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Live Report   

Jamais je n’avais entendu un tel silence dans une salle de concert


Il y a des artistes qu’il est urgent et même vital de faire découvrir. Une ligne éditoriale, face à une telle nécessité, doit s’effacer. Désolé, mais le fait qu’il ne s’agisse pas d’un artiste metal n’est pas une excuse suffisante pour m’arrêter.

Andy McKee est un guitariste américain s’étant fait connaître via Youtube et une vidéo de lui en train d’exécuter le titre ci-après, « Drifting » (vue près de 38 000 000 de fois), sur lequel il utilise sa guitare d’une manière originale, s’en servant de percussion tout en jouant une mélodie. Techniquement, c’est bluffant. Car, même si l’on met à part l’aspect percussion, les parties de guitare elles mêmes sont d’une telle richesse que l’on a l’impression qu’il est accompagné d’un second guitariste, d’un bassiste et parfois même d’un pianiste. Comment fait-il ? Simple (du moins, à expliquer, à jouer, c’est une autre histoire) : il comble les trous. Chaque espace que lui laisse une partie rythmique lui permet de placer un lead et inversement.


Artiste : Andy McKee
Date : 25 mars 2011
Lieu : Villeurbanne
Salle : Transbordeur

Photos : Guzul : www.guzul.fr (merci à lui !)

Andy McKee était à Lyon vendredi 25 mars dernier pour un show acoustique d’une heure et demie entrecoupé d’une salvatrice pause d’un quart d’heure. Le prix élevé de la place (33 euros) aura sans doute découragé les curieux. C’est donc à une audience d’environ 200 personnes, une audience de connaisseurs, qu’il se présente seul, simple, poli, sincère.

Vers le milieu du show, il demandera à la salle de faire du bruit. Applaudissements timides. « Bon, c’était 10% de la salle » rit-il. C’est la seule fois qu’il aura à s’en plaindre. En effet, rarement je n’avais vu un artiste avoir un soutien aussi intégral de la part du public. Pas une personne n’ignore ses interventions ni ne manque d’applaudir ou de crier. Le terme de « soutien » a d’ailleurs parfaitement sa place ici tant il y a dans le regard du guitariste une gratitude que l’on n’accorde qu’à ceux qui nous ont toujours suivi. Ce soir, nous sommes la famille, les amis d’Andy. Et lui, c’est ce gamin timide, adorable, bourré de talent, que nous avons poussé à exploiter son talent et aidé à réaliser son rêve. Il est notre fierté.

L’ambiance est quasi religieuse.

Jamais je n’avais entendu un tel silence dans une salle de concert. Chacun écoute avec un respect infini, presque religieux et s’interdit le moindre bavardage. A tel point qu’on se sent presque honteux de retourner à la réalité pour satisfaire, par exemple, le besoin naturel de manger. « Je suis tellement à l’ouest avec ce sandwich au poulet… » me disais-je en m’éloignant, penaud, de la scène pour pouvoir manger. Jamais je ne pourrai reprocher à quelqu’un de vivre un concert de la façon dont il l’entend. Avec exubérance ou avec retenue. Mais ce soir là, voir ce type, vers le fond de la salle, headbanguer furieusement – certes en rythme avec les accords – avait un je-ne-sais-quoi d’indécent.

Le calme est tel que chaque détail, normalement insignifiant, se remarque et devient presque fascinant : cette fille qui se recoiffe, ce barman qui range ses verres, ce type qui déverrouille son clavier de téléphone ou Andy lui même, qui change systématiquement son accordage avant chaque morceau. Tout devient magique.

Des guitares exceptionnelles pour un artiste exceptionnel.

La performance du guitariste ne réside pas tant dans sa technique, certes éblouissante, que dans sa capacité à la faire oublier. On ne s’extasie pas devant elle, on n’y pense même pas, du moins pas dans l’immédiat. Seules sa créativité et ses ambiances nous émerveillent. Et ce n’est qu’après, en y réfléchissant, que l’on se dit « Mais en fait ça doit être chaud à jouer ça ! ». Heureusement, les quelques rabat-joie intellos à l’oreille absolue et leurs « cet accord sonne faux » qui n’ont pas leur place ici sont en grande minorité.

Assister à un concert d’Andy McKee, c’est faire connaissance avec lui, son histoire, son parcours. Bref, sa vie. Constamment le sourire aux lèvres, Andy est heureux et nous le fait partager. Chaque morceau est présenté par l’anecdote ayant inspiré son écriture. Voici quelques unes de ces tranches de vie :

« Je suis fan de la pop des années 80. Je voulais absolument reprendre un titre de cette époque. Voici ‘Everybody Wants To Rule The World’ des Tears For Fears »

« J’étais fan de ce musicien. J’aurai adoré le rencontrer, mais il est mort maintenant. Cette chanson s’appelle ‘The Friend I Never Met' »

« Don Ross m’a beaucoup inspiré. Quand on devient musicien, on essaye de trouver sa patte. J’ai repris ce morceau de Don Ross, à qui je voudrais vraiment rendre hommage, et j’ai essayé d’y mettre ma patte. »

