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Interview   

Kari Rueslåtten : la dame du nord


Kari RueslåttenKari Rueslåtten va de