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Interview   

James Michael : « Sixx: A.M. a changé ma vie ! »


James Michael – producteur, mixeur, compositeur et conteur d’histoires comme il aime se définir – est un homme heureux. Ça se lit sur chaque trait de son visage, sur son sourire radieux et sincère, sur ses yeux pétillants, sur sa façon de parler du soleil qui brille dehors en préambule de notre rencontre. Non seulement il s’est fait un nom en tant que « magicien de studio », un peu à la manière d’un Desmond Child dont il se dit être l’élève et même si, humblement, il n’avouera jamais être à son niveau, mais désormais, il a aussi son groupe à lui avec lequel tout semble fonctionner dans le meilleur des mondes. Car, oui, si Sixx: A.M. a démarré sans autre prétention que d’offrir la bande son de l’autobiographie du bassiste de Mötley Crüe Nikki Sixx, intitulée The Heroin Diaries: A Year In The Life Of A Shattered Rock Star, petit à petit, avec l’alchimie et le succès grandissants pour catalyseurs, la collaboration s’est mutée en un véritable groupe de rock à part entière. Et avec l’arrêt des activités de Mötley Crüe, l’horizon de Sixx: A.M. semble plus que jamais dégagé.

D’horizon dégagé il est question également d’un point de vu créatif, car là a été, précisément, la raison d’être de ce troisième album, Modern Vintage, en cherchant à retrouver la liberté que s’octroyait les groupes de rock il y a de ça plusieurs décennies et qui semble s’être parfois un peu perdue. Mais le mieux est encore que James Michael vous raconte tout ça avec ses propres mots dans l’entretien qui suit. Un entretien où nous avons en sus cherché à mieux connaître le chanteur, sa vision artistique, son parcours, ses aspirations, etc.

« Lorsque les gens disent ‘Oh, s’il n’y a pas ci ou s’il n’y a pas ça, eh bien, alors ce n’est pas une chanson de rock’, c’est tellement triste comme commentaire par rapport à là où nous en sommes. »

Radio Metal : Les deux premiers albums de SIxx: A.M. accompagnaient des livres de Nikki Sixx, mais il semblerait que ce ne soit plus le cas pour cette fois-ci. Cet album est-il basé sur quoi que ce soit ou bien est-il totalement indépendant ?

James Michael (chant) : C’est intéressant parce que, évidemment, nous avons écrit des chansons inspirées des Heroin Diaries pour le premier album et pour le second album Nikki avait fait une série de photographies – c’était des photographies incroyables, les images étaient un peu sombres et pourtant à la fois magnifiques, ça représente bien Sixx: A.M. : le contraste entre la beauté et l’obscurité, la beauté et la laideur… Donc, lorsqu’est venu le moment de faire ce nouvel album, intentionnellement nous avons décidé de ne pas à avoir à faire au cadre d’un livre ou à quelque paramètre que ce soit. Au lieu de ça, ce que nous voulions faire, c’était découvrir ce qu’est Sixx: A.M.. Nous avons donc commencé à regarder dans le passé les musiques qui nous ont influencés, que ce soit Queen, ELO (Electric Light Orchestra) ou David Bowie ou quoi que ce soit que l’on retrouve dans la longue liste de ce qui nous a tous inspiré. Cet album est donc en quelque sorte une manière de célébrer ceci, et d’une certaine façon, pendant que nous creusions ces influences, l’histoire de la musique est devenue le livre. Nous nous sommes finalement retrouvés avec un livre comme base créative : cette incroyable lignée de musiques qui nous ont inspiré à travers les années. Voilà ce que nous avons décidé de faire sur cet album : nous laisser influencer de manière visible et évidente par ces types d’albums issus des années 60, 70 et même 80. Lorsque tu écoutes Modern Vintage d’un bout à l’autre, tu t’embarques dans un voyage. Il y a des fois où tu pourras dire : « Oh, ça, ça sonne comme une influence de Queen ici » ou « Ce chant en fond sonne comme ELO », des choses dans le genre. Nous voulions que ce soit flagrant.

