Eventual » ou « The Welding » s’adressent clairement à des publics metal et stoner déjà ouverts aux musiques progressives, d’autres, à l’instar de « Harmonomicon », rendent, par leur aspect jazzy, la musique d’Intronaut encore moins accessible.

Si Intronaut fait varier quelque peu son propos au gré des albums, dans un ensemble globalement moins violent que par le passé, les choix d’orientations musicales paraissent cohérents et tracent une continuité sans faille dans la carrière du groupe. Pour autant, l’auditeur n’est pas à l’abri d’une surprise de la part des Californiens, comme la fin de cet album, sur le titre « The Way Down », qui s’achève avec un passage mystérieux de trois minutes de fréquences graves qui ressemble à une piste mise à l’envers ou déformée sur l’enregistrement… Pas de routine donc, pour Intronaut, car si pour eux les « lévitations » musicales deviennent « habituelles », elles conservent un caractère tout de même très original.

Album Habitual Levitations, sortie le 18 mars 2013 via Century Media



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