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Interview   

Joe Stump : lumière sur le Shredlord


Tout juste avons-nous raccroché avec Graham Bonnet que nous enchaînons directement avec Joe Stump, qui tuait le temps sur sa guitare en attendant notre appel… Comme toujours ! Cet amoureux de la six-cordes a toujours à portée de main ou entre les mains une de ses Stratocaster (ou ESP imitation) et c’est d’ailleurs comme ça qu’il est parvenu à devenir l’un des shreddeurs les plus talentueux de sa génération. C’est aussi le meilleur conseil que cet enseignant au prestigieux Berklee College Of Music puisse donner à ses élèves : jouer, jouer et encore jouer. Et peut-être regarder une ou deux vidéos de Ritchie Blackmore, Yngwie Malmsteen ou Michael Schenker… Car c’est bien en marchant dans les pas de ces derniers qu’il s’est construit son style metal néoclassique, agrémenté de nervosité blues. Pas étonnant qu’on le retrouve aujourd’hui aux côtés de Graham Bonnet, justement, pour ressusciter Alcatrazz.

C’est donc pour nous parler de sa rencontre avec les historiques d’Alcatrazz, de son rapport au groupe – et à ses anciens guitaristes – et du nouvel album Born Innocent que nous l’avons joint, mais aussi et surtout pour faire plus ample connaissance avec celui qui se fait appeler le Shredlord. Entre influences européennes versus américaines et art du shred, voici un tour d’horizon de qui est Joe Stump.

« Je suis une sorte de croisement entre Yngwie et Ritchie Blackmore, en plus metal et plus méchant ! J’étais vraiment convaincu d’être la personne parfaite pour remplir ce rôle. »

Radio Metal : Comment vas-tu ?

Joe Stump (guitare) : Je vais plutôt bien, je n’ai pas à me plaindre. Bien sûr, la scène et les tournées me manquent. Mais je suis actuellement au Berklee College Of Music. C’est moi le spécialiste du metal et du shred ici. Comme tous les cours sont assurés à distance, je travaille et je joue encore beaucoup. Je n’ai pas à me plaindre.

Tu participes à la résurrection d’Alcatrazz depuis environ un an et demi, et vous sortez Born Innocent, le premier album du groupe en trente-quatre ans. Tout d’abord, comment s’est passé le premier contact avec Graham Bonnet, Jimmy Waldo et Gary Shea ?

J’étais en vacances à Austin, au Texas. De mémoire, c’était en janvier 2019. J’ai reçu un e-mail de Giles [Lavery] disant : « On relance Alcatrazz et on voudrait que ce soit toi le guitariste. Ça t’intéresse ? » J’ai répondu : « Absolument ! » Il m’a alors donné le numéro de Jimmy avec qui j’ai discuté plus d’une bonne heure. Nous nous sommes ensuite parlé régulièrement au téléphone Jimmy et moi, jusqu’à ce que j’aille plus loin et commence à jouer avec le groupe. Je connaissais déjà très bien l’album No Parole que, bien sûr, j’adorais ! C’est un de mes disques préférés et je suis un grand fan d’Yngwie [Malmsteen], donc je connaissais déjà la plupart des chansons. Ils m’ont demandé d’interpréter une grande partie des solos emblématiques que j’avais déjà joués auparavant. Donc quand j’ai rejoint les gars pour jouer avec eux, ce n’était pas vraiment une audition. Le fait que ça allait fonctionner entre nous était déjà plutôt acquis. Ce que j’ai fait, c’est que je suis arrivé en avance et j’ai joué un peu avec Jimmy et Mark [Benquechea]. Nous avons fait tourner quelques chansons et ça sonnait déjà super bien rien qu’à nous trois. Ensuite, Graham est arrivé et nous en avons joué quelques-unes de plus. Graham voulait surtout me rencontrer en personne et il a tout de suite été très content. Tout est parti de là. Je crois que le premier concert que nous avons fait ensemble était en Europe, en mars de l’année dernière. Nous avons fait une série de dates en Finlande puis dans différents coins de l’Europe. Tout s’est vraiment super bien passé.

Dans Alcatrazz, tu succèdes à Steve Vai et Yngwie Malmsteen, deux immenses guitaristes qui sont en quelque sorte devenus des légendes. Même si tu es toi-même un grand guitariste, est-ce que ça t’a mis la pression ?

Non, je ne le vois pas vraiment comme de la pression. Il s’agit plutôt d’être à la hauteur, dans la mesure où Alcatrazz est réputé pour son de jeu de guitare de haut vol, surtout sur les deux albums avec Yngwie et Steve. Je n’ai jamais vraiment écouté Dangerous Games, le troisième album, mais c’était plutôt un disque AOR commercial. Donc non, je n’ai vraiment pas ressenti de pression. C’est aussi parce que le groupe cherchait quelqu’un qui soit vraiment capable de jouer toutes les parties d’Yngwie, bien sûr, ainsi que toutes les parties de Blackmore [sur les chansons de Rainbow]. Ce qui correspond plutôt à mon style de jeu… Je suis une sorte de croisement entre Yngwie et Ritchie Blackmore, en plus metal et plus méchant ! J’étais vraiment convaincu d’être la personne parfaite pour remplir ce rôle. Je n’ai donc vraiment pas senti de poids sur mes épaules. Dès que je joue, que ce soit avec mon groupe solo en live ou autre, il y a toujours des tonnes de guitaristes qui font des vidéos avec leur téléphone et qui surveillent chacun de mes mouvements. J’ai plutôt l’habitude d’être constamment observé au microscope, particulièrement quand je joue au Berklee College pendant des master class. Je suis donc relativement familier avec le fait qu’on analyse chaque détail de mon jeu de guitare.

