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Interview   

Kadavar : le rock made in Berlin


Kadavar 2015

C’est un fait, il y a aujourd’hui une vraie tendance chez les jeunes musiciens au retour à l’analogique et au savoir-faire rock d’il y a de cela quarante ans et plus. On ne peut pas vraiment mettre ceci sur le compte de la nostalgie, la très grande majorité de ces musiciens n’étaient même pas nés durant les années soixante-dix, mais on peut facilement parler d’une recherche d’authenticité voire d’une rébellion contre l’immaculée perfection qui est incessamment exigée à notre époque, souvent au détriment de l’humain. Mais comme la nature est bien faite, tout excès se voit équilibré par des mouvements contraires. Les Rival Sons, Graveyard, The Vintage Caravan et autres Kadavar en sont les artisans, puisant leur inspiration dans ce fascinant passé, qui revêt même un caractère mythique pour cette jeune génération. Et le joli succès qu’a pu rencontrer Abra Kadavar (2013), le second album de Kadavar, démontre qu’il y a aussi une réelle demande du public pour ce type de musique que certains qualifient commodément de rock rétro.

Mais c’est Berlin, le nouvel opus du trio que vous pourrez voir sur les planches de Rock En Seine ce dimanche 30 août, qui nous intéresse aujourd’hui et qui, en marge du changement de bassiste avec l’arrivée du français Simon « Dragon » Bouteloup, témoigne d’une certaine maturation. On en parle ci-après avec le guitariste-chanteur Christoph « Lupus » Lindemann et le batteur Christoph « Tiger » Bartelt. Au menu, nous discutons longuement du groupe, de la ville de Berlin où ce dernier a vu le jour et ses spécificités ainsi que de la langue allemande ; Lupus partage, en outre, une savoureuse anecdote où il s’est retrouvé à faire littéralement exploser le moteur de la voiture qu’ils avaient achetée pour le tournage d’un clip.

Kadavar 2015

« Rien dans la vie n’est parfait. L’art ne devrait pas non plus être parfait. »

Radio Metal : Tout d’abord, qu’est-ce qui pousse trois jeunes mecs à se faire pousser les cheveux et la barbe et jouer ce type de rock très primitif comme vous l’avez fait ?

Christoph « Lupus » Lindemann (chant/guitare) : [Rires] C’est une très bonne question ! J’avais de longs cheveux avant de commencer ce groupe et je pense que c’est en partie grâce à ça que nous nous sommes trouvés, car nous nous sommes rencontrés dans un bar à Berlin. Nous avions à peu près la même allure à l’époque et nous étions les seuls ce soir-là. Je crois que je me suis un peu lassé de toute la musique qui m’entourait et je pensais qu’il devait y avoir autre chose. J’ai toujours adoré la musique de garage et le punk mais j’aime aussi le rock de la fin des années soixante et début soixante-dix. Je pensais qu’il devait être possible de combiner les deux époques, en jouant un rock simple et heavy. Simplement parce que j’estimais qu’il était temps pour les gens d’écouter ce type de musique, peut-être ! [Rires]

Christoph « Tiger » Bartelt (batterie) : Je pense que ce qui est bien, c’est que nous ne savons pas vraiment pourquoi nous sommes ainsi ! Peut-être faisons-nous quelque chose de créatif parce qu’on a besoin dans la vie de quelque chose d’inexplicable. Je n’ai donc pas d’explication pour ça !

En fait, vous avez remporté un joli succès avec votre second album Abra Kadavar et nous voyons désormais énormément de jeunes groupes emprunter cette voie du rock de la vieille école. Pensez-vous que ceci est une contre-réaction à ce monde numérique et parfois artificiel dans lequel nous vivons ?

Lupus : J’espère ! Je veux dire que c’est une façon honnête de créer de l’art et de jouer de la musique. C’est vraiment brut et rugueux. Tu n’as pas à être parfait. Rien dans la vie n’est parfait. L’art ne devrait pas non plus être parfait. Cela a avant tout à voir avec l’émotion et la manière dont tu joues de ton instrument, ou de la manière dont tu chantes, et pas la perfection de la musique. Ouais, la vie doit être parfaite de nos jours, et peut-être est-ce un anti-mouvement contre ça.

Tiger : Dans notre cas, ou tout du moins dans mon cas, c’est clairement ça, car j’ai travaillé en tant qu’ingénieur du son avec ces méthodes digitales, et il a fallu que j’apprenne comment éditer les choses et comment faire du bon travail en tant qu’ingénieur du son. Mais à un moment donné, j’en ai eu marre de ça, de l’auto-tune et tous ces trucs. Je me suis rendu compte que le fait de jouer avec l’analogique et des sons plus naturels était bien plus intéressant, et ça, c’était tout juste au moment où nous nous sommes rencontrés avec les autres gars. Et lorsque nous avons formé le groupe, je voulais essayer de créer quelque chose qui pouvait vivre sans toutes ces petites tromperies digitales, et c’était intéressant. Donc, dans mon cas, c’était ainsi, c’était vraiment une contre-réaction.

Les gens vous qualifient de rock rétro, est-ce que cela vous convient ? Ou bien pensez-vous que ce n’est pas approprié dans la mesure où ça devrait être considéré intemporel ?

