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Interview    Tribune   

Le journal d’Abbath : le destin de l’homme, la mort, les grands du rock n’ roll, la vie en tournée…


Abbath est un sacré personnage, aussi fantasque qu’attachant. Mais c’est aussi un grand bavard avec énormément d’histoires à raconter, que ce soit sur sa vie ou celle de ses idoles. En bon passionné, il dévore toutes les biographies et s’est même constitué une collection impressionnante d’objets entreposés sur une étagère, allant d’une figurine parlante d’Al Pacino donnant ses célèbres répliques dans Scarface jusqu’à une chaussure de scène de Paul Stanley, à côté d’un mur où trône la fameuse hache d’Immortal.

Alors quand on se retrouve sur Skype avec un Abbath au confort chez lui, il faut se préparer à de longs bavardages, sans toujours grand rapport avec le sujet de départ : Abbath parle comme il pense. C’est ainsi qu’après notre dernier entretien réalisé en juin pour parler du nouvel album d’Abbath, Outstrider, nous nous sommes retrouvés avec près de quatre heures d’échanges en rab. Des « flux de conscience » tantôt drôles, tantôt introspectifs ou instructifs, avec quantité d’anecdotes. C’est ainsi que nous avons finalement décidé de les publier de manière brute, au discours direct, dans une série d’articles.

« Bordel, où sont passés les briquets ici ? Oh, en voilà un ! Dans ma poche, là où il devrait être. Je me souviens d’une fois, on travaillait sur un site de construction, j’avais soif, je voulais m’acheter à boire, mais je n’arrivais pas à trouver mon portefeuille, et j’étais là : « Putain, mais qui m’a piqué mon portefeuille ? » Evidemment, personne ne me l’avait volé. Quelqu’un a dit : « Tu as regardé dans ta poche arrière ? » Il était exactement là où il était censé être ! Je me souviens aussi d’une fois où je suis rentré dans ma voiture, j’ai fermé la porte, et je n’arrivais pas trouver le volant ! [Petits rires] J’étais tellement stressé que je n’ai pas réalisé que je ne m’étais pas assis à la place du conducteur ! [Rires] On dit que personne n’est parfait, n’est-ce pas ?

Qu’est-ce qui est parfait ? La nature ! Pas nous. Nous, on ne vient pas d’ici, on a été plantés ici, j’en suis sûr. Mais on finira par disparaître. Si on ne s’enfuit pas de cette planète, on n’a aucune chance. On sera effacés de la surface de la Terre d’ici peut-être dix mille ans. Ils savent quelque chose. Quelque chose se prépare. Et ce truc avec le climat, ça fait des années qu’ils en parlent. Il n’y a strictement rien que l’on puisse faire contre ça, c’est trop tard. C’est comme ce volcan en Islande quand tous les avions sont restés cloués au sol, rien qu’un volcan comme celui-ci, ou un super volcan, s’il se réveille, ce sera un hiver nucléaire pendant des milliers d’années. La technologie sera notre pire ennemi, c’est déjà le cas. Mais c’est dans notre nature : il faut qu’on explore encore et encore. Imagine, il n’y a rien eu pendant des dizaines de milliers d’années, et tout d’un coup, bam, on a une putain d’industrie, et avec l’industrie vient la guerre, et avec la guerre vient l’évolution, le progrès, ou peu importe. C’est bien mieux de se mettre à l’écart de tout ça, et si les infos à la télé nous font peur, alors autant ne pas regarder [rires].

