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Interview   

John Corabi : l’album Mötley Crüe ressuscité


L’histoire du rock est truffée d’excellents albums qui n’ont pas eu leur chance, parce que sortis dans un contexte défavorable, parce que mal soutenus par l’industrie, parce qu’ayant dérouté les fans, etc. Les raisons sont légion, pas toujours rationnelles. L’album sans titre de Mötley Crüe sorti en 1994 est de ces albums. Seul opus du sulfureux quatuor de Los Angeles avec John Corabi au chant, il fut, pour l’époque et selon les standards du Crüe (rappelons qu’il succédait au mythique Dr. Feelgood), une catastrophe. Si bien que le groupe rappelait Vince Neil, son chanteur historique, à la rescousse deux ans plus tard pour aboutir à un Generation Swine au succès pas plus glorieux. Preuve que le problème était plus complexe qu’une simple question de frontman. Toujours est-il qu’avec les années, cet album gagnera lentement mais sûrement des adeptes et fut, malgré tout, une belle vitrine pour John Corabi.

En 2014, pendant que les trois autres membres de Mötley Crüe partaient en tournée d’adieu, occultant totalement l’album qui fêtait pourtant ses vingt ans, Corabi prit les choses en main avec son groupe solo pour faire revivre cette musique sur scène. Sorti il y quelques semaines, Live ’94 : One Night Live In Nashville est l’occasion idéale pour se replonger dans un album trop vite enterré et revenir avec le chanteur (en marge de notre récent entretien pour The Dead Daisies) sur les raisons d’un tel fiasco commercial.

« Nous faisons un super album mais il ne se vend pas, et ensuite, nous partons faire une tournée, et ça ne se vend pas non plus, et je pense qu’à ce stade, tout le monde a paniqué, genre : ‘Oh, on a fait une erreur ! Il faut qu’on corrige le tir.' »

Tu as sorti Live ’94: One Night In Nashville. Il s’agit d’un concert enregistré en 2015 où tu as joué l’album Mötley Crüe dans son intégralité. T’es-tu senti un peu investi d’une mission de redonner vie à cet album, vu qu’aucun des autres membres n’a vraiment eu de considération pour celui-ci ?

Pour être honnête avec toi, tout ça c’était un extraordinaire hasard [rires]. Je donnais un concert en mars 2014 et quelqu’un dans le public brandissait « joyeux anniversaire. » Je ne comprenais pas à quoi cette personne faisait référence. C’était une fille dans l’assistance et j’ai demandé : « De quoi tu parles ? » Elle a dit : « Eh bien, il y a vingt ans aujourd’hui, ton album de Mötley Crüe sortait ! » Et je n’en pensais pas grand-chose. Mon manager, à l’époque, a suggéré : « Tu sais, Mötley s’apprête à partir sur leur dernière tournée, ils ne vont rien jouer de cet album. Ta tournée originelle avec Mötley Crüe était très courte parce qu’elle n’a pas très bien marché. Je crois que maintenant, vingt ans plus tard, il y a probablement plein de gens qui aimeraient entendre à quoi ça ressemblait. Donc je pense que tu devrais aller faire des concerts. » Et c’est ce que nous avons fait. Nous avons passé la majorité de 2014 et même en débordant sur 2015 à faire ça. Nous donnions quelques concerts, ensuite j’ai rejoint The Dead Daisies dont le planning était encore plus chargé. Donc j’ai fait une petite pause avec les Daisies et je me suis dit « bon, je ne sais pas encore combien de temps je vais pouvoir faire ces concerts ? Donc, ce que j’aimerais faire, c’est en enregistrer un. Si quiconque a envie d’entendre comment cette musique aurait sonné live, s’il n’a jamais eu l’occasion de l’entendre en live, ce serait une façon pour lui de le faire. » Donc j’ai enregistré ce concert et nous venons de le sortir cette année – nous ne l’avons pas fait plus tôt pour des questions de planning – et en fait, il marche très bien ! Je suis très content.

Comment as-tu approché cette prestation avec le groupe ? J’imagine que ça a requis pas mal de travail en amont pour déterminer les parties, choisir quoi jouer, vu qu’il y a parfois plusieurs pistes de guitare, etc.