Lupus : Evidemment, les racines de cette musique que nous faisons sont dans la fin des années soixante et le début des années soixante-dix ou peu importe, mais c’est 2015 et je n’étais même pas né lorsque ça s’est passé. Ouais, le rock est intemporel, comme tu l’as dit. Le terme rock rétro ne me dérange pas, les gens peuvent… Les gens ont de l’imagination lorsqu’ils entendent ça mais tout le rock ou toute la musique qui sont parus après les années soixante-dix ont été inspirés par cette musique ! Donc tout est du rock rétro, d’une certaine façon. Donc je l’accepte, je me suis trop longtemps battu contre ça, donc maintenant ça me va [rires]. J’ai toujours essayé de m’expliquer, en disant : « Oh, je suis très jeune et il y a aussi d’autres éléments, et j’aime les années quatre-vingt et j’aime l’époque du grunge » et des trucs comme ça. Mais ça n’a jamais vraiment aidé [rires]. Alors j’ai arrêté… Ouais, nous sonnons comme Black Sabbath et nous jouons du rock rétro, ça me va [petits rires]. Pour ma part, nous jouons juste du rock n’ roll. C’est tout.

Vous avez vécu un certain nombre de revers dans votre carrière. Il y a une liste impressionnante d’anecdotes dans la biographie fournie avec l’album, comme le bassiste qui se désiste juste avant le début de votre tournée européenne ou la voiture que vous aviez achetée pour tourner un clip vidéo qui prend feu. D’autres groupes se seraient arrêtés. Qu’est-ce qui vous pousse à continuer ?

Tiger : Je dois dire que je n’ai jamais été près d’arrêter parce que nous aimons vraiment ce que nous faisons. C’est important pour nous et ça rend nos vies plus intéressantes. Donc, même s’il y a des inconvénients comme ça, si tu peux les surmonter, ça te rend plus fort. C’est ce qui nous est arrivé. A la fin de ce voyage, tellement de trucs merdiques se sont produits mais quand je suis revenu à la maison, j’étais quelqu’un de bien moins stressé, car j’avais traversé tout ça. Je pense qu’on a besoin de ces situations pour apprécier les bons moments.

Lupus : Lorsque tu te retrouves en situation, tu ne réfléchis pas trop et le groupe était si important pour moi et Tiger que nous n’avons jamais vraiment pensé à arrêter le groupe à cause de ça. Evidemment, lorsque quelqu’un quitte le groupe, surtout pour un trio, ça peut provoquer la fin du groupe, c’est certain. Car si tu ne trouves pas quelqu’un qui colle parfaitement au groupe, alors c’est fini ! Heureusement, nous avions déjà un plan B et nous connaissions quelqu’un qui est devenu notre bassiste. Simon avait été notre conducteur et gérait notre merch, donc il était toujours dans les parages avec nous, c’était un bon ami. Donc nous n’avons jamais eu le sentiment de devoir arrêter le groupe ou quoi que ce soit. Nous essayions juste de savoir comment nous allions faire pour que ça fonctionne à nouveau. Et l’histoire en Amérique avec la voiture, ouais… [Petits rires] J’ai merdé… J’ai fait exploser le moteur en, genre, dix minutes ! [Rires] C’était un moment difficile, tout du moins pour moi. Lorsque nous avons sauté de la voiture, nous l’avons vue brûler, et ça m’a pris un moment avant de réaliser, mais lorsque je l’ai fait, alors j’étais vraiment dépité. Je me souviens m’être acheté une bouteille de liqueur et je me suis vraiment torché ce soir-là, car il a fallu que je noie cette expérience dans l’alcool [rires], pour ainsi dire.

Tiger : Ca ne brûlait pas vraiment. C’était le moteur qui a explosé ; il y avait un trou dans le moteur qui commençait à fumer. Nous avons arrêté la voiture et avons sauté pour nous en extraire, et la police était déjà sur place. Ce n’était pas vraiment en feu mais ça fumait. Ce n’est pas toute la voiture qui a explosé ou quoi. Mais, évidemment, nous étions vraiment effrayés les premiers instants.

Comment as-tu fait ça ?

Lupus : C’est une voiture super vieille, c’était une Ford Galaxy de 1964. Cette voiture a même été une voiture de course. Elle avait deux vitesses et je ne me suis pas rendu compte que j’étais en première vitesse, donc je croyais déjà être en seconde ! Et c’était vraiment difficile à voir, il faisait nuit, et je n’avais jamais conduit une voiture comme celle-ci. Elle était énorme et lourde ! Je veux dire que j’ai conduit beaucoup de voitures mais jamais une comme celle-ci. Je me suis simplement planté, je croyais être en seconde alors que je ne l’étais pas. Ensuite, le moteur a commencé à me hurler dessus et j’étais là : « Putain, mais qu’est-ce qu’il se passe ? » Il n’y a pas de voyant ou d’affichage qui te dit que tu as besoin de plus d’huile ou que tu devrais changer de vitesse ou quelque chose comme ça. Ça se contente juste d’exploser ! [Rires] Et alors tu savais que quelque chose n’allait pas ! [Rires] Donc ouais, ça m’est effectivement arrivé.

Kadavar 2015

« Il n’y a pas de voyant ou d’affichage [dans la voiture] qui te dit que tu as besoin de plus d’huile ou que tu devrais changer de vitesse ou quelque chose comme ça. Ça se contente juste d’exploser ! [Rires] »

N’avez-vous pas pensé à un moment que le groupe était maudit ?