Et une autre chose par rapport à cet album qui était amusant du fait que nous n’avions pas à nous limiter à un livre ou un une histoire, c’est que nous avons pu vraiment disséquer ce qu’est la musique rock. Si tu réfléchis aux albums de l’époque, si tu prends un album de Queen par exemple, d’une chanson à l’autre, c’est un virage à 360 ! Tu n’as jamais cinq ou six chansons qui sonnent de manière identique ou qui possède un tempo similaire. Et pourtant on appelle ceci des albums de rock ! aujourd’hui, la perception de la musique rock s’est énormément rétrécie. Il y a plusieurs raisons pour expliquer pourquoi c’est devenu ainsi, mais lorsque les gens disent « Oh, s’il n’y a pas ci ou s’il n’y a pas ça, eh bien, alors ce n’est pas une chanson de rock », c’est tellement triste comme commentaire par rapport à là où nous en sommes. Nous voulions démolir ça. Nous voulions nous rappeler et rappeler aux gens qu’il y a beaucoup de types de rock différents, et lorsque tu regardes dans le passé, à cette époque où les albums étaient très diversifiés et représentaient un tout autre voyage, on appelle toujours cela des albums de rock. Voilà le type d’album que nous voulions faire. Nous voulions abattre ces cloisons et ne pas étriquer notre manière de penser.

Vous vouliez réinjecter le sens de la liberté dans le rock…

Ouais, je le crois. Nous voulions faire preuve de liberté, de rébellion… Tout ça. Car c’est de ça qu’il est question avec la musique rock. Nous avons toujours été un groupe qui n’a jamais obéit à beaucoup de règles, mais, avec cet album en particulier, je pense que nous avons vraiment poussé le bouchon. Tu as des chansons comme « Gotta Get It Right », qui a un peu choqué un grand nombre de personnes lorsqu’ils l’ont entendu pour la première fois, mais ça reste une chanson de rock, c’est juste qu’elle penche vers un autre type d’influence.

En fait, on a vu émerger une mode ces derniers temps où de plus en plus d’artistes tentent de sonner vintage, essaient de reproduire le son des années 70 ou même du début des années 80. Essayez-vous de prouver avec cet album qu’il n’est pas obligatoire de sonner « vieux » pour sonner « classique » ?

Je suis tellement content que tu me poses cette question ! C’est une super question ! Oui ! Il y a des moments sur l’album où d’un point du vue sonore on a un peu tendu vers le passé et essayé d’avoir ce type de son… Mais, par rapport à ta question, beaucoup de groupes on fait ça, beaucoup de groupes ont essayé d’utiliser du vieux matériel, d’enregistrer sur des bandes analogiques, etc. et c’est bien, d’un point de vue sonore il n’y a pas de problème, c’est super, mais c’est l’expérience de la musique vintage que nous recherchons. C’est donc un peu un hybride. Lorsque je dis Modern Vintage, la partie vintage correspondait à l’état d’esprit de la musique, c’était la manière dont les chansons ont été écrites, c’était sa flamboyance, l’expérience que l’auditeur allait vivre, et ce n’était pas tant une question de « Est-ce que ça sonne comme si ça avait été enregistré sur un vieil ampli de guitare ? » ou « Est-ce que ce son de caisse claire sonne comme si elle avait été enregistrée sur une bande magnétique ? » C’est moins une question de ça, même s’il y a des moments qui effectivement célèbrent ceci également car ça en fait partie. Mais le côté vintage à vraiment plus à voir avec l’esprit et le concept de l’album : « Quelle impression ça donnait d’écouter un album de rock à l’époque ? » C’était un véritable voyage musical et voilà ce qu’est cet album.

L’album contient une reprise de la chanson « Drive » de The Cars, et cette version semble vraiment incarner le concept de Modern Vintage en donnant un tournant vraiment moderne – notamment avec des sons électroniques – à une vieille chanson démodée dans sa forme originale. Etait-ce là tout l’objectif ?

