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Interview   

Joey Starr & Hangman’s Chair : bandes originales


Peut-être avez-vous déjà écouté Gang Stories sur Deezer ? Dédié à des figures méconnues du grand banditisme et narré par Joey Starr, le podcast s’attaque aujourd’hui à l’histoire de Maurice Boucher, leader du chapitre québécois des Hells Angels, autant réputés pour leur amour du rock et de la vitesse que pour leurs exactions criminelles à travers le monde. Étoile montante du metal hexagonal, Hangman’s Chair s’est vu confier la composition du thème musical de cette cinquième saison.

Joey Starr, Hangman’s Chair. Une star du rap hexagonal, un groupe de rock underground. Deux univers a priori aux antipodes. Vraiment ? Peut-être pas tant que ça : les deux jouent avec l’esthétique et la culture de la banlieue, ainsi que l’image des gangs et du caïd, et revendiquent la double culture du rap et du rock. Pour l’occasion, Clément Hanvic et Julien Chanut d’Hangman’s Chair répondent à nos questions en compagnie de Joey Starr, croisant leurs points de vue et partageant avec nous leur histoire qui se recoupe aujourd’hui par le biais de Gang Stories.

« J’écoute des choses assez diverses et je me fais surtout avoir quand je vois les gens en live. Des gens comme Mass Hysteria, par exemple, je les ai connus parce que nous nous sommes retrouvés dans des festoches. Je me suis retrouvé devant et j’ai adoré l’énergie et l’aura qu’ils dégagent. Je me fais souvent cueillir comme ça. »

Radio Metal : Comment vous êtes-vous respectivement retrouvés embarqués dans ce projet de podcast Gang Stories, toi Joey en tant que narrateur, et Hangman’s Chair, en tant que compositeur du thème musical de cette cinquième saison ?

Joey Starr (narration) : Moi au départ je n’avais rien demandé, j’étais chez moi, Franck (Haderer) et Reza (Pounewatchy) sont venus me voir. Reza avec qui j’avais déjà fait La Route De La Soif entre autres, donc je suis en confiance, nous avons fait des conneries et nous les avons bien faites. Moi je me suis retrouvé embarqué sur le projet parce que j’adorais l’histoire de la narration avec la musique, je trouvais que c’était pertinent de raconter des histoires de gangsters avec le contexte musical et culturel de l’époque. Et puis surtout, on ne s’inscrivait pas dans la vision hollywoodienne du truc, on allait rentrer dans le dur. Je ne pensais pas que j’allais faire trois jours de lecture à chaque fois, tu ressors avec un cul de danseuse ! Mais j’y suis allé et je me suis rendu compte qu’on était sur un vrai travail d’équipe parce qu’il y avait tout un travail de fond journalistique et de production au niveau de la musique. Ce qui était intéressant aussi, c’est que nous avons vite trouvé nos marques sur le fait que je racontais et qu’il y a toujours une petite musique emmerdante derrière qui te donne un ton sur l’histoire et, surtout, qui ne va pas forcément correspondre à ce que ça va être au final. Donc nager en eaux troubles… voilà ! [Rires]

Clément Hanvic (basse) : C’est pour ça que nous nous retrouvons sur la saison cinq qui porte sur les Hells [Angels], une bande de motards qui gravite un peu autour du rock. Nous avons eu la chance qu’ils fassent appel à nous.

Julien Chanut (guitare) : Nous sortions de studio, nous avions enregistré l’album il y a un an, il nous restait deux chansons, dont une vraiment spéciale avec une espèce de thème très ambiant qui aurait pu servir pour quelque chose d’assez cinématographique. C’est pour ça que le fait d’avoir quelque chose conté dessus, ça a marché.

Clément : Le morceau, à la base, était hyper différent, il n’avait pas sa place dans les neuf que nous aurions faits pour l’album et là ça collait parfaitement sans chercher à maquiller. Au départ, nous étions partis pour faire un morceau, puis nous nous sommes dit : « Mais c’est ce morceau, c’est ça qu’il faut ! » Si ça n’avait pas été crédible, nous aurions refait un morceau mais ça collait vraiment. Donc c’était parfait.

Joey, est-ce que tu connaissais la musique d’Hangman’s Chair avant qu’ils n’intègrent le podcast ?

