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Interview   

Jesper Strömblad mène la résistance


Le guitariste Jester Strömblad est non seulement l’un des membres fondateurs du désormais incontournable In Flames, mais a également été pendant longtemps l’une de ses forces créatrices. Mais il faut croire que l’orientation du groupe ces dernières années, s’éloignant de plus en plus du death metal suédois d’origine pour aller vers un metal plus moderne et américanisé, a eu raison de sa passion pour le groupe. « Quand je commence à me sentir obligé d’aller en studio pour ensuite me forcer à écrire des trucs, je pense que c’est le moment de passer à autre chose » nous dit-il dans l’interview qui suit. Alors Strömblad a fait ses valises et s’est concentré sur un groupe qui correspond à 100% à ses désirs.

The Resistance, dont la voix n’est autre que Marco Aro, actuel hurleur chez The Haunted, renoue très largement avec un death metal plus sale et virulent, avec quelques influences hardcore. Il y a sans doute quelque chose de libérateur dans ce nouveau groupe, il y a aussi visiblement une volonté de la part de Jester Strömblad de ne plus s’encombrer de compromis.

Mais tout ça, Strömblad nous en parle, avec sincérité (que ce soit les vraies raisons de son départ d’In Flames ou le cas de son ancien bassiste Alex Losbäck Holstad), dans l’entretien qui suit.

« Pas d’histoires, pas de préproduction, pas de frustrations, rien de tout ça, juste un groupe en studio qui enregistre rapidement et ainsi parvient à capturer l’instant, le cœur et le son du groupe. »

Jester Strömblad (guitare) : Tu appelles d’où ?

Radio Metal : De Lyon en France. Est-ce que tu es déjà venu à Lyon ? Il me semble que oui…

Oui, je suis venu ici avec mon ancien groupe et on y a fait quelques concerts.

Vous avez sorti votre premier EP Rise From Treason en janvier, et maintenant, vous sortez votre premier album qui s’intitule Scars. Est-ce que ce premier EP était une manière de tester la réaction du public avant de sortir l’album ?

Non, à vrai dire. Nous étions censés enregistrer notre premier album il y a un an, mais au milieu du processus d’écriture, nous nous sommes rendu compte que nous étions en train de nous forcer pour que ce soit un album, donc nous nous sommes arrêtés. Il nous restait tout de même quelques chansons, donc nous avons gardé les meilleures et nous avons décidé d’enregistrer un EP pour notre label et aussi pour prouver au public que nous sommes bel et bien un vrai groupe. Ça fait tellement longtemps que nous existons ; nous avons fait des tournées, mais nous n’avions jamais rien sorti… Donc à l’origine, nous n’avions pas l’intention de faire un EP, nous voulions sortir un vrai album.

L’album est intitulé « Scars » [cicatrices]. Ce mot est souvent utilisé de manière métaphorique pour les blessures psychologiques. Est-ce que c’est le cas ici ? Est-ce que c’est de vos vies que vous parlez dans cet album ?

Oui. Marco [Aro], notre chanteur, est l’auteur principal de nos paroles, donc les choses dont nous parlons évoquent sa vie, les choses qu’il a vécues en termes d’addiction, qui me rappellent ce que moi j’ai vécu avec ma propre addiction. C’est donc très personnel. Tout le monde a ses cicatrices, on a nos cicatrices, et il y a aussi beaucoup de colère contre ce qui laisse ces traces, de combats, disons. C’est très personnel, et ça parle souvent de Marco.

Vous citez Entombed, Grave et Dismember comme vos influences principales. Ce sont des groupes fondamentaux et très influents de death metal old school. Est-ce que tu écoutes aussi des groupes de death metal plus contemporains ?