Yngwie Malmsteen a été influencé par Ritchie Blackmore. Tu as été influencé par Yngwie et Ritchie. Penses-tu que c’était ton destin de finir par jouer avec quelqu’un comme Graham Bonnet ?

Oui, c’était parfaitement logique. C’était genre : « Je me demande pourquoi tu ne m’as pas trouvé plus tôt ! » Je suis également un énorme fan de Schenker et quand Graham a fait l’album Stand In Line [avec Impellitteri] il y a des années, c’est là un autre album que j’ai beaucoup aimé. Il leur fallait quelqu’un capable de jouer tous les morceaux de Blackmore et de Schenker de manière très convaincante, ce qui est mon cas parce que ce sont deux de mes guitaristes préférés. Il leur fallait aussi quelqu’un capable de jouer les vieux morceaux d’Impellitteri sur lesquels Graham a chanté, quelqu’un capable de jouer ridiculement vite. J’avais ça aussi dans mes cordes. C’était vraiment amusant pour moi parce que je joue des musiques issues de tous ces albums qui étaient très importants dans ma discothèque, que ce soit Down To Earth, Assault Attack, No Parole ou Stand In Line. C’est pile-poil mon domaine.

« Même si je suis américain, je ne joue pas comme les guitaristes américains. Je joue bien plus comme un Européen, parce que tous mes guitaristes préférés sont européens. Je dis toujours que le seul Américain que j’écoute, c’est Hendrix ! »

Alcatrazz joue effectivement pas mal de chansons de Rainbow, d’Impellitteri, de MSG, en plus de celles d’Alcatraz. Comment abordes-tu cette tâche, le fait de t’attaquer à autant de guitaristes légendaires, et parfois différents ?

Nous ne jouons aucun morceau d’Alcatrazz de l’époque Vai. Avec tout le respect que je dois à Alcatrazz et Steve, je n’ai jamais été un grand fan de Disturbing The Peace. Même si je trouve que c’est une œuvre musicale extraordinaire et que Steve est extraordinaire. Ce n’est tout simplement pas un album que j’écoute. Mais sur tous les morceaux de Schenker, que ce soit les trucs shred ou plus rapides, ou bien des morceaux comme « Desert Song » qu’Yngwie jouait aussi en concert, je joue vraiment dans l’esprit de Michael, j’utilise la wah-wah, je m’imprègne de l’atmosphère, etc. Ensuite, les morceaux de Blackmore, plutôt que de faire du shred dans tous les sens, j’ai tendance à jouer vraiment comme Ritchie le ferait, si ce n’est en étant peut-être un peu plus agressif. Tout ceci me vient très naturellement, vu que Michael et Ritchie sont deux de mes guitaristes préférés et deux de mes héros, avec Yngwie.

Tu as joué la majorité, si ce n’est l’intégralité, de l’album No Parole From Rock ‘n’ Roll en live avec Alcatrazz, donc tu dois vraiment le connaître par cœur maintenant. Comment analyses-tu le jeu du jeune Yngwie sur cet album ?

Quand j’ai entendu parler d’Yngwie, il faisait l’objet d’une mise en avant dans le magasine Guitar Player, et j’ai lu ce qui était dit à son sujet. Il avait les mêmes influences que moi : Ritchie Blackmore, Al Di Meola, Uli Jon Roth, Michael Schenker, Bach… Donc quand j’ai eu l’album No Parole, nombre des idées m’étaient familières, car il y avait pas mal d’influences d’Uli et de Blackmore sur cet album. Je trouve que certains solos sur ce premier album sont tout simplement brillants dans leur composition et on peut vraiment entendre cet aspect du jeu d’Yngwie, l’influence d’Uli et de Blackmore, et bien sûr, il sonne quand même comme Yngwie, car il n’y a qu’un Yngwie ! Mais oui, j’adore cet album et même avant que je ne commence à jouer dans le groupe, je jouais certains de ces solos pour m’amuser quand je m’entraînais. Tout d’un coup, je commençais à jouer « Kree Nakoorie », « Jet To Jet » ou « Too Drunk », rien que pour m’éclater.

Tu as toujours été comparé à Yngwie en raison de ton style et du type de matériel sur lequel tu joues. Même si tu as d’autres influences, ça fait que Born Innocent est plus proche du style originel d’Alcatrazz, celui de l’album No Parole From Rock ‘n’ Roll. Est-ce l’état d’esprit avec lequel tu as fait cet album ou est-ce que ça s’est fait de manière organique ?

Ça s’est fait de manière assez organique parce que j’écoutais Yngwie et le style de jeu européen à la guitare. Pour moi, tous ces gars sont mes héros : Yngwie, Ritchie Blackmore, Uli Jon Roth, Michael Schenker, les premiers disques de Gary Moore. Même si je suis américain, je ne joue pas comme les guitaristes américains. Je joue bien plus comme un Européen, parce que tous mes guitaristes préférés sont européens. Je dis toujours que le seul Américain que j’écoute, c’est Hendrix ! Donc, pour ma part, ça s’est fait de manière très organique. Ils voulaient retrouver le feeling de l’album No Parole, qui bien sûr est très naturel pour moi, mais ils voulaient aussi que ce soit un peu plus méchant et heavy, donc j’ai également apporté cet aspect. Il y a une chanson comme « Polar Bear » qui est plus un morceau de hard rock et qui sonne dans la veine du vieux Alcatrazz ou Rainbow, mais on retrouve également d’autres chansons que j’ai écrites, comme « London 1666 » et « Body Beautiful », qui sont bien plus heavy.

