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Interview   

Jorn Lande : nomade en terre de metal


Jorn Lande, en plus d’être un des meilleurs chanteurs de sa génération, est un sacré bavard ! Pour preuve l’interview qui suit qui a duré pas moins d’une heure et quinze minutes et au cours de laquelle nous n’avons pu poser que la moitié de nos questions. Jorn a visiblement beaucoup de choses à partager, alors en partant d’une question et une amorce de réponse, il divague, parle de ses expériences, de ses sentiments, etc. « J’espère que vous pourrez en faire quelque chose! », nous souhaite-il une fois l’entretien terminé. Il faut dire que le bonhomme a déjà un riche parcours, depuis le groupe de rock norvégien Vagabond, au sein duquel il a fait ses premiers pas, jusqu’à son groupe solo, avec lequel il fait preuve d’une énorme productivité. Il est aussi passé par The Snakes, en compagnie des ex-Whitesnake Bernie Marsden et Micky Moody, dans lequel il a enfilé les chaussures d’une de ses plus grandes idoles en reprenait les tubes du serpent blanc, par Mundanus Imperium, par Ark avec lequel il a conçu le chef d’œuvre Burn The Sun, par Beyond Twilight et son fascinant The Devil Hall Of Fame, par Masterplan qu’il a fondé avec les ex-Helloween Roland Grapow et Uli Kusch, par son projet en duo avec Russell Allen, autre grande voix du metal des années fin 90 et 2000, et divers autres apparitions dans des projets disparates.

Et justement, avoir Jorn Lande au téléphone était l’occasion, outre de parler de son nouvel album intitulé Traveller, de faire le point et comprendre pourquoi il semble tant avoir la bougeotte. Les fans du chanteur et de certains de ses projets auront donc l’occasion d’en savoir plus, notamment pour les cas d’Ark et Beyond Twilight avec qui il a produit des albums exceptionnels mais auxquels le chanteur n’a malheureusement pas donné de suite. Il nous parle également de sa vision de la musique, en tant qu’art mais aussi en tant que métier, et de son regret que tant de groupes aujourd’hui se reposent sur la technologie, ou les écrans comme il le dit, pour concevoir leur propre musique, là où la musique est pour lui avant tout une histoire de perception humaine et de spontanéité.

Bonne lecture !

« J’ai arrêté de penser à créer un album qui serait un chef-d’œuvre. Les gens ne voient de toute façon plus les albums comme avant. Il faut seulement être spontané et produire de la musique en moins de temps. C’est un mélange entre proposer quelque chose d’original et de neuf, et, en même, temps se faire de l’argent pour vivre. »

Radio Metal : Cette année, tu as sorti une compilation de titres arrangés avec un orchestre. Un album acoustique pourrait-il suivre ?

Jorn Lande : Je n’ai jamais eu le temps de faire des versions acoustiques de mes chansons. Je ne pense pas que ce soit nécessaire. J’ai un groupe avec de très bons musiciens de heavy. Nous faisons des tournées, on donne des concerts et on participe à des festivals, et nous n’avons jamais eu l’idée de faire du « unplugged ». Certaines chansons ne sont pas pensées ou n’ont jamais été écrites pour ce concept. Il est toujours possible de trouver une ou deux chansons adaptées dans chaque album, des chansons qu’on pourrait arranger. Je le ferai peut-être un jour, mais je ne trouve pas ça nécessaire. J’aime créer de la nouveauté. Peut-être qu’un jour, je ferai un album de nouvelles chansons qui comporteront plus de guitares acoustiques et de piano. Je me vois bien faire ça dans quelques années, avec pourquoi pas un ou deux titres tirés des anciens albums. Je pense à quelques chansons qui sonneraient bien en version acoustique. Je pense que ce serait mieux de faire ça dans un contexte de nouveauté : associer une ou deux vieilles chansons à du nouveau matériel, écrire un album avec moins de guitares heavy et un style moins bombastique, plus simple. Oui, peut-être que je ferai ça !

Tu sors des albums solo de façon régulière, qu’il s’agisse d’albums studio, de compilations ou d’albums live, au point qu’on trouve au moins un nouvel album de Jorn, sinon deux, chaque année. Est-ce important pour toi de maintenir un rythme soutenu ?