Oui, bien sûr. Je dirais que c’est notre influence principale… J’adore la scène old school de death metal suédois et on voulait réinventer ça en termes de son, nous avons beaucoup de chansons où on peut entendre cette influence… Mais je me tiens au courant de ce qui se fait en ce moment, bien sûr. Il y a des groupes formidables qu’on entend depuis un moment maintenant comme Cannibal Corpse, j’ai récemment découvert un groupe qui s’appelle Severe Torture, je les trouve complètement tarés et je les adore… J’essaie de me tenir au courant, mais rien ne vaut la vieille école, ces vieux albums. Ils ne parviennent jamais à retrouver les trucs qu’il y avait à l’époque, et en plus j’ai grandi en écoutant ces groupes, ce qui fait que je ne pourrai jamais retrouver ces sensations en écoutant des groupes plus récents. Même si je les aime beaucoup, je ne retrouve jamais cette impression que tu as quand tu entendais quelque chose pour la première fois il y a 20 ou 25 ans.

Est-ce que cette dimension agressive de la musique est quelque chose qui te manquait dans In Flames, puisque In Flames est devenu de plus en plus mélodique ?

Euh, je n’y avais jamais pensé comme ça. Quand j’ai commencé à écrire des chansons, c’est ce qui est sorti. J’ai toujours poussé mon ancien groupe à conserver cette influence, mais au bout d’un moment, c’est devenu un trop gros compromis à faire pour moi parce que je préfère que la musique reste simple, brutale et sale. C’était juste très naturel pour moi d’écrire des chansons comme ça, pas d’histoires, pas de préproduction, pas de frustrations, rien de tout ça, juste un groupe en studio qui enregistre rapidement et ainsi parvient à capturer l’instant, le cœur et le son du groupe d’une manière différente, pas aussi léché que ne l’était In Flames, moins mélodique. J’aime faire ceci. Je dirais qu’en ce moment, je suis dans mon élément, c’est sûr.

« A l’avenir, j’écrirai sans doute la plupart des chansons tout seul de toute façon, donc il n’y aura pas d’éléments prog dans The Resistance. »

Il y a des similitudes entre la typographie du groupe et celle d’Hatebreed. Il y a aussi des similitudes au niveau de la musique, vous jouez du death metal mais avec des influences hardcore, notamment au niveau de la voix. Est-ce que vous appréciez la musique de Hatebreed ?

Oui, personnellement j’adore Hatebreed, ils prouvent vraiment que “less is more”. Tu peux être vraiment putain de heavy sans faire des trucs très sophistiqués. Leurs chansons ne sont pas très complexes, mais elles sont tellement puissantes… J’aime ce groupe, c’est tout. Le logo… Je dirais que c’est une coïncidence. On avait cette typo et on l’a adoptée, tout simplement parce qu’elle rend bien sur les t-shirts et tout. Des gens ont dit : « Leur logo ressemble à celui de Hatebreed donc ils doivent être nazes », mais il ne faut pas juger les choses sur leurs apparences… C’est un logo, rien de plus. Oui, il y a des influences hardcore dans notre musique, évidemment, et je trouve que c’est un bon mélange de death metal, de punk hardcore et de metal de la scène de Göteborg sur certaines chansons. Donc la réponse est oui.

Au début de l’album, on peut entendre quelqu’un crier “Fire in the hole !” [« ça va péter ! »], et « Fire in the hole ! » est un avertissement pour prévenir qu’une explosion dans un espace confiné est imminente. On entend beaucoup cette expression dans les films d’action et dans des jeux vidéos comme Call Of Duty ou Counterstrike. Est-ce qu’on doit la voir ici comme une référence à ces films et ces jeux vidéos, ou est-ce que c’est seulement une accroche pour lancer l’album ?

Non, c’est rien de tout ça… Quand j’écrivais la demo de la chanson “Clearing The Slate”, je faisais des samples et des boucles de batterie pour d’autres chansons et j’ai trouvé ça, et je me suis dit « Pourquoi ne pas mettre ça au début ? » On a trouvé que ça faisait une super intro, juste « Fire in the hole ! » puis le blast beat, et c’est parti. Ça peut aussi vouloir dire que tu as mal à l’estomac et lorsque tu chies tu te dis « j’ai le trou en feu ! » Je ne sais pas, je n’y avais jamais réfléchi comme ça. C’est juste une intro cool.