C’est en quelque sorte devenu l’objectif. Nous savions que nous voulions faire une reprise et un jour Nikki a changé la première phrase de cette chanson et a dit : « Oh mec, voilà la chanson qu’on devrait faire ! » Pour plusieurs raisons. Mais ironiquement, pour en arriver à ta question, c’est sans doute le moment le plus « modern vintage » sur l’album car c’est une chanson de l’époque qui a eu beaucoup de succès et qui était vraiment fantastique mais nous l’avons ramené vers le futur. Ce que j’adore à propos de la production sur cette chanson, c’est que nous voulions vraiment détourner l’attention de l’auditeur, nous voulions détourner l’attention pour la ramener vers le message et les paroles de la chanson. C’est la raison pour laquelle nous la commençons de manière très, très intime avec un piano et un chant très simple, et ensuite, comme tu l’as mentionné, les parties technologiques commencent à apparaître au compte goutte. En fait, j’ai utilisé un vocoder sur ma voix sur le refrain de cette chanson, et je l’ai fait pour des raisons bien précises. Beaucoup de gens aujourd’hui dans le monde de la musique pop commence à nouveau à utiliser le vocoder, donc pour eux ça sonne très moderne. En réalité, le vocoder est un très vieil instrument ; on l’utilise depuis très, très longtemps ! Et c’est ce que j’aime à propos de ça. Donc cette chanson en particulier fait véritablement cette magnifique danse entre le neuf et l’ancien. Je trouve que c’est à partir de là où tu commences à ne plus discerner ce qui est nouveau et ce qui est vieux et c’est ce que j’aime. En fin de compte, ironiquement, il s’agit de la seule chanson que nous n’avons pas écrite sur l’album mais d’une certaine façon elle résume Modern Vintage mieux que n’importe quelle autre chanson sur l’album !

« Je ne suis pas un grand fan de ma voix, pour être honnête avec toi, mais je m’y suis habitué. »

La chanson qui clôt l’album, « Before It’s Over », est probablement la plus vintage de l’album. Était-ce fait exprès pour terminer sur un opposé à la chanson d’ouverture très moderne « Stars » ?

Ouais, tu sais, je crois que nous n’avons pas pris la décision de terminer l’album avec cette chanson avant que le mixage de toutes les chansons ait été fini. Nous savions qu’elle allait être vers la fin de l’album. Mais, ouais, je trouve que c’était une façon idéale de refermer l’album. Je compare Modern Vintage à un voyage musical, et d’une certaine façon, « Before It’s Over », si tu écoutes les paroles de cette chanson, tu te rendras compte que c’est une chanson très douloureuse, c’est une chanson très triste qui parle de ne pas pouvoir lâcher prise et de vivre toute ta vie coincé quelque part car tu as perdu quelqu’un. C’est un concept très triste, mais abordé typiquement à la manière de Sixx: A.M., en le plaçant sur la toile de fond d’un truc très vaudeville ragtime, ce qui ne fait que renforcer le côté dramatique ou peut-être plutôt le côté mélodramatique. Et c’était donc une façon parfaite pour Sixx: A.M. de boucler l’album. Sur la version deluxe digitale de l’album – donc si quelqu’un l’achète, il recevra quatre titres bonus – les quatre titres bonus ne sont pas les habituelles chansons acoustiques ; ce sont des chansons totalement retravaillées. Donc dès que nous avions terminé de faire l’album, nous sommes retournés au studio et avons pris ces paroles et ces chansons et les avons remodelées. Il y a donc une version de « Before It’s Over » qui va te couper le souffle : c’est plus une ballade au piano et elle met en avant le message très sombre dont je te parlais. C’est un morceau très douloureux à écouter mais il est surtout entouré de beauté. Cette version alternative de cette chanson est devenue mon moment préféré dans l’enregistrement de Modern Vintage.

Tu as mentionné des influences comme Queen et ELO, et en fait la chanson « Miracle » possède ce côté funky qui peut faire penser à une chanson que Queen aurait pu faire, comme « Another One Bites The Dust » ou sur l’album Hot Space…

