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Live Report   

Kadavar (presque) au pays des kangourous


Il y a des soirs où, il faut le reconnaître, bouder son plaisir serait criminel. L’Ayers Rock Boat – l’une des péniches lyonnaises longeant les quais du Rhône – est éminemment connue des Lyonnais et Lyonnaises comme étant un lieu de vie nocturne, bien moins comme étant un lieu de rock, de concerts et de corps moites s’entrechoquant. Ce qui, en soi, est normal. Car c’est sous la récente impulsion d’Henri Belot (des groupes Slut Machine et Directors Cut) que le Boat se fait désormais les dents sur de l’organisation et de la programmation de soirées rock/metal. Cela a notamment commencé il y a quelques semaines avec les Datsuns, pour un concert qui avait réjoui au plus au point les amateurs de keupon et qui avait, avant tout, démontré que le Boat pouvait amplement accueillir des événements de ce genre. Puis mercredi 25 juin, bis repetita avec ce coup-ci les locaux de The Socks accompagnant des Allemands tout juste revenus du Hellfest : Kadavar, pour leur deuxième et seule autre date française cette année.

Le pont du bateau est prisé avant l’entame des hostilités. Un soleil de fin de journée encore chaud et brillant vient délicatement se poser derrière l’Hôtel Dieu sur la rive opposée. La bière y est pas chère et les habitués du lieu s’en trouvent dépaysés : rares sont les fois où tant de t-shirt noirs à tête de mort prennent ainsi possession du navire. Machine Head et Black Sabbath en fond sonore. Nul doute : l’Ayers Rock Boat tend à devenir plus « Rock » que jamais. Et The Socks, fin chaud, ouvrent ainsi cette soirée qui a déjà terriblement bien débuté.

Artistes : KadavarThe Socks
Date : 24 juin 2014
Salle : Ayers Rock Boat
Ville : Lyon

The Socks : un apéro délectable.

Véritable pavé dans la mare, ou, pour être exact, dans le fleuve. The Socks prend possession de la scène vers 21h00. La fosse en contre-bas de quelques marches d’escalier est prise d’assaut. Le public a répondu présent à en juger par la forte population déjà installée devant la scène, une bière à la main. La foule se tasse donc. Les premiers crépitements d’amplis se font entendre. Le coup de feu est donné, et de quelle manière ! Les Lyonnais de The Socks rappellent d’emblée que ce soir c’est stoner pour quiconque en aurait douté. Psyché, enivrant, euphorisant, le combo appose une cadence infernale qui fait illico-presto brasser les nombreuses crinières à ses pieds. Armé de son tout premier album – éponyme – la formation distribue sans relâche et avec conviction de véritables brûlots assassins, aux riffs acérés, à la batterie costaude qui fait battre corps et âmes en chœur. Intense, voilà qui définit bien cette entame de set. « Next To The Light », « Some Kind Of Sorcery », « Lords Of Illusion » ou encore « Electric War », tant de titres qui font mouche à chaque reprise, à chaque refrain.

Julien Méret, charmeur avec sa longue chevelure blonde, démontre un réel talent vocal mais aussi guitare en main. Jessy Ensenat, à la batterie, cogne aussi fort que possible. Vincent Melay tient la baraque avec une basse claquante et un charisme certain alors que Nicolas Baud, plus en retrait, s’occupe des guitares et claviers ce qui ne manque pas d’apporter à la musique du groupe une véritable touche psychédélique. Tout le monde est tout sourire. C’est une bonne soirée, ce qui, incontestablement, débride ces sourires qui s’affichent tous plus radieux les uns que les autres et ce aussi bien sur les visages des spectateurs que sur ceux du groupe qui, véritablement, s’éclate. Un agréable moment qui file à toute vitesse et se clôture sur un « The Last Dragon » plus que propice. Son break central c’est un peu comme faire l’amour à de la soie qui aurait macéré dans de l’huile de cannabis : chaque membre du corps ressent ce petit frisson, cette légère excitation du moment. Le groupe est amplement salué à juste titre. C’était The Socks et on ne manquera pas d’y replonger notre nez dès que possible.

L’Allemagne aussi à ses poilus : Kadavar !

