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Chronique   

Kadinja – Super 90′


Kadinja devrait être parvenu aux oreilles de la plupart des amateurs de musique technique teintée de djent aujourd’hui. Le groupe français avait reçu un accueil positif pour son premier album, Ascendancy (2017), ce qui lui a permis de tourner avec des pointures telles qu’Animals As Leaders, Adagio, Betraying The Martyrs, The Devin Townsend Project ou encore Klone. Il n’a pas fallu longtemps à la formation pour envisager son second album intitulé Super 90’. Kadinja entretient une nostalgie de cette décennie, que ce soit pour sa musique, ses films ou encore les jeux-vidéo. Surtout, le deuxième opus de Kadinja entérine ce qu’Ascendancy laissait envisager : il se taille une part de choix au côté des Periphery, Monuments et consorts.

Certains avanceront qu’invoquer les années 90 en pratiquant une musique apparentée au djent ne fait pas bon ménage (si on exclut les premières heures de Meshuggah qui ont traumatisé certains par leurs premiers albums et concerts). Le djent est davantage perçu comme un genre ultra-technique et moderne, que ce soit par la pratique instrumentale et la technologie qui l’environne. En réalité, Kadinja cherche davantage à évoquer en subtilité que de faire revivre. Ce n’est pas un album sur les années 90, c’est un album sur la nostalgie. Kadinja profite d’une production chirurgicale, riche en détails, œuvre du guitariste du groupe Pierre Danel et du renommé Chris Edrich (Leprous, The Ocean, Myrath). Kadinja a cependant pris le parti de rester proche du son live, avec des prises analogiques et l’absence de triggers pour la batterie. Parti pris audacieux pour le registre musical. À ce jour, Super 90’ est l’un des albums de djent avec la production la plus variée, adaptée à chaque morceau plutôt qu’une standardisation d’un son massif pendant onze titres. Car au fil des écoutes, c’est une impression de variété qui vient s’imposer à l’auditeur.

« Empire » ouvre les débats avec un riffing tentaculaire qui permet aux habitués du genre de s’installer dans leur zone de confort. D’une certaine manière, « Empire » coche toutes les cases du djent technique. Là où Kadinja réalise une vraie performance, c’est sur le refrain massif, appuyé et aérien à la fois, qui instaure une dynamique bienvenue. « From The Inside » démontre la qualité du groupe à créer des couches mélodiques simples à appréhender derrière son assise rythmique décomplexée. Cette philosophie, qui fait la part belle au sens de l’accroche, vient contraster avec la virtuosité constante des musiciens. « Véronique » (qui voit la participation de Raphael Welroth-Browne de The Visit) s’en fait le parfait exemple avec son festival de dissonances et rythmes instables contrebalancé par un refrain en forme de libération, et une montée toute en tension qui aboutit à une conclusion cathartique de grande ampleur.

Kadinja fait de la musique technique facile à appréhender, des chansons qui se retiennent. C’est peut-être la force principale de Super 90’. Justement, cette volonté de renvoyer par endroits à ces années a amené le groupe à envisager des passages plus « rock ». Les refrains de « The Modern Rage » et « From The Inside » ont ce cachet fait de simplicité et d’immédiateté. On se laisse surprendre par endroits par des approches plus lourdes et groovy, échos lointains du néo metal, ou encore imaginer Deftones avec certaines lignes de chant ou de guitare (« Muted Rain » qui accueille Sylvain Conner de The Dali Thundering Concept). Kadinja se paie même le luxe de proposer quelques bribes de power-rock aérien avec la mélancolie réconfortante d’ « Icon ». Qui dit années 90 dit en outre chant rappé ; sans aller jusque-là, « Strive » nous gratifie de lignes vocales syncopées flirtant avec le hip-hop. Les renvois aux années 90 ne sont pas flagrants, ils sont des éléments intrinsèques aux compositions qui ont le mérite de recréer l’efficacité propre à ce qui se faisait dans le metal de cette époque.

Super 90’ prouve que Kadinja maîtrise parfaitement la formule technicité/sens de la mélodie, paradoxalement très contemporaine avec la pléthore de groupes qui s’y attellent (Periphery, Animals As Leaders, Monuments, Uneven Structure, Architects pour ne citer qu’eux). Surtout, la subtilité dont a fait preuve le groupe pour incorporer dans sa musique des éléments qui lui sont chers a amené Super 90’ à un degré de diversité bienvenue dans les compositions : la conclusion lumineuse et quasi-instrumentale d’« Avec Tout Mon Amour » va justement dans ce sens, avec la présence de Tola et ses accents gospel que n’aurait pas renié un Devin Townsend. Kadinja ne se noie pas dans son extrême densité. Le groupe en a conscience, aérant et tranchant l’album avec l’acoustique « Episteme » qui renvoi, par sa sensibilité et son intimité, aux unplugged qui ont marqué les nineties, probablement le clin d’œil le plus manifeste de l’opus (avec l’effet compression MP3 en intro d’ « Empire »). Chaque titre s’apprécie pour lui-même via des éléments singuliers, et c’est peut-être le plus bel hommage aux années 90 que réalise l’opus.

Clip vidéo de la chanson « Empire » :

Clip vidéo de la chanson « The Modern Age » :

Album Super 90′, sortie le 18 janvier 2019 via Arising Empire. Disponible à l’achat ici



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