Tiger : Sur ce voyage, parfois je me disais : « C’est tordu ! Ça part en couille ! Je ne sais pas si nous allons nous en sortir vivants ! » Mais au bout du compte, non. C’est juste que c’était plein de situations marrantes. Et nous en avons l’habitude, car le fait de tourner en Europe, dans des endroits que tu connais déjà, c’est toujours familier, mais ensuite, lorsque tu vas dans un vaste pays comme les Etats-Unis, tu ne sais pas comment ça va se passer. C’était une virée à la fois intéressante et délicate.

Est-ce que ces mauvaises expériences vous ont inspirés pour votre nouvel album ? Diriez-vous que tous les groupes devraient traverser ces mauvaises expériences pour progresser ?

Je dirais que c’est le cas, oui. Je pense que nous avons traversé plusieurs phases et nous sommes arrivés à un stade où tout va bien au niveau personnel, et nous essayions de construire quelque chose ensemble juste parce que nous étions en phase au bon moment avec les nouvelles chansons. Je pense que tu peux ressentir que nous avons traversé de mauvais trucs. Je pense que ça fait partie de l’atmosphère de l’album.

Lupus : Je n’appellerais même pas ça une mauvaise expérience. C’était juste une autre expérience. Ça pourrait arriver n’importe où. Lorsque tu es souvent sur la route comme nous, il y a toujours des choses qui se passent. Je pense qu’il est important d’apprendre à gérer ce genre de situation et de comprendre à quel point le groupe de personnes en tant que tel est important. Lorsque vous vivez la situation ensemble et que vous vous en sortez, vous devenez encore plus forts. Donc je n’appellerais pas ça une mauvaise expérience. Evidemment, sur le moment, ça l’était, mais au final, ça a sans doute amené notre groupe dans une autre direction, d’un point de vue personnel : nous nous sommes rendu compte de la solidité de notre amitié et que nous sommes destinés à être ensemble. Et ensuite un gars dans le groupe s’est rendu compte : « Ok, je n’ai pas ma place ici. » Et donc il a quitté le groupe. Ca a complètement changé l’histoire du groupe et le groupe lui-même. En fait, c’était un événement important. Bien sûr que c’est inspirant, car tu emportes ces moments avec toi et lorsque tu reviens en studio, tu n’as que trois secondes pour te poser et jammer, penser aux paroles et ceci remonte automatiquement car c’était une expérience intense. Il faut juste apprendre à utiliser ces moments pour aller plus loin. C’est vraiment important. C’est pourquoi il n’a jamais été question d’arrêter. Merde, c’était une voiture, d’accord, j’ai gaspillé l’argent, nous aurions pu prendre l’argent et prendre de belles vacances, mais j’ai tout gaspillé… Peu importe [petits rires]. Ça arrive ! Alors faudra jouer cinquante concerts supplémentaires pour récupérer le putain d’argent ! [Rires]

Comme tu l’as dit, Simon, votre nouveau bassiste, était déjà proche du groupe avant de le rejoindre. C’était donc un choix évident ?

Ouais, je veux dire que nous avons toujours été fans d’Aqua Nebula Oscillator de Paris. Je les ai suivis pendant plusieurs années, j’ai les albums et j’ai toujours été fan. J’ai même été à Paris pour les voir jouer en concert parce qu’ils ne venaient jamais en Allemagne. En fait, j’ai pu les inviter à nous accompagner pour notre première tournée en tant que première partie, ou peu importe comment on appelle ça. Ils sont donc venus et nous nous sommes rencontrés à nouveau, et ensuite Simon est resté. Il est devenu notre conducteur. Il avait besoin de faire une pause par rapport à Paris. Il a simplement quitté son travail. Il est donc devenu notre conducteur pendant un bon moment, il s’est occupé du merchandising et tout. Nous savions à quel point il était bon à la basse. Je l’avais vu jouer avant et nous avons fait des sessions de jam ensemble. Il était inspirant, même s’il ne jouait pas avec nous. Simplement en étant avec nous, il était une inspiration. Il est à fond dans les vieux trucs psychédéliques des années soixante et il trouvait toujours quelque chose. Lorsqu’est venu le moment où notre bassiste a voulu partir, nous avions déjà pensé à lui. Lorsque Mammoth a dit qu’il voulait quitter le groupe, nous avons immédiatement été le chercher et il a tout de suite dit oui. Nous lui avons dit qu’il n’avait que quatre jours pour se préparer à notre prochaine tournée. Il a dit : « Ok ! » Nous avons répété pendant quatre jours et nous avons directement été à Lyon pour jouer le premier concert en France. Depuis lors, il est avec nous. Il était le meilleur choix que nous pouvions faire.

Tiger : C’était un choix évident dans le sens où il était le seul que nous voulions recruter. Il n’y avait personne d’autre. Et je pense que son talent musical était évident parce que, la première fois que je l’ai vu jouer de la guitare, j’étais très impressionné. Et c’est pareil pour son jeu de basse. Nous aimons tous les deux la façon dont il joue et pense la musique, et il était le seul que nous connaissions et qui était comme ça. C’était donc un choix facile. Et en plus, il était déjà assis dans le mini-bus ! [Petits rires]

Qu’a-t-il apporté au groupe et à son son ?