Le monde d’aujourd’hui est très différent d’il y a trente ou quarante ans. Les gens doivent travailler plus dur pour garder leur boulot. C’est donc la même chose pour moi, je dois continuer à bosser et garder le mouvement. La machine doit tourner pour survivre dans ce business. Et puis nous sommes submergés d’artistes. Grâce au monde numérique moderne, on peut créer un album dans son salon. Avec Facebook et Internet en général, on peut faire sa promo tout seul. Nous sommes submergés de musique et d’informations de façon générale. Je pense que, pour la nouvelle génération, il ne sera pas possible de conquérir le monde de la même façon qu’autrefois. Ce sera très difficile, ne serait-ce que parce qu’on ne vend plus autant d’albums qu’avant. Avec le téléchargement numérique, les gens sont plus sélectifs. À l’époque, quand on parlait de hits, c’était inhabituel, voire parfois négatif, hors du contexte normal. Aujourd’hui, tout est un hit. Ce qui correspondait à un énorme succès commercial autrefois semble tout petit et limité aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle il faut travailler plus dur aujourd’hui. C’est pour ça que les gens ont trois boulots : pour survivre, gagner autant d’argent et vivre dans les mêmes conditions qu’il y a quelques années. Il faut être plus créatif, plus productif, il faut être partout à la fois ! On ne peut pas se permettre de se reposer comme avant. C’est un équilibre à trouver. Et puis, j’aime travailler, poursuivre ma carrière. Il y a tellement de choses que je n’ai jamais faites et que j’ai envie de faire. Je ne suis jamais satisfait à 100 % de ce que je fais, j’essaie tout le temps de m’améliorer. Parfois, quand j’ai des délais serrés à tenir pour un album, je n’ai pas assez de temps. Je serai peut-être complètement satisfait de trois ou quatre chansons, et pour les autres, il faut que je fasse des compromis. Je peux avoir à les mixer plus vite que mes favorites. Ensuite, il faut passer à l’étape suivante. Parfois, on peut même décider de réenregistrer une chanson d’un album, ce que j’ai fait de temps en temps, parce qu’on sait que les chansons seront meilleures si on recommence de façon un peu différente. On veut que le public remarque davantage la chanson que lorsqu’elle était au bout de la tracklist, en huitième ou dixième position. Quelques années plus tard, quand on réenregistre la chanson, on se dit qu’on peut la placer en ouverture, ou en deuxième ou troisième position, parce que cette fois, elle vaut le coup. C’est une chanson solide, efficace, alors on la case en ouverture. C’est comme ça que je réfléchis : j’essaie toujours de trouver un équilibre et de parvenir au meilleur résultat possible en fonction du temps dont je dispose. C’est un défi avec moi-même pour faire les choses dans les temps. C’est bien d’analyser les choses pendant trois ou quatre ans avant de sortir un album, mais en même temps, on finit par y perdre en spontanéité. J’ai arrêté de penser à créer un album qui serait un chef-d’œuvre. Les gens ne voient de toute façon plus les albums comme avant. Il faut seulement être spontané et produire de la musique en moins de temps. C’est un mélange entre proposer quelque chose d’original et de neuf, et, en même, temps se faire de l’argent pour vivre. C’est une bonne combinaison. Si on veut faire assez d’argent dans ce business aujourd’hui, il faut y aller à fond, être flexible et avoir des couilles. C’est ce que je fais : je mène ma vie comme il faut pour faire de la bonne musique. On a des rêves, on a envie de faire plein de choses de sa vie, et le temps file. Quand on arrive à 40 ans, on se rend compte que dans 20 ans, on en aura 60. Le temps file, et quand on mesure ça vie à l’aune de ça (ce que font beaucoup de gens, moi compris), on se rend compte qu’on veut continuer à faire ce qu’on aime faire. Il faut dresser des plans et établir une stratégie pour qu’ils se réalisent.

Un nouveau guitariste participe maintenant aux tournées avec toi. Il s’agit de Trond Holter, du groupe Wig Wam. Ressentais-tu le besoin d’une nouvelle collaboration ?

Il y a quelques années, Trond a participé à une tournée avec nous en Amérique du Sud. Je crois que c’était à l’été 2011. C’était super. Je le connaissais depuis un moment, on s’est croisé de temps en temps au fil des années. On a parfois participé aux mêmes festivals, on se croisait à l’occasion. J’ai toujours aimé sa façon de jouer mais je ne le connaissais pas personnellement. D’une certaine façon, on était de simples collègues. Après cette fameuse tournée, j’ai réalisé que c’était quelqu’un de très sympa à fréquenter, il y avait une bonne alchimie. Quand Tore a quitté le groupe, c’est la première personne à qui j’ai pensé, une personne avec qui j’aimerais travailler. C’est comme ça que ça s’est passé. C’était aussi le bon moment pour lui. Si je lui avais demandé il y a quelques années, il aurait sans doute dit non car il aurait été occupé avec d’autres projets. Le timing était parfait. Aujourd’hui, nous sommes de bons amis, et nous avons découvert que nous nous inspirions mutuellement, musicalement parlant. Je suis très enthousiaste à ce sujet. « Traveller », la chanson-titre de l’album, est une chanson que nous avons composée ensemble. On peut entendre un certain changement dans le son et le mode d’écriture, une couleur différente. On peut dire qu’il est allé droit au but. C’est très mélodique et orienté riff. Il a un grand talent pour les mélodies. De nos jours, la plupart des guitaristes prennent du temps pour construire leurs soli et trouver les bonnes associations. Ils font copier-coller, ils comparent, et ils finissent par obtenir quelque chose. Les mecs comme Trond sont différents : en quelques secondes, il trouve de super mélodies et des riffs caractéristiques. Je suis très excité concernant le prochain album. On a déjà commencé à le planifier.

« Nous vivons dans un monde de paraître et de plastique, où tout le monde s’efforce d’être politiquement correct dans tous les domaines. […] Des animaux comme le corbeau nous rappellent ce que nous sommes. C’est la vérité toute nue. Pour moi, le corbeau est un reflet de la musique que nous jouons : à la fois fort et indépendant. »

Vous avez déjà des chansons ?

Oui. Elles sont dans l’esprit de certains titres de l’album à venir, comme « Traveller » ou « Overload », la chanson d’ouverture. Il y aura plus de chansons en ce sens.

