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Chronique   

Kadavar – Rough Times


Berlin (2015) avait confirmé que Kadavar se plaçait dans les figures de proue du stoner contemporain. Cependant, à l’instar de beaucoup de formations inspirées par le retro rock et l’héritage de Kyuss, Kadavar peinait à produire autre chose qu’un stoner de qualité, certes, mais extrêmement convenu. Lorsque le groupe annonce son nouvel opus Rough Times, c’est comme si on savait exactement à quoi s’attendre. Un bémol cependant : ne pas sous-estimer l’approche stakhanoviste du trio allemand (ou franco-allemand même). Rough Times pourrait être résumé très trivialement : Kadavar a fait bien plus que se retrousser les manches. Il s’est « sorti les doigts ».

Enregistré dans leur studio flambant neuf à Neukölln, aire industrielle de Berlin, Rough Times marque le début d’un nouveau paradigme dans la vie de Kadavar. Terminée l’attitude hyper-compétitive de la formation, cette « volonté juvénile » d’aller trôner au sommet des charts pour reprendre les dires des musiciens. Kadavar vit de sa musique et vise la pérennité. Pour autant, l’objectif de Kadavar n’est pas moins compliqué : Rough Times se devait impérativement d’être différent, sous peine de ne pas se respecter en tant que groupe et de ne pas respecter les auditeurs. En résulte un album de stoner « classique » certes mais qui a ce talent d’accroche à la Truckfighters, avec suffisamment de diversité pour briser la monotonie propre au genre, et même quelques touches d’expérimentation. Pas question de jammer éternellement sur le même riff, aussi massif soit-il à l’image du titre d’ouverture « Rough Times ». Fuzz et grain vintage ne déstabiliseront évidemment pas les amateurs du genre, si ce n’est pour cette flûte insolente. Kadavar ouvre son album avec un tempo relevé, bien vite nuancé par son final et surtout par la lourdeur d’ « Into The Wormehole », aux influences d’Electric Wizard évidentes, qui permet au chanteur Christoph « Lupus » Lindemann de nous livrer l’un des refrains les plus prenants de l’album, une respiration au milieu de la fournaise. Cette culture du riff rentre-dedans inhérente à Kadavar n’a pas été sacrifiée sur l’autel du songwriting, en témoigne « Skeleton Blues », parfait représentant du stoner doom. Kadavar n’a pas abandonné les penchants les plus sombres de sa musique.

Ce qui fait de Rough Times une œuvre mieux ciselée que les opus précédents est toutefois son manque d’immédiateté justement. Exceptées « Into The Wormehole » et « Skeleton Blues », Kadavar se rapproche parfois davantage d’un rock très seventies développé dans « The Lost Child » aux accents progressifs avec ses nappes de clavier, ses plages instrumentales et son final en sifflement. Le bluesy « You Found The Best In Me » (où Christoph Lindemann se mue en Robert Plant le temps d’une chanson) respecte cette ligne de conduite : favoriser le groove et la mélodie en prenant des libertés de composition. En ce sens, Kadavar se rapproche un peu plus de la philosophie des groupes qu’il apprécie dont Black Sabbath, référence qui surgit à l’écoute de « Words Of Evil ». En réalité, Kadavar semble s’être débridé, comme si l’angoisse d’être un groupe qui « marche » ne dictait plus la composition, changement même presqu’à chaque chanson le grain des guitares – très sludge sur les deux premiers titres alors que l’album évolue vers plus de légèreté sur sa seconde moitié. Le trio se laisse aller où il l’entend, d’un refrain pop sur « Vampires » au rythme effréné sur « Tribulation Nation ». Symbole de cette nouvelle audace, l’outro incongrue « À L’Ombre Du Temps » et ses paroles en français qui clôture l’album sur une note d’apaisement contrastant avec l’énergie déployée auparavant. Peut-être pas pertinent mais certainement élégant.

Kadavar a voulu progresser. Indéniablement il a réussi. La principale qualité du groupe est au centre de Rough Times, à savoir le refus de traîner en longueur et de condenser son propos, lacunes qu’accusent encore nombre de groupes stoner-rock. Rough Times demande plusieurs écoutes avant de se faire apprécier, là où Berlin cultivait l’accroche immédiate. Kadavar a ajouté de nombreux éléments à son arsenal, mélangeant le sens mélodique de Truckfighters, l’art de l’atmosphère de The Black Angels et la grandiloquence d’un Wolfmother qui aurait durci le trait. Rough Times démontre qu’en faisant preuve de détermination pour ne pas se reposer sur une formule éculée, on parvient à insuffler un nouvel élan à sa musique. Qu’il soit stoner, rock ou psyché, Kadavar est avant tout un groupe conscient.

Clip vidéo de la chanson « Tribulation Nation » :

Clip vidéo de la chanson « Into The Wormhole » :

Clip vidéo de la chanson « Die Baby Die » :

Album Rough Times, sortie le 29 septembre 2017 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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