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Chronique   

Kadavar – Berlin


Kadavar - BerlinMaelström fabuleux d’âmes créatives, accélérateur de particules musicales, l’ex-capitale est-allemande et aujourd’hui de l’Allemagne réunifiée, a été, à la fin du vingtième siècle au centre d’évolutions musicales importantes. Berlin fut au cœur de la révolte punk ou de l’avènement électronique, il est donc tout naturel qu’aujourd’hui elle soit bien placée dans le mouvement rétro qui s’empare de l’Allemagne, comme d’autres pays européens à la forte culture rock, tels que la Suède. Oui, les coursives du quartier de Kreuzberg sont parsemés de hipsters, mais aussi de rockers talentueux tels que les Kadavar qui nichèrent la naissance de leur entité dans cette ville, une ville qui les a tant inspirés qu’ils ont choisi de baptiser leur troisième opus, le second chez Nuclear Blast, de son nom.

Kadavar accentue dans ce Berlin des aspects entrevus sur les deux premiers albums du groupe : un stoner rock très typé 70’s d’un côté, empruntant ses structures, le groove et la chaleur du son au blues, et un psychédélisme pour l’autre versant, le tout enregistré en analogique, selon les préceptes du « hard-panning », guitare à gauche, basse à droite, voix et batterie au centre, comme en concert. Kadavar est un acte de foi rock avec finalement peu de détournements, remis encore une fois d’entrée sur le tapis, comme pour Abra Kadavar sorti en 2012, avec un titre introducteur des plus accrocheurs, l’excellent « Lord Of The Sky » et son univers mi-zeppelinien, mi-sudiste par son riff détonant. Cependant, Berlin possède un certain nombre de différences notables avec ses prédécesseurs, notamment par l’intermédiaire du jeu vocal de Cristoph Lindemann, en pleine évolution sur ce disque. Si bien évidemment, on trouve du Robert Plant saupoudré en de nombreux recoins (« Last Living Dinosaur », « Pale Blue Eyes »), c’est une palette beaucoup plus complète qu’offre le chanteur, entre phrasés énergiques (« Lord Of The Sky ») et mélodies maitrisées très accrocheuses comme sur ce brûlot émotionnel façon White Stripes qu’est « Thousand Miles Away ». Le constat est clair : les mélodies brûlent rapidement les lèvres après plusieurs écoutes, apportant ce côté fédérateur qui pouvait manquer à la discographie des Allemands.

C’est la dimension cosmopolite et ouverte de la première ville allemande qui a séduit les membres de Kadavar : ils ont d’ailleurs restitué cette idée en variant de manière importante les inspirations utilisées dans les titres. S’il y a continuellement de l’efficacité dans les titres avec un calibrage majoritaire en dessous des quatre minutes, on passe aisément d’un « Stolen Dreams » très stoner et plutôt massif, à des environnements différents comme « The Old Man » ou « See The World With Your Own Eyes » complètement heavy 70’s avec des pointes de psychédélisme et de progressif. La prise de risques est, elle, aussi bien présente, en allant chasser vers des territoires bien différents : punk 80’s à la Bad Brains, rythme à la Stooges et voix à la Black Sabbath sur l’étrange « Into The Night », et plongée en plein Velvet Underground avec cette reprise dans la langue de Goethe de « Reich Der Traüme », un titre de Nico, la chanteuse et modèle allemand, ex-héroïne de Warhol pour une plongée définitive et dépaysante dans le Berlin des 70’s.

Bien loin des voyages psychédéliques sans cadre dans les 70’s, Kadavar se promène tout en contrôle dans cette période, avec un propos des plus accessibles, qui parlera autant aux nostalgiques de la période, aux férus d’interprétations sincères et brutes, tout comme à un public beaucoup plus large. Le langage musical de Kadavar est simple, consommable immédiatement par tout type de public un tant soit peu intéressé par le rock, sans toutefois verser dans trop de facilités. Berlin se révèle plus riche et accrocheur, et permet au trio allemand de se distinguer de la concurrence sur le segment du revival 70’s, avec des attributs très solides qui se résument en deux mots : des riffs et des refrains, le tout dans un contexte qui donne la part belle à des références variées, nichées dans les détails.

Voir les clips de « Last Living Dinosaur » et « The Old Man » :

Ecouter le titre « Lord Of The Sky » :

Album Berlin, sortie le 21 août 2015 chez Nuclear Blast.



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