Joey : J’ai d’abord entendu ce qu’ils m’avaient fait écouter et après j’ai découvert par le biais de Béatrice Dalle. De toute façon, Béatrice dès que ça fait [il fait les cornes avec ses doigts], c’est la reine des sorcières !

Julien : Parce que nous avons fait le clip du premier single du prochain album avec Béatrice Dalle, ça fait une petite connexion.

Cette cinquième saison est très teintée par le rock, est-ce une musique à laquelle tu es sensible, Joey ?

Joey : Tu sais, moi, au départ, j’aime la musique. J’écoute des choses assez diverses et je me fais surtout avoir quand je vois les gens en live. Des gens comme Mass Hysteria, par exemple, je les ai connus parce que nous nous sommes retrouvés dans des festoches. Je me suis retrouvé devant et j’ai adoré l’énergie et l’aura qu’ils dégagent. Je me fais souvent cueillir comme ça. Avant ça, j’ai aimé Suicidal Tendencies au départ quand c’est arrivé. J’ai d’abord aimé la pochette – leur première pochette. Et aussi Bad Brains ! On est dans les années 80 et c’était des trucs qui me parlaient. J’avais aussi le contexte qui allait avec, je prenais quelques opioïdes, donc du coup… Pas que ça aide, mais ça améliore, ça augmente.

« J’arrive de la culture sound system à la base, donc j’aime l’accident. Par contre, je suis avec un mec, un pragmatique qui s’appelle Kool Shen et lui, dès qu’il a un accident, il est en pleins phares ! [Rires] »

Est-ce que des groupes t’ont déjà proposé une collaboration ou un featuring ?

Oui, mais c’était dans une période où j’étais dans l’éthylisme à mort, donc je disais oui mais après, pour me trouver, c’était autre chose. Moi-même, je me suis essayé à deux ou trois trucs sur des disques. J’ai fait un morceau qui s’appelle « J’arrive », [il chantonne le riff d’intro], des choses comme ça. J’aime ça, j’aime l’énergie et puis comme le dit l’adage, la routine tue, donc j’aime sortir un peu de mon contexte et me faire cueillir par autre chose. C’est le propre d’un hyperactif.

Est-ce que vous connaissiez un peu l’histoire de Maurice Boucher avant de participer à cette saison de Gang Stories ?

Déjà avec le nom qu’il a, ça ne donne pas envie ! [Rires] En France, tu ouvres l’annuaire, il y a plein de Maurice Boucher.

Clément : Je connaissais le nom, mais je ne connaissais pas son histoire. Avec le podcast, je me suis renseigné sur lui. Après, nous connaissons l’histoire des Hells, enfin quelques parties. Nous avons une vraie culture sur tous les trucs criminels depuis que nous sommes gamins, mais c’est vrai que Boucher, je ne connaissais pas son histoire. Ce qui est intéressant, c’est de trouver des histoires sur des mecs qui n’ont pas été faites et refaites cent mille fois. Nous allons découvrir en même temps que tout le monde et nous avons hâte d’écouter.

Joey : J’avoue que moi-même, je ne connaissais que de nom, les grandes lignes, et encore. Pour moi, les Hells Angels c’était encore autre chose. Je connaissais plus cette histoire d’anciens GI qui ont envie de grand air, qui ont envie d’action… Je connaissais plus cette petite strate. C’est ce que j’aime dans Gang Stories : en faisant la narration, j’apprends des trucs. Je savais sur l’histoire de [Bob] Marley que c’était une histoire de gangs, mais je ne savais pas que c’était le Shower Posse. Shower Posse, pour moi, c’étaient des mecs qui produisaient des groupes de dance-soul. Comme eux, je découvre. Je suis dans ma voiture avec mes gosses à l’arrière, je fais un Paris-Biarritz en voiture – ça c’est un truc de mec musclé [rires] –, je mets le podcast de Gang Stories et je suis relayé au rang de spectateur, et je trouve que ça marche. C’est à ce moment-là que je me rends compte que c’est un bon boulot d’équipe.

Hangman’s Chair a justement eu à un moment une esthétique très apaches des années 1900, les ancêtres des bandes et gangs actuels…

Ah vous êtes des apaches vous ? [Rires]

Clément : Ceux de Paris, oui. Notre illustrateur belge Dave Decat a beaucoup utilisé cette imagerie-là. Il avait pas mal de trucs comme ça en stock et ça nous a beaucoup parlé. Et puis, en tant que Parisiens, ça nous colle. Donc oui, nous avons pas mal utilisé ces codes.