Ouais, absolument ! Lorsque nous avons fait cette chanson nous lorgnions vraiment du côté des Bee Gees rien que pour le ressenti dans l’arrangement vocal et les trucs comme ça. Mais je trouve que tu soulèves un bon point, car, ouais, un groupe comme Queen aurait absolument pris cette direction et osé faire quelque chose de complètement différent. Je pense que ça reste fidèle au concept de Modern Vintage. J’adore cette chanson. Nous avons aussi une autre chanson qui est en quelque sorte la chanson sœur de celle-ci et qui fait partie des titres bonus sur la version deluxe, c’est une véritable chanson de funk et elle s’appelle « Let It Haunt You ». Elles ont donc ce côté funk, presque disco, mais, je trouve, dans l’esprit typiquement Sixx: A.M.. Encore une fois, si tu écoutes les paroles sur celle-ci, sur « Miracle », ces couplets sont vraiment sinistres ! Ca parle de quelqu’un qui est complètement brisé et rien ne semble bien se passer dans son monde, et il arrive un moment dans le refrain où ça dit simplement que nous avons besoin d’un miracle, nous avons besoin de quelque chose de magnifique pour nous permettre de traverser ceci. Je pense que, pour cette raison, les gens vont vraiment pouvoir s’identifier à cette chanson.

Certaines chansons dans l’album possèdent parfois un côté un peu à la Muse…

Oh, super !

Particulièrement dans ton chant d’ailleurs, tu sais, lorsque tu montes…

Génial !

Est-ce que tu as une affinité particulière avec ce groupe ?

J’adore Muse ! Je les adore ! Je crois que j’adore Muse parce qu’il est évident que Muse aime le même genre de groupes que nous aimons. Je veux dire qu’il y a clairement, encore une fois, une influence de Queen chez Muse. Je pense qu’il pourrait y avoir une influence d’ELO chez Muse, si ce n’est pas le cas, je serais très surpris. Je suis un énorme fan d’ELO. Je pense que tu peux te rendre compte sur « Gotta Get It Right » que l’arrangement de chant dans le fond a un son à la Jeff Lynne de ELO, et ceci était intentionnel. Je pense que c’est peut-être à ça que tu fais référence lorsque tu parles d’un son à la Muse : des harmonies et un chant très, très aigus, presque artificiels qui sonnent presque comme si c’était une partie de cordes ou quelque chose comme ça. Ouais, j’adore ce genre de trucs et j’étais très excité de pouvoir mettre ça dans cette chanson.

This Is Gonna Hurt était différent de The Heroin Diaries et ce nouvel album sonne très différent des deux précédents albums. Est-ce important pour vous de ne pas vous limiter et essayer de faire des albums qui ont chacun une personnalité distincte ?

Absolument ! C’est absolument ça ! Nous ne voyons aucun intérêt dans le fait de faire le même album encore et encore et encore. Pour nous, qu’un groupe, quel qu’il soit, veuille faire ça n’a aucun sens. Nous comprenons pourquoi certains groupes le font et pourquoi ça a fonctionné pour eux, mais pour Sixx: A.M., nous voulons constamment nous réinventer et c’est au cœur de ce que nous faisons.

Vous ne pourriez donc pas être un genre d’AC/DC ?

Non et j’adore AC/DC. Je remercie Dieu pour eux et pour leurs albums. Tu sais ce que tu obtiendras lorsque tu récupères un album d’AC/DC, et c’est super. C’est juste que j’ai toujours été plus attiré par le mode de pensée à la Queen où chaque album est très, très différent et où des risques sont pris. Parfois, ces risques offrent d’énormes récompenses et parfois ils embrouillent les gens, mais lorsque tu regardes l’ensemble de l’œuvre, c’est juste formidable.

Tous les trois dans Sixx: A.M. vous avez de bons boulots et n’avez certainement pas besoin de ce groupe pour vivre. Est-ce en fait ce qui vous permet d’être aussi libre avec ce groupe ?

Oh, absolument ! Absolument ! Et je crois que cette liberté, cette prise de risque, c’est de là que proviennent quelques-uns nos meilleurs moments. Ouais, sans l’ombre d’un doute, nous sommes dans la position luxueuse de pas avoir à dépendre de Sixx: A.M. pour quoi que ce soit à part être un parfait exutoire pour notre expression créative.

« Nous sommes disposés à nous vautrer complètement dans Sixx: A.M. si c’est ce qui est nécessaire pour passer à l’étape suivante. »

Apparemment, lorsque Sixx: A.M. a débuté vous n’aviez pas vraiment l’intention de commencer un groupe. Avez-vous été pris par surprise par le succès que vous avez rencontré ?