Lupus : Si tu le vois sur scène, sa présence et sa performance, ce n’est pas hyper marquant mais la façon dont il joue de la basse, c’est quelque chose de totalement différent. Il joue de la basse comme il joue d’une guitare normale. Il est super heavy et sauvage avec ses parties ; Il joue parfois quatre cordes à la fois. C’est quelque chose que je n’avais jamais vu auparavant. C’était certainement le chaînon manquant entre ma guitare en tant qu’instrument mélodique et la batterie en tant qu’instrument rythmique. Il y avait comme un vide, d’une certaine façon, et il a comblé ce vide avec sa basse. Il peut très bien soutenir le rythme de batterie mais il sait aussi jouer des mélodies, lorsque je joue des accords et que je dois chanter. Il est très malin dans sa façon de composer et il comprend vraiment bien la musique. Il trouve toujours un moyen de donner une cohésion aux instruments. C’était vraiment important. C’était quelque chose que nous n’avions pas avant, en fait.

Tiger : Je pense que cet album a clairement plus de groove et de lignes de basse sophistiquées. Ça lui offre plus de cohésion. Peut-être que les premiers albums étaient un peu trop allemands et maintenant c’est un joli mélange entre l’élégance du Français et la façon de penser droite des deux Allemands.

Kadavar - Berlin

« C’est parfois plus difficile de revenir de tournée et d’être à la maison, rester à un seul endroit et ne plus bouger, car alors tu as l’impression d’être un peu inutile […]. Personne ne vient, personne ne te réveille… Et tu es là : ‘Est-ce que les gens savent encore que je suis en vie ?’ [Rires] »

Lupus, au début du groupe, je crois savoir que tu jouais de la basse, avant d’échanger avec Mammoth, n’est-ce pas ?

Lupus : Ouais, mais je ne prendrais pas ça trop au sérieux : j’ai joué de la basse pendant quelque chose comme vingt ou trente minutes ! [Petits rires] Et ensuite j’ai dit : « Je n’aime pas jouer de la basse ! » Car lorsque j’ai rencontré les gars, ce soir-là, je donnais un concert avec un autre groupe et je jouais de la basse avec eux. Ils étaient donc à la recherche d’un bassiste et ils m’ont demandé. Mais j’ai fait, genre, trente minutes de basse et ensuite j’ai dit : « Est-ce qu’on pourrait changer ça ? J’aime pas la basse… » [Rires] Mammoth, notre bassiste [à l’époque], voulait en fait jouer de la guitare mais il n’était pas très bon à la guitare et c’était un bassiste. Nous avons donc changé, il a repris sa basse et rejoué avec, et j’ai joué de la guitare… Et c’est resté comme ça depuis lors. Je n’ai donc pas vraiment joué de basse dans Kadavar, j’ai juste joué pour la première session de jam que nous avons faite ensemble, pendant vingt ou trente minutes.

Sur le nouvel album, Berlin, ta voix sonne plus ample, plus variée et est mieux mise en avant dans le mix. Il semble y avoir une bonne évolution de ta part. Est-ce quelque chose sur laquelle tu as travaillé ? Est-ce que tu as l’impression d’avoir évolué en tant que chanteur ?

Ça n’a jamais été mon idée de chanter, pour être franc. Je l’ai fait au début parce que nous n’étions que trois et que les autres gars ne voulaient pas chanter, et j’avais quelques idées, donc j’étais là : « Ok, je vais changer quelque chose et ensuite nous trouverons quelqu’un qui peut le faire. » Et depuis lors je suis resté le chanteur et il a fallu que j’apprenne. Et je peux voir une évolution, genre, la façon dont ma voix a gagné en maturité. Donc, sur cet album, depuis le départ il était très important pour moi de travailler les paroles et les parties de chant. Je me concentrais plus là-dessus que sur la guitare. Ça m’a pris beaucoup de temps et je me suis beaucoup amusé à travailler là-dessus. Il a fallu que nous changions pas mal de chansons, je devais les jouer dans des tonalités différentes. Les chansons vont du Mi et descendent jusqu’au Do, plein de choses différentes. J’en suis très content. Je me suis vraiment bien senti en studio, et donc j’étais plus à l’aise pour chanter et je me suis beaucoup amusé. Plus tard, au mixage, lorsque Pelle Gunnerfeldt, le gars qui a mixé l’album, est arrivé avec le premier mix, je me suis rendu compte à quel point ma voix était forte, plus forte que sur les autres albums, comme tu l’as dit. J’étais un peu timide, disant : « Oh, je n’aime pas ! Je veux que ce soit moins fort ! Remonte les guitares ou quelque chose comme ça… » Mais tout le monde était là : « Non ! C’est super ! On aime, c’est bien ! Tu as fait du bon boulot sur le chant et ça devrait être mis en avant. » Et j’étais là : « Ok, alors on laisse ça comme ça. » Et maintenant, je n’ai pas entendu l’album depuis environ deux mois, mais hier j’ai écouté une chanson, je me suis dit que, ouais, peut-être que ça marche avec cet album… Car j’ai beaucoup plus travaillé et investi beaucoup plus de temps pour le faire et pour que je me sente à l’aise à le faire. Donc, je pense que ça va, ouais !

Tu as dit que ce n’était pas ton intention au départ d’être un chanteur. Est-ce donc pour ça que la voix est un peu noyée sous les instruments sur les deux albums précédents ?