On retrouve également un côté un peu caïd des années 80 sur la pochette de Banlieue Triste.

Julien : Oui, style pochette de Renaud.

Clément : Nous sommes un groupe de rock, de metal ou ce que tu veux, mais nous venons de la banlieue. Tous les groupes un peu dans notre style vont jouer les mecs du bayou ou je ne sais pas quoi. Nous, nous venons du 91, nous mettons des Nike Air, pas des santiags [rires]. Nous n’avons jamais voulu nous déguiser. Sur scène ou en photos, nous sommes habillés comme tous les jours.

Joey : Vous ne voulez pas vous déguiser comme Kiss ?

Clément : Tu sais, dans les concerts de metal, ils croient déjà que nous nous déguisons ! [Rires] Enfin, ce n’est pas qu’ils vont croire que nous nous déguisons, mais ils se disent qu’il y a un problème, que ça ne colle pas.

Joey : Ils ont le même truc quand ils vous voient que nous, quand nous arrivions dans les festivals de rock dans les années 80. D’ailleurs, est-ce que vous faites comme nous ? Nous ne voulions pas niquer les Air Force, alors nous mettions des sacs en plastique dessus [rires]. C’était un genre de huitième merveille du monde pour nous à l’époque, il ne faut pas les salir !

« Il y a un côté Robin des Bois mais, quelque part, qui sent la litière de chat. La vie quoi, la vraie. »

Les gens sortant assez rarement de leur pré carré, peut-on dire qu’il y a une forme de clanisme entre les genres musicaux ?

Julien : Oui, c’est chacun dans sa chapelle.

Clément : Nous, nous avons cette double culture. Je ne pense pas que les metalleux qui ont vraiment une culture hip-hop ou rap soient si fréquents que ça. Je crois que ça vient aussi beaucoup d’où tu grandis. Je ne m’en rends pas bien compte pour la nouvelle génération, mais je leur souhaite de s’ouvrir un peu à tout, parce que si tu restes borné avec des codes, tu passes à côté de certaines choses.

Joey : Je crédite ce qu’ils disent sur cette histoire de chapelles. Je me rappelle quand je montais une autre formation qui s’appelait Caribbean Dandee, nous avions des propositions sur des festivals punks en Bretagne, et je les en remercie. Nous arrivions, nous avions le band avec nous et nous nous disions : « Ce soir on va jouer à la tête du client. » Franchement, nous y arrivions bien. J’aime cette idée de conquête, parce qu’avec NTM nous avons quand même commencé à une époque où nous arrivions sur les festivals de rock, t’imagines que les mecs enlevaient tous les instruments de la scène pour que nous jouions avec DJ S à l’époque. Le mec était un porte-manteau, il était derrière, on lui criait « eh DJ S », il hochait juste la tête. Donc il faut remplir le truc ! C’est ce qui a créé le challenge chez nous dès le départ. Ce sont les premières fois où Jésus a marché sur l’eau, moi j’ai couru au plafond, tu dois être partout. Quand nous arrivions, que nous voyions que ce n’était pas notre public, nous étions là : « Ah vous voulez siffler ? Ok, c’est bon, c’est ce qu’on voulait ! » Et vas-y on démarre ! Quand nous faisions le soundcheck, nous entendions : « Mais c’est qui eux ? Ils sont où les instruments ? » Après, une fois que nous avions joué, c’était : « Ah franchement c’était bien ! » Nous avons fait nos armes comme ça.

Vous avez utilisé plus d’instruments par la suite…

Après, c’est juste un truc de kiff. Par exemple, on traîne avec Raggasonic, tu as des Jamaïcains qui sont là, dont un bassiste de ouf, on se dit : « Tiens on va faire un morceau avec eux ! » C’est moi qui ai intégré le truc, parce que je jouais avec un groupe qui s’appelait RMI. C’était des rastas et c’était à eux que je devais vendre le morceau « Ma Benz », ça devait être dans une compil de RMI. Je partais avec eux, à l’époque il y avait Diams avec nous, et nous faisions des petits sets de deux ou trois morceaux avec des gens comme ça. Je me suis dit : « Ça envoie ! » C’est une couleur, c’est un autre truc. Nous avons commencé à faire venir le band sur deux ou trois morceaux et puis après, nous nous sommes dit que nous allions faire une fournée avec le band et une autre fournée platine, et tu mélanges tout. Franchement, ça crée un dynamisme complètement différent. Au départ, nous sommes trois, nous trouvons nos trucs en répète, et quand tu changes de DJ, ça amène des choses différentes, et puis là d’un seul coup tu as quatre mecs derrière, dont un batteur, et la proposition s’élargit grave. Faut être réceptif à ça.