Beaucoup ! C’est tellement étrange, car lorsque nous avons fait la bande son de The Heroin Diaries, nous étions juste en train de faire des chansons pour aller avec le concept du livre. Pour être tout à fait franc, je ne savais pas que c’était envoyé aux radios. Et puis un jour j’ai reçu un appel disant : « Mon Dieu ‘Life Is Beautiful’ est en train de grimper dans le hit-parade ! Elle fonctionne super bien ! » Et nous étions là : « Oh wow ! Tu veux dire que c’est un vrai album ? Nous sommes en fait un vrai groupe ? » Nous n’avions même pas de nom avant d’avoir bien entamé le processus. Lorsque nous étions en train de créer l’album nous disions toujours : « Eh bien, ce qui est super c’est que nous ne sommes pas un groupe. Donc ça n’a pas d’importance, on n’a pas à obéir à quelque règle que ce soit, on n’a pas à faire ça, etc. car nous ne sommes pas un groupe ! » C’était notre liberté ! Donc avec le second album, This Is Gonna Hurt, même si arrivé à ce stade nous étions un peu un groupe – tu sais, nous avions fait un peu de tournée et des choses dans le genre -, nous avons quand même conservé cette mentalité : « Eh, tu sais, on n’est pas vraiment un groupe, alors on peut encore transgresser toutes les règles. » Arrivé à Modern Vintage, c’était : « Il ne faut pas se mentir, on est un groupe ! » [Rires] Et c’est devenu la liberté, parce que arrivé à ce stade nous avions identifié ce qu’était Sixx: A.M.. Voilà pourquoi le fait de faire Modern Vintage était si excitant : car nous savions ce que Sixx: A.M. pourrait faire et ce qu’il ne pourrait pas faire. Même si nous n’avions pas de livre ou quoi que ce soit, nous avions un groupe désormais. C’était donc un changement très excitant pour nous. D’ailleurs, vers à peu près la moitié du processus de création de l’album, nous avons commencé à parler de faire un quatrième album, donc nous nous mettons vraiment dans ce mode de pensée. Nous parlons de faire des tournées, nous parlons de tout ce qu’un vrai groupe fait ! [Rires] C’est donc vraiment excitant !

Sixx: A.M. c’est DJ Ashba, Nikki Sixx et toi, et en général vous faites appel aux services d’un batteur de session pour les concerts. Mais avez-vous discuté du fait d’inclure un batteur permanent dans le groupe ?

Nous n’en avons pas vraiment discuté. Je n’y suis pas opposé, mais je pense que Sixx: A.M. est une équipe unique. Sixx: A.M. ce sont trois très proches amis qui se trouvent faire de la musique ensemble. La musique est ce qui nous a rassemblés mais ce n’est pas ce qui nous maintient ensemble. Je pense que nous devrons voir. Je ne pense pas qu’il y ait un quelconque besoin pour le processus créatif, car nous sommes tous déjà des gens extrêmement créatifs et nous avons le sentiment que nous n’avons fait qu’effleurer le sujet. Mais j’aime la camaraderie de… Jeff Fabb a joué la batterie sur cet album ; il vient de Black Label Society, il est sur la route avec eux en ce moment. C’est un batteur fantastique, je l’aime à mort et il collerait parfaitement en tant que membre de Sixx: A.M.. Il faudra juste qu’on voit ce qui se produira lorsque nous partirons en tournée, comment ça se passera et ce que nous ressentirons lorsque le temps sera venu de faire un quatrième album.

Tu as fait une tentative de carrière solo à un moment donné mais il semblerait que ça n’ait pas marché comme tu l’avais espéré. Avec le recul, qu’est-ce que tu en penses ? Quel est ton sentiment à propos du fait que le travail que tu as réalisé pour d’autres artistes a eu plus de succès que ton propre projet ?

