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Chronique   

Jordan Rudess – Wired For Madness


Dès lors que l’on mentionne un projet d’un membre de Dream Theater, ce sont beaucoup d’amateurs de musique progressive qui sont en émoi (parfois prêts à pardonner quelques errances, ce qu’on appelle l’effet « œillères »). Wired For Madness vient se loger dans l’interstice de son travail frénétique avec Dream Theater et compte une pléthore d’invités prestigieux, dont trois batteurs (Marco Minnemann, Rod Morgenstein et Elijah Wood – non, pas l’acteur), de quoi respecter le statut de claviériste de génie du musicien. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Wired For Madness donne matière à réfléchir. Énormément de matière.

Wired For Madness n’est pas un album concept aux dires de son géniteur. En revanche, l’histoire développée dans la fresque éponyme fait écho à la manière de Jordan Rudess d’aborder la musique. « Wired For Madness » traite de l’histoire d’un homme qui favorise les éléments technologiques pour s’améliorer mentalement et physiquement à travers un processus de transformation. Il s’éloigne de plus en plus du monde réel pour laisser son ordinateur le guider dans l’entièreté de ses actes et de ses décisions. Les deux premiers titres « Wired For Madness Part 1 » et « Wired For Madness Part 2 » intègrent énormément de sonorités électroniques, pseudo-futuristes, à l’image des dernières réalisations d’Haken. Jordan Rudess se laisse aller au gré de son inspiration, évoluant du rock progressif au jazz en passant par le blues, un swing old school et même des parties révélant un chant féminin doucereux (avant de laisser le final à James LaBrie). Les deux parties de « Wired For Madness » représentent 33 minutes à elles seules et il faut dire qu’elles sont… homériques. Jordan Rudess ne recule devant rien lorsqu’il s’agit d’explorer des sonorités et c’est tout à son honneur (quitte à flirter avec les délires de Pryapisme, pour les connaisseurs), même lorsqu’il s’agit de se rapprocher le plus possible du bruit d’un canard en piteux état avant de repasser sur des orchestrations épiques et des musiques de magasin de Final Fantasy X. Jordan Rudess est à l’aise avec la technologie. Il est à l’aise tout court, en réalité, et si l’on se trouve parfois décontenancé, sa musique fait sens lorsqu’il s’agit d’évoquer une lente progression vers la folie. Au-delà de la déferlante en deux parties qui introduit l’opus, Rudess réalise un travail qui prouve sa maîtrise de différents registres. « Off The Ground » permet de souffler un peu. Il s’agit d’une chanson pop à la Blackfield, où le clavier reste cantonné à un rôle de piano, à l’instar de « Just For Today » qui se rapproche des élans mélodiques de Steven Wilson sur A Raven That Refused To Sing (2013).

Il faut en revanche reconnaître que Jordan Rudess se montre beaucoup plus entraînant lorsqu’il se débride totalement. Les sonorités synthétiques et le festival de changements rythmiques de « Drop Twist » (qui rappellera au bon souvenir de Liquid Tension Experiment) interpellent bien davantage l’oreille que les mélodies mielleuses de piano. On sent l’artiste plus libéré lorsqu’il arpente des territoires plus vifs. « Perpetual Shine » a des allures de délire total (avec une touche de King Crimson époque Discipline), fantasme du claviériste qui cherche à utiliser toutes ses banques sonores. « Just Can’t Win » a un groove de blues-band avec des sonorités de cuivre et un chant au feeling de crooner. Lorsqu’on prend le temps de se pencher sur la variété de ce que se permet Jordan Rudess, on se demande parfois s’il ne faut pas aborder Wired For Madness avec un certain second degré. « Why I Dream » vient contrebalancer cette impression en remplissant le rôle du titre jazzy-progressif typé années 80 par excellence, avec une intensité dramatique qui va crescendo et des soli de claviers plus proches de ce que Rudess produit habituellement avec Dream Theater. Dans l’ensemble, l’exubérance de Jordan Rudess est crédibilisée par sa liste d’invités prestigieux (James LaBrie, John Petrucci, Vinnie Moore, Guthrie Govan, Joe Bonamassa) qui apportent tous leur pierre à l’édifice et dont le plus impressionnant reste le batteur principal Marco Minnemann (Steven Wilson, The Aristocrats, Joe Satriani) dont le groove atypique donne de la cohérence à un grand foutoir organisé.

Jordan Rudess a suffisamment de notoriété pour se permettre toutes les extravagances. Les claviéristes en herbe se régaleront, les fans de Dream Theater retrouveront une forme d’audace dans l’approche de la musique progressive. Oui, Jordan Rudess est un monstre de technicité et se montre particulièrement inventif. Pour l’émotion en revanche, on repassera. Si l’on est hermétique aux florilèges de notes, aux transitions abruptes et aux compositions permissives qui ne se justifient jamais, Wired For Madness a justement de quoi rendre dingue.

Lyric vidéo de la chanson « Wired For Madness – Part 1 » :

Album Wired For Madness, sortie le 19 avril 2019 via Mascot Label Group. Disponible à l’achat ici



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