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Interview    Tribune   

Le journal d’Abbath : l’alcool, la drogue, l’épisode du Motocultor, l’incident du Wacken…


Abbath est un sacré personnage, aussi fantasque qu’attachant. Mais c’est aussi un grand bavard avec énormément d’histoires à raconter, que ce soit sur sa vie ou celle de ses idoles. En bon passionné, il dévore toutes les biographies et s’est même constitué une collection impressionnante d’objets entreposés sur une étagère, allant d’une figurine parlante d’Al Pacino donnant ses célèbres répliques dans Scarface jusqu’à une chaussure de scène de Paul Stanley, à côté d’un mur où trône la fameuse hache d’Immortal.

Alors quand on se retrouve sur Skype avec un Abbath au confort chez lui, il faut se préparer à de longs bavardages, sans toujours grand rapport avec le sujet de départ : Abbath parle comme il pense. C’est ainsi qu’après notre dernier entretien réalisé en juin pour parler du nouvel album d’Abbath, Outstrider, nous nous sommes retrouvés avec près de quatre heures d’échanges en rab. Des « flux de conscience » tantôt drôles, tantôt introspectifs ou instructifs, avec quantité d’anecdotes. C’est ainsi que nous avons finalement décidé de les publier de manière brute, au discours direct, dans une série d’articles.

« En tournée, tous les jours il y a du mouvement et tous les jours c’est la fête, tu es l’attraction principale, tu ne t’ennuies jamais. Ça ne peut qu’être épuisant, et si c’est épuisant, c’est que tu ne le fais pas comme il faut. Il faut comprendre comment faire – comme je l’ai fait. C’est très simple : boire trois jours d’affilée, ça ne fonctionne plus. Sur les premières tournées, genre en 93, j’avais vingt ans, nous y allions sans avoir pris de douche – peu de salles étaient équipées d’une douche –, nous ne nous brossions pas les dents – mes dents ont survécu mais Demonaz a dû changer toutes les siennes [rires]… Après une semaine, tu te sentais comme une merde, sans énergie, tu redoutais le moment de monter sur scène plus que tout, mais dès que tu y allais, tu étais lancé, et après le concert, tu recommençais à faire la fête et à boire. C’était comme ça pendant un putain de mois entier. Nous ne prenions même pas de drogue. C’était de la putain de bière. Mais maintenant, si je bois de la bière un jour, il n’y a pas moyen que je boive de la bière le lendemain. Je peux boire un Jack Daniels avec du Coca, mais si je bois mal, je me retrouve à avoir des trous noirs… Je me souviens d’un coup où nous avions bu trop de bière, je crois que c’était au Sweden Rock et je me suis fait arrêter parce que je commençais à devenir dingue [rires]. Nous étions censés jouer le lendemain mais [on a réussi à négocier pour me laisser sortir], ce qui m’a fait économiser un quart de million dans le cas où nous aurions dû annuler le concert, car à la base, ils ne voulaient pas me laisser sortir avant le lundi. Donc tu apprends : « D’accord, si tu bois de la bière, ne pense même pas à boire du vin. » Si tu veux boire du vin, il faut seulement boire du vin. Donc je ne bois plus de vin.