Graham est connu pour sa relation avec de grands guitaristes. Comment décriais-tu ton lien artistique avec lui jusqu’ici ?

Ça fonctionne très bien. Graham est très flatteur au sujet de mon jeu, ce qui en dit long. Il dit en interview : « Joe est l’un des meilleurs guitaristes avec qui j’ai travaillé. » Donc bien sûr, c’est un super compliment, parce qu’évidemment, Graham a travaillé avec Blackmore, Yngwie, Michael Schenker… Il a aussi travaillé avec un autre guitariste, Walter Giardino de Rata Blanca. Il a brièvement fait quelques concerts avec lui en Amérique du Sud. C’est un ami à moi. Walter est presque mon frère sud-américain, car il a un jeu très similaire au mien, très inspiré par Blackmore et Yngwie. Je suis fan de Chris Impellitteri aussi. Donc c’est génial que Graham me mette dans la même catégorie que ces grands musiciens. La majorité de ce que je compose, je le lui présente et ensuite il fait son truc avec. Je compose des choses qui sont très inspirées par tous mes héros, tandis que lui compose avec une sensibilité pop, vu qu’il adore les Beatles, les Beach Boys et ce genre de truc. C’est donc une combinaison intéressante.

« Quand les gens partent du principe que quand on joue très vite, on ne sait pas jouer lentement ou qu’on ne peut pas avoir de feeling, c’est une idée fausse. […] Ce n’est pas parce que quelque chose est rapide qu’il y a moins de crédibilité musicale. »

Il y a énormément de contributeurs extérieurs dans Born Innocent – Chris Impellitteri, Bob Kulick, Nozomu Wakai, Steve Vai, etc. Malgré tout, comment es-tu parvenu à y mettre ta patte, en particulier sur les chansons écrites par d’autres guitaristes ?

Je pense vraiment avoir réussi à mettre ma patte là-dedans, comme sur les solos shred assez dingues, à haute vélocité, même s’il y a aussi des trucs que je joue et que personne ne devinerait que c’est moi. J’aime bien aussi jouer avec le vibrato, je trouvais ça sympa. Il y a Bob Kulick qui a joué deux ou trois petits trucs, mais sur les morceaux qu’il a écrits, c’est moi qui joue tous les solos et toutes les parties rythmiques. Même si je n’ai pas écrit ces chansons, c’était quand même amusant de jouer dessus. Et même s’il y a un paquet d’invités, je crois que j’apparais sur dix des quinze morceaux. Ils ont eu l’idée de faire appel à tous ces invités spéciaux bien avant que j’arrive. Ils étaient en train de réfléchir à cette reformation d’Alcatrazz et ils ont dit : « On va inviter un tas de gars liés au passé de Graham, ça aidera à mieux promouvoir l’album. » Rétrospectivement, je ne sais pas s’ils auraient eu autant d’invités si j’avais été embarqué dans le groupe plus tôt, avant qu’ils ne manigancent tout ça.

Steve Vai, qui a joué sur l’album Disturbing The Peace, a aussi écrit la chanson « Dirty Like The City » sur Born Innocent et c’est assez différent de ton style habituel…

Encore une fois, Steve est génial et c’est une légende. Il a changé la donne en matière de guitare et je trouve que c’est un musicien phénoménal, mais ce n’est pas quelqu’un que j’aime écouter personnellement. Ce qui ne veut pas dire que je ne le trouve pas extraordinaire. Quand j’ai dû jouer « Dirty Like The City », ils m’ont envoyé la piste de Steve et c’était vraiment un défi pour moi, vu que je ne joue pas du tout comme ça, mais dès que tu relèves un nouveau défi musical, ça fait de toi un meilleur musicien. J’ai donc relevé le défi et j’ai essayé de faire du mieux possible pour jouer les parties de Steve. J’ai conservé la personnalité du jeu de Steve, tout en apportant la mienne. Evidemment, on peut entendre que c’est quelque chose que Steve a écrit, mais j’ai une approche bien plus metal et agressive et ça transparaît également. Steve est une légende et il a un style tellement personnel… J’ai voulu rendre justice à ce morceau.

Quand tu étais étudiant à Berklee, tu étais voisin avec Steve Vai. Avais-tu des contacts avec lui à l’époque ?

Oui, j’étais ami avec lui à l’époque. Nous avons tous les deux intégré Berklee quand nous avions dix-sept ans et nous venions du même coin à New York. Nous étions donc amis. Ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu ou que je ne lui ai pas parlé, mais nous avons des connaissances communes et quand ils se retrouvent en coulisse, par exemple sur la tournée Generation Axe, Steve leur dit : « Eh, saluez Joe de ma part ! » Des choses comme ça.

Tu as fait du shred ton style de jeu de prédilection et tu le revendiques toi-même en te faisant appeler le Shredlord. Qu’est-ce que tu aimes tant dans le shred ?