Ouais, j’ai fait un album solo en 2000 intitulé Inhale. A l’époque je travaillais avec tous les autres groupes et, pour en venir à ta question, mon album n’a presque rien vendu mais a été applaudi par la critique. J’ai donc commencé à recevoir l’attention de tous ces autres groupes, et ils sont venus vers moi grâce à cet album. Et ensuite, j’ai commencé à écrire pour d’autres groupes, ils partaient sur les routes avec ces chansons et tout d’un coup les chèques ont commencé à arriver et j’étais là : « Wow ! Je peux carrément mieux vivre en écrivant et produisant pour d’autres gens qu’en le faisant pour moi-même, à faire un album et passer deux ans à le promouvoir ! Hmm, ça a plus de sens pour moi de rester dans un studio, d’accueillir des groupes et de m’exprimer au travers de ces expériences. » C’était donc une transition très naturelle, ce n’était pas difficile pour moi de dire : « Ah, je ne veux plus être un artiste solo, car je peux créer tellement plus de musique si je fais ce truc de studio ! Je peux écrire cent chansons par an au lieu de dix par an ! » C’est donc devenu très alléchant pour moi. Lorsque Sixx: A.M. est arrivé, j’étais déjà devenu très à l’aise en étant le genre de gars qui reste en coulisse mais ce désir demeurait quand même quelque part au plus profond de moi. Je me pince chaque jour, car désormais j’ai le meilleur des deux mondes. J’ai l’occasion de sortir et chanter des chansons pour énormément de gens et de pouvoir leur faire écouter ma musique avec mes deux collègues ; j’ai l’opportunité de vivre un peu de ce rêve.

En fait tu es vraiment entré dans la lumière en tant que chanteur avec Sixx: A.M.. Est-ce que Sixx: A.M. a changé ta perception de toi-même et de ta carrière ?

[Réfléchit] Ouais, je pense que c’est le cas. Je pense que ça m’a prouvé que je pouvais faire ce que je savais vouloir faire, ce que je pensais pouvoir faire lorsque j’étais plus jeune ; ça m’a prouvé que je pouvais accomplir toutes ces choses : je pouvais être un producteur, je pouvais être un mixeur, je pouvais être un compositeur et je pouvais également être un artiste moi-même. Ça m’a prouvé que je pouvais faire ça. Je pense que si Sixx: A.M. était arrivé lorsque j’avais vingt ans, je n’y aurais pas été préparé, je ne l’aurais probablement pas apprécié et ça n’aurait probablement pas duré. Je suis la personne la plus chanceuse au monde de pouvoir faire exactement ce que je veux faire, au moment où je veux le faire. Qu’est-ce que je peux dire d’autre ? Oui, Sixx: A.M. a changé ma vie !

Est-ce que ça t’a donné confiance en tant que chanteur également ?

[Il prend une profonde inspiration] Je ne me considère pas vraiment comme un chanteur, ce qui est drôle ! Je me considère, je suppose, comme un vocaliste. Je ne suis pas un grand fan de ma voix, pour être honnête avec toi, mais je m’y suis habitué. C’est mon pinceau, tu sais. C’est ce que j’utilise pour exprimer mes sentiments. Il y a énormément de gens là-dehors qui sont de bien, bien meilleurs chanteurs. Donc, de la confiance ? [Réfléchit] Ouais, je suppose que ça a reconfirmé que ce son qui sort de moi et ces mots que je prononçais étaient importants. Donc, de ce point de vue, le fait que les gens puissent effectivement tolérer ma voix [rires] et peut-être l’apprécier, c’est la cerise sur le gâteau pour moi, je ne savais pas si ça pouvait se produire. Donc, ouais, je suppose qu’il y a un peu de confiance là-dedans, même si je n’ai jamais vraiment pensé que je manquais de confiance à ce sujet. Je ne me suis jamais vraiment préoccupé de savoir si j’étais un bon chanteur ou pas.

Tu viens de dire que tu te considérais plus comme un vocaliste qu’un chanteur, mais, en fait, quelle est la différence ?

Eh bien, je pourrais nommer cent personnes qui sont de vraiment très, très bons chanteurs, et je n’arrive pas à la cheville d’un seul d’entre eux, mais je pense probablement pouvoir raconter une histoire mieux que la plupart d’entre eux. Je vocalise donc mes histoires. Je suppose que c’est ça la différence. Techniquement, je ne me considère pas comme un chanteur mais comme un conteur d’histoires.