À la fin d’une des chansons de l’album, on peut entendre quelqu’un crier « Fuck you ! » comme si c’était un musicien qui avait vraiment mal joué pendant une répèt’. Est-ce que c’était le cas ?

Je ne sais pas trop ce qui s’est passé, je crois que c’est le producteur qui s’occupe des voix qui a récupéré des passages coupés. C’était sans doute Marco qui avait fait une erreur ou quelque chose comme ça et qu’il était énervé, donc il a dit quelque chose comme « ugh, fuck you ! » [« merde, va te faire foutre ! »] Le producteur a donc rajouté ça à la fin de la chanson et nous nous sommes dit : « On devrait peut-être le garder comme ça, pourquoi pas ? » Marco était vraiment énervé, tu peux entendre qu’il était énervé pour de vrai donc nous nous sommes dit que c’était plutôt cool et nous l’avons gardé dans la chanson.

C’est une chouette manière de montrer comment ça se passe lors de l’enregistrement d’un album !

Oui, Marco est comme ça. Il est très passionné quand il chante. Lorsqu’il chante il donne l’impression que son cerveau va exploser. Je n’ai jamais entendu quelqu’un crier aussi fort de manière, disons, acoustique. Je m’amuse beaucoup quand je répète avec lui.

Sur un autre sujet : pourquoi Alex Losbäck Holstad a-t-il quitté le groupe ?

Parce qu’il… [il hésite longuement] Parce qu’en gros, c’était un salopard qui nous a arnaqués. Il nous a volé, volé de l’argent de certains concerts, il a fait beaucoup de choses illégales et quand nous avons découvert tout ça, ça n’a pas été possible de continuer avec lui. Nous lui avons dit : « Va te faire foutre, on t’a coincé, tu n’es plus dans le groupe et tu as de la chance que ça ne concerne pas plus d’argent », parce qu’autrement il serait en prison en ce moment… Il était juste… Nous ne pouvions pas le garder. C’est un connard et sa place est en prison. Ça me désole de devoir dire ça, mais c’est ce qui s’est passé. Je ne veux pas trop en dire parce qu’il n’est pas là pour se défendre. C’est notre version de l’histoire mais elle a été posée sur papier et c’est ce qui s’est passé. Mais nous sommes contents, nous avons un bon bassiste, maintenant. C’est devenu un membre permanent du groupe il y a quelques semaines.

Oui, et à ce propos : votre nouveau bassiste, c’est Claudio Oyarzo, le guitariste du groupe de metal progressif Minora. Est-ce que son influence prog a eu un impact sur l’écriture de l’album ?

Non, pas du tout à vrai dire, parce qu’il a rejoint le groupe après que l’album ait été enregistré. J’ai écrit tout l’album moi-même et c’est Glenn et moi qui nous sommes partagé les parties de basse pour l’enregistrement du disque, donc… Non.

OK, mais est-il possible qu’il apporte ces influences à votre musique ?

Euh, non. Je veux dire, il est seulement… Je ne vais pas dire qu’il est seulement bassiste bien sûr, mais il utilise The Resistance comme un exutoire parce qu’à la base, il vient de la scène hardcore, donc il veut garder les deux groupes très séparés. Nous n’avons pas encore écrit de chansons ensembles et, à l’avenir, j’écrirai sans doute la plupart des chansons tout seul de toute façon, donc il n’y aura pas d’éléments prog dans The Resistance.

(A propos d’In Flames) « J’en avais assez de la direction que le groupe prenait et où cela m’amenait à la fois musicalement et personnellement. […] Je serais parti de toute façon, même si je n’avais pas eu ces problèmes d’alcool ou quoi que ce soit. »

En 2012, tu as composé la bande originale du film suédois Isdraken, réalisé par Martin Högdahl. Est-ce que tu peux nous parler de ce film et de cette expérience ?