Pour être honnête avec toi, les gars dans mon groupe se sont posés et ont déterminé toutes les parties de guitare, de basse… Mon fils est mon batteur dans mon groupe solo, donc il a déterminé toutes les parties de batterie de Tommy Lee. En fait, mon fils est un grand fan de Tommy. D’une certaine façon, il a grandi en admirant Tommy, pensant presque, étrangement, que c’était comme un oncle. Mais encore aujourd’hui, il adore le jeu de Tommy. Et c’est pareil avec les autres gars, tous dans mon groupe sont fans de Mötley Crüe, ils sont fans de cet album que j’ai fait avec eux. Mick Mars est même un des guitaristes préférés de mes deux guitaristes, qui sont eux-mêmes très talentueux. Donc quand je leur ai proposé « les gars, ça vous dit de faire ces concerts ? », ils étaient surexcités à cette idée, et voulaient vraiment que ça sonne génial. Ils ont donc pris leur temps, ont plongé dedans et ont appris les trucs. Il faut que je leur accorde ce mérite. Ils ont fait un boulot extraordinaire en apprenant la musique. Quand j’ai commencé à répéter avec eux, ils sont même venus et ont dit : « Je vais jouer cette partie de guitare, il va jouer cette partie de guitare, » mais pour quelques chansons, ils avaient besoin d’une troisième partie de guitare, donc je l’ai jouée. Et ils ont un peu rafraîchi ma mémoire [petits rires] et m’ont rappelé ce que j’ai joué sur l’album il y a des années auparavant. Ces gars ont fait tout le boulot, et je trouve qu’ils ont fait un travail remarquable.

Comment c’est de jouer dans un groupe avec son propre fils ?

C’est génial ! Tu sais, c’est marrant, je me tiens sur scène et j’entends ces roulements de batterie et ces rythmes dont je me souviens de l’époque avec Mötley, et mon fils assure, il a fait un boulot formidable. C’est juste génial d’entendre ces roulements, d’être tout excité et gonflé à bloc, et puis je me retourne et je le vois là-bas derrière. C’était un moment de fierté en tant que père. C’est vraiment cool !

Tu as dit que tes deux guitaristes sont fans de Mick Mars, et je sais que tu as toujours une très bonne relation avec lui. Pourtant, il n’est pas tellement reconnu en tant que guitariste. Penses-tu qu’il soit sous-estimé ?

Absolument ! Ça me stupéfait la quantité de guitaristes que je rencontre pour qui Mick Mars est une énorme influence. Mick n’a jamais été un gars comme… Si tu regardes les Eddie Van Halen et les Randy Rhoads… Mick est un super musicien ! Mais il a toujours fait ce qu’il fallait pour les chansons de Mötley Crüe. Mick pourrait te le dire lui-même, pendant que tout le monde répétait ses gammes, Mick essayait de comprendre comment obtenir un plus gros son et avoir un impact plus important d’un point de vue sonore. Je pense que c’est dans sa manière d’être, Mick s’en fiche un peu ! [Petits rires] Il se fiche des louanges. Il est très confiant dans ce qu’il fait. J’espère que Mick finira par sortir son album solo. J’ai hâte de l’entendre, pour voir ce qu’il va proposer ensuite. Et j’espère que ça lui offrira la reconnaissance qu’il mérite selon moi.

Cet album de Mötley Crüe t’a évidemment mis sous le feu des projecteurs. Presque vingt-cinq ans plus tard, qu’est-ce qu’il représente pour toi ?

Je ne sais pas s’il m’a mis sous le feu des projecteurs, car je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir été sous le feu des projecteurs à un quelconque moment de ma carrière. Ce n’était que moi, pour être honnête avec toi, rendant hommage à un album que je trouvais être un super album et qui n’a jamais véritablement eu sa chance. Beaucoup de choses se passaient, la maison de disque était contrariée parce que Vince était parti, les fans était très divisés, l’industrie musicale était en train de changer, passant du rock au grunge… Donc ce n’était pas le bon moment pour cet album. Honnêtement, je voulais un peu le faire pour… je n’ai pas envie de dire « fermer le chapitre », mais c’était quand même un peu ça et pour passer à autre chose. Je suis très excité par tout ce que j’ai en cours avec ma carrière solo et The Dead Daisies, et c’était simplement une manière pour moi de permettre à des fans d’entendre ces chansons live. Je l’ai fait. Je l’ai sorti. Il marche bien. Maintenant, je peux refermer le livre.