Ouais, peut-être, mais c’est aussi parce que nous avons mixé les deux premiers albums et aujourd’hui, c’est quelqu’un d’autre qui s’en est chargé. Je veux dire que tu détestes ta voix lorsque tu l’entends. Lorsque c’est enregistré, d’une certaine façon tu penses toujours que ta voix est naze ! Donc, lorsque tu réalises le mix toi-même sur tes albums, tu la baisses toujours parce que tu trouves que c’est de la merde ! [Rires] Mais si quelqu’un d’autre le fait, il n’y a pas ce sentiment et il la met plus fort. C’est ce qui s’est passé cette fois-ci.

L’album a été enregistré live sur du matériel analogique. Etait-ce important pour vous d’enregistrer l’album de cette façon pour capturer l’énergie et le son bruts du groupe en live ?

Ouais, je veux dire que nous avons fait ceci pour le second album et une partie du premier aussi, et je pense qu’enregistrer live, ça fait partie du son du groupe et de l’idée que nous nous en faisions dès le départ. Nous avons beaucoup de breaks et de changements, et ça ne fonctionnerait pas de jouer ça au clic. C’est quelque chose qui se fait lorsqu’on joue ensemble. L’intensité et la dynamique ne prennent de l’ampleur que lorsqu’on joue ensemble. Ce n’est pas facile mais c’est toujours intéressant. Et nous avions vraiment un beau studio cette fois-ci ; nous n’avons pas enregistré dans notre studio, nous en avions un autre. Il y avait une super belle et grande pièce, de manière à pouvoir tout installer, et nous pouvions nous voir les uns les autres et nous pouvions très bien jouer les uns avec les autres. Et c’était très amusant. C’était un autre moment où je me suis rendu compte à quel point c’était important pour le groupe. J’aimerais toujours faire comme ça avec Kadavar. Ca fait simplement partie du groupe, comme je l’ai dit.

Tiger : Nous sommes un peu en partie responsables de l’énergie brute et du côté « sale », d’un point de vue musical mais aussi des éléments contenus dans le son. Nous avons enregistré en analogique avec pas mal de matériel qui, à mon avis, rendent un son puissant et aussi brut et sale.

Le communiqué de presse mentionne que vous avez « passé plus de temps que jamais sur les enregistrements. » Puisque les chansons ont été enregistrées en live, qu’est-ce que ça signifie ?

Ça signifie que nous avions plus de temps pour composer les chansons. Je ne pense pas que nous ayons pris plus de temps pour enregistrer les chansons et finir la production, mais la composition des chansons a pris trois mois cette fois-ci. Ce qui veut dire que nous avions du temps à consacrer aux détails, à optimiser l’interaction entre les paroles et la musique, aux mélodies, à évaluer les tempos dont nous avions besoin, à comment mettre en place les structures des chansons, etc. Sur le dernier album, nous avons écrit les chansons très rapidement et je pense que cette fois nous avons davantage pris notre temps, et la qualité des chansons est assurément meilleure.

Il y a une chanson sur l’album qui s’intitule « Restless » et qui parle du sentiment d’agitation permanente en tournée. Est-ce parfois difficile ?

Lupus : Pas plus ni moins que de rester à la maison, j’imagine… [Rires] Je pense que nous nous entendons très bien. Nous nous connaissons, nous n’avons pas à parler des choses, et nous savons comment nous cogitons. Tout le monde a besoin de son petit espace, et si nous nous respectons, alors ça va. Mais si tu es en tournée pendant sept mois, il arrive toujours un stade où on va se détester les uns les autres [rires]. Mais, généralement, ça ne dure pas plus de quelques heures, voire minutes. Nous faisons ça depuis des années maintenant, nous voyageons plus de cent jours par an. Ca fait désormais partie de nos vies. C’est parfois plus difficile de revenir de tournée et d’être à la maison, rester à un seul endroit et ne plus bouger, car alors tu as l’impression d’être un peu inutile, d’une certain façon, parce que tu n’as pas de planning, tu n’as rien à faire, personne ne vient, genre : « Ok ! Dix minutes et ensuite on y va ! » Personne ne vient, personne ne te réveille… Et tu es là : « Est-ce que les gens savent encore que je suis en vie ? » [Rires] « Je veux retourner en tournée et avoir des gens autour de moi ! » C’est les deux : c’est très intéressant et tu rencontres plein de gens, chaque jour apporte de nouvelles choses, mais c’est aussi des déplacements, avec une imposante production qui devient de plus en plus grosse, c’est beaucoup de travail, tu perds ton sang-froid… Mais, clairement, ça vaut le coup. C’est toujours amusant, et j’aime ça. J’ai hâte de retourner sur la route, pour être honnête ! Comme je l’ai dit, ça fait partie de nos vies. Lorsque tu es sur la route, évidemment, tu penses à ton chez-toi, au fait que tu pourrais te promener, voir tes amis, cuisiner quelque chose de sympa, ouvrir une bonne bouteille de vin dehors… Mais lorsque tu retrouves tout ça à la maison, tu te dis : « Oh merde ! Tout ça, ça craint, je veux retourner sur la route parce que je veux jouer de la musique ! C’est ce que je fais, c’est ma vie ! » Ce sont deux extrêmes. Tu balances constamment entre le fait de voyager et de rester à la maison. C’est de ça dont parle la chanson : lorsque tu es à des milliers de kilomètres de chez toi, tu as le mal du pays, et lorsque tu reviens chez toi, tu te dis : « Peut-être que je devrais retourner sur la route… »

Tiger : Ça parle juste de ce sentiment qu’on peut avoir, où tu as l’impression d’aller nulle part. Tu n’as pas le sentiment d’être chez toi mais tu ne vas pas non plus quelque part. Parfois, tu as ces rares moments dans le bus où tu te sens juste seul et triste. Bien sûr, nous passons beaucoup de temps sur la route mais je pense que la chanson montre le côté négatif, le sentiment d’agitation. Mais si tu regardes les tournées dans leur ensemble, il y a aussi des moments amusants. Il y a aussi des choses qui te disent pourquoi tu fais ça et pourquoi ça te paraît être bien.