Quand tu regardes les infos aujourd’hui, c’est genre : « C’est chiant. Ils ne font que parler de politique ! » Et ensuite tu vois : « Un hélicoptère s’est écrasé à Manhattan. Un mort. » Et puis tu te dis : « Eh bien, ça a dû être une expérience vraiment horrible pour lui et sa famille. » C’est une tragédie. « Tragedies Blows At Horizon », c’est une chanson d’Immortal, en fait. C’est quelque chose qu’on essaye d’éviter, mais quoi qu’il arrive, il faut passer à autre chose, toujours. Ou mourir. Je n’ai perdu personne dans ma famille mais j’ai perdu quelques amis, et tu sais que ça va arriver. Mes deux parents ont dans les soixante-dix ans, c’est sûr qu’ils vont me survivre [rires]. Si je meurs, faites une putain de fête ! Ne pleurez pas. Lemmy a dit : « D’accord, je suis prêt à mourir maintenant » et il a demandé à porter ses bottes. Il était là : « Merde, ça a été génial », puis il est parti. J’étais dévasté en apprenant pour Lemmy. Mais je suis content qu’il n’ait pas longtemps souffert. C’est arrivé très vite. C’est une des choses dont j’ai peur, avec ce putain de diabète. C’est une condamnation à mort, à bien des égards. Ça change toute ta vie. Elvis Presley, c’est ce qui l’a tué. Plein de gens prennent du speed… Comme Lemmy, il a été changer son sang dans une clinique – comme Ozzy et Keith Richards – pour être clean, et le médecin a dit : « Vous ne devriez pas le faire parce que votre sang est trop pollué, votre corps s’y est adapté et du sang neuf vous tuerait ! » [Rires] Ozzy a parlé à Lemmy au téléphone, il a pris sa voiture et il a conduit comme un dératé pour aller le voir, mais Lemmy est mort juste quelques secondes avant d’arriver. C’est genre : « Putain ! » Ce sont les mecs les plus gentils qui soient. Je n’ai jamais rencontré Ozzy mais je sais que c’est un authentique. C’est le madman du rock n’ roll, c’est le Prince Of Darkness. C’est l’un des rois, tout comme Elvis et Lemmy. Les rois sont partis. Vive les rois.

Gene Simmons vient d’avoir soixante-dix ans, il en aura soixante-douze quand la dernière tournée sera finie. Si tu vois Gene Simmons en 76, la tournée Destroyer, la façon dont il bouge, sa prestation, personne n’a jamais égalé ça. Et le meilleur frontman de tous les temps, il est clair que c’est Diamond putain de Dave, David Lee Roth. Un autre frontman génial, c’est Tom Araya, il est putain de cool. James Hetfield à la grande époque aussi, mais il est encore cool aujourd’hui, il assure. L’alcool, c’est du sérieux, ça te vide de ton énergie, et pour pouvoir être en forme sur toute une tournée, il faut être extrêmement fort. Tu dois avoir quelque chose de spécial en toi, parce que les gens normaux eux mourraient ou leur cerveau exploserait. Lemmy a arrêté de prendre de l’acide quand il a commencé Motörhead, mais avant quand lui et ses amis en prenaient pendant presque une semaine, ils voyaient tout un tas de couleurs, comme s’ils regardaient la télé, « wouhou ! » [petits rires]. « N’aie pas peur, accroche-toi bien ! » Car si tu pètes un câble, alors tu endommages ton cerveau. Il y a des gens qui prennent si peur qu’ils perdent la capacité de parler. Mais l’anxiété, ça te bouffe, tu sais. C’est une bonne chose maintenant que la marijuana puisse être utilisée en médecine.

Pour ma part, sur une tournée, après un concert, je prends quelques whiskys-coca avant d’y aller, pas de stress. Mais pas si on a un concert le lendemain, pas moyen, je ne bois rien. Et si je n’arrive pas à dormir, ils s’assurent toujours que nous ayons du vert. Je suis toujours le premier dans ma couchette et le premier levé le matin. Tu ne vois personne dans le bus et le bus roule, c’est comme si tous les matins c’était la quatrième dimension [rires]. Mais tu te sens bien et tu as hâte de monter sur scène. Je me pose et je regarde peut-être Game Of Thrones… J’aime beaucoup cette vie. J’aime les balances et toute l’attente, toute cette atmosphère. Il y a des gens qui finissent par en avoir marre, mais moi je peux faire ça toute l’année, tant que je suis entouré de gens sympas. C’est comme mener une campagne. A moins que tu sois en train d’attendre la mort dans un putain de trou en Afghanistan ou un truc comme ça… La ville, j’aime visiter les villes. Moscou, Saint-Pétersbourg, nous avons joué là-bas, c’est vraiment génial. J’ai vécu en ville pendant quelques années, mais si je n’avais pas re-déménagé à la campagne, dans une petite ville, il y a environ vingt-cinq ans, je serais mort aujourd’hui. Je suis en train de te raconter toute l’histoire de ma vie ! Tu peux écrire un livre [rires]. C’est une bonne thérapie de simplement… Tu peux écrire tout ce que tu veux de toute façon [rires]. Donc soyez indulgents avec moi. Je ne suis qu’un rockeur ! »

Photo : Francisco Munoz.



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