Tu as également engagé un nouveau bassiste, Bernt Jansen. As-tu fait appel à lui parce qu’il fait lui aussi partie de Wig Wam, et que Trond et lui avaient l’habitude de jouer ensemble ?

Oui, c’était aussi naturel. On a eu un entretien avec Trond, et il est venu accompagné de Bernt. On en a profité pour parler d’engager Bernt dans le nouveau line-up par la même occasion [ndlr : finalement, il n’a fait que participer à l’enregistrement de l’album et Thomas Bekkevold occupe désormais ce poste]. C’est comme ça que ça s’est fait. Il y avait aussi un aspect pratique, parce que les gars ne vivent pas très loin les uns des autres, en Norvège. C’est une bonne chose. C’est plus facile quand on veut répéter ou enregistrer une vidéo. D’un point de vue logistique, quand on veut se déplacer, que ce soit pour enregistrer un album ou pour se voir avant et après un concert, on se retrouve pour voyager ensemble. C’est plus facile quand on n’a pas à faire venir les gens de tous les coins de la planète ! (rires) Et puis, ça permet de faire des économies, ce qui est toujours une bonne chose en ce moment.

En parlant de voyager, l’album s’intitule Traveller, qui est aussi le titre d’une chanson. Est-ce comme ça que tu te vois ?

Nous sommes tous des voyageurs d’un point de vue symbolique. Il s’agit de la bataille et du voyage de la vie, il s’agit de s’accrocher et de ne jamais perdre courage. Quoi qu’il arrive, il faut trouver une nouvelle voie, une raison de continuer. D’une certaine façon, c’est une chanson avec un message positif. La chanson s’adresse à tout le monde, le message est universel. Ce n’est pas très profond ou trop compliqué, ça parle seulement de la vie.

La chanson « Carry The Black » ressemble fort à quelque chose que Tony Iommi et Ronnie James Dio auraient pu écrire. Peut-on considérer ce titre comme un hommage à Black Sabbath ?

Je n’ai jamais pensé à ça. Tu es la première personne à me le dire, ça ne m’est jamais venu à l’esprit. Ce n’était pas pensé comme un hommage, mais parce que j’aime Black Sabbath et que j’ai été influencé par tous ces groupes des années 70, j’imagine qu’on peut dire que c’en est un. J’ai conservé beaucoup d’influences entendues dans ma jeunesse. J’écoutais plein de groupes géniaux à l’époque, et on peut retrouver certains éléments ici ou là. J’utilise aussi des mélodies et des riffs dans lesquels on reconnaît de petites choses. Quand on regarde un film, on fait toujours la comparaison avec ce qu’on a vu avant. Les choses sont simplement faites différemment. En dehors de la roue et de quelques autres trucs, personne n’a jamais rien inventé ! (rires) La plupart des choses avaient été réalisées bien avant la première fois qu’on a eu l’impression de les créer. Il y a toujours quelqu’un pour l’avoir fait avant. Je trouve que « Carry The Black » est une chanson forte. Elle n’est pas très différentes de certains titres que j’ai faits pour d’autres albums, comme « Spirit Black » ou « Soul Of The Wind » sur Lonely Are The Brave. J’ai toujours eu des chansons heavy sur tous mes albums. Plus que prêter hommage à d’autres groupes, je suis la tradition de Jorn. La musique que j’écris est en soi un hommage à mes influences, car on peut toujours entendre des éléments de ma culture musicale dans l’écriture. C’est la même chose avec les anciens et les compositeurs classiques. Tony Iommi ou Ritchie Blackmore, tous ces guitaristes des années 70, avaient des références dans la musique classique, ils étaient fascinés par certains compositeurs. C’est pareil pour moi et les gars avec qui je travaille. Nous avons tous des liens avec la musique classique, et nous avons grandi en écoutant des groupes qui mélangeaient les genres. On a trouvé ça cool, alors on a repris des idées ici et là. Mais ce n’est pas planifié. Aujourd’hui, beaucoup de groupes construisent un produit de toutes pièces. Je ne pourrais pas écrire de chansons pour Jorn si je devais les construire sur un ordinateur, en faisant copier-coller et en disant à l’ordinateur ce qu’il doit faire. Je pense qu’il faut prendre des décisions en esprit. Tu entends une mélodie dans ton univers musical personnel, puis tu fais des arrangements autour de cette mélodie et tu crées une chanson. Il y aura toujours des couleurs utilisées sur d’autres palettes. C’est comme ajouter des épices dans une sauce que quelqu’un a préparée avant toi ! (rires) Le principal, c’est que la sauce soit bonne.

« Je veux seulement être productif et constructif dans tout ce que je fais, je veux que les choses se fassent. C’est pour ça qu’il faut trouver les partenaires idéaux avec qui travailler, des gens qui vous comprennent et aient la même philosophie. Si on fait ça, tout est plus facile. »

Le corbeau est présent sur presque tous tes albums. Que symbolise-t-il ? T’identifies-tu à cet animal d’une certaine façon ?

