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Live Report   

Jamiro… quoi ? Sur Radio Metal ?!


Ce n’est plus un secret, votre serviteur, responsable des programmes de votre radio/site préféré, est très friand de funk et plus particulièrement de Jamiroquai. Les quelques coups de provoc’ avec des diffusions des tubes de la bande à Jay Kay pendant l’émission semi-hebdomadaire Anarchy X ont dû vous mettre la puce à l’oreille. J’espérais d’ailleurs, secrètement, recevoir une horde en colère criant sa désapprobation. En réalité, à mon grand dam ou bonheur – je ne me suis pas encore décidé – certains se sont mis à apprécier et même à en réclamer. Comme quoi la bonne musique est universelle aux oreilles de ceux qui savent embrasser l’univers.

Et, justement, en tant que fervents amoureux de l’univers, on ne pouvait décemment pas passer à côté du plaisir de vous faire partager un concert de ce très talentueux artiste qu’est Jamiroquai. Ne serait-ce que pour tenter d’ouvrir l’esprit des plus rustres parmi nos lecteurs et envoyer un petit air vivifiant au milieu de tout ce metal en fusion dont nous vous abreuvons chaque jour.

Ce concert de Jamiroquai qui a eu lieu à la Halle Tony Garnier le 30 novembre dernier résonnait de manière tout particulière. Non pas (uniquement) parce que cette salle fait parfois preuve d’une acoustique douteuse, mais surtout parce qu’il s’agit d’un report sur un concert qui devait se dérouler le 24 mars de cette même année, dans ce même lieu. Le groupe et toute l’équipe étaient d’ailleurs sur place mais un accident survint au cours du montage de la scène : Fabrice Mosca, un technicien de 27 ans chargé d’installer les projecteurs, est décédé suite à une chute de quinze mètres. Le groupe n’a pas eu le cœur à maintenir le show, ce qui est compréhensible, et a décidé de le reporter à une date ultérieure.

Et la date ultérieure est arrivée, tout comme un public qui est resté fidèle au rendez-vous – le concert affichant complet avec plus de douze mille personnes. Pour honorer sa mémoire, Jay Kay, le leader de Jamiroquai, n’a d’ailleurs pas manqué, dès son entrée en scène, de dédier le concert entier au jeune homme décédé quelques mois plus tôt.

Artistes : JamiroquaiAnoraak
Date : 30 Novembre 2011
Lieu : Lyon
Salle : Halle Tony Garnier

Anoraak aura manqué de chaleur…

Mais avant de rentrer dans le vif d’une soirée pleine de promesse, accordons quelques mots à la première partie. Il s’agit d’un jeune DJ dénommé Anoraak. Passons sur ce patronyme peu sexy. Anoraak se tient là, derrière sa table de mixage, au milieu de l’énorme scène et quelque peu dans l’ombre, le jeu de lumière se déroulant essentiellement au-dessus de lui, avec des spots dansant littéralement sur les rythmes sélectionnés.

Anoraak reste relativement concentré, alternativement enlève puis remet son casque, sourit de temps à autres et lève les mains pour motiver le public à rentrer dans la danse. Là est bien le souci, les mixes du DJ n’auront su toucher une audience attendant patiemment et respectueusement que le jeune homme termine sa performance. Effet donc raté, car à quoi peut bien servir un DJ s’il ne parvient pas à faire bouger le peuple ? Gageons toutefois qu’avec un tel pseudo le vent froid du public ne l’a pas transpercé.

Un roadie vient finalement taper sur l’épaule du DJ lui faisant signe qu’il ne lui reste plus que cinq minutes. Anoraak termine sa prestation, salue le public et débarrasse le plancher avec son matériel. Une grosse demi heure d’attente pour préparer la scène et, enfin, les choses sérieuses peuvent commencer avec l’arrivée de Jamiroquai.

Jay Kay : un grand artiste.