Excusez-moi messieurs, je me permets de faire écouter un morceau [il sort son portable et lance le morceau « J’arrive »], celui-là par exemple, je trouvais ridicule de le jouer avec une platine. Quand j’ai fait mes albums solos, j’avais l’opportunité d’avoir un bon bassiste, un bon guitariste et un bon batteur. Et puis le groupe, c’est une liberté. Je suis très dans l’accident. Il se peut qu’au moment de partir sur un couplet, je pense au tiercé du dimanche en me disant que j’ai loupé les bons numéros et là nous cherchons pour repartir sur le truc. J’adore cette idée ! Moi, j’arrive de la culture sound system à la base, donc j’aime l’accident. Par contre, je suis avec un mec, un pragmatique qui s’appelle Kool Shen et lui, dès qu’il a un accident, il est en pleins phares ! [Rires] Avec le groupe, il y a un côté plus humain, plus vivide.

De manière générale, les gangsters fascinent toujours autant les gens, Joey tu le dis même dans l’intro du podcast : « Ça vous a plu ? Vous en voulez encore ? » Comment l’expliquez-vous ?

Il y a cette fascination parce qu’avec l’imagerie hollywoodienne, on a l’impression que ces gens sont dans le libertaire complet. Notre but n’est pas de désacraliser ça, mais il y a un vrai travail journalistique, nous ne sommes pas là pour faire plaisir à qui que ce soit, nous sommes là pour raconter quelque chose. Sur tous les sujets que nous avons entamés, les vrais faits se suffisent à eux-mêmes. Quand tu vois que le père de Christopher Coke (baron de la drogue en Jamaïque, NDLR) a été brûlé dans une tôle… L’histoire commence super bien, avec la petite musique jamaïcaine, « le paradis pour les Américains », ce qui sous-entend le marchepied des Américains, on accélère, on a du Bob Marley, mais en fait les mecs se font des fusillades de quelques jours… Il y a un côté Robin des Bois mais, quelque part, qui sent la litière de chat. La vie quoi, la vraie.

Dans Gang Stories, le récit donne une portée dramatique à des musiques qui, au premier abord, peuvent sembler légères…

Oui, tu as vu, ces gens sont des vicieux ! [Il pointe Reza Pounewatchy, rédacteur en chef du podcast] Ça part très idyllique et puis il y a une espèce de switch. Ils font la même chose avec le Brésil, le Mexique, et c’est toujours aussi vertigineux, je suis d’accord.

« Ça a toujours été important pour nous de refléter la réalité, de parler de la banlieue, de ne pas se déguiser, etc. Pour moi, la franchise paye toujours, plutôt que de s’inventer des vies. »

Gang Stories est un podcast documentaire, or le dernier clip d’Hangman’s Chair, « Loner », est lui-même réalisé sous forme d’un documentaire mettant en scène quatre personnes un peu marginales. Ce côté brut et réaliste rend le message d’autant plus fort !

Clément : C’est complètement documentaire, ce ne sont pas des acteurs mais des gens dans leur vie de tous les jours. Nous avons juste bien fait le casting, et quand je parle de casting, ce ne sont que des gens que nous connaissons, voire des amis. Nous abordons ce thème de la solitude, à travers l’art ou le handicap, et c’est touchant parce que c’est vrai. Ça a toujours été important pour nous de refléter la réalité, de parler de la banlieue, de ne pas se déguiser, etc. Pour moi, la franchise paye toujours, plutôt que de s’inventer des vies ou je ne sais pas quoi.

Joey : Je dirais même plus : qu’est-ce que c’est bon en musique de faire ce que tu as ! Je ne dis pas qu’on doit forcément être dans la revendication, la musique peut aussi être quelque chose de très léger.

Clément : Nous, nous ne sommes pas très revendicatifs.

Julien : Il n’y a pas de message derrière.