« Voilà ce que j’adore à propos du metal : il a la putain de capacité de traverser les décennies ! Il ne semble pas sourciller alors que tout change autour de lui. »

Tu as écrit de nombreux hits pour d’autres groupes. Te considèrerais-tu comme une sorte de nouveau Desmond Child, dans la mesure où il est aussi un producteur, un compositeur et un musicien responsable de nombreux hits enregistrés par d’autres artistes et qui a fait un album solo ? Ou tout du moins, te sens-tu proche de lui pour ces points communs avec lui ?

Je ne me suis jamais vu comme un Desmond Child : c’est un maître. C’est un très bon ami à moi, je l’aime à mort et nous avons fait de la vraiment très bonne musique ensemble mais il est le maître et je suis l’élève, et ce sera toujours ainsi. J’aime la comparaison, le simple fait d’être mentionné dans la même phrase que lui. J’ai tellement appris de lui. J’ai davantage appris de lui que probablement de n’importe quelle autre personne dans le business de la musique ; j’ai sans doute autant appris de Nikki également. Mais je ne me vois pas ainsi, non. Je me vois toujours comme quelqu’un qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour être aussi bon que possible mais je n’ai aucun espoir de devenir aussi bon qu’eux.

Et quelle est la meilleure chose que tu as apprise de Desmond Child ?

Il est brillant, il est réfléchit, son talent est immense, il est attentionné et il m’a pris sous son aile, il m’a donné une chance, il m’a fait confiance. Je ne sais pas pourquoi, mais il a eu le sentiment qu’il pouvait me faire confiance et j’ai fait tout mon possible pour lui prouver qu’il a eu raison. Nous sommes des personnes très émotives qui manquent beaucoup d’assurance, nous avons tous des compétences et des talents, et de lui j’ai appris à cloisonner tout cela pour être le plus efficace possible. Chaque jour lorsque je vais au studio, lorsque je vais travailler avec un groupe, je me sers de choses que j’ai apprises simplement en observant Desmond. Et c’est pareil pour Nikki. Ces mecs sont des superstars ! Je ne suis pas une superstar ! Et je dis ça très respectueusement. Je suis fier de ne pas l’être, mais pour moi la différence entre quelqu’un qui a du talent et une superstar c’est que quelqu’un qui a du talent fait ce qu’il fait, il a du talent, mais une superstar a du talent dans le fait d’avoir du talent. Est-ce que ça a du sens ? Ils sont bons dans le fait d’être eux-mêmes, et ils sont bons dans le fait d’être talentueux, et ils sont très bons dans l’utilisation de ce talent pour créer d’énormes changements. Je suis déjà très content d’avoir juste du talent [rires] et de pouvoir continuer à apprendre de gens comme eux.

Abordes-tu la composition différemment dans Sixx: A.M. par rapport à lorsque tu écris ou co-écris une chanson pour d’autres artistes ?

Je crois. Nous pouvons nous en tirer en allant bien plus loin dans Sixx: A.M. car, typiquement, nous évitons la plupart des attentes et des règles qui s’appliquent en musique. Nous n’avons pas à répondre à autant de gens dans Sixx: A.M., ce qui est un luxe sympa à avoir. Nous sommes disposés à nous vautrer complètement dans Sixx: A.M. si c’est ce qui est nécessaire pour passer à l’étape suivante, alors que c’est une perspective bien trop effrayante lorsque tu travailles pour d’autres personnes – je n’ai pas ce luxe lorsque je produis ou compose pour d’autres gens. C’est donc un processus un peu différent, mais dans l’essence même, c’est toujours la même chose, c’est-à-dire de créer un honnête moment de musique.

En tant que compositeur, sur quoi portes-tu ton attention en écrivant une chanson ? Quels sont les éléments principaux que tu gardes en tête ?

L’honnêteté. Je suis un véritable observateur de la vie. Je regarde comment les gens traversent les peines de cœur, comment ils gèrent la dépression et comment ils célèbrent la joie. Je m’observe moi-même en train de faire ça mais je suis également toujours très fasciné par les histoires des autres gens. Je pense donc que, lorsque j’écris une chanson, j’ai besoin de raconter l’histoire de quelqu’un. Il est très important pour moi de raconter une histoire authentique, aussi douloureux que cela puisse être.

Mötley Crüe a décidé de s’arrêter. Est-ce que ça signifie plus d’attention sur Sixx: A.M. ?