Les membres du groupe foulent les planches. Rob Harris introduit aussi tôt « Rock Dust Light Star » avec les premiers arpèges de guitares avant que Jay Kay arrive à son tour, nonchalant, avec, à la main, une tasse de café qu’il prend le temps de finir. Qui peut se permettre une telle entrée en scène avec autant de classe et de décontraction ? Dès lors, Jamiroquai se met en mode « cool » et étonne par sa simplicité. Il y a bien un écran immense en fond de scène et de belles planètes suspendues dans les airs afin d’envoyer le public dans les astres mais, pour le reste, la scène demeure sobre. Aucune extravagance vestimentaire de la part Jay Kay lui-même. Pas de toque à plume de chef indien, pourtant accessoire historique du frontman. A la place, un petit chapeau élégant et une veste verte à frange. Une production scénique qui contraste légèrement avec les tournées du groupe d’il y a quelques années où les moyens paraissaient plus importants.

Rob Harris : discret mais efficace.

Une approche donc différente et c’est tant mieux car, après tout, Jamiroquai reste fidèle à sa ligne de conduite : avec cet artiste, il faut toujours s’attende à être surpris. Depuis toujours Jay Kay vogue là où lui dictent ses envies et s’amuse avec sa musique. Une des forces du groupe en live est d’ailleurs sa propension à étirer les titres en longueur, pour le propre plaisir des musiciens sur scène et des mélomanes dans le public, et même, parfois, les revisiter avec de nouvelles interprétations. Le répertoire de Jamiroquai est en mutation permanente et c’est bien pour cela que ses concerts demeurent toujours aussi captivants. Cette tournée n’aura pas dérogé à la règle : tous les titres ou presque, hormis ceux du nouvel album, ont subi des métamorphoses ou ont été rallongés.

La scène, c’est son domaine.

Démarrage donc sur « Rock Dust Light Star », titre éponyme d’ouverture du très bon dernier album, puis direction ambiance à la Shaft avec « Main Vein ». L’album A Funk Odyssey n’est certainement pas le plus marquant mais il a le mérite de contenir ce tube irrésistible qui met instantanément la banane aux lèvres et ferait bouger un bloc de béton. Même constat pour « Cosmic Girl » et « High Times » qui suivent et renvoient à l’âge d’or du groupe. « Little L » gagne un solo de saxophone au cours d’une seconde moitié allongée et reposant sur une partie rythmique inédite de basse-batterie du plus bel effet. « Love Foolosophy », quant à elle, passe en mode « smooth jazz » pour une version lente très agréable.

Le dernier album est représenté par de très bons choix. A commencer par le titre d’ouverture précité et « White Knuckle Ride », le single qui aura eu la charge de clôturer le concert, mais aussi par un « All Good In The Hood » bien groovy et surtout « She’s A Fast Persuader », une des plus belles réussites de l’album, avec ses lignes de basses sensuelles et son ambiance mystérieuse incroyablement prenante.

On vous a dit que ce mec avait la classe ?

La palme de la surprise pourra sans conteste être décernée à un « Canned Heat » totalement revisité. Les couplets abandonnent le thème des cordes et grondent sous un effet de latence, avec une rythmique de guitare pink-floydienne dans le style de « Another Brick In The Wall ». Puis déboulent les refrains funkyfiés/acidifiés pour l’occasion ramenant le titre aux premières heures du groupe. Un exploit pour ce tube qui symbolise à lui seul le virage disco du combo décrié par tant de fans de la première heure. Au milieu, le titre gagne une partie instrumentale avec percussions et des cuivres qui reprennent le thème des cordes jusque-là oublié des couplets. Peu à peu les refrains changent d’allure et retrouvent leur forme originale. Le titre se clôture dans un esprit acid jazz avec un final en question-réponse entre des impacts de cuivres et des roulements de percussions. Brillant. Tout simplement brillant. Jamiroquai s’est adonné à un exercice périlleux mais totalement réussi qui force le respect.

Le bassiste Paul Turner : l’homme sans qui la musique de Jamiroquai perdrait son sens.