« Cette chanson parle d’un endroit où j’ai vécu, à la campagne. Et là bas, il n’y a rien, juste des prairies, on s’emmerde. (rires) »

« C’est un titre que j’ai écrit pour ma soeur Heather. Elle est super cool, c’est elle qui m’a fait découvrir Metallica, Iron Maiden, tout ça… Le nom de la chanson est très créatif, vous allez voir : ‘Heather’s Song’ (rires) »

« J’ai écrit ce morceau pour mon père qui m’a acheté ma première guitare parce que j’étais trop mauvais en sport (rires). Ce titre aussi est très original : ‘For My Father' »

« Un jour, j’ai décidé de mettre un de mes morceaux sur Youtube. Il a été vu plus de 30 millions de fois. C’est grâce à cette chanson que je suis là : voici ‘Drifting' »

Être un homme simple est peut-être aussi un art.

Andy McKee n’est pas hilarant, ni très original. Il n’exprime pas d’opinions engagées ou particulièrement révolutionnaires. Cela dit, on n’en sait rien : il parle simplement de lui. Ce n’est pas un artiste que l’on juge sur la pertinence de son discours, sur l’efficacité de ses prises de paroles. C’est un ami que l’on écoute. Son intervention la plus touchante, restera incontestablement celle présentant le titre « She ». Une conclusion aux allures de déclaration mémorable qui pourrait être citée dans des ouvrages ou des reportages musicaux.

Souvenez-vous. En 2011, devant un parterre de fans lyonnais, il déclarait « C’est une chanson que j’ai écrite pour cette petite amie que j’avais il y a quelques années… Cette fille, je me suis marié avec il y a deux ans. Et là elle est enceinte. Et ce soir, c’est probablement mon dernier concert avant d’être Papa. »

Puis Andy quitte la scène avec la même politesse et simplicité qu’à son arrivée, sur ses mots « C’était mon premier concert à Lyon et je reviendrai. Je suis Andy McKee, merci beaucoup à tous » avant de venir au contact de ses fans pour une courte séance de dédicace. Un exercice de Meet & Greet cependant, très industriel, avec file d’attente, signatures expéditives et vigiles qui ne rendra pas justice à la relation amicale que crée volontiers ce garçon durant ses concerts. Et c’est un artiste qui inspire en vous un tel respect que lui rendre un hommage qui soit à la hauteur finit par vous obséder. J’espère, avec ce Live Report, que c’est le cas.

Setlist :

Common Ground
Everybody Wants to Rule The World (reprise de Tears For Fears)
Africa (reprise de Toto)
Hunter’s Moon
Joyland
Blue Liquid
Into the Ocean
The Friend I Never Met
Away
Tight Trite Night
Ebon Coast
Heather’s Song
She
For My Father
Rylynn
Drifting

Rappel :
Ragamuffin
Art of Motion



Laisser un commentaire

  • Un concert énorme !
    j’ai découvert Andy McKee il y a longtemps sur youtube et lorsque j’ai su qu’il allait passer au Transbo j’ai sauté sur l’occasion !
    Un véritable prodige de la gratte ! Tous ses albums sont de pures mines d’or que se soit Dreamcatcher , Art of Motion et j’en passe =)

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  • putain j’ai raté ça… 🙁 🙁 🙁

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  • Drunkgromit dit :

    J’était à la date sur Strasbourg et je dois avouer que cet article rend compte extrêmement bien de ce qu’on ressent en voyant Andy Mckee. Comme Phil’ l’a fait remarquer ce mec est un modèle de simplicité.
    Par contre chez nous la séance de dédicace était plus conviviale j’ai l’impression, il se prenait le temps de serrer la main, poser sur des photos, signer une paire de fesse et une guitare …. bref classique mais sympa le tout avec le sourire.
    A la fin du concert t’as l’impression d’avoir un nouveau pote. Indubitablement l’un des mecs qui mérite le plus de respect mais qui en demande le moins.

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  • C’est le cas Phil. Bravo pour ce témoignage !

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  • Des artistes comme il y en a trop peu. Et c’est bien dommage…
    Bonne route Andy, la modestie et la simplicité sont définitivement les grands absents du paysage musical actuel.

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  • ah lala Andy McKee, jamais entendu meilleur guitare que la sienne. pas forcément plus technique, mais avec ce toucher qui lui est propre, juste ensorcellant
    il était passé au Ferrailleur de Nantes sans aucune pub, et il a réussi à le remplir quand même. et je l’avais raté…
    un homme qui force le respect et l’admiration

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  • Eh beh, je ne connaissais pas jusqu’à maintenant, mais Drifting introduit une ambiance aussi chaleureuse et sympathique que généreuse et personnelle, outre la créativité et la technique dont ce monsieur fait preuve. +1 pour Andy McKee et +1 pour Metal’O Phil et son article.
    P.S. : Une ligne éditoriale, c’est une règle fixe, elle est donc faite pour être connaître une exception de temps à autre ;).

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  • Crazy Cemetery dit :

    Superbe Article !!!
    Tu m’as donner envie de réécouter son album !!!

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