Je crois bien que oui ! Nous allons sortir notre album Modern Vintage le 7 octobre et ce jour-là nous allons donner un concert à Los Angeles. Ce sera un concert très cool et théâtral pour célébrer la sortie de l’album le jour même. Nous allons faire une grosse annonce pour Sixx: A.M. dont tout le monde parlera… Donc ouais, nous avons des nouveaux plans qui arrivent.

Et, à ce propos, que penses-tu de la décision de Mötley Crüe ?

Je crois que c’est la bonne décision. C’est un groupe qui a eu une carrière incroyable, qui a créé un formidable héritage, et je les respecte dans leur volonté de vouloir partir au top. Je les respecte de reconnaître lorsque c’est le moment de s’arrêter. Les quatre membres du groupe ont eu un énorme impact dans la musique. Ce n’est un secret pour personne si je dis qu’il y a eu beaucoup de tensions de leur côté par le passé, mais ces mecs ont débuté comme quatre amis et ce que j’aime à propos de cette tournée, c’est que c’est à nouveau ainsi. Ils sont vraiment chacun, individuellement, en train de célébrer ce superbe héritage qu’ils ont créé et ils le font en tant que quatre amis. C’est vraiment quelque chose de génial à voir et cela me donne la chair de poule de penser qu’ils sont capables d’entreprendre cet incroyable voyage avec succès et mettre un gros point d’exclamation à la fin pour le célébrer.

Tu as récemment travaillé sur les voix avec le groupe de heavy metal Hammerfall…

Oui ! J’adore ces mecs ! Ce sont de très bons amis à moi, ouais.

Peux-tu m’en dire plus sur ton travail avec eux ?

Sur leur dernier album, j’ai produit le chant et mixé l’album, et c’était la toute première fois que je les rencontrais. Ils sont venus dans mon studio d’enregistrement à Nashville et je suis immédiatement tombé amoureux de ces mecs. Comme je l’ai dit, ce sont de très bons amis, je les aime à mort et j’adore la manière dont ils aiment la musique. Ils parlent de célébrer la musique et ils le font dans un esprit metal authentique, tu sais. Je me suis donc beaucoup amusé car ce n’est pas typiquement le genre de musique que j’écoute, mais, en revenant encore sur la notion d’honnêteté, ils sont tellement dévoués et sincères dans ce qu’ils font que rien n’y fait, tu ne peux qu’adorer ça ! Ils avaient fait la majorité des prises dans leur studio personnel et lorsqu’ils sont venus à Nashville nous avons fait les prises de chant, je crois que nous avons aussi peut-être fait quelques prises de guitare, et ensuite j’ai mixé l’album. Et ensuite, cette fois-ci, ils sont retournés travailler avec leur producteur originel pour l’album et ils sont juste venus dans mon studio à Los Angeles pour faire le chant. C’était comme une réunion de famille ! Nous nous sommes tellement éclatés ! Ils ont énormément de talent et qu’est-ce que je peux dire de plus ? C’est quelque chose que j’adore absolument !

Es-tu fan de heavy metal ?

Je ne me suis jamais vu comme un fan de heavy metal mais j’en ai certainement une grande appréciation et j’ai certainement été influencé par ça. Honnêtement, j’ai l’impression que je n’en sais pas assez au sujet de l’art véritable du heavy metal pour être une quelconque autorité dans ce domaine. C’est plus que j’en suis juste fasciné, tout comme je le suis pour n’importe quel type de musique qui se montre aussi sincère et qui possède un tel pouvoir de perduration. Je veux dire, voilà ce que j’adore à propos du metal : il a la putain de capacité de traverser les décennies ! Il ne semble pas sourciller alors que tout change autour de lui, et ça c’est vraiment quelque chose de super. C’est un type de musique vraiment cool.

Interview en face à face réalisée le 29 août 2014 par Spaceman.
Retranscription, traduction et introduction : Spaceman.
Photographies promo : Paul Brown.

Site internet officiel de Sixx: A.M. : sixxammusic.com.



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  • Peut-être à corriger dans le début de l’entretien : « …d’enregistrer sur des bandes analogues » par « … d’enregistrer sur des bandes analogiques »

    [Reply]

    Spaceman

    Bien vu, c’est corrigé 😉 Merci.

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