Joey : Mais au travers de ça, il y a sûrement des revendications sans avoir l’air d’y toucher, mais j’aime cette idée. J’aime ce qui grince, en fait !

On voit qu’un pan du rock et du metal aborde des sujets très sociaux et la musique d’Hangman’s Chair a elle-même un côté très urbain. Voyez-vous des parallèles entre les origines urbaines du metal et celles du rap ?

Je trouve que ça avait à voir, mais du côté du rap on s’éloigne du truc.

Clément : Je dirais qu’en France, le metal ça n’a jamais été très urbain.

Joey : Tu veux dire que les mecs viennent tous du seizième ?

Clément : Peut-être pas du seizième, mais pas du ghetto non plus.

Julien : Ils ne revendiquent pas ce truc de venir de banlieue.

Joey : Donc ils sont dans la poésie ?

Clément : Non mais, sans préjugés, dans cette rébellion un peu bourgeoise, oui. Mais on peut être rebelle et bourgeois. Ce n’est pas exactement les mêmes codes que la rue mais c’est une autre forme de rébellion. Nous ne sommes pas des gars de tèce mais nous avons toujours grandi en banlieue et donc avec des gars de tèce. Le côté urbain est chez nous, mais je trouve que nous sommes un peu à part là-dedans en France, sans dire que c’est bien ou pas bien. Je ne considère pas qu’en France le metal soit très urbain.

Je pensais surtout, par exemple, à la scène thrash – on parlait justement récemment du côté « urbain » de ce style avec Gary Holt, le guitariste d’Exodus – ou même à la scène hardcore.

Oui, carrément.

Julien : C’est de là que nous venons. Nous avons beaucoup écouté de hardcore. C’est vrai qu’ils jouent sur ces codes et nous avons beaucoup joué sur ces codes aussi. C’est le truc qui nous ressemblait le plus dans tout l’univers metal et rock. Direct ça a été le New York hardcore. Et puis avant, le hard rock était très underground et maintenant c’est vraiment devenu un style musical [reconnu], avec ses bons et mauvais côtés.

Clément : C’est vrai que je vais rectifier un peu quand même : quand nous étions jeunes, ça avait plus avoir avec la rue quand nous allions dans des concerts hardcore. Ce n’était pas dangereux mais tu arrivais, il y avait des skins de droite, de gauche, tu ne sais pas qui est qui, t’as quatorze piges… C’est vrai que là, c’était plus urbain, pas dans le sens caillera ou quoi que ce soit, mais il y avait un côté très urbain.

Joey : Ça me rappelle quand j’allais voir mes premiers concerts de reggae. Mon premier concert c’était un concert de LKJ (Linton Kwesi Johnson, NDLR) à Maubert – Mutualité avec Madness en première partie, la clientèle était très hétérogène. T’avais du skin, propre ! T’avais du rasta et du skin.

Clément : C’étaient les mêmes genres de personnes qui allaient voir des concerts hardcore quand nous étions jeunes. Et là, c’est vrai qu’il y avait un côté plus urbain, qui s’est un peu perdu, même si ça existe encore.

« Dans les années 80, quand j’étais encore en cité, il y avait une section de mecs qui étaient blancs ou moricauds, avec les vestes en jean. J’étais avec les miens et des fois j’allais les voir et j’écoutais du Supertramp, du Van Halen, du AC/DC, etc. C’est-à-dire que dans les quartiers, il y a longtemps, il y avait aussi des gens comme ça. »

Joey : Dans les années 80, quand j’étais encore en cité, il y avait une section de mecs qui étaient blancs ou moricauds, avec les vestes en jean. J’étais avec les miens et des fois j’allais les voir et j’écoutais du Supertramp, du Van Halen, du AC/DC, etc. C’est-à-dire que dans les quartiers, il y a longtemps, il y avait aussi des gens comme ça, c’était encore très tranché.

Clément : Aux États-Unis, il y a beaucoup plus la double culture, on a moins eu ce mélange en France. Ou on ne s’ouvre pas assez, je ne sais pas.

Joey : Les gens se regardent trop ici, en fait.

A la première écoute, la musique d’Hangman’s Chair semble assez loin du rap, pourtant vous appréciez ce style, je pense à Mobb Deep par exemple.

Julien : Oui, This Is Not Supposed To Be Positive (album d’Hangman’s Chair sorti en 2015, NDLR), c’est dit par Ice-T mais Mobb Deep l’a repris en intro de l’un de leurs CD.