Pourtant, ceci ne semble pas avoir été du goût de tous dans la salle. En effet, le public est resté relativement stoïque devant cette performance avoisinant tout de même les dix minutes. Un constat qui peut être quasi généralisé au concert entier où l’audience ne fera que bouger machinalement sans grande expressivité. Dommage, même s’il est compréhensible que le public populaire venu essentiellement pour les tubes ait été décontenancé face à des chansons qu’il ne reconnaissait pas toujours. En outre, la setlist n’était pas là pour les rassurer car loin d’être des plus évidentes. Jamiroquai s’offre même le luxe incroyable d’occulter « Virtual Insanity » et « Space Cowboy », deux de ses chansons les plus emblématiques !

Seuls « Alright », qui a gagné un joli solo de trompette, et l’inquiétant « Deeper Underground », les deux derniers titres avant le rappel, auront réussi à réveiller la Halle. Mention toute particulière, d’ailleurs, pour ce dernier morceau lourd et gras à souhait, toujours aussi jouissif ! Le bassiste d’un groupe de grind local réputé pour son utilisation des rouleaux de papier toilette, venu en touriste et rencontré par hasard dans la foule, a même été surpris à secouer sa couenne… Le heavy metal n’a qu’à bien se tenir !

Les percussions de Sola Akingbola apportent un vrai plus.

Une chose est sûre, Jay Kay n’est pas là pour faire plaisir à la frange la plus populaire de son public. Il est là avant tout pour se faire plaisir. Un plaisir palpable et partagé par les connaisseurs. D’autant plus que les musiciens sont au top et irréprochables. Une belle section de cuivres d’un côté et un trio de choristes de l’autre offrent une vraie richesse à la musique du groupe. Un percussionniste, Sola Akingbola, et un batteur, Derrick McKenzie, propagent l’infection rythmique tandis que le claviériste, Matt Johnson et le guitariste Rob Harris posent les bases mélodiques et harmoniques.

Le rock aura offert son lot de tandems chanteur-guitariste – nous en parlions il y a peu, notamment avec le duo Lenny Kravitz-Craig Ross. Mais, dans le funk, après le chanteur, l’autre star sur qui tous les regards sont braqués, c’est le bassiste. Même s’il ne fait pas oublier le légendaire Stuart Zender aux oreilles des anciens fans, Paul Turner est un bassiste de grande classe. Gardien du temple sacré du groove, Paul, derrière ses sourires en coin, fait preuve de calme et d’élégance et assure avec un doigté de maître.

Votre guide à travers les étoiles.

En revanche, celui qui capte toute l’attention reste bien évidemment le charismatique Jay Kay, toujours en voix et d’une classe à toute épreuve, entre ses poses et ses pas de danse. Jay a bien semblé subir quelques problèmes de retours en début de prestation. C’est en tout cas ce qu’il a signifié de ses deux index en pointant les retours incriminés. Une gestuelle à ce point élégante qu’elle donnait quasi l’impression de faire partie de la chorégraphie ! Summum du professionnalisme, quelques instants plus tard, il se dirige en direction du côté de la scène tournoyant énergiquement sur lui-même, les bras écartés, pour finalement atteindre la console des retours dans le but de régler ses soucis avec l’ingénieur en charge. La manœuvre n’a pas manqué de faire sourire les choristes témoins du subterfuge mais le public, lui, n’y a vu que du feu.

En plein dans le mille !

En dehors d’un public presque totalement amorphe et quelques agaçants larsens, les seuls vrais regrets à déplorer au cours de la soirée seraient l’omission totale des deux, pourtant géniaux, premiers albums et un rappel peut-être trop court, constitué uniquement du, certes festif, « White Knuckle Ride ». Hormis ceci, Jamiroquai reste égal à lui-même avec un plaisir renouvelé à chaque apparition.

Par contre, il est clair que le concert offert aura été avant tout destiné à des personnes relativement averties. A cet égard, ceux qui attendaient un best-of avec des singles calqués sur leurs pendants studio en ont été pour leur frais et il ne serait pas étonnant qu’une certaine portion du public soit repartie déçue de la soirée. Mais qu’importe, Jamiroquai ne peut qu’être encouragé à suivre ses envies. On ne peut que tirer son chapeau face à un artiste de cette trempe qui, à l’instar de Prince dans un proche registre, conserve un tel niveau d’intégrité en refusant de se reposer sur ses acquis.