Kadavar 2015

« [Berlin] t’amène à réfléchir à ta propre vie, à ce que tu veux faire, à comment tu veux utiliser cette ville pour tes propres idées, à comment tu veux changer ta vie dans cette ville. »

Comment parvenez-vous à surmonter cette sensation et ne pas en avoir marre ?

Lupus : Il faut juste être constamment en mouvement. Dès que tu ralentis ou que tu t’arrêtes, alors c’est là que ça devient dur. Mais tant que tu bouges, ça n’a pas d’importance, tu ne le ressens pas. Tout du moins, c’est mon cas. C’est pourquoi nous n’aimons pas avoir des jours de repos en tournée. Les jours en tournée où on ne joue pas, ce sont comme des jours gâchés, et tu restes là à traîner en attendant le jour où tu vas jouer. Nous essayons donc de jouer chaque soir et aller dans une autre ville chaque jour.

Le nom de l’album est une façon pour vous de rendre hommage à la ville de Berlin. A ce propos, vous avez dit : « Nous sommes des gens différents venant de différents endroits mais dans cette ville, nous sommes parvenus à créer quelque chose que nous aimons tous. » Pouvez-vous nous en dire plus sur ce que Berlin représente pour vous et ce que cette ville a de si spécial ?

Tout d’abord, peut-être que ce que cette ville a de spécial, c’est qu’au cours de ces cent dernières années, elle a vécu des choses démentielles. L’époque Nazie, le mur de Berlin avec les deux secteurs, l’ouest et l’est, et ensuite cette ville s’est à nouveau unie et désormais c’est comme une métropole, sans doute l’une des plus grosses villes au monde, tout du moins pour les jeunes. C’est une ville qui évolue très vite. C’est très inspirant. Tous les mois de l’année, de nouvelles choses se produisent. De vieilles choses disparaissent et de nouvelles apparaissent. Ça va si vite qu’en fait tu ne peux pas t’arrêter. Dès que tu rentres dans le cercle ici, tu en deviens une partie et tu suis le mouvement, d’une certaine façon. D’un autre côté, c’est une ville qui n’est vraiment pas chère. Il est donc possible de vivre ici en tant qu’artiste ou musicien et n’avoir que de petits boulots pour payer ton loyer, tout en ayant assez de temps pour être créatif et faire ce que tu aimes faire. C’est pourquoi nous sommes venus à Berlin. C’est vraiment différent des autres villes du monde, par exemple, Paris, Londres, New York, Barcelone, peu importe… Tu ne peux pas y aller et traîner, devenir musicien et ne rien faire d’autre, c’est impossible. Mais ici, c’est possible de faire ça. C’est certainement pourquoi tant de gens viennent ici et tout change si vite, ça évolue, ça bouge. Pour autant, nous avons fait notre trou ici, nous avons trouvé nos familles et nos amis ici. C’est notre base ; c’est quelque chose d’où nous puisons notre énergie et notre inspiration. Pour moi, c’est un peu un endroit magique.

Tiger : Lorsque je suis venu à Berlin, je venais d’une petite ville, sans doute en étant une personne étroite d’esprit, et j’ai eu la chance de m’ouvrir l’esprit de bien des façons, comme en rencontrant plein de gens venant de différents pays, de différentes origines sociales, ou peu importe, qui pouvaient offrir de nouvelles perspectives sur ce que je faisais. Mais aussi musicalement, en trouvant des musiciens ou simplement des gens intéressants. Il y a plein de petits lieux où tu peux te rendre pour trouver des gens qui peuvent t’intéresser. Je pense que vivre à Berlin nous change de plein de façons. Et évidemment, c’est la ville où nous nous sommes rencontrés et avons débuté notre histoire. Nous pensons que si nous n’avions pas déménagé à Berlin, le groupe n’aurait jamais existé.

Qu’est-ce qui rend Berlin différente des autres villes selon vous ?

Lupus : C’est peut-être parce que, à cause du mur, la ville a été séparée en deux, et donc il lui a fallu bien plus de temps pour devenir une super ville. Peut-être que les autres villes avaient déjà ça dans les années soixante-dix et quatre-vingt, et Berlin a atteint ce stade vingt ou trente ans plus tard. Mais cette époque est en train de prendre fin aujourd’hui ici aussi, tout va devenir plus cher. Mais, pour autant, Berlin reste la ville la moins chère d’Allemagne et sans doute l’une des moins chères d’Europe. Mais ça signifie aussi que beaucoup d’artistes, surtout de New York, Londres ou de Scandinavie, viennent ici car ils savent que c’est une super ville et qu’elle est très peu chère, et c’est aussi pourquoi elle change.