Joey : J’ai joué avec Body Count et, sur scène, les mecs ne m’ont pas tant éclaté que ça. Nous avions fait le festival de Montreux, début 90. Nous avions joué entre Ice-T et Body Count. Il était venu nous voir après pour nous dire : « Man, this shit is dope ! » Je trouvais que Body Count sur vinyle ça envoyait sale, c’était bien produit, mais sur scène, franchement, je n’avais pas trouvé ça super. Je ne sais pas si vous avez connu Boo-Yaa T.R.I.B.E. ? Les mecs jouaient un truc un peu gogo, ils partaient sur des trucs sales, mais quand ça commençait à gratter, je les trouvais dix fois plus agressifs ! Et puis tu vois les mecs, c’est la famille Golgoth !

Est-ce que d’une manière ou d’une autre, cela influe sur la composition d’Hangman’s Chair ?

Julien : Musicalement non, je ne pense pas. Enfin, ça t’influence peut-être mais tu ne t’en rends pas compte. Je ne vais pas me rendre compte que tel morceau de rap m’a influencé. Peut-être que je me suis inspiré d’une ligne basse ou un truc comme ça.

Joey : Tu vois le morceau que je viens de vous faire écouter ? C’est un truc qui s’est fait comme ça, quand tu es musicien, tu ne te poses pas la question. On est dans un melting-pot et puis il y a des choses qui te tombent sur la gueule. Et puis quand tu es musicien, tu as plusieurs écoutes. Celle de un an après, deux ans après, suivant l’heure ou combien de grammes tu as… Et heureusement qu’on a des influences, sinon on serait à Pôle Emploi.

Clément : En tout cas, même si ça ne se ressent pas les morceaux, inconsciemment, je pense que nous ne ferions pas la même musique si nous n’écoutions pas de hip-hop ou du rap. Par contre oui, tu sens plus cette influence chez nous dans l’imagerie ou d’autres choses que dans la musique.

Joey, tu disais que les gangsters sont, « au cours de leur vie, davantage en cavale qu’en ‘show off’ ». Ça vaut aussi pour les musiciens, non ?

Joey : Tu dis ça pour moi parce que je suis allé en prison ? Tu fais des interviews façon Canal Plus ? [Rires] Je pense qu’ils seront d’accord avec moi, c’est sûr qu’on passe plus de temps à attendre qu’à jouer. Quand un jour tu dois jouer à Toulouse, et après à Strasbourg, et que la date de Toulouse est annulée, donc que tu vas à Strasbourg et te tapes douze heures de bus… Pardon pour la parabole, mais on est un peu en colonie de vacances. C’est le chanteur Arno qui disait : « Moi, j’adore la tournée parce que comme ça, je n’ai pas ma femme sur les côtes. » C’est un peu ça. Plutôt que d’aller au café tous les soirs, on est en randonnée avec les enzymes et ça sent la majorette. J’ai déjà vu des tour bus avec des saucisses collées au plafond et que de la bière au sol. On a eu ce truc où nous nous sommes dit : « Viens, on fait une piscine » [rires].

Clément : C’est vrai que tu laisses ta vie et tes soucis de côté. Le côté un peu cavale, comme tu dis, c‘est que tu t’endors dans ton tour bus, tu te réveilles dans une autre ville, tu fais ça pendant dix quinze jours, trois semaines… On ne fuit rien à part la réalité ! Après oui, c’est aussi une belle routine. Tu es tout le temps sur la route, tout le temps à attendre, une fois que tu as fait ta balance, il se passe sept ou huit heures avant que tu ailles jouer, il faut faire attention de ne pas trop boire, sinon tu joues comme une merde ! [Rires]

Joey : Tu vois, tu as les mêmes problèmes que moi ! T’as des gosses ? J’ai des gosses, ils adorent partir en tournée, ils sont en plein kiff ! Je dors toute la journée et eux sont en vadrouille : « Ouais, on a fait ça ! » Après, je vais te dire un truc : un vrai saltimbanque a une femme dans chaque port. Ça c’est classe. [Il regarde Julien] T’as vu, tu dis rien là, hein ?

Interview réalisée par téléphone le 2 novembre 2021 par Alexandre Covalciuc.
Retranscription : Alexandre Covalciuc.
Photos : Matthis Van Der Meulen.

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