Nous vivons dans un monde de paraître et de plastique, où tout le monde s’efforce d’être politiquement correct dans tous les domaines. Les gens pensent trop au politiquement correct. C’est une chose que l’on apprend pour survivre. Ce côté business brouille l’essence même de l’humanité. Des animaux comme le corbeau nous rappellent ce que nous sommes. C’est la vérité toute nue. Pour moi, le corbeau est un reflet de la musique que nous jouons : à la fois fort et indépendant. C’est un peu un symbole du rock. Le corbeau ne fait pas de chichis. On le voit partout, il est indépendant, et en même temps, c’est un oiseau très intelligent. Et bien sûr, il est noir, ou parfois gris. Il symbolise beaucoup de choses qui me plaisent bien. Et puis, dans le passé, il y avait beaucoup de proverbes associés au corbeau. C’est quelque chose qui me fascinait quand j’étais enfant. Par exemple, si on voyait un corbeau qui traversait un champ alors qu’il pleuvait, c’était un présage : quelqu’un allait mourir, ou la récolte allait être mauvaise cette année-là. Vous avez probablement le même genre de chose en France, la plupart des pays ont eu des histoires autour du corbeau. En Norvège et en Scandinavie, il y avait beaucoup de légendes de ce type, très anciennes.

Tu as signé ton retour dans Masterplan avec Time To Be King en 2010. Aujourd’hui, le groupe sort un nouvel album sans toi. Que s’est-il passé ? Pourquoi être parti une deuxième fois ?

Je ne voyais pas l’intérêt d’en faire un autre. J’étais déjà bien occupé avec le nouvel album de Jorn, et eux voulaient faire un nouvel album l’hiver dernier. Je n’avais tout simplement pas le temps. Et puis il faut parfois savoir passer à autre chose et se concentrer sur ce qu’on a envie de faire. Time To Be King était un bon album, mais je trouve qu’il méritait d’être mieux traité. D’une certaine façon, la promotion n’était pas au top. Le label a voulu faire une vidéo deux ou trois mois après la sortie de l’album, ce qui est le contraire de ce qui se fait normalement. Ce n’était pas la situation idéale pour une sortie d’album. Quand on a mis tous ses efforts dans quelque chose, qu’on est fier de ce qu’on a fait, on veut en faire la promotion aussi bien que possible. Quand une promotion n’est pas bien faite et que, comme je l’ai mentionné, la vidéo arrive trois mois après l’album et des choses dans le genre, on ne veut pas revivre ça. Voilà donc les raisons : j’étais à la fois occupé avec le nouvel album de Jorn, avec des plans pour cette année, et un peu amer concernant Time To Be King. Je suis toujours ami avec le groupe. Roland [Grapow] est un type bien. J’ai été en contact tout récemment avec Uli, même s’il ne fait plus partie de Masterplan. Il vit en Norvège à présent, il a une famille ici. On évolue actuellement dans des directions différentes, mais on se retrouvera peut-être dans le futur pour faire quelque chose. Pour l’instant, on se concentre sur nos propres univers.

« Les années 90 constituent une décennie hybride, une époque d’expérimentation. Tout le monde a essayé de nouvelles approches, des angles inédits, et a expérimenté avec de nouveaux effets. D’une certaine façon, ça a un peu dépassé les bornes. »

Tu as quitté Ark après deux albums, et Beyond Twilight au bout d’un seul. Tu as quitté Masterplan après deux albums, tu es revenu le temps d’en faire un troisième et tu es reparti. La seule chose qui semble stable, c’est ta carrière solo. Pour cette raison, tu as la réputation d’être capricieux et instable. Est-ce difficile pour toi de faire partie d’un groupe qui ne soit pas le tien, un groupe où tu n’es pas le seul leader et décisionnaire ?

Non, je ne crois pas que je sois si difficile à vivre. Tu devrais interroger les gens avec qui je travaille et voir ce qu’ils répondent ! (rires) Je ne me considère pas comme quelqu’un de compliqué. J’ai les deux pieds sur terre, je dirais. Je suis très reconnaissant d’avoir une carrière et de pouvoir vivre de ma musique. J’ai vraiment de la chance et j’aborde les choses de façon assez humble. Je pense que les gens oublient que, de nos jours, la plupart des groupes doivent avoir des boulots à côté pour gagner leur vie, et que le groupe qui fait des albums est un à-côté. En France, le prog est très populaire depuis des années. Mais combien de groupes en vivent vraiment ? Ils sortent des albums, ils ont de belles vidéos et de beaux sites Internet, mais ils ne vivent pas de leur musique. Ils travaillent en tant que profs, ils donnent des cours de batterie ou de guitare, ou ils bossent dans des magasins de musique. Il faut que les gens voient les choses de mon point de vue : quand on est professionnel, qu’on a une carrière et une famille à faire vivre, il faut faire de l’argent pour survivre. Le seul moyen de faire ça, c’est de s’assurer que les choses sont faites dans les temps, qu’on produise rapidement. On n’a pas le temps de se battre à propos de détails. Il faut accepter que le chanteur chante ce qu’il veut chanter et qu’il écrive ce qu’il aime. On peut toujours argumenter ici ou là sur des détails, mais en gros, il faut trouver des partenaires qui pensent comme soi. C’est ce que je m’efforce toujours de faire : j’essaie de m’entourer de gens qui ne vont pas travailler pour moi, mais penser comme moi. Prends l’exemple de Trond, ou de Tore avant lui : nous avons tous grandi avec le même style de musique, nous avons la même vision et nous aimons les mêmes choses. Trond me fait confiance pour tout. Il sait que s’il m’envoie de la musique pour Jorn sous forme de démo, et si j’apprécie, je vais faire de mon mieux pour y ajouter de bonnes paroles et une bonne mélodie. Selon toute probabilité, ça collera parfaitement à ce qu’il a écrit. Il ne s’inquiète pas pour ça. Je n’aime pas que les choses soient compliquées. Je veux seulement être productif et constructif dans tout ce que je fais, je veux que les choses se fassent. C’est pour ça qu’il faut trouver les partenaires idéaux avec qui travailler, des gens qui vous comprennent et aient la même philosophie. Si on fait ça, tout est plus facile. C’est la raison pour laquelle certains musiciens avec lesquels j’ai grandi ont travaillé avec certains guitaristes. C’est pour ça que David Coverdale travaille avec Doug Aldrich : ensemble, ils font de la magie et les choses se font. Ils ne se battent pas pour savoir comment ça va se faire. Ils s’inspirent l’un l’autre. C’était la même chose avec Ozzy et Zakk Wylde, ou avec Dio et Craig Goldie ou Vivian Campbell au début des années 80, avant qu’ils deviennent ennemis ! (rires) Ce genre d’association est indispensable, même si on arrête de travailler ensemble au bout de cinq ans. Il faut ensuite trouver quelqu’un d’autre, ou que quelqu’un d’autre vous trouve. Il s’agit simplement de trouver les bonnes personnes avec qui travailler et de faire bouger les choses. Il n’y a pas de temps à perdre avec des bêtises, la vie passe trop vite. Et parce que les choses bougent si vite, il faut travailler dur et être productif, éliminer tous les aspects inutiles. C’est comme une famille ou un mariage : il faut trouver l’épouse idéale, mais même ça, ce n’est pas une garantie de rester ensemble. On est toujours tiraillé dans des directions différentes, mais il faut trouver une base, comprendre comment faire bouger les choses.