Oui, le film a eu pas mal de succès à vrai dire, il a remporté de nombreux prix, donc nous sommes très contents. C’est un film pour enfants et le réalisateur est un gros fan de metal, donc il est venu vers moi et m’a mis en contact avec un producteur qui s’appelle Daniel. On a fait toute la BO du film. Ça a été une expérience très intéressante parce qu’elle m’a obligé à faire des trucs inhabituels et plus seulement du metal : il y a des orchestrations, il y a du hip hop, du dubstep, on a dû apprendre à faire tout ça. J’ai appris à quel point c’est primordial de créer une ambiance pour certaines scènes dans un film. En tant que directeur musical sur un film, tu as énormément de possibilités pour créer la bonne ambiance pour la bonne scène. C’était un défi, mais on s’en est très bien tirés et je suis très content du résultat.

Est-ce que ça t’a plu d’écrire de la musique de genres très différents de celui auquel tu es habitué ?

Oui, vraiment ! Ça m’a plu, et j’ai aussi travaillé sur d’autres projets non metal qui vont bientôt sortir, et pour moi c’est génial parce que j’aime beaucoup explorer tous les territoires musicaux et ne pas me contenter d’être un guitariste de metal. C’est ma principale activité bien entendu et c’est vers quoi penche mon coeur, mais c’est très amusant d’explorer d’autres domaines musicaux. Donc c’est parfait. J’ai un studio chez moi et j’y travaille toute la journée, j’ai un groupe, nous pouvons choisir ce que nous jouons, j’en suis donc où j’ai voulu en être depuis très longtemps. C’est aussi pour ça que j’ai quitté In Flames : je ne voulais pas passer autant de temps en tournée. Je veux être en studio, parce que c’est ce processus que j’aime le plus.

Tu as aussi quitté In Flames en 2010 pour pouvoir suivre un traitement pour ton addiction à l’alcool. Est-ce que je peux te demander comment ça va maintenant ?

Oui, ça va très bien ! Ce n’était pas si terrible que ça en avait l’air, en fait. Je ne suis jamais allé en désintox ou quoi que ce soit ; il fallait juste que je m’éloigne de cette sorte de cirque qui va avec le fait d’être dans un groupe important. J’ai fait un burn out. J’ai juste pris un an de vacances, j’ai arrêté de boire et maintenant je vais bien.

OK, mais Anders Fridén a en plus déclaré dans une interview que ça n’allait plus très bien entre vous deux… Est-ce que ça signifie que ton départ n’était pas seulement lié à ce dont on vient de parler ?

Non, je dirais que ça, c’était la version officielle, mais c’était aussi parce que j’en avais assez de la direction que le groupe prenait et où cela m’amenait à la fois musicalement et personnellement. J’ai gagné beaucoup d’expérience à tourner dans le monde entier, mais oui, nous ne sommes jamais parvenus à vraiment bien nous entendre avec Anders, et quand je commence à me sentir obligé d’aller en studio pour ensuite me forcer à écrire des trucs, je pense que c’est le moment de passer à autre chose. C’est la raison principale qui a conduit à mon départ. Je serais parti de toute façon, même si je n’avais pas eu ces problèmes d’alcool ou quoi que ce soit. J’avais besoin de prendre du recul et de retrouver ma passion pour la musique, parce que c’est la musique, et pas l’argent ou le succès, qui m’a toujours conduit. Je veux juste jouer dans un groupe que j’aime vraiment et c’est ce que je fais en ce moment, donc je suis très heureux de cette situation.

Interview réalisée le lundi 20 mai 2013 par téléphone.
Traduction : Chloé
Introduction : Spaceman

Page Facebook de The Resistance : The Resitance

Album Scars, sorti le 10 mai 2013 via earMusic.



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