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Chronique   

Jerry Cantrell – Brighten


L’interruption des cycles de tournées a au moins permis à nombre d’artistes de se concentrer sur le travail studio, quitte à faire renaître des projets trop longtemps repoussés ou avortés. Dans le cas du guitariste chanteur d’Alice In Chains, dix-neuf années se sont écoulées depuis sa dernière parution solo Degradation Trip (2002). L’idée de rouvrir cette parenthèse était là depuis quelque temps, le guitariste annonçant dès janvier 2020 avoir commencé à plancher dessus, suite à deux concerts solos donnés fin 2019 à Los Angeles. Il aura finalement tiré profit de la pandémie pour prendre son temps : Brighten, son troisième opus, a été enregistré en un an, de mars 2020 à mars 2021. Jerry Cantrell n’a d’autre ambition que de livrer un album de rock classique inspiré des seventies et offrir des variations du songwriting d’Alice In Chains. C’est en effet l’impression générale de Brighten : les sonorités iconiques d’Alice In Chains dans une version plus rock que grunge. Brighten laisse passer davantage de lumière.

D’une certaine manière, Brighten peut être perçu comme une œuvre collaborative. Jerry Cantrell a profité de l’assistance de Paul Fig, son ingénieur connu de longue date, et surtout de Tyler Bates, compositeur de nombreuses BO de films (L’Armée Des Morts, 300, Les Gardiens De La Galaxie, John Wick, etc.). Un habitué de la scène rock à qui l’on doit entre autres le cachet de The Pale Emperor (2015) de Marilyn Manson. Outre la coproduction, dans Brighten on lui doit aussi cordes, percussions et quelques guitares. L’album accueille en sus de nombreux musiciens pour embellir la musique de Jerry Cantrell, tels que les batteurs Gil Sharone et Abe Laboriel Jr. ou Vincent Jones au piano, orgue et wurlitzer. Il profite de certaines lignes de basse de Duff McKagan (Guns N’Roses), des backing vocals de Greg Puciato (The Dillinger Escape Plan) et de l’expérience de Joe Barresi (Tool, Queens Of The Stone Age) au mix. Un casting de prestige en somme. Les premières secondes d’« Atone » peuvent induire en erreur sur la tonalité générale de l’album : la pulsation blues dévoile un rock sombre qui pioche grandement dans le vocabulaire d’Alice In Chains, tout en étant imprégné d’une atmosphère envoûtante, désertique à l’image du clip, quasi cinématographique. Jerry Cantrell use toujours de ses syllabes prolongées qui participent beaucoup au groove. Il y a une tension qui est tout juste maintenue, comme si Jerry Cantrell cherchait à ne pas se laisser aller à la catharsis automatique. « Brighten » amplifie la comparaison avec Alice In Chains, en réempruntant certains airs et en dévoilant un rock profitant de la lenteur de ses phrasés et de ses riffs. Les élans folks de « Prism Of Doubt » écartent cependant Brighten de la comparaison systématique. Jerry embrasse des sonorités plus enjouées : l’optimisme dans la mélancolie. « Black Hearts And Evil Done » se repose lui aussi sur cette colonne vertébrale acoustique et l’irruption de chœurs féminins qui permettent à Jerry Cantrell de varier les registres sans avoir à travestir son chant.

C’est justement tout l’intérêt et le problème de Brighten. Le chant nasillard et languissant de Jerry Cantrell est une caractéristique prononcée d’Alice In Chains et Brighten en hérite inévitablement. Jerry brille lorsqu’il s’illustre dans ces tempos lents et Brighten développe une dynamique extrêmement homogène. Si agréables que soient « Had To Know » ou « Brighten », elles ont l’allure d’une face B d’Alice In Chains. Un écueil qui n’en est pas vraiment un si on considère Brighten comme l’assurance d’obtenir des compositions rock chiadées et rien d’autre. Parfois, Jerry Cantrell se montre inventif quant à certains mouvements au sein de compositions stéréotypées, à l’instar de « Dismembered » et de ses arpèges cycliques de guitares qui prennent le rôle de lead. Ses infusions blues permettent au titre de faire évoluer sa tonalité – passant de la chaleur sudiste à la grisaille de Seattle – sans devenir un agrégat maladroit. Brighten s’accorde en outre le droit de reprendre le célèbre « Goodbye » d’Elton John tiré de Madman Across The Water (1971). Le musicien avait joué du piano sur l’émouvante chanson éponyme de Black Gives Way To Blue (2009) et Jerry lui a demandé en personne s’il pouvait utiliser la reprise. Cette version de « Goodbye » est donc approuvée par le maître lui-même. Jerry en reprend l’essence, notamment son minimalisme. Quelques accords de piano et arrangements de cordes suffisent à supporter le chanteur et son phrasé subtil, sans toutefois chercher à simuler les élancées d’Elton John.

Brighten ne peut être accueilli qu’avec affection : il présente les dernières créations de l’un des personnages les plus influents de la scène rock actuelle, peu importe si les parallèles sont évidents. Brighten se parcourt aisément et hybride le blues, la folk, le grunge et le rock classique sans vraiment forcer. Il ne cherche jamais le mémorable. Seulement l’instinctif, trait d’un rock qui ne cesse jamais d’être élégant à défaut de tout emporter avec lui.

Chanson « Brighten » :

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Clip vidéo de la chanson « Atone » :

Album Brighten, sortie le 29 octobre 2021. Disponible à l’achat ici



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