Le shred n’est qu’un terme pour dire qu’on joue de manière technique et vite. Il y a une niche de fans et de musiciens très spécifique qui aime ce genre de choses. Malgré tout, même avec mes albums solos, il faut faire de la musique avec ; ça reste de la musique. Tous mes morceaux ont des riffs qui tuent et des mélodies sympas, que ce soit des instrumentaux ou des morceaux chantés. Ce n’est pas que des stupides exercices de guitare, c’est de la musique ! J’aime faire les deux. J’aime faire des albums instrumentaux ou solos, notamment pour mes fans, car il y a bien sûr plein de musiciens dans ma communauté de fans, mais j’aime aussi faire des albums vocaux. Mais déjà quand j’étais jeune, j’adorais les musiciens qui jouaient vite. A l’époque, dans les années 70, Rtichie Blackmore était un guitariste très technique, que ce soit dans Rainbow ou Deep Purple. Et aussi Michael Schenker, le Gary Moore des années 80 et Al Di Meola. Même avant qu’Yngwie n’arrive, j’ai toujours adoré tous ces gars qui jouaient avec beaucoup de technique et extrêmement vite, et j’ai aussi toujours adoré les gars qui jouaient dans une tonalité mineure plus sombre, ce qui correspond à un style bien plus classique et européen. J’écoutais les premières musiques de Gary Moore, Michael Schenker et Rainbow plutôt que Van Halen. Je suis d’accord pour dire que les premiers albums de Van Halen sont épiques et géniaux, mais je préférais écouter Corridors Of Power plutôt que Van Halen I et II.

Qu’est-ce qui t’a mis une guitare entre les mains à l’origine ?

Quand j’étais gamin, je regardais l’émission de Johnny Cash, celle de Glen Campbell et toutes ces émissions à la télévision aux Etats-Unis. Il y avait tous ces gars qui jouaient de la guitare et je trouvais ça cool. J’ai joué un petit peu quand j’avais dix ans, mais ensuite je me suis davantage intéressé au baseball et à d’autres choses, donc j’ai arrêté. J’ai repris la guitare à treize ou quatorze ans, et j’ai été accro depuis lors.

« Je suis presque une version plus technique, rapide, méchante, rentre-dedans et agressive de Ritchie Blackmore. »

Je vais te poser la même question que j’ai posée à Yngwie Malmsteen il y a quelque temps. Le célèbre musicien de jazz Miles Davis a dit : « Ne cherchez pas à jouer plein de notes. Il suffit d’en trouver une qui soit belle. » Que penses-tu de ce conseil ?

Miles était le roi du minimalisme. Mais quand les gens partent du principe que quand on joue très vite, on ne sait pas jouer lentement ou qu’on ne peut pas avoir de feeling, c’est une idée fausse. Pour moi, une démonstration de vitesse est aussi la démonstration d’un type d’émotion. Ce n’est pas parce que quelque chose est rapide qu’il y a moins de crédibilité musicale. Ce que je joue est un reflet des musiciens qui m’inspirent. J’adore écouter du violon classique rapide. J’aime les concertos pour violon de Tchaïkovski, par exemple. J’aime Vivaldi, Paganini ou certains des morceaux plus rapides au clavecin de Bach. Le fait que ce soit flamboyant ne signifie pas que c’est moins musical. L’Hiver de Vivaldi n’est pas moins musical qu’un requiem plus lent ou un morceau de Miles Davis.

Tu as en fait répondu à ma prochaine question : c’est une fausse idée quand les gens opposent shred et émotion, ce qu’ils font souvent…

Oui, quelqu’un qui ne connaît rien de mon jeu ou n’a pas beaucoup entendu ma musique supposerait : « Joe Stump vient des Etats-Unis, c’est un peu la réponse américaine à Yngwie. Il joue extrêmement vite et il joue exactement comme Yngwie. » C’est vrai, je joue extrêmement vite. Dès qu’on joue dans un style néoclassique et extrêmement vite, on est forcément comparé à Yngwie, et ça ne me pose aucun problème. Tous ceux qui m’interviewent me demandent : « Est-ce que ça te dérange qu’on te compare constamment à Yngwie ? » Je réponds : « La dernière fois que je l’ai écouté, Yngwie était sacrément bon, donc ça ne me dérange pas ! » Dans plein d’albums solos, j’ai également de belles ballades qui sont très émotionnelles et très inspirées par Blackmore et Gary Moore. J’ai aussi des choses qui sont très agressives et issues d’écoles différentes dans le metal, donc j’ai un vocabulaire musical très vaste.

Une fois, tu as déclaré que « Yngwie a pris plein de choses à Ritchie Blackmore et les a boostées, [que tu as] pris plein de choses d’Yngwie et les [as] boostées ». Ce qu’Yngwie joue est déjà assez spectaculaire et ça peut être difficile pour des non-musiciens de faire la différence en termes de technique. Du coup, dans quelles directions as-tu poussé les choses, selon toi ?

Sur certains phrasés en picking, je pense, et peut-être certains arpèges qui sont un peu plus extrêmes. Je ne sais pas si c’est tellement plus extrême, techniquement parlant, c’est juste ma manière de faire. Mais j’adore écouter Yngwie ! Rien ne peut battre ce qu’il a fait à ses débuts, comme l’album de Steeler, celui d’Alcatrazz ou son premier album solo. J’adore. J’ai plein de bootlegs de lui jouant à cette époque, ainsi qu’à d’autres époques. Encore aujourd’hui, il joue comme un dingue, il sonne toujours super et je trouve ça toujours inspirant de l’écouter et de jouer ses morceaux. Mais en comparaison, la musique que je fais a tendance à être plus sombre, méchante et agressive. Blackmore utilisait des gammes comme la gamme mineure hongroise et je l’utilise pas mal aussi. J’ai moi-même boosté des choses chez Blackmore et j’ai emmené ça à un autre niveau. J’ai ce côté rock bluesy, méchant et agressif, façon bulldozer que Blackmore et Gary Moore avaient. Je ne me compare pas à eux, mais j’ai ce côté rock agressif dans mon jeu. Je n’ai pas autant de finesse qu’Yngwie. Je suis presque une version plus technique, rapide, méchante, rentre-dedans et agressive de Ritchie Blackmore, même s’il est clair que je joue aussi des choses qu’Yngwie m’a inspirées. Mais ça dépend. Par exemple, dans le morceau « I Am The King », le premier solo sonne très oriental, un peu à la manière de Blackmore dans Rainbow, alors que le solo de fin est très bluesy et me rappelle le jeu d’Uli Jon Roth ou de Michael Schenker.