Et Berlin a été au centre de plusieurs évolutions artistiques et culturelles en Allemagne, avec la musique électronique ou le punk, et c’est aussi une ville réputée pour ses invasions de hipsters…

Ouais, bon, je ne comprends toujours pas ce que sont les hipsters. Tout le monde ici fait quelque chose, tout le monde essaie de faire son trou et vivre la vie qu’il souhaite vivre. Voilà le type d’énergie qui règne ici. Partout tu vois des gens se rassembler pour faire quelque chose, et c’est vraiment inspirant. Ça t’amène à réfléchir à ta propre vie, à ce que tu veux faire, à comment tu veux utiliser cette ville pour tes propres idées, à comment tu veux changer ta vie dans cette ville. Je suis là depuis dix ans et j’ai beaucoup changé depuis que j’ai emménagé ici. Ma vie a beaucoup changé. J’apprécie toujours le changement. Simplement tu te lances, tu déménages dans une autre ville, et tu finis par changer de vie parce que tu rencontres d’autres gens qui ont un regard totalement différent sur les choses. Ils perçoivent la ville d’un autre œil, et tu les suis pendant un moment. Tu sautes de ton train pour en prendre un autre. C’est donc très intéressant, inspirant et vif.

Sur l’illustration, on peut voir un visage avec des lunettes. Pouvez-vous nous dire ce que l’on voit dans les reflets des lunettes et ce que ça signifie ?

Si tu regardes le vinyle, les lunettes sont découpées. L’album est donc constitué de deux disques, deux pochettes, de quatre faces, et chaque face que tu passes à travers les lunettes donne des reflets différents. C’est exactement ce que je viens de dire : l’idée que tout le monde voit Berlin d’un œil différent. C’est à toi de décider ce que tu veux faire de cette ville, ce que tu veux lui prendre, ce que tu vas lui donner. Un touriste qui parcourt le centre de Berlin et veut voir la tour de télévision, la porte de Brandebourg et tous ces trucs touristiques, il posera un regard totalement différent sur Berlin de moi qui vit dans le sud, parmi, disons, soixante pour cent de turcs ; c’est mon voisinage. D’autres gens vivent dans le nord, où tout est très vert et joli, avec de jeunes familles et tout. Tout le monde voit cette ville différemment. Tout le monde décide comment il souhaite voir cette ville. C’est ça l’idée avec cette illustration.

Kadavar 2015

« [L’allemand] est une langue très ancienne. Les mots sont très profonds. Ils ont beaucoup de sens. Ce n’est pas comme l’anglais, ‘bla, bla, bla, bla’, où tu ne fais que parler et parler, et au final tu n’as rien dit.

L’album se termine sur une reprise d’une chanson de Nico, « Reich Der Träume ». Elle contraste pas mal avec le reste de l’album, dans la mesure où elle est assez triste et sombre, mais c’est aussi une bonne façon de clôturer le disque. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre relation à cette chanson et à la musique de Nico ?

Tiger : Je pense que nous aimons tous la musique de Nico, la façon dont ça a commencé avec Velvet Underground, le premier album solo et les trucs plus sombres qui sont venus après. C’est une musique très simple et intense que tu entends nulle part ailleurs. C’est très personnel et unique. Nous recherchions une reprise à mettre sur l’album, et l’idée était de trouver quelque chose avec des paroles en allemand. Après avoir cherché pendant un long moment, Simon a trouvé cette version de la chanson de Nico. Je crois qu’elle vient en fait des années soixante-dix mais elle n’a été publiée pour la première fois qu’en 2002. Elle n’est pas très populaire mais lorsqu’il nous l’a fait écouter, nous pouvions sentir que ça allait être la chanson que nous allions utiliser, car elle nous a immédiatement touchés. Nous l’avons un peu changée, nous l’avons rendue vraiment sombre et un peu « drone » parce que, comme je l’ai dit, les derniers travaux de Nico étaient très dépressifs et sombres, et sa version de cette chanson n‘est pas comme ça et notre idée était d’emprunter cette direction sombre particulière.

Lupus : Si tu appelles ton album Berlin et que tu es Aalemand, et que tu n’as pas une chanson allemande dessus, alors tu es un peu stupide ! Donc, nous avons beaucoup réfléchi, j’ai essayé d’écrire une chanson en allemand, mais ça n’a pas vraiment marché. Ensuite Simon est un jour venu, genre : « Les mecs, écoutez cette chanson ! J’ai trouvé la chanson parfaite ! » Nous sommes entrés en contact avec le gars qui a écrit la chanson – il est de Berlin et était avec Nico dans les années quatre-vingt, et il jouait dans des groupes de kraut rock dans les années soixante-dix. Nous l’avons donc contacté et nous lui avons demandé si nous pouvions obtenir les droits pour faire une reprise de la chanson. Et, en fait, ça a marché et il a aimé notre version. C’était le chaînon manquant entre notre album et la ville. La tombe de Nico est ici à Berlin, le gars qui a composé la chanson est de Berlin, c’est d’ailleurs un gars important dans la culture musicale allemande des années soixante-dix. Donc tout s’est vraiment bien goupillé. La chanson était super. La tessiture vocale était parfaite. Les paroles étaient super. Nous nous sommes beaucoup amusés à la faire. C’était très différent, c’était étrange mais cool. Je l’aime bien !

C’est d’ailleurs la toute première chanson de Kadavar chantée en allemand. Pourquoi avoir choisi de chanter en anglais au départ ?