« En toute franchise, c’était mieux pour eux de se rabibocher avec Vince, ils avaient alors les quatre membres originaux, ils sont partis tourner, ils ont fait des albums, ils ont fait des films, ils ont fait tout plein de choses et ils sont sortis par la grande porte. »

Tu as mentionné que ce n’était pas le bon moment pour cet album : étais-tu anxieux quand tu as rejoint le groupe à l’idée de remplacer leur chanteur historique et inquiet de la réaction des fans ? Et as-tu compris les réactions négatives ?

A l’époque, la chose que j’ai assurément comprise et au sujet de laquelle j’ai exprimé des inquiétudes était que, à un certain niveau, les gars dans le groupe parlaient négativement de Vince, et je ne trouvais pas du tout que c’était nécessaire. Et aussi, le fait de parler négativement de Vince a, pour ainsi dire, créé une ligne de démarcation et divisé les gens. Ils étaient soit des fans de Mötley Crüe, soit des fans de Vince. Je l’ai dit par le passé : je crois que nous devons… Comme on dit : ne dites rien et laissez la musique parler. Mais ça n’a pas arrêté, et je crois qu’une de mes inquiétudes, une de mes peurs, était que si tout le monde continuait à parler, les gens allaient venir, ils seraient aux concerts et ils seraient en colère, ou peu importe. Donc, évidemment j’étais un peu inquiet mais, autrement, nous n’y pensions pas tellement. Nous étions juste quatre gars qui entrions dans une pièce, nous avons commencé à jammer, nous avons écrit un paquet de chansons et nous avons été enregistrer l’album. Nous avions quelques chansons en rab, alors nous avons fait un autre disque qui s’appelle Quaternary que nous avons sorti. Ca a correctement marché mais ce n’était rien de comparable à leurs albums précédents. Comme Dr. Feelgood, je crois qu’il s’est vendu à douze millions d’exemplaires à travers le monde. L’album que j’ai fait avec eux s’est peut-être vendu à un million. Donc aux yeux de tout le monde, c’était une déception. Mais lorsque nous étions en train de composer et enregistrer, nous ne pensions pas à grand-chose. Honnêtement, nous étions juste soucieux de composer de bons morceaux et de nous amuser, et je crois que c’est ce que nous avons fait !

L’histoire veut que c’est sous la pression de la maison de disques, qui a refusé de fournir le budget pour l’album suivant, qui s’est avéré être Generation Swine auquel tu as participé au tout début, que le groupe s’est reformé avec Vince. Est-ce ainsi que ça s’est passé ? Le groupe a plié sous la pression ?

Ouais, et pour être honnête avec toi, je pense qu’il y avait la pression du label mais il y avait aussi, en interne, tout le monde qui se demandait : « Pourquoi cette tournée est-elle horrible ? Pourquoi n’avons-nous vendu aucun billet ? Pourquoi n’avons-nous vendu aucun album ? Pourquoi est-ce que ceci et cela s’est produit ? » Je veux dire que nous jouions assez régulièrement et les salles ne se remplissaient pas, les concerts n’étaient pas complets. C’était étrange. Même à Los Angeles, nous sommes passés du Forum – la tournée précédente, ils ont fait quelque chose comme quatre ou cinq concerts au Forum qui étaient complets – à une salle beaucoup plus petite qui s’appelle The Palladium et ce n’était pas complet. Par rapport à ce que Mötley avait fait dans le passé, ce n’était pas bon du tout. Et tu regardes les choses et tu te demandes : « Bon, quelle est la différence ? Ah, cette partie est différente. » Et je pense que ça a créé une sorte de panique… Tout d’abord, la maison de disque avait offert à Mötley Crüe un nouveau contrat de quarante millions de dollars juste avant que je les rejoigne. Ensuite je suis arrivé après qu’ils leur aient donné l’agent et, de toute évidence, ils n’étaient pas contents parce que ce n’est pas ce qu’ils avaient acheté ! Ensuite se passe tout ce qui se passe, nous faisons un super album mais il ne se vend pas, et ensuite, nous partons faire une tournée, et ça ne se vend pas non plus, et je pense qu’à ce stade, tout le monde a paniqué, genre : « Oh, on a fait une erreur ! Il faut qu’on corrige le tir. »