Les gens ont cette image des shredders, en particulier lorsqu’ils pensent à Yngwie Malmsteen, qui se prennent très au sérieux. Mais il semblerait qu’il y ait une part d’humour dans ton approche. Il suffit de regarder les titres de tes albums solos : Supersonic Shred Machine, Revenge Of The Shredlord, Speed Metal Messiah… Aimes-tu t’amuser et te moquer de cette image « exagérée » ?

Je suis d’accord, j’ai un vrai côté exagéré mais j’ai commencé à nommer mes albums ainsi, comme Guitar Dominance! ou Night Of The Living Shred, et c’est ensuite devenu un thème récurrent chez moi. Evidemment, je ne me prends pas trop au sérieux. Je suis très sérieux quand il s’agit de jouer de la guitare, j’adore ça et je m’y consacre énormément, mais je ne me prends pas énormément au sérieux. La chose la plus dure pour moi quand je fais un album solo, c’est le fait de trouver comment le nommer, parce que je ne peux pas lui donner un nom normal, genre le titre d’un morceau par exemple. Il faut que ce soit un truc rentre-dedans et pompeux rappelant l’esprit de tous les albums passés.

Certains de ces titres sont des clins d’œil à des classiques du cinéma : Night Of The Living Shred and 2001: A Shred Odyssey. Es-tu un mordu de cinéma ?

Un peu, mais Night Of The Living Dead n’a jamais été un de mes grands films. Et je me souviens quand j’étais gamin et que me mon père m’a emmené voir 2001 : L’Odyssée De L’Espace, je me suis ennuyé ferme, je ne comprenais pas ce qui se passait ! Donc je ne me considèrerais pas comme un grand cinéphile, mais j’aime bien regarder des films et il y a certains films que je pourrais te citer qui sont mes préférés. Mes titres d’albums étaient plus des jeux de mots que pour montrer mon appréciation du cinéma [petits rires].

« Si tu joues deux heures, alors tu devrais jouer quatre heures. Si tu joues quatre heures, alors tu devrais jouer six heures. Tu peux prendre tous les cours de musique que tu veux ou regarder toutes les vidéos éducatives que tu veux, il n’y a pas de secret : plus tu joues, plus vite tu t’amélioreras. »

Jouer dans un groupe avec un chanteur doit évidemment être très différent de jouer sur des morceaux instrumentaux, comme tu l’as fait la majeure partie de ta carrière, et même s’il y a pas mal de shred dans Born Innocent, tu n’en fais pas autant que tu en as l’habitude sur tes albums solos. As-tu l’impression de te restreindre dans Alcatrazz ?

Je ne suis vraiment pas obligé de me restreindre tant que ça parce que je joue de longs solos pendant les concerts. Il y a toutes les musiques d’Impellitteri et d’Yngwie, plus les morceaux de Schenker comme « Rock You To The Ground » et la fin de « Desert Song », qui ont de longues sections solos, et quand nous démarrons, nous lâchons un gros accord et je pars dans en solo pour lancer le concert. Quiconque m’a vu lors d’un de nos concerts avec Alcatrazz ne dirait pas du tout que je me restreins sur mon jeu [petits rires]. Mais je suis d’accord, je laisse de la place pour le chant de Graham. Je joue des trucs entre les moments où il chante, comme Yngwie le ferait, mais jamais je n’empièterais sur son chant ou jamais je ne partirais en shred constant quand il essaye de chanter une mélodie vocale. Il faut respecter la musique et le morceau. Malgré tout, j’arrive à trouver plein d’espace, et j’aime faire les deux. En plus, quand on joue des musiques chantées, on tient les accords et les parties rythmiques quand on n’est pas en train de faire le solo, et ça offre plein d’occasions de faire des performances sympas. Je fais tous les mouvements de Blackmore, que ce soit le fait de balancer ma guitare en l’air, courir devant les amplis ou les retours, frapper les accords ou me mettre à genoux. Alors que lorsque je fais un concert solo, il y a plein de parties qui sont tellement chargées et complexes à la guitare que je n’ai pas tellement l’occasion de faire ça.

Tu disais tout à l’heure que tu jouais plus comme un Européen. Quelle est la différence entre les écoles européenne et américaines de guitar heroes ?

Déjà je dirais qu’Yngwie est le lien entre les guitaristes européens légendaires et ce qui allait ensuite devenir le shred. Ensuite, la plupart des guitaristes américains – Eddie Van Halen et tous les guitaristes post-Van Halen, disons Steve Vai, Joe Satriani, John Petrucci, et d’autres guitaristes post-Van Halen plus dans le style de Los Angeles, comme George Lynch ou Warren DeMartini – ont tendance à utiliser des tonalités plus majeures et bluesy, tandis que les guitaristes européens ont tendance à jouer dans des tonalités mineures plus sombres avec une influence beaucoup plus marquée du classique. C’est ce qui m’a toujours été attiré. Je ne suis pas en train de dire que ces gens ne jouent pas de temps en temps des gammes mineures, mais la plupart du temps, les guitaristes américains ont tendance à jouer des choses plus joyeuses, là où les guitaristes européens sont plus sombres et influencés par le classique. C’est bien plus ce qui me plaît d’écouter et ce que j’entends quand je joue.

