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Chronique   

Jonathan Davis – Black Labyrinth


Ce n’est pas vraiment utile de revenir sur la carrière foisonnante de Jonathan Davis, frontman de Korn, groupe phare de la scène metal des années 90. Impossible d’occulter le talent d’écriture et d’interprétation du chanteur dans la réussite de sa formation qui ne doit pas tout à ses guitares sous-accordées et ses riffs syncopés. Pourtant Jonathan Davis ne s’était pas encore illustré seul (si ce n’est sa participation à la BO de Queen Of The Damned, ou ses virées live avec son groupe solo Jonathan Davis And The SFA), même si le besoin s’en faisait sentir depuis un moment. Depuis 2007 environ, où le chanteur a commencé à réunir du matériel pour un projet solo. Celui-ci voit enfin le jour, Black Labyrinth a pour son créateur un dessein : confronter ses auditeurs.

Par « confronter », Jonathan Davis entend aussi bien les mobiliser sur les diverses thématiques de Black Labyrinth, à savoir la religion, le consumérisme, l’apathie et le protocole Ganzfeld qui étudie les perceptions extra-sensorielles, que sur les affinités musicales. En effet, les habitués de la musique de Korn ne connaissant pas l’affection que témoigne le frontman pour d’autres genres tels que l’indus, l’électro ou dans une certaine mesure le punk et post-punk risquent de se trouver malaisés, à l’instar de la réception du premier single aux accents pop « What It Is », qui ne peut pas être tenu pour représentatif de l’album. Au moins, impossible de reprocher à Jonathan Davis de rester dans sa zone de confort et de produire un Korn bis, y compris en comptant à nouveau sur la polyvalence du batteur Ray Luzier. Black Labyrinth ne contient effectivement pas de passages heavy labelisés « Korn », même si le chant patenté et une certaine fibre esthétique en trame de fond fait le lien.

L’ouverture « Underneath My Skin » commence par des sonorités presque enjouées avant de prendre une tournure plus rock avec une légère distorsion granuleuse que l’on retrouvera tout au long de l’opus. Surtout, Jonathan Davis se montre mesuré, y compris sur le refrain très catchy où il se garde d’user de son timbre aigu. « Final Days » confirme ce qu’on peut appréhender à propos de Black Labyrinth : Jonathan Davis n’a pas cherché le compromis avec ce qui a fait la popularité de sa carrière. « Final Days » nous envoi voyager en terre d’orient, combinant des tablas et autre sitar avec plusieurs couches d’arrangements de synthétiseurs. Le chant qu’appose Jonathan Davis crée un mélange presque incongru mais qui, étonnamment, fonctionne. Une fibre que l’on retrouve plus loin dans « Basic Needs », chanson plus standard dans sa structure et ses mélodies, mais accueillant, le temps d’un break, des instruments traditionnels orientaux, sans se transformer en abomination informe. À ce titre, l’outro massive justifie l’écoute du titre à elle seule. Black Labyrinth a cette particularité : révéler petit à petit une forme de polyvalence du chanteur qui se montre à l’aise sur un titre au groove presque funky tel que « Walk On By » avant de rejoindre un registre plus torturé et familier. « Your God » oscille entre lourdeur et légèreté pop, avec un refrain taillé pour la radio. Même lorsque le frontman démontre ses affects en matière de musique électronique avec « Medicate », il se plie à l’exercice sans démériter. Jonathan Davis recherche constamment la pertinence de son approche vocale par rapport au genre qu’elle soutient, de ce point de vue Black Labyrinth est irréprochable.

L’album n’est pour autant pas un potpourri d’influences sans aucune cohésion. Jonathan Davis parvient à insuffler une identité qui est clairement discernable lors de titres plus « classiques », en phase avec ce qu’on pourrait attendre du chanteur de Korn. « Everyone », titre marqué par son urgence, et « Happiness » rappellent les gammes du projet de Wes Borland, Black Light Burns, notamment par ce traitement des saturations de guitare aux consonances industrielles. En réalité, Black Labyrinth n’a que très peu de faiblesses si ce n’est l’électro ambiante de « Please Tell Me » qui ne se débride que dans la dernière minute du titre et celle plus expérimentale de « Gender ». Jonathan Davis est plus convaincant lorsqu’il arpente les terres de Trent Reznor sur « What You Believe » qui nous remémore le Nine Inch Nails de l’époque The Downward Spiral (1994), « Heresy » notamment.

Black Labyrinth regorge de bonnes idées, très bien interprétées par Jonathan Davis. Il réussit amplement sa mission de se heurter à l’auditeur, qui devra oublier en partie ce qu’il connait déjà du frontman. Black Labyrinth montre d’autres facettes encore peu connues du chanteur de Korn. Le point commun réside dans ce talent inné pour les lignes vocales accrocheuses et les refrains entêtants, quel que soit le registre de la composition. Plus les écoutes sont nombreuses, plus Black Labyrinth se révèle être une petite mine d’or.

Clip vidéo de la chanson « Everyone » :

Clip vidéo de la chanson « What It Is » :

Album Black Labyrinth, sortie le 25 mai 2018 via Sumerian Records. Disponible à l’achat ici



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