Alice Cooper, avant qu’il n’arrête de boire en 86, tous les matins il vomissait du sang, chiait du sang et puis recommençait à boire ; c’était comme ça qu’il commençait ses journées pendant des années. Et Ozzy, on voit des photos… Lemmy aussi, il lui arrivait de dormir les yeux ouverts [rires]. Chris Holmes ! Il est venu jouer à Bergen. C’est un mec hyper cool, un de mes guitaristes préférés, et il a toujours ce son cru qu’il avait dans W.A.S.P., ce son unique avec lequel il joue. Sans la cocaïne et tout ça, W.A.S.P. aurait pu… J’ai parlé au technicien guitare de W.A.S.P. – c’était en fait un fan de Motörhead – et il a récemment arrêté la cocaïne. Il a pris pendant vingt ans de la cocaïne constamment ! [Rires] Et le côté chrétien converti, comme Alice Cooper, Dave Mustaine… Ils ont tellement atteint le fond que la seule façon de se relever, c’est de croire en quelque chose de plus grand qu’eux. Ce n’est pas une blague. La cocaïne… Enfin, toutes les drogues, je n’aime pas cette sensation. Quand tu vas dans certaines fêtes particulières, tu te retrouves dans une atmosphère de morts-vivants. Un ami à moi avait un bon business, il est clean maintenant, il est allé en désintox, mais pendant des années, il a dépensé des millions dans la cocaïne. Tu peux avoir un succès monumental… Je veux dire que si Mötley Crüe avait gardé l’argent qu’ils ont dépensé dans la cocaïne dans les années 80, ils auraient pu acheter la Trump Tower ! [Rires] Vous devriez lire aussi une interview dans laquelle Stevie Nicks de Fleetwood Mac parle de la cocaïne, ça l’a presque tuée. Elle en a sniffé et ça a créé un trou directement jusqu’à son cerveau. On a vu aussi ce qui s’est passé avec ce batteur de Guns N’ Roses… Donc j’ai toujours dit ce que Lemmy disait à son fils quand il était jeune : « Mon fils, ne prends jamais de cocaïne, ce n’est pas bon pour toi. Essaye le speed, c’est bien mieux ! » [Rires]

La dernière fois où nous avons joué au Motocultor, j’ai pris des pilules, des calmants ou un truc comme ça. J’en ai pris deux ou trois avec ma boisson, et ensuite c’était le trou noir. Aucun souvenir. Quand je suis sorti de scène, la dernière chose dont je me souvenais, c’était d’être monté sur scène. Je ne me souviens de rien du concert. Je sais que j’ai craché du feu, que j’ai longtemps parlé entre les chansons… Il y a des vidéos, mais je n’ai pas envie de les voir. Et je me suis réveillé avec tout mon matériel, mon maquillage et tout dans mon lit le lendemain, et Ole martelait à la porte pour me réveiller, quinze minutes avant que la réception n’appelle [rires]. L’incident du Wacken, c’était autre chose. Ce n’était pas un trou noir. C’était juste… D’accord, j’étais peut-être un peu ivre mais j’étais de bonne humeur. Si j’avais été sobre, je n’aurais pas fait toute une scène, mais il faisait putain de chaud ! Avec Bömbers, nous devions jouer sous une tente deux soirs d’affilée. Il n’y avait pas d’air conditionné sous la tente. J’ai demandé de l’air conditionné, mais rien. Ça m’a vraiment énervé. Peut-être que j’ai balancé deux ou trois trucs sous la tente, mais ça n’a jamais été menaçant. Tout d’un coup, deux gars m’ont tenu de chaque côté, comme si c’était la police antiterroriste, pour m’escorter hors du site ! C’était genre, c’est quoi ce bordel ? Et si ça avait été Lemmy ? Est-ce qu’ils auraient fait pareil ? Nous avons joué tellement de fois au Wacken, nous l’avons fait en tête d’affiche, nous avons passé de bons moments là-bas. J’ai parlé à Gunnar – il travaille pour Metal Hammer et aussi pour le Wacken –, je lui ai dit que ce serait très triste si nous ne pouvions pas obtenir une place pour Abbath sur l’affiche l’année prochaine.

Et aussi le Hellfest : c’est un festival extraordinaire ! Nous y avons joué pour la première fois en 2007, avec Peter Steele qui faisait du vacarme aussi derrière ma porte… [Rires] 2007, c’était un des premiers Hellfest à Clisson, n’est-ce pas ? Et la dernière fois que je suis venu, c’était en 2016, je crois. Mon fils était venu et il a pu rencontrer Phil Anselmo et Till Lindemann, donc il était aux anges ! Je vais emmener mon fils en tournée dès que possible, je l’espère. Lui aussi veut s’éclater ! [Rires] Tu dois en avoir sacrément marre de m’écouter maintenant : « Qu’est-ce que ce gars est en train de raconter ? » [Rires] J’ai quelques histoires, il faut que je les écrive. J’envisage d’écrire un livre. Il faudra que quelqu’un m’aide pour ça. C’est assurément quelque chose sur lequel je devrais commencer à travailler, tu ne crois pas ? Peut-être l’an prochain… »

Photo : Francisco Munoz.



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