Tu as mentionné Al Di Meola comme une de tes influences, ce qui est peut-être plus inattendu. Qu’as-tu pris à Al Di Meola et au jazz en général ?

J’ai usé ses premiers albums jusqu’à la corde, ceux de l’époque où Al était plus un musicien de fusion, comme Elegant Gypsy et Casino. Al Di Meola est un peu l’ancêtre de la guitare rapide. Que tu parles à Michael Angelo Batio, Yngwie, moi-même ou Chris Impellitteri, tous ces guitaristes qui jouent ridiculement vite, ces albums nous ont tous impactés, car nous avons tous à peu près le même âge, à quelques années près. A l’époque, tout ce qu’il y avait, c’était Ritchie Blackmore, Michael Schenker et Uli Jon Roth, mais quand Elegant Gypsy est sorti, on n’avait jamais entendu quelqu’un jouer à de telles vitesses avec une guitare distordue avant. Ceci étant dit, je n’ai jamais trop aimé le jazz, même si j’en ai beaucoup étudié et joué quand j’étais étudiant à Berklee, ainsi que du jazz fusion, car il le fallait à l’époque. Après en avoir joué un peu, je me suis dit : « Ok, je vais me remettre à ne plus rien jouer d’autre que du metal, parce que c’est vraiment ce que j’adore. » J’aime beaucoup certains guitaristes de jazz fusion, comme John McLaughlin, Al Di Meola, Tommy Bolin, Larry Corryell, Allan Holdsworth quand il était avec U.K, Jean-Luc Ponty and Tony Williams Lifetime… Mais si c’était à refaire, jamais je ne jouerais du jazz. Quand j’ai décidé que j’allais me consacrer à cent pour cent au metal, au hard rock et aux trucs classiques, en 1981–1982, c’était la décision la plus intelligente que j’ai prise, parce que j’ai été bien plus loin. Quand j’étais gamin, j’ai grandi en jouant du hard rock, donc je suis retourné à mes premiers amours.

Tu enseignes la guitare désormais au prestigieux Berklee College Of Music de Bostom. Quelle est ton approche de la pédagogie ?

J’enseigne à de nombreux étudiants de niveaux très différents. Nombre de mes étudiants viennent de toutes sortes d’écoles du metal, ils aiment tous différentes sortes de choses. Donc j’essaye juste de m’adapter et d’aider chacun individuellement. Je fais de mon mieux pour les aider à s’améliorer en tant que musiciens.

« Est-ce que j’écoute du djent et connais bien ce style de musique ? Non. J’y suis exposé par le biais de mes étudiants, mais c’est super que ces jeunes musiciens attirent toute une génération qui trouve la guitare palpitante. »

Quel conseil donnerais-tu aux jeunes guitaristes ?

Mon meilleur conseil pour les jeunes guitaristes, c’est : « Si vous voulez vraiment arriver à quelque chose avec la guitare, il faut vraiment que vous aimiez ça. » Moi, j’adore ça et j’adore jouer ! Tous les jours, je me réveille, et c’est ce que je fais. Je n’ai pas de passe-temps, je ne fais pas du jardinage ou quoi que ce soit. Il m’arrive de conduire mes voitures pour sortir de chez moi, surtout maintenant durant la pandémie, mais la guitare accapare tout mon temps. Je dirais donc : « Vous devriez vous immerger dedans. » Si tu joues deux heures, alors tu devrais jouer quatre heures. Si tu joues quatre heures, alors tu devrais jouer six heures. Tu peux prendre tous les cours de musique que tu veux ou regarder toutes les vidéos éducatives que tu veux, il n’y a pas de secret : plus tu joues, plus vite tu t’amélioreras. Si tu te consacres à ça, de bonnes choses en ressortiront. J’adore jouer, donc j’adore tout ce qui a trait à ça : tourner, donner des cours, faire des cliniques, faire des concerts solos, jouer avec Alcatraz, j’ai un groupe de reprises de Rainbow et un autre de Deep Purple avec lesquels je joue aux Etats-Unis… J’adore faire ça aussi quand je ne suis pas en tournée. J’adore m’entraîner, j’adore enregistrer… Tout !

Ron Thal nous a dit une fois : « Les gens s’entraînent beaucoup trop. Si tu passes dix heures par jour, tous les jours et pendant des années à jouer, eh bien, dans ces dix heures tu ne progresseras pas autant que si tu étais resté bien concentré pendant deux heures. Tu devrais passer le reste de ton temps à profiter de la vie ! C’est mauvais de rester dans sa chambre, sans vivre de nouvelles expériences et seulement rester à travailler comme un dingue. Ça ne t’aidera en rien musicalement, ça ne t’apportera rien d’intéressant. Tu as besoin d’être quelqu’un d’intéressant et tu dois vivre des choses, des expériences. » Quel est ton point de vue à ce sujet ?