Je n’ai pas quitté ces groupes parce que je n’aime pas les musiciens. Tu as parlé d’Ark : j’adore John Macaluso, c’est un type extra. Il est très drôle, très talentueux, c’est le meilleur ami qu’on puisse avoir. Simplement, parfois, on a des philosophies différentes en matière de développement musical. J’aime beaucoup sa façon de jouer, mais ce n’est pas forcément le meilleur choix pour Jorn, par exemple. Il jouerait parfaitement les chansons, mais il y ajouterait des éléments qui ne colleraient pas forcément. Comme je l’ai dit plus tôt, tout est dans la sauce qu’on prépare : parfois, si on retire la crème, la sauce sera toujours bonne, mais pas aussi irrésistible qu’elle aurait pu l’être. Il arrive qu’on n’ait pas envie d’un substitut, mais de l’original. C’est la raison pour laquelle Willy Bendiksen, mon batteur, joue dans Jorn depuis toutes ces années : il colle parfaitement à la musique, et c’est un type bien. Il a beaucoup de talents et c’est l’un des derniers grands. Cozy Powell est mort, John Bonham nous a quittés il y a longtemps, Mick Tucker de Sweet… Bon, Brian Downey de Thin Lizzy joue toujours très bien. Tous ces musiciens classiques qui jouaient avec leur corps et ne se contentaient pas d’avoir de la technique. Ces gars-là ont presque disparu, aujourd’hui, il n’en reste plus beaucoup. Mais l’idée que je me fais de ma musique est plus adaptée à ce concept classique. L’écriture est plus directe, il n’y a pas besoin de fantaisies techniques partout. Elle a seulement besoin d’un batteur avec une constance, à la fois convaincant et puissant. Les chansons ont besoin de groove et de ressenti. La plupart des batteurs modernes n’ont pas de groove, ils n’ont que de la technique. Ils jouent des trucs qui impressionnent la galerie, mais il n’y a pas de substance. Les anciens pouvaient taper un seul coup, et on entendait toute l’intégrité, toute la puissance. Même chose pour les guitaristes : ils n’étaient peut-être pas toujours techniques, surtout les guitaristes des années 70, mais ils avaient ce son. Ils se contentaient d’une ou deux notes et on savait instantanément que c’était de la bonne came. Ils n’avaient pas besoin de jouer vite ou d’impressionner qui que ce soit. Je crois que c’est tout le principe du groupe Jorn. John Macaluso est très influencé par le jazz et la fusion, il fait ça très bien. Évidemment, c’est aussi un bon musicien de rock. C’est un grand fan de The Who. C’est pour ça que je l’adore, c’est un batteur très diversifié. Mais ce n’est pas le batteur qu’il faut au concept de Jorn et je crois qu’il le sait. Si on changeait tout le concept, qu’on décidait de ne plus coller à la recette, de se libérer de toutes les contraintes et de voie ce qui se passe, on pourrait l’envisager. Mais pour l’instant, l’équilibre est parfait.