Il y a un certain temps, Nikki a dit qu’il aurait souhaité que vous appeliez le groupe The Dirty Dogs ou quelque chose dans le genre : est-ce une chose que vous avez envisagé à un moment donné, le fait de prendre un autre nom au lieu de vous appeler Mötley Crüe ?

Oui. Mais ce qui est marrant, c’est que tout le monde est venu après et a dit : « Bon, vous auriez probablement dû changer le nom du groupe. » Mais en fait, nous envisagions de changer le nom du groupe, mais c’était la maison de disque qui a dit : « Attendez un seconde, on vient de vous donner tout cet argent en tant que Mötley Crüe, alors il faut que vous soyez Mötley Crüe. » Et ensuite les tourneurs disaient des choses comme : « Bon, vous vous faites un million de dollars par soir en tant que Mötley Crüe. Si vous changez le nom du groupe, vous allez voir vos revenus baisser. » Tous ceux qui nous disaient de ne pas changer le nom du groupe étaient tous des gens qui percevaient généralement une commission ou un pourcentage. Donc nous avons dit : « D’accord, on ne changera pas le nom du groupe. » Et nous avons continué en tant que Mötley Crüe.

En fait, Generation Swine, l’album qui a marqué le retour de Vince Neil n’a pas tellement mieux marché. Du coup, j’imagine que ce n’était pas qu’un problème de chanteur…

Avec le recul, on ne peut pas savoir. Tu vois ce que je veux dire ? Mais en toute franchise, c’était mieux pour eux de se rabibocher avec Vince, ils avaient alors les quatre membres originaux, ils sont partis tourner, ils ont fait des albums, ils ont fait des films, ils ont fait tout plein de choses et ils sont sortis par la grande porte. Donc je comprends tout ça. Je ne pourrais jamais en dire assez sur le temps que j’ai passé dans ce groupe, c’était extraordinaire. Avec le recul, je peux regarder les choses aujourd’hui et dire « bon, j’aurais pu faire ci et ça différemment. » On parle de quelque chose qui s’est passé il y a vingt-trois ans, je peux rester planté là toute la journée à te raconter tout ce qui a foiré et pourquoi ça a foiré, et ce que nous aurions dû faire, mais il y a un dicton : avec le recul, tout est toujours très clair [rires]. Nous ne savions pas à l’époque ! Mais tout s’est passé comme ça devait se passer. Et maintenant, parce que j’ai été dans Mötley Crüe pendant quatre, cinq ou six ans, j’ai pu faire des choses comme Union et Ratt, j’ai une carrière solo grâce à ça, grâce à ça The Dead Daisies m’a appelé, nous en sommes à notre quatrième album maintenant, Burn It Down. La vie est belle ! Tout va bien.

Interview réalisée par téléphone le 12 mars 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de John Corabi : www.johncorabimusic.com.

Acheter l’album Live 94.



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  • « mon fils assure, il a fait un bulot formidable »

    L’image mentale que ça donne est… intrigante 😀

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  • Trop courte l’interview, snif.
    « pour être honnête avec toi » revient souvent.

    Clairement un mauvais timing. Après, je peux comprendre que les fans de la 1ère heure n’aient pas adhéré (tout de suite). J’ai découvert le Crüe avec cet album, alors les autres disques avec Vince, ça m’a fait bizarre lol.

    Même New Tattoo en 2000 n’a pas pu/su convaincre. Il aura fallu attendre 2005, avec tout ce revival autour des 80’s pour voir toutes les anciennes gloires revenir avec plus ou moins de succès.

    Au moins, la justice a été rendue pour John et cet album.

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