Je suis d’accord jusqu’à un certain point. J’adore jouer et je joue de nombreuses heures, mais ça dépend : chacun a un entraînement différent. On peut faire des entraînements concentrés sur des domaines précis qui sont très disciplinés et une partie de nos entraînements peuvent aussi être du jeu plus créatif. Mais bien sûr, l’expérience de vie et le fait d’avoir un équilibre entre ton instrument, la musique et la vie, c’est important, de façon à avoir quelque chose à offrir. Donc je suis d’accord avec le côté « il faut vivre des choses, avoir quelque chose en soi ». Selon moi, c’est en toi ou ça n’est pas en toi. J’ai vécu plein de choses et j’ai largement profité de la vie. Je fais encore de la musique et j’ai encore des trucs à exprimer. Mais je comprends tout à fait ce qu’il veut dire. Tout le monde est différent et a une philosophie différente à cet égard, donc je ne vais pas dire : « Il est fou de dire ça ! » C’est une bonne remarque et il n’y a pas de feuille de route précise. Tout le monde arrive à ses objectifs différemment.

Est-ce qu’il t’arrive d’apprendre de tes étudiants ou du fait même d’enseigner ?

Parfois je trouve un truc sympa pendant un cours, car je suis obligé d’être créatif sur le vif, et ça m’inspire à revenir dessus plus tard. Je tombe dessus pendant le cours que je donne à quelqu’un et je finis par développer ça ensuite. Parfois ça me renvoie à une technique que je n’ai pas utilisée depuis longtemps et je me dis : « Je pense que je vais m’y remettre. Je vais dépoussiérer ça et le travailler un peu plus. » Ça varie. J’aime bien, ça fait toujours ressortir différentes choses en moi.

As-tu, comme Joe Satriani dans le temps, des étudiants qui sont plus tard devenus ou sont en train de devenir des guitaristes connus ?

Gus G. de Firewind est très connu et était l’un de mes étudiants. J’étais son mentor. Il est très brièvement allé à Berklee et ensuite il venait chez moi pour prendre des cours deux fois par semaine. J’ai eu d’autres gars, comme Dave Davidson de Revocation. Rob Caggiano, qui joue avec Volbeat et a joué avec Anthrax, a également été l’un de mes étudiants. J’ai un paquet d’étudiants qui ont une carrière dans le metal.

Dave Davidson est très porté sur le jazz…

Oui ! Dave a étudié avec moi quand il était plus jeune et il a assisté à certaines de mes master class metal à Berklee. Mais la majorité des cours privés qu’a suivis Dave quand il était à Berklee étaient des cours de jazz ; il n’a étudié que du jazz. Et il ne joue presque que du jazz quand il ne joue pas avec Revocation. C’est quelque chose qu’il adore et il parvient à intégrer cette sensibilité dans sa musique.

Enormément de grands guitaristes viennent de Long Island et des environs : toi, Joe Satriani, John Petrucci, peut-être Alex Skolnick qui vit aujourd’hui à New York… Penses-tu que ce soit à cause de Berklee ?

Non, je ne sais pas pourquoi. Steve Vai est de Long Island. Je ne sais pas si Skolnick est de Long Island à l’origine. Peut-être qu’il vit juste à New York maintenant mais il doit être de la baie de San Francisco. Il doit venir de Californie, vu que c’est là qu’a été formé Testament. Donc je pense que c’est un New-Yorkais d’adoption. J’ai grandi sur la ligne de Smithtown/Kings Park et je crois que John Petrucci et les gars de Dream Theater viennent de Kings Park, qui fait partie de Long Island. Tout est à environ quarante-cinq minutes de New York City. Steve Stevens est aussi de New York. Le célèbre guitariste de rockabilly Brian Setzer des Stray Cats est de Long Island également. Donc je ne sais pas s’il y a un truc dans l’eau qu’on boit ou d’où ça vient, mais c’est effectivement drôle que Long Island soit une telle pépinière de guitaristes !

« J’ai toujours adoré les guitar heroes underground. Yngwie était un peu un guitar hero underground avant qu’il n’explose […]. Une fois, quelqu’un m’a qualifié de ‘guitariste underground que tout le monde préfère’. »

Avec internet, on voit de plus en plus de jeunes guitaristes mettre en avant leur talent pour le shred sur YouTube, et le shred a de nouveau le vent en poupe. Quel est ton sentiment par rapport à ça ?

Pour moi, ça n’est jamais parti, dans une certaine mesure, car c’est comme avec tout, il y aura toujours des fans d’un sous-genre de spécialité. Les choses vont et viennent. Par exemple, beaucoup de gens continuent à acheter de la musique, mais peut-être qu’ils n’achètent que des singles maintenant, en digital, plutôt que des albums. En ce qui concerne le shred, il y a toujours eu un public pour ce genre de chose. Et maintenant, ça varie : le jeu de guitare virtuose va du shred de la vieille école, dont moi et ma génération faisons partie – que ce soit Chris Impellitteri, Michael Angelo Batio, Yngwie… -, à des guitaristes plus jeunes. Il y aura toujours des fans qui apprécient les guitaristes qui jouent à fond. Mais pour ce qui est de ces youtubeurs shreddeurs, bien sûr, il y a des mecs super qui sont principalement connus pour leurs travaux sur YouTube, comme Rick Graham. C’est un guitariste britannique monstrueux. Il enseigne et des gens prennent des cours avec lui. Il est très connu pour toutes ses vidéos. Mais je n’aime pas trop passer du temps à regarder les vidéos d’autres gens. Soit je joue, soit quand j’écoute ou regarde de la guitare, je me tourne vers mes musiciens préférés.