Beyond Twilight n’était pas très éloigné du style de Jorn. Les chansons étaient plus longues et il y avait plus de claviers, mais le concept était assez proche de ce que Jorn représente aujourd’hui. Nous n’avons pas de claviériste, donc on ne peut pas avoir toutes ces intros au clavier, et c’est également plus brut et dépouillé que Beyond Twilight. Pour moi, dès le départ, Beyond Twilight était censé être un opéra rock ou metal, pas un groupe. De la façon dont je vois les choses, c’était ce que Finn [Zierler], le claviériste, voulait en faire par la suite. Quand on a fait cet album, on se disait qu’on pourrait peut-être faire une Partie II. Ce n’était pas supposé être un groupe normal. Quand je suis parti, il a vraiment tenu à continuer. Je ne sais pas s’il voulait prouver quelque chose à lui-même, à moi ou au monde, mais il voulait continuer. C’est pour ça qu’il y a des chansons que j’ai écrites sur l’album sorti après mon départ. On a travaillé dessus ensemble, mais elles ont été enregistrées par le chanteur qui m’a remplacé. Les albums suivants étaient plutôt bons, mais pour moi, un seul album suffisait. The Devil’s Hall Of Fame fonctionne très bien tout seul. C’est une œuvre solide, classique, et je ne vois pas comment nous aurions pu en faire un autre. De la façon dont je vois les choses, cet album comporte tous les éléments du concept : il n’y a pas besoin de plus que The Devil’s Hall Of Fame.

« Je suis comme ça, j’adore parler ! Je pourrais parler toute la journée ! (rires) »

De toute évidence, ce que tu aimes le plus chanter c’est le heavy metal et le hard rock classiques, et c’est ce que tu fais avec ton groupe solo. Mais au début tu as surtout été connu pour des groupes progressifs, comme Mundanus Imperium, Ark et Beyond Twilight. Comment l’expliques-tu ?

Au début des années 90, quand le grunge a débarqué, mes amis et moi, tout ce qu’on voulait, c’était faire des albums et faire bouger les choses. À cette époque, on voulait avoir du succès. Le bon vieux temps était derrière nous, ce n’était pas une bonne chose d’être associé aux années 70 ou 80. Si je chantais comme je le fais aujourd’hui, si je me contentais de rock classique sans expérimentation, on me disait : « On a déjà entendu ça, c’est de la musique des années 80 ». Les gens disaient toujours : « C’est une ère nouvelle, fais quelque chose de nouveau, de différent ». Le grunge et la vague venue de Seattle ont tout changé. Beaucoup de gens n’avaient plus de boulot dans les années 90 : de grands guitaristes très en vogue dans les années 80 ont soudainement perdu leur travail. Avec de la chance, ils pouvaient travailler en studio sur des albums pop, si l’artiste avait un solo heavy sur une chanson. Il n’y avait pas beaucoup de contrats dans notre style, le secteur a changé très vite. Nous avons tous été obligés de penser autrement. Mais en même temps, je ne voulais pas trop changer. La raison pour laquelle j’ai commencé à faire de la musique, c’est mon amour pour les groupes classiques (Free, Led Zeppelin, Deep Purple, Rainbow, Black Sabbath…) et les groupes plus mélodiques venus des États-Unis, comme Kansas, Styx, Foreigner ou Journey. J’adorais ces groupes, c’étaient mes influences à mes débuts, et je voulais faire exactement comme eux pour avoir une carrière en tant que chanteur. Je me suis demandé comment je pouvais conserver mes racines tout en faisant quelque chose de différent. C’est la raison pour laquelle l’album Burn The Sun d’Ark existe et que je passe par beaucoup d’expressions vocales. J’ai conservé des éléments de chant classique, mais je me suis ouvert à d’autres horizons. Il y a beaucoup d’éléments différents sur cet album : je passe du chant clair et aigu à quelque chose de plus AOR, plus américain, puis je reviens à des influences européennes comme Free ou Queen. Il y a même d’autres aspects : j’adore David Bowie, Peter Gabriel, Kate Bush ou Björk, que j’adorais dans les années 90. Elle a apporté une bouffée d’air frais à la scène pop. Pour moi, Björk est un peu une Robert Plant au féminin ! (rires) C’est peut-être pour ça que j’aime tellement sa musique et sa voix. Je voulais mélanger toutes ces couleurs dans un seul groupe. Pour Beyond Twilight, je suis passé à un style de chant plus opératique, plus puissant, que j’utilise encore aujourd’hui. Cet album m’a fait évoluer vers ce que je suis aujourd’hui. Dès le départ, Mundanus Imperium était un groupe de black metal, mais ils ont voulu faire quelque chose de différent. On a pensé que ce serait cool : à l’époque, personne n’avait jamais associé chant rock classique et black metal. À ma connaissance, il n’existe pas d’autre album mélangeant black metal et mon type de chant. C’était très original, personne n’avait jamais entendu ça. Je me souviens que nous avions été nominés pour un prix musical en Norvège pour cet album.

