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Chronique   

Iotunn – Access All Worlds


Tout être affaibli par l’enfermement se voit davantage poussé dans ses retranchements face à l’incertitude du monde qui l’entoure et cherche, presque par nécessité, à s’échapper de ses troubles vers d’autres mondes. Accéder à tous ces mondes, c’est l’invitation que propose la formation danoise Iotunn avec son premier opus Access All Worlds. À la suite d’un premier EP intitulé The Wizard Falls (2016), des doutes quant à la continuité du groupe et un changement de line up, les guitaristes et frères Jesper et Jens Nicolai Gräs ainsi que le batteur Bjørn Wind Andersen décident de laisser une chance au projet. Ils prendront alors le temps qui leur était nécessaire pour finalement offrir au public un voyage spatial à travers des univers aussi beaux que chaotiques, après plusieurs années à parfaire l’œuvre musicale et le récit narratif d’une qualité et d’une ingéniosité cosmiques qu’incarne ce premier album.

Cet aspect particulièrement narratif s’appréhende tout au long de l’opus, notamment par le propos latent qui se développe au fil des titres et raconte l’histoire de voyageurs de l’espace partant à la découverte de l’ailleurs. Au cours de leur périple, ils vont pénétrer plusieurs univers bien différents, habilement décrits autant par la musique que par des paroles poétiquement élaborées. Dans un souci d’immersion réussie, l’album commence par une douce élévation en direction du cosmos. Via une introduction de guitare acoustique au tempo pondéré, le premier titre « Voyage Of The Garganey I » permet à l’auditeur d’entrer en connexion avec l’œuvre qui lui est présentée, accompagné de samples galactiques qui sonnent comme une lente et ondoyante aspiration de l’esprit vers l’infiniment grand. Le contexte est alors immédiatement placé et l’explorateur se trouve en apesanteur, loin d’envisager le déferlement de riffs accrocheurs, de voix grandiloquentes et écrasantes, de soli de guitares venus d’ailleurs ou encore de batterie et basse martelées qui viendront l’expulser aux quatre coins de l’univers. Parce qu’une chose est sûre, une force transcende cet album. Cette force passe notamment par l’intensité du chant de Jón Aldará, alternant un timbre guttural dense et profond, se voulant presque intimidant dans le titre éponyme « Access All Worlds », et un chant clair dramatique d’une immense éloquence, extériorisant vaillamment les émotions qui traversent ces lointains voyageurs, particulièrement lorsqu’ils atteignent le monde utopique de « The Weaver System ». Un monde où l’harmonie règne en maître et où chaque élément musical complète l’autre en parfaite union. Sur un rythme quelque peu adouci, les guitares s’enivrent de liberté, faisant jaillir une énergie revitalisante et tout aussi hypnotisante par des leitmotivs singuliers tourbillonnants.

Tandis que le morceau « Laihem’s Golden Pits » ne peut qu’évoquer un monde chaotique et terrifiant par la complexité de ses composantes sonores qui s’enchaînent et s’entrechoquent constamment, écartées l’espace d’un instant par l’extrême frénésie d’un solo de guitare s’employant à bouleverser le peu de stabilité résistante. Évidemment, le titre n’en reste pas moins parfaitement maîtrisé et sauvagement organisé. Comme à plusieurs reprises au cours de l’opus, la technique qui y est exercée impose son style progressif, et ce particulièrement dans les structures des morceaux qui ne cessent de fluctuer, le tout humblement et habilement dissimulé derrière la quantité de couches sonores déployées, faisant convulser le vide intersidéral environnant. Finalement, le titre « The Tower Of Cosmic Nihility » est de loin celui qui convaincra l’auditeur de l’immense potentiel du groupe, s’il ne l’était pas déjà. L’épatant condensé de motifs accrocheurs tant dans les rythmiques qu’au niveau des guitares lead marque les esprits et persiste à y rester imprégné. La batterie fracassante omniprésente tient en haleine alors que Jón Aldará délivre son discours intrinsèquement fataliste et dont la sincérité se décèle par ses impeccables variations de voix. Tandis qu’un léger voile noir surplombe l’atmosphère, un certain éclat permet de ne pas sombrer totalement sous les coups incessants d’Andersen.

Par ce premier album, Iotunn démontre le talent musical dont il est doté. Access All Worlds submerge par sa complétude et son emprise de l’espace sonore, dont l’ensemble repose sur la complexité d’une composition exaltée par l’art de raconter une histoire. Comme pour toute œuvre, l’appropriation dont s’en fait l’allocutaire est une part significative de l’expérience et permet de la rendre davantage spectaculaire. Ainsi, par leur insatiable inventivité mélodique, les Danois parviennent aisément à exploiter l’imagination de chacun. D’autant plus que l’artwork, signé du prolifique et talentueux Eliran Kantor, illustre tout à fait l’émulsion d’un tel voyage germant de l’intérieur et puissamment projeté au-delà même des frontières du connu.

Album en écoute :

Clip vidéo de la chanson « The Weaver System » :

Clip vidéo de la chanson « The Tower Of Cosmic Nihility » :

Clip vidéo de la chanson « Voyage Of The Garganey I » :

Album Access All Worlds, sorti le 26 février 2021 via Metal Blade Records. Disponible à l’achat ici



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