La guitare est un instrument qui a beaucoup évolué au cours des trente dernières années : on voit des accordages incroyablement graves dans le death metal ou le djent, avec des guitares barbiton ou des guitares à sept, huit, neuf voire plus de cordes, ainsi que des guitares fretless ou des hybrides guitare-basse… Or on dirait que tu es toujours resté fidèle à la bonne vieille six-cordes accordée en Mi. Quel est ton regard sur l’évolution de la guitare ?

Je trouve ça cool. Il y a des guitaristes qui jouent sur sept ou huit cordes. Il y a des gars dans le djent, que ce soit Intervals, Plini ou Tosin Abasi. Quand je fais des master class avec mes étudiants, il y en a un paquet qui a les mêmes guitares que ces gars. Je les appelle les guitares du futur. Je leur dis : « Vous jouez sur les guitares du futur, moi je reste sur la six-cordes classique ! » Je sous-accorde parfois. Je joue principalement sous accordé d’un demi-ton, en Mi bémol, ou parfois en Ré standard dans Alcatrazz, un ton complet, mais je m’accorde quand même de manière traditionnelle. Pour moi, six cordes et vingt et une ou vingt-deux frets, c’est largement suffisant. J’arrive à faire suffisamment de dégâts avec ça. Je trouve que ces nouveaux instruments et accordages sont super, c’est juste que ce n’est pas mon truc. Est-ce que ça m’intéresse d’expérimenter avec une guitare à sept ou huit cordes ? Non. Mais c’est cool parce que ces instruments servent le genre de musique que ces jeunes guitaristes font. Donc je trouve ça génial. C’est génial pour eux. Ça ne correspond pas à mes goûts personnels et je ne connais pas bien le djent. Même dans le black et le death metal, j’ai tendance à aimer les musiques plus traditionnelles, plus old school. Mais est-ce que j’écoute du djent et connais bien ce style de musique ? Non. J’y suis exposé par le biais de mes étudiants, mais c’est super que ces jeunes musiciens attirent toute une génération qui trouve la guitare palpitante. C’est une bonne chose.

Dirais-tu que les possibilités d’une guitare six-cordes sont infinies ?

Je ne vais pas aussi loin dans ma réflexion sur la guitare. C’est juste que j’aime composer de la musique inspirée par les choses que j’aime et je canalise toutes mes influences à la guitare : la musique classique, les diverses écoles de metal… J’essaye juste de faire mon propre petit truc avec.

Tu as été un artiste solo la majorité de ta carrière. Tu as joué parfois dans des groupes, mais ça n’est jamais allé très loin, même si par exemple Holyhell a bénéficié d’un certain soutien et d’une certaine attention. Est-ce parce que tu te sens plus à l’aise en solo ou parce que tu n’avais jamais trouvé les bonnes personnes ?

Avec The Reign Of Terror, nous avons eu un joli parcours. Nous avons fait quatre albums et nous avons un peu tourné. Puis j’ai arrêté parce que j’ai commencé à jouer avec HolyHell, et HolyHell a été pas mal occupé à tourner et tout. Nous avons eu une grosse dispute avec Magic Circle et nous nous sommes séparés de ce label. C’est devenu assez moche sur le plan légal. C’est ce qui a retenu HolyHell, car autrement il était sur le point de devenir un très gros groupe. Il avait vraiment une super combinaison de très bonnes chansons et d’excellents musiciens, donc c’est dommage que ça se soit passé comme ça. J’ai aussi un groupe, Joe Stump’s Tower Of Babel, avec des gars européens : Mark Cross qui a joué avec Helloween, Scorpions et Firewind, et le maestro Mistheria, le claviériste. Nous venons d’intégrer un nouveau chanteur, je crois qu’il est français : Jo Amore. Je suis actuellement en train de terminer cet album. Il ne sortira pas avant l’année prochaine pour ne pas interférer avec la sortie de l’album d’Alcatrazz. J’ai généralement deux ou trois trucs dans les tuyaux à la fois, que ce soit un truc solo ou autre. J’aime faire les deux. Mais si ça n’a jamais été très loin, c’est surtout à cause des circonstances, et pas tellement parce que je me suis brouillé avec d’autres membres.

Dirais-tu qu’Alcatrazz est le genre d’opportunité que tu as attendu toute ta vie pour être un peu plus sous le feu des projecteurs ?

J’ai toujours adoré les guitar heroes underground. Yngwie était un peu un guitar hero underground avant qu’il n’explose, quand il était encore dans Alcatrazz et Steeler, et au début avec son premier album solo. Et je lisais au sujet d’autres gars, comme Jack Starr et David Chastain, dans les magazines metal et il fallait bien chercher pour trouver leurs albums. J’ai donc toujours été fan de ce type de guitariste. Une fois, quelqu’un m’a qualifié de « guitariste underground que tout le monde préfère ». Je suis d’accord pour dire que, même si j’ai une jolie communauté de fans et que je suis reconnaissant pour mon modeste niveau de succès, Alcatrazz expose mon jeu de guitare et mon nom à un tout autre groupe de personnes qui ne me connaissent peut-être pas. Même si dans le milieu de la guitare, ceux qui ne me connaissent pas encore doivent vivre sur une autre planète !

Interview réalisée par téléphone le 8 juin 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Sophie Sahacic.
Traduction : Nicolas Gricourt avec la contribution de Sophie Sahacic.

Site officiel de Joe Stump : joestump.com.
Site officiel d’Alcatrazz : www.alcatrazzofficial.com.

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