De façon générale, les années 90 constituent une décennie hybride, une époque d’expérimentation. Tout le monde a essayé de nouvelles approches, des angles inédits, et a expérimenté avec de nouveaux effets. D’une certaine façon, ça a un peu dépassé les bornes. Ça a aussi entraîné pas mal de mauvaises combinaisons musicales ; c’était peut-être original, mais ça n’a pas eu beaucoup de succès. Beaucoup se sont retrouvés avec le cul entre deux chaises : ce n’est pas un poisson, ce n’est pas un oiseau, c’est quelque chose entre les deux, qu’on ne peut pas catégoriser. On peut arguer que c’est une bonne chose, parce qu’il faut avoir l’esprit ouvert. Mais en même temps, on a besoin de quelque chose de solide, d’identifiable, auquel on puisse attribuer une étiquette. C’est dans notre nature de mettre la main sur quelque chose et de se dire : « Je sais ce que c’est, c’est cool ! » Beaucoup de groupes sont tombés dans cet entre-deux, et c’est pour cette raison que des groupes plus anciens se sont refaits une santé au début des années 2000. Ils faisaient exactement comme avant, quelque chose de solide, pendant que le reste du monde, la jeune génération, essayait désespérément d’être original et d’inventer quelque chose de neuf. Les groupes plus anciens ont continué à faire quelque chose qu’on pouvait comprendre et auquel il était possible de s’identifier. C’est pour ça qu’ils ont à nouveau eu du succès. Certains ont fait une longue pause dans les années 90, mais d’autres ont continué. Ils n’ont pas très bien marché pendant quelque temps, mais la plupart ont vraiment remonté la pente à la fin des années 90, quand ils ont compris que le marché était là. Le reste du monde était frustré, à essayer désespérément de réinventer la roue, et eux ont continué à faire la même chose. Il n’y avait pas beaucoup de concurrence, parce que plus personne ne pensait comme eux. C’est pareil aujourd’hui : il y a beaucoup de groupes expérimentaux, et il y a du bon et du moins bon. Mais globalement, tout le monde utilise les mêmes programmes et les mêmes plug-ins en studio, ce qui fait que tout sonne de la même façon. Et parce que tout le monde veut faire le moins d’efforts possible pour créer quelque chose, on se retrouve avec tous ces albums sans âme. Comme je le dis souvent, la plupart des groupes actuels n’auraient jamais décroché un contrat dans les années 1980 parce qu’ils n’ont pas assez de talent. Ils sont peut-être mathématiquement excellents à force de répétition, mais ils restent trop focalisés sur leur écran. Quand on écoute de la musique, on se demande si c’est carré ou pas. La jeune génération se contente de regarder l’écran, d’étudier la courbe d’onde et de dire : « Ça ne va pas, c’est un peu hors rythme ». On peut leur faire remarquer que le son n’est pas trop long, que ça sonne bien, et ils répondent : « Non, je le vois à l’écran ! » C’est un nouveau mode de pensée. Peut-être que c’est naturel et que je vieillis, je ne sais pas ! Mais je continue à penser que c’est ce qu’on entend qui compte, pas ce que dit l’ordinateur. Décider si quelque chose sonne bien ou pas en se basant sur un écran, ce n’est pas une bonne évolution. Et quand on le leur fait remarquer, ils ne comprennent pas. Éteins ton écran et réécoute ce passage : où est le problème ? « Je ne l’entends pas, mais l’ordinateur me dis que ça ne va pas. » Cet aspect mathématique leur a complètement lavé le cerveau, ils sont trop concentrés là-dessus. Bon, c’est hors sujet, mais je suis comme ça, j’adore parler ! Je pourrais parler toute la journée ! (rires)

« La plupart des groupes actuels n’auraient jamais décroché un contrat dans les années 1980 parce qu’ils n’ont pas assez de talent. »

Nombreux sont ceux qui pensent qu’Ark avait énormément de potentiel et que tout ça a disparu quand tu es parti. Certains voudraient te faire porter le chapeau. Que leur réponds-tu ?

Comme je l’ai dit tout à l’heure, les années 90 étaient différentes. Je répète souvent que, si cet album était sorti en 1985, il aurait vendu des millions d’exemplaires dès le début. Même si une petite maison de disques s’en était occupée, il aurait quand même fait de belles ventes. En termes de carrière, ça aurait probablement fait la différence pour le groupe. Soit on gagne sa vie avec la musique, soit ce n’est pas le cas. À l’époque, avec Ark, c’était impossible de gagner sa vie sans travailler dans cinq groupes en parallèle ou sans avoir un boulot normal à côté. Tout le monde dans le groupe était frustré par l’industrie de la musique. Personne ne nous donnait de l’argent ; on ne pouvait pas obtenir d’avance pour avoir la liberté de créer pendant six mois ou un an. Les tournées étaient très difficiles à organiser, beaucoup de salles ont fermé. Même les clubs ont été transformés en discothèques dans le monde entier. Dans les années 70 et 80, c’étaient des endroits où on pouvait jouer et attirer pas mal de public, mais ça a changé. Le disco, la techno et le R’n’b ont pris le dessus. On pouvait s’estimer heureux d’entendre une chanson de Rage Against The Machine ou de Metallica dans un nightclub. La seule raison pour laquelle on entendait ce type de musique, c’est parce que c’était une nouvelle mode, la vague de Seattle, orientée grunge. Il y avait Nirvana, bien sûr. Les autres éléments du metal et du rock classique sont partis en vacances. Pour être réaliste, la vérité, c’est qu’il était impossible à l’époque de gagner notre vie avec un groupe comme Ark. Nous avons essayé de contacter des gens dans le secteur, mais nous n’avons même pas réussi à sortir une vidéo. Nous avions beaucoup d’idées, on se disait : « Imaginez une vidéo avec un grand réalisateur, quelqu’un qui aurait déjà fait des clips pour Peter Gabriel ou Björk, quelqu’un qui ferait quelque chose d’extraordinaire avec nos idées ». Nous voulions vraiment faire bouger les choses, mais quoi qu’on ait pu faire, ça ne marchait pas. On a parlé à beaucoup de gens, on a cherché différentes solutions, mais rien à faire. Au final, on se débattait avec tout. L’argent que nous pensions gagner n’est jamais arrivé, les choses ne se faisaient pas. Personnellement, il fallait que je fasse quelque chose, que j’avance. J’ai eu des propositions de maisons de disques, et de gens qui voulaient que je travaille avec eux. J’avais l’occasion de faire ce que je voulais faire. Pour moi, il est naturel qu’Ark n’ait pas continué. J’étais déjà passé à l’étape suivante, c’était trop tard pour revenir ; j’avais déjà Masterplan et mon propre groupe Jorn, c’était bien assez. Quand les gars d’Ark se sont demandé s’ils devaient faire quelque chose de neuf, j’étais déjà occupé avec autre chose. Il y a des circonstances que les gens ignorent. Il y a des contrats qui sont signés et auxquels les gens ne pensent pas. Parfois, on signe pour trois ou cinq ans, et on ne peut pas y couper. Le monde est grand mais ce business est tout petit : les gens sont connectés et se connaissent. On ne peut pas faire n’importe quoi : quand on s’engage à faire quelque chose, il faut le mener à terme. Donc, même si les gars voulaient faire un nouvel album d’Ark, je n’en avais ni le temps, ni la possibilité. Il n’y avait pas de solution. Je me suis alors dit qu’on pourrait en reparler d’ici deux ans. Et deux ans plus tard, ce sont eux qui faisaient autre chose. Tore [Østby, guitare] était avec un autre groupe norvégien et John [Macaluso] était concentré sur Starbreaker avec Tony Harnell de TNT. Quand j’ai enfin eu le temps d’envisager de refaire quelque chose avec eux, tout le monde était dispersé. Quand c’était possible pour moi, ça ne l’était plus pour eux. J’ai décidé de laisser tomber. Mais on ne sait jamais : peut-être que, quand on sera plus vieux, on refera quelque chose. Ça arrive, quand on a du boulot inachevé. C’est comme une ancienne relation avec une fille qu’on appréciait beaucoup et avec qui on a rompu ; dix ans plus tard, on se dit : « Qu’est-ce que j’ai été con ! J’aimerais bien la revoir. Est-ce qu’elle me reconnaîtrait ? » (rires) Il y a toujours des choses inachevées dans la vie, alors on ne sait jamais. Ce serait intéressant de voir ce qu’on pourrait faire après quinze ou vingt ans.

