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Chronique   

Kadavar – The Isolation Tapes


Kadavar a dû s’interrompre brutalement. En France, lors de l’annonce du confinement, les Allemands comptaient présenter For The Dead Travel Fast (2019) au cours des nombreuses dates d’une grande tournée. Dès la deuxième occurrence à Tourcoing, Kadavar doit pourtant se résoudre à rentrer chez lui, conséquence inéluctable de la crise sanitaire. Loin de se laisser abattre, Kadavar a pris les devants. Il a été l’un des premiers groupes à proposer des concerts en streaming, s’y attelant dès le 21 mars. Puis, confiné, le groupe a décidé de faire fructifier ce temps libre pour expérimenter et pratiquement renouveler sa palette sonore. Pour une fois, Kadavar n’avait aucune vision, aucun sentier à suivre. The Isolation Tapes est un imprévu, motivé par un contexte unique. Kadavar est tout simplement parti sur une autre planète, histoire d’échapper à la morosité de la nôtre.

For The Dead Travel Fast introduisait des éléments nouveaux au sein de la musique de Kadavar, cherchant à se rapprocher des bandes originales de films d’horreur gothiques des années 70 et 80. L’utilisation de claviers était accentuée, mais ce n’est rien comparé à The Isolation Tapes qui s’engouffre corps et âme dans les expérimentations atmosphériques à coups de piano, de synthé vintage et de mellotron. Les premières nappes prolongées de la longue instrumentale introductive « The Lonely Child » et ses arpèges de guitare déliés (avec ce petit côté Cult Of Luna des débuts) cherchent à emmener l’auditeur au sein de territoires diffus, aériens voire complètement cosmiques. Kadavar donne d’emblée le ton et indique sa volonté d’abandonner les aspects les plus rugueux de sa musique, privilégiant les enchevêtrements de mélodies et l’élaboration d’atmosphères au riffing rock pur et dur. « I Fly Among The Stars » se nourrit de cette impression de quiétude que Kadavar communique pour proposer des progressions, des sonorités, des leads et des chœurs qui rappelleront inévitablement l’approche de Pink Floyd. Le timbre aigu de Chritoph Lindemann prône la délicatesse. Ce dernier multiplie les lignes vocales pour créer des impressions d’échos lointains, presque oniriques. Même lorsque Kadavar semble se diriger vers des rythmiques plus soutenues, il conserve une forme d’étrangeté et de retenue, à l’instar d’« Unnaturally Strange (?) » qui, avec son groove sautillant et ses couleurs latines, aurait facilement pu trouver sa place dans la BO d’un Tarantino. Le spectre de la batterie la place volontairement en arrière-plan, l’auditeur discerne à peine les différents effets sonores utilisés. Le tout importe bien plus que ses parties, le nébuleux est le mot d’ordre.

Kadavar met toujours un point d’honneur à écrire des mélodies entêtantes. En ce sens, The Isolation Tapes est bien loin de l’exercice expérimental obscur. « (I Won’t Leave You) Rosi » lorgne d’ailleurs davantage du côté des Queens Of The Stone Age de l’ère Lullabies To Paralyze (2005). Les influences stoner ne sont jamais très loin quand la guitare, si discrète dans cet album, daigne reprendre la main, mais avec un son plus feutré que ce que le genre propose à l’accoutumée. Si le savoir-faire de Kadavar en matière de rock n’roll typé seventies n’est plus à démontrer, c’est son aisance à mettre en valeur une musique éthérée qui surprend avec The Isolation Tapes. Les chœurs, les effets de clavier et la voix hypnotisante du vaporeux « Peculiareality (!) » ou la grandiloquence spatiale de « The Flat Earth Theory » emportent tout en provoquant un sentiment de nostalgie pour une époque aussi psychédélique que chaleureuse dans ses sonorités. Car derrière l’aura de mystère qui semble envelopper chaque composition de The Isolation Tapes, il n’y a aucune aridité. Kadavar prône une attitude tranquille dans un environnement délétère, une sorte de havre de paix. « Everything Is Changin » est empreint d’une naïveté et d’une légèreté qu’on ne connaît plus, tandis qu’un « Black Spring Rising » inespéré balaie l’angoisse de quelques notes minimalistes comme sait le faire Sigur Rós. Une berceuse grave pour enfant désabusé et démystifié.

Kadavar dira que le confinement a été une source d’opportunités. Une occasion rare pour aller chercher autre chose dans sa musique, tout comme en nous-mêmes. The Isolation Tapes est un remède à ce que la « solitude » peut engendrer de négatif. Il incite à ne rechercher que ses bienfaits : se calmer, se recentrer, se reposer. Pink Floyd est certes très proche, sans jamais servir de calque. Kadavar a compris qu’il y a un temps pour tout et que cette fois, la course effrénée est hors de propos.

Clip vidéo de la chanson « Eternal Light » :

Clip vidéo de la chanson « Everything Is Changing » :

Album The Isolation Tapes, sortie le 23 octobre 2020 via Robotor Records. Disponible à l’achat ici



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  • Un groupe qui n’est plus ce qu’il était…je me suis emmerdé grave en écoutant ces nouveaux morceaux !

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  • One Man Army dit :

    Superbe direction artistique qui transforme la contrainte en opportunité.
    Et la chronique le rend bien.

    Je salue les artistes qui font ce choix, car il faut un peut de courage, et sacrément croire en ce que l’on fait.
    Ca renvoie à cette interview de F. Ribeiro qui revient sur le Butterfly Effect. A une période où les groupes dans le metal ont expérimenté. Je pense à Paradise Lort qui a sorti sont sublime « host », pourquoi pas Machine Head avec son « Burning Red » très moyen. Mais surtout la doublette de Metallica « Load » et « Reload ». Deux albums extraordinaires. C’est avec « Load » que j’ai passé le seuil de la porte qui ouvre au Métal. Un univers vaste, contrasté, riche.
    Et puis je citerai U2 et son « Achtung Baby ». Grosse rupture avec un son capté à Berlin. Ce qui me permet de revenir à Kadavar qui mérite encore plus mon respect.

    Le metal, le rock, est en pleine stagnation. Il va chercher vers le passé pour avancer. Ce jours-ci on parle beaucoup du génial Eddie Van Halen. C’est sur le mec a revitaliser le hard rock en pleine période punk et disco. il a créée ce son son high gain typique du métal d’aujourd’hui. J’ai envie de citer Korn aussi. Ils ont créée un son unique que beaucoup ont aussi suivi par la suite. Eux-même ont eu leur période de réinvention.

    Pour finir, Kadavar témoigne d’une grande vivacité. Ils ont très vite trouvé et mis en place des solutions au problème. Ils ont mis en ligne des concerts. Ils ont profité de ce temps si particulier pour en faire quelque-chose de spécial.
    C’est très inspirant et ça me pousse à me demander: c’est quoi le prochain grand pas?

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