Alors les metalleux, « got funk ? »

Setlist (sous réserve) :

Rock Dust Light Star
Main Vein
Cosmic Girl
High Times
Little L
Canned Heat
All Good In The Hood
She’s A Fast Persuader
Use The Force
Feels Just Like It Should
Love Foolosophy
Traveling Without Moving
Scam
Smile (extrait)
Alright
Deeper Underground

Rappel :

White Knuckle Ride

Photos : Nicolas « Spaceman » Gricourt



Laisser un commentaire

  • WhoDoYouThinkIAm dit :

    En fait, en phase avec Pandemicus. Loin de critiquer une ouverture d’esprit saine, quelle ligne éditoriale ou plutôt quels sont les critères qui déterminent les artistes hors de la sphère metal qui ont le droit de citer ici ? Jamiroquai, Eminem, Muse. Depeche Mode qui est adoubé par la sphère rock ? Mylène Farmer ? Gainsbourg ? En fonction des goûts de la rédaction ?

    [Reply]

  • Jamiroquaï c’est Metal 😀

    [Reply]

  • A force de faire n’importe quoi ceux qui gère Radio Metal sont devenus fou. Entre l’autre qui gueule comme pas permis a chaque début de son émission les deux incompétent qui on chacun un dédoublement de personnalité; on a touché le fond….

    [Reply]

  • Bien que ce report n’ai rien à faire sur une radio spécialisée dans le métal, j’ai beaucoup de respect pour Jamiroquai et je regrette même, après vous avoir lu, de ne pas être allé le voir a Bordeaux… Du coup, merci quand même !

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  • Le Poney Qui tousse dit :

    Ça devient franchement n’importe quoi, d’abord Shakaponk, maintenant sa!

    [Reply]

    Doc'

    Tu n’as pas fini de tousser très cher Poney sur le sujet !! 😉

    Le Poney Qui tousse

    Bah je sais bien! Je remarque juste, c’est pas une critique! (Quoique)
    Perso’ je j’attends du lady gaga moi!

  • Jay Kay, si il se faisait une couleur rousse, ce serait Axel Rose !!

    Funk’n Roll !!!

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  • Bientôt Jamiroquai dans la playlist de la radio.

    [Reply]

  • @Pandemicus : ouais c’est clair, après on risque de dire que les métalleux sont ouverts musicalement, ça craint !

    [Reply]

    Pandemicus

    Hooola mon gars, j’ai pas dit que les metalleux devaient se cantonner à la seule écoute du metal. C’est juste que je voit vraiment plus l’intérêt d’animer une radio sur le metal si c’est pour embrasser tous les styles avec ferveur comme le fait avec talent Spaceman ici … faut être raccord avec sa vocation parfois.

    Tefeuck

    Allé quoi c’est qu’un article, pas une retransmission en direct du concert sur radio métal. On peut s’rassembler, entre métalleux, sur un site de métalleux, sur une radio qui passe du métal et parler d’autres genres/artistes qu’on kiff entre nous non ?
    Et pense à ces jeunes métalleux fans de BMTH, à ces jeunes fans de Metallica, ou de Slipknot pour qui « écouter tout les styles » c’est aimer le trash, le death, le nu, le grind et le symhpo. C’est tout con mais à 14 ans, quand tu vois Jamiroquai sur Radio Métal, tu vas peut-être avoir envie d’écouter, p’tète que tu vas kiffer et t’ouvrir musicalement !
    Moi j’trouve ça cool de parler un peu ici d’autres genres de musiques.

  • Je ne dirai qu’une chose : quelle abominable chemise verte.

    [Reply]

  • Mouais, c’est clair que ça à l’air d’être une bête de scène, m’enfin delà à en faire un live report sur une radio dédiée au metal … faudra juste changer de nom les mecs.

    [Reply]

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