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Chronique   

Kadavar – For The Dead Travel Fast


L’heure est à un retour aux influences du fantastique, de l’horreur et de l’occulte des années 70 et du début des années 80. Si l’univers, comme la musique, de Ghost est l’exemple le plus frappant du succès de ce parti pris, d’autres groupes embrassent le concept de manière plus approfondie, à l’instar aujourd’hui de Kadavar. Le trio a connu un joli succès, compte tenu de leurs neuf années de carrière. Berlin (2015), puis Rough Times (2017) n’ont eu de cesse d’étoffer le public des Berlinois, permettant de constater l’excellente réception d’une musique définitivement ancrée dans l’âge d’or du rock n’roll. Kadavar cherche cependant à ne pas sombrer dans une routine de composition : le groupe a voyagé jusqu’en Transylvanie au château de Bran que l’on voit dans l’artwork, considéré comme le château de Dracula, afin de s’inspirer pour son nouvel opus For The Dead Travel Fast. Kadavar reste fidèle à sa philosophie, tout en changeant encore une fois de cadre, et s’attardant davantage sur l’imaginaire : le trio s’inspire du cinéma d’horreur italien, des histoires fantastiques, des récits gothiques et du folklore roumain.

Les histoires de vampires, de forces maléfiques et du diable sont traitées avec une forme de second degré, un détachement qui permet à Kadavar de conserver des mélodies et un riffing accrocheur sans se noyer dans les arrangements malaisés. Pourtant, ce dernier, accoutumé à miser sur l’efficacité épurée du format trio, et après un Rough Times ayant déjà entrouvert la voie à une musique plus riche, a redoublé d’attention sur les détails et la structure de sa musique. L’introduction ironiquement nommée « The End » laisse apprécier quelques accords lugubres (qui rappellent la B.O. célèbre du jeu Diablo II) ponctués par le timbre aigu fantomatique de Christoph Lindemann. Le titre qui s’ensuit, « The Devil’s Master », est une véritable invitation à pénétrer dans l’univers de For The Dead Travel Fast et permet de constater que Kadavar n’a pas délaissé ses influences stoner/doom, et même renforce sa parenté avec des groupes tels qu’Uncle Acid & The Deadbeats (voire le Ghost des premières heures). Si le groupe sait rester concis, il s’autorise à excéder parfois les cinq minutes, voire sept minutes pour le titre de conclusion. Le dessein de Kadavar était d’aboutir à davantage de dynamique, ce que prouve la maîtrise des mouvements de « The Devil’s Master ». « Evil Forces » délaisse le doom pour revenir à un riffing plus entraînant, et à nouveau Kadavar laisse apprécier son goût pour la mise en scène, à l’image des rires machiavéliques à l’issue du titre.

C’est d’ailleurs le principal atout de For The Dead Travel Fast. Rien de ce que propose Kadavar autrement n’a pas déjà été entendu, et si l’on peut louer le choix d’avoir à nouveau recours à une production analogique qui correspond à l’identité « roots » du groupe, la formule fuzz-timbre aigu est bien connue. On ne peut néanmoins enlever à For The Dead Travel Fast son atmosphère : « Children Of The Night », et ses discrètes nappes de claviers vintage à la Goblin (qui auraient peut-être mérité d’être davantage exploitées dans l’album), semble issu du Rocky Horror Picture Show avec une structure éclatée, alternant mélodies creepy et refrains dansants. La performance guitaristique de Chistoph Lindemann parvient même à rendre le macabre sexy sur « Dancing With The Dead », tandis qu’il fait parler les démons psychédéliques sur « Demons In My Mind ». Parfois les efforts de Kadavar ne portent pas leurs fruits, à l’instar de la ballade « Saturnales », presque anecdotique compte tenu du travail effectué sur les mélodies et la dynamique des autres compositions. Les grands mouvements floydiens de « Long Forgotten Song » font vite oublier cette dernière. Ils démontrent le penchant progressif de Kadavar et concluent l’opus sur la performance vocale la plus incarnée de Lindemann, doublée de chœurs. Kadavar a indéniablement le sens du spectacle.

Si la nostalgie de la musique des années 70 n’est pas un frein, Kadavar ne peut laisser de marbre. Fort de sa production atypique et suggestive, et de sa faculté à dessiner des univers, en l’occurrence horrifiques, Kadavar est sans doute l’une des formations qui rendent le mieux hommage à la période, sans devenir une pâle copie de ce qui a déjà été fait. Oui, Kadavar s’inscrit dans cette mode de la nostalgie mais a suffisamment de personnalité pour rester captivant. For The Dead Travel Fast réussit la prouesse d’être véritablement évocateur, tout en étant dans l’ensemble assez « pur », ne se noyant pas dans des artifices kitchissimes. Au jeu du voyage dans le temps, Kadavar accroît son potentiel à chaque nouvel album et confirme qu’il est à mettre au premier plan.

Clip vidéo de la chanson «  »Children Of The Night » :

Clip vidéo de la chanson « The Devil’s Master » :

Album For The Dead Travel Fast, sortie le 11 octobre 2019 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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