Parce que je suis incapable d’écrire des paroles en allemand, je suppose [petits rires]. C’est très dur d’écrire des paroles en allemand ! Je ne sais pas pour le fait d’écrire des paroles en français, mais il est clair que c’est très difficile en allemand. Je n’y ai jamais trop réfléchi. Je trouvais que le rock doit se faire en anglais. La langue anglaise et la musique rock fonctionnent toujours bien ensemble selon moi. Ça n’a jamais été un sujet de questionnement pour moi.

Tiger : C’est juste que la langue anglaise est plus facile pour écrire les chansons, car si tu écris des paroles en allemand, tu te casses la tête en permanence parce que tu n’arrives jamais à mettre le bon mot, ce n’est jamais parfait. Et je pense que l’anglais est très facile à chanter. Et avec notre manière de faire de la musique, nous avons besoin de pouvoir dire les choses rapidement et directement, et la langue anglaise est plus appropriée pour ça. Je ne trouve pas que l’allemand soit la meilleure langue pour le rock.

Mais la reprise de la chanson de Nico ne vous a-t-elle pas tout de même inspirés à essayer d’écrire une chanson en allemand à l’avenir ?

Lupus : Non, pas du tout [Rires]. J’imagine que c’est juste que j’en suis incapable. Peut-être que lorsque je serais plus vieux je le ferais. C’est une langue très ancienne. Les mots sont très profonds. Ils ont beaucoup de sens. Ce n’est pas comme l’anglais, « bla, bla, bla, bla », où tu ne fais que parler et parler, et au final tu n’as rien dit. En allemand, si tu utilises un mot, il a, genre, dix significations différentes et c’est toujours très lourd. C’est vraiment dur pour moi. Il y a beaucoup de bons musiciens qui font à nouveau des paroles en allemand, ça me surprend beaucoup et je suis fan de ces musiciens. Mais je ne suis pas sûr de pouvoir faire ça moi-même aujourd’hui ou dans un futur proche. Donc je m’en tiens à l’anglais. Nous sommes un groupe international, nous tournons à travers le monde… Les gens veulent comprendre ce que je chante. Tu as compris ce que je chantais dans « Restless », sur le fait d’être sur la route. Si j’avais chanté en allemand, tu m’aurais demandé et sans doute que tu ne comprendrais toujours pas de quoi je parlais. Donc, l’anglais et le rock vont ensemble, en ce qui me concerne. Peut-être ferons-nous une ou deux chansons de plus en allemand, mais il n’y aura jamais un album uniquement constitué de chansons en allemand.

Pourtant l’allemand est ta langue maternelle, donc on aurait pu croire que ça aurait été plus facile pour toi…

Ouais, mais tu sais, c’est comme, il y a la pop française et il y a Serge Gainsbourg, n’est-ce pas ? Quelqu’un qui sait comment utiliser les mots et raconter une histoire, tu vois bien ce que je veux dire ! C’est comme jouer avec les mots, j’aime ça. Mais j’ai besoin d’en arriver là d’abord, avant de pouvoir écrire en allemand [rires]. Je vais devoir attendre encore quelques années. Il faudra que je lise davantage Goethe, Schiller et Nietzsche, et mieux m’habituer à la langue allemande. Car je suis un grand fan des mots et tant que je ne me vois pas faire ça, je m’en tiendrais sans doute à l’anglais. C’est un peu plus facile pour moi pour le moment.

Et que penses-tu des groupes qui utilisent la langue allemande, comme Oomph! ou Rammstein ? Nous nous sommes d’ailleurs entretenus avec Dero, le chanteur d’Oomph!, il n’y a pas très longtemps et il trouve que l’allemand va mieux avec les musiques dures que l’anglais en raison de sa rugosité…

Non, je ne suis pas d’accord. Et je ne suis pas un grand fan de sa musique. Si j’écoute ses paroles, alors, ouais, c’est précisément ce que je voulais dire par rapport au fait de ne pas savoir utiliser la langue allemande [rires]. Je ne sais pas. Je ne suis pas un grand fan de ce qu’il fait. C’est trop simple pour moi. Ce sont comme des slogans. Je préfère les sens plus profonds. J’aime les assemblages de mots intelligents. Oomph!, je ne sais pas… Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de gens ici en Allemagne qui écoutent ça… Tout du moins, je ne connais personne. Lorsqu’il y avait encore MTV et tout, j’écoutais ça mais c’était il y a dix ou quinze ans. Rammstein est un gros groupe, je les respecte complètement. Je pense qu’ils ont trouvé une manière d’utiliser ces slogans avec leurs shows pour en faire un truc énorme. Ils ont créé un nouveau genre, une nouvelle façon de jouer du metal. Je ne les ai jamais vus en concert. J’adorerais les voir. Je n’ai aucun disque d’eux chez moi. Au moins, le chanteur a le même nom de famille que moi, donc je me sens lié à lui [rires].

Tu n’as donc aucun lien familial avec Till ?

Non, je ne crois pas. Tout du moins, je ne l’ai jamais vu à ma fête d’anniversaire [rires].

Interview réalisée par téléphone les 29 juillet et 18 août 2015 par Nicolas Gricourt & Philippe Sliwa.
Retranscription, traduction et introduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Joe Dilworth.

Page Facebook officielle de Kadavar : www.facebook.com/KadavarOfficial.



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