Hier marquait le troisième anniversaire de la mort de Ronnie James Dio. Le fait qu’il ait été une immense inspiration pour toi n’est pas un secret. As-tu allumé une bougie ou fait quelque chose en sa mémoire ?

On en a parlé, bien sûr. On a posté un message sur le site Internet et sur Facebook. Les gens commentent et se souviennent. C’était une triste journée. Tout ce qu’on peut faire, c’est se souvenir, montrer qu’on n’oublie pas. Il faut y penser tout en continuant à avancer. C’est la vie. Ronnie était un type bien et un chanteur formidable. C’est toujours une grande influence pour moi, et il le restera jusqu’à ma mort – ou jusqu’à ce que j’arrête la musique, si ça arrive. Espérons que non. Il n’est pas moins important aujourd’hui, il l’est tout autant qu’avant. Il sera toujours spécial à mes yeux. Il était le meilleur, il restera à jamais mon héros. C’est le meilleur mentor, la meilleure influence. C’est la meilleure source d’inspiration possible quand on aime la musique rock et metal.

Interview réalisée par téléphone le 17 mai 2013 par Metal’O Phil
Retranscription et traduction : Saff’

Site internet officiel de Jorn : www.jornlande.com

Album Traveller sorti le 14 juin 2013 chez Frontiers Records.



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  • Vaste sujet que celui de vivre de son art.
    Le sieur Lande veut faire avancer sa carrière à tout prix mais parfois c’est au détriment de la qualité. Certains albums ont parfois été des albums de moindre qualité (je pense à Symphonic, une vraie arnaque !)
    « Ils travaillent en tant que profs, ils donnent des cours de batterie ou de guitare, ou ils bossent dans des magasins de musique »…
    Et alors ? Ce n’est pas une honte.
    Pour ma part, j’ai un métier et je fais de la musique. En vivre serait un vrai casse-tête qui me filerai l’angoisse. Ce qui est souvent le cas des intermittents qui ne veulent pas faire autre chose (ce n’est pas un reproche, attention !).
    Peut être devrait-il donner des cours de chant ? Cela lui donnerait toute la latitude nécessaire pour faire de vrais choix artistiques.
    Beaucoup de grands artistes n’ont été reconnus qu’après leur mort, ils ont vécu dans la misère pendant une bonne partie de leur vie et se sont sacrifiés à leur art. Je peux comprendre que Jorn ne souhaite pas en arriver là. S’il reste un grand chanteur (l’un des meilleurs à mon goût), il devrait quand même faire attention à ce qu’il choisit de faire. J’espère qu’il ne regrettera rien le jour ou il se retournera sur sa carrière si chère à ses yeux pour en faire le bilan…

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  • Twisted Brother dit :

    C’est certain qu’avec une voix pareille, un album acoustique ou un live acoustique… une vraie tuerie 😉

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  • Ayant vu Jorn en mini concert acoustique à Toulouse il y a de cela quelques années maintenant, je peux dire que c’était une vraie tuerie (frissons tout du long), et qu’il est dommage qu’il ne songe pas plus sérieusement à faire un album dans cette lignée (voir même un live en duo, un peu à la manière du « starkers in Tokyo » de Whitesnake)

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