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Tribune   

Joe Satriani : hommage à Gérard Drouot


Gérard Drouot nous a quittés à l’âge de 69 ans. Fondateur de Gérard Drouot Productions, pierre angulaire de la production de spectacles en France (AC/DC, Leonard Cohen, Bruce Springsteen…), Gérard restera dans la mémoire collective comme un grand professionnel et, bien plus encore, comme un homme au grand cœur. Nous avons souhaité donner la parole à Joe Satriani, l’une des figures importantes de l’univers GDP, afin d’évoquer le lien particulier qui les unissait.

« Le décès de Gérard m’a profondément touché. Je me suis d’ailleurs exprimé sur les réseaux sociaux, le 11 janvier dernier, parce que Gérard a été une personnalité très importante dans ma carrière de guitariste. Ma première rencontre avec lui remonte à l’été 1988, il y a déjà 34 ans. A ce moment, nous cherchions un promoteur en France pour nous aider à nous produire sur scène. C’était le tout début de ma carrière solo et j’étais encore un inconnu. Gérard m’a pris sous son aile et a toujours cru en moi. En plus de son extrême gentillesse, c’était un très grand professionnel. Le fait est qu’à l’époque, il fallait être assez visionnaire pour penser qu’un guitariste instrumental comme moi pouvait tirer son épingle du jeu.

Ce que je faisais en live, à la fin des années 80, n’était pas franchement populaire. Je ne portais pas de cuir, je n’avais pas les cheveux longs et mon but n’était pas de jouer le plus vite possible. Je ne rentrais dans aucune case et, malgré cela, Gérard avait compris que ma musique pouvait quand même toucher le public. Ce que nous faisions était spécifique et ne pouvait pas vraiment être étiqueté. Gérard y a cru parce qu’il sentait particulièrement bien les choses. Pour moi, l’une de ses principales qualités en tant que professionnel de la musique était de pouvoir sentir le pouls de ce qui peut séduire les gens. Il avait cette intuition-là par rapport à l’attente du public.

Lorsque nous avons démarré notre collaboration, il est très clair que c’était un sacré défi pour lui. Parce que j’étais totalement nouveau dans la scène. Et ce même si mon deuxième album sorti en 1987, Surfing With The Alien, était en train de connaître un vrai succès. Je tournais avec Mick Jagger, le disque entrait au Billboard et tout allait bien. Mais le monde de la vente de tickets est complètement différent de celui des ventes d’albums ! Les promoteurs locaux ont besoin de savoir que vous, en tant qu’artiste, avez une connexion profonde et spéciale avec votre public. Gérard a pris un risque financier pour que je puisse me produire en France et j’ai toujours respecté cela. En tant que musicien, vous avez besoin de personnes comme lui qui croient en vous… Mon premier concert en France était à l’Elysée Montmartre, à l’été 1988. Un concert qui affichait complet et dont je me souviens parfaitement. Notamment parce que j’avais joué quelques jours avant à Montreux, en Suisse, lors d’un concert qui, lui, avait été un magnifique désastre !

Gérard a fait partie de mes mentors et je ne l’oublierai jamais car il a énormément fait pour moi. Pas seulement sur le plan professionnel d’ailleurs car il a largement contribué à me faire découvrir la culture française dans son ensemble. Je vais te raconter une anecdote qui résume bien qui était Gérard. Il y a longtemps, je me suis produit aux arènes de Nîmes. Un lieu magnifique où, de mémoire, je faisais la première partie de Toto. J’étais en développement en France et Gérard m’avait réservé un accueil de haut standing car c’était quelqu’un d’extrêmement chaleureux. Avant le concert, il m’avait même dit : « Dès que tu as fini le show, tu cours à ma voiture et je vais t’emmener dans un restau incroyable ! » Le concert se termine, je saute dans la voiture et nous voilà partis en roulant comme des fous, pendant plus d’une heure sur l’autoroute, vers un restaurant qui faisait aussi spa ! La nourriture fut dingue, la météo fantastique, et cette soirée m’a marqué parce que j’avais vraiment le sentiment de compter pour lui. Il n’était en rien obligé de faire tout ça… Surtout quand tu as un groupe comme Toto en tant que tête d’affiche. Mais, tout simplement, il prenait du plaisir en nous faisant plaisir.

J’avais un lien très fort avec Gérard parce que, pour moi, les rapports humains sont très importants. Je considère faire partie d’une famille et Gérard faisait partie de cette famille. A mes yeux, il est impossible de travailler avec des personnes que l’on n’apprécie pas. De toute façon, et ce depuis la première fois où je l’ai rencontré, à chaque fois que je pense à Gérard, un grand sourire apparaît sur mon visage. Tu sais, le music business peut être fou. Néanmoins, rien n’a jamais interféré dans notre relation, qui a toujours été privilégiée. Nous avons toujours pris le temps de rire et d’apprécier tout ce qui fait le sel de la vie. Mais tout ça ne se limitait pas à ma petite personne. Gérard avait toujours une attention aussi bien pour mon groupe que pour mon crew. Il respectait tout le monde. »

Propos recueillis par téléphone le 31 janvier 2022 par Amaury Blanc.



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  • Non seulement il a ce don incroyable dans la maîtrise de la guitare mais en plus il est à la fois humble et humain ! C’est pas pour rien que Satch a conservé cette affection de son public toute ces années (dont je fais partie !) 2022 démarre très bien avec les deux figures majeures de la guitare shred avec Joe et Steve…

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  • émouvant témoignage de satch pour Gérard Drouot, un business man pétri d’humanité

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