Puis vient Kadavar. Fraîchement revenus de Clisson, les Teutons à barbe se produiront devant une fosse archi-blindée, au maximum de ses possibilités, nuisant d’ailleurs aux quelques spectateurs en retrait qui, de fait, se doivent d’observer le live sur des écrans vidéos. Oui, le Boat n’est pas encore au total de ses capacités. Toutefois, pour ceux qui étaient au cœur du feu ardent, le concert fut torride, violent, éreintant. Outre les crinières soyeuses de l’audience qui fouettent l’air, la fosse deviendra très vite un traquenard, un véritable enfer. Brassant dans tous les sens, dansante, faisant se lever des litres de poussière inexistante. En entame : « Liquid Dream » et son intro crescendo qui fera monter la sauce jusqu’à ébullition. Faire mijoter un public heureux d’être cuit dans de l’eau bouillante et le résultat, en bouche (et dans le creux des oreilles), sera sans pareil. Le public se donne volontiers au combo sous le regard réjouit de Christoph « Lupus » Lindemann, chanteur-guitariste du trio. Tout est fait pour matraquer en bonne et dû forme la face du spectateur (notamment le niveau sonore). Kadavar c’est l’un de ces groupes stoner, aux limites du revival, qui a aujourd’hui le vent en poupe. Preuve en est avec le relativement bon accueil de son dernier bébé : Abra Kadavar. Un album qui sera d’ailleurs joliment (logiquement ?) représenté ce soir, sur scène. Bonne pioche ! Et pendant ce temps, le concert se déroule.

Un voile poussiéreux se pose alors sur le « Bateau ». Revirement total, le navire fait désormais flot vers les 70’s à toute berzingue. A son bord Kadavar qui est la cause de se coup d’éclat. Après une très bonne prestation en terre clissonaise, le groupe s’applique à offrir un show diablement percutant et chaud. De quoi faire fondre les glaces de l’Arctique. Cependant, hormis un Christoph « Tiger » Bartelt derrière sa batterie dont on ne verra que du poil et des bras en perpétuel mouvement, le reste de la formation reste plus statique, Simon « Dragon » Bouteloup apparaissant même fatigué avec sa basse entre les pognes. Mais diantre, que le public se donne à fond ! Si le navire sombre, l’audience de ce soir en sera clairement la raison. Et après tout, tous semblent prêts à prendre un bon bain de minuit dans le Rhône. Faire couler le navire en y mettant le feu semble dans les cordes du public de ce soir. D’ailleurs n’y aurait-il pas là un léger sentiment post-Hellfest chez cette audience de déchaînés ? Né de la frustration de n’avoir pu voir le combo sous la fameuse Valley le vendredi 20 ? Certainement !

Christoph Bartelt (Kadavar) dit le « cogneur fou ».

En tout cas, la formation prend tout juste le temps de respirer et reste sur ce rythme infernal qu’elle a elle-même (im)posé. En face d’elle, les plus beaux kangourous français qu’elle puisse avoir. Des « Eye Of The Storm » aux « Come Back Life », tous les titres de ce soir sont une excuse pour sauter dans tous les sens, pour slammer, même, en flirtant de très près avec de nombreux spots. La foule trouve son bonheur, soit par l’ambiance folle, soit dans la musique, clé de voûte du soir, aux énormes relents de Sabbath (« Goddess of Dawn ») et autre Zeppelin. Un plateau jouissif ! Solos imparables qui voient les doigts de Lindemann écumer les historiques pentatoniques, groove crasseux et kit de batterie minimaliste (trois cymbales, seulement) dans une ambiance excessivement rouge (cela aura été la seule lumière du soir. Pas même un spot blanc sur scène…). Ces ingrédients, vieux comme le rock, ont encore de beaux jours devant eux tant ils paraissent indémodables, intemporels et multi-générationnels à tout jamais.

Kadavar avance, puis, petit à petit, s’approche de son objectif : échouer à terre ce bateau. « Creature of the Demon » et son jam infernal participera au démantèlement de ce qui laissait encore croire que cette audience était humaine. L’esprit décroche, le corps en mode automatique suit à la mesure près le tempo ravageur du groupe. Kadavar a certes joué l’usure – que de jambes fébriles en fin de set – mais a surtout démontré que sur scène, instruments en main, ce n’était pas des rigolos. Le Boat, lui, est pillé ! C’est donc clairement une réussite quasi incontestable en ce soir du 24 juin 2014. Il n’y a plus qu’à espérer que le navire lyonnais en quête de peau neuve puisse, à long terme, poursuivre ses ambitions. Pour ce qui est des trois Allemands, à l’instar du public, une bonne nuit de sommeil n’était pas imméritée.

Crédit photos : Eloic Prud’homme



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  • Une petite vidéo pour ceux qui n’ont pas pu assister au concert :

    https://www.youtube.com/watch?v=0TNVP1w9cbs

    Toujours au top Kadavar !

    [Reply]

  • J’étais déjà venu dans ce que croyais être une boîte de nuit pour voir Los Dissidentes Des Sucio Motel et j’ai déploré le manque de public … En revanche pour Kadavar …. Installé à l’arrière pour  » l’apéro délectable  » proposé par The Socks j’ai déploré le trop plein de monde … Je me suis quand même retrouvé  » au coeur du feu ardent  » pour Kadavar et j’ai lâché deux larmes : une parce que c’était vraiment un concert de folie et une seconde parce que payer 15 balles pour mater un écran c’est moche ! Même en buvant des pintes à 3€.
    Belles initiatives de la part de l’Ayers Rock Boat mais attention à la capacité d’accueil de la « fosse » et la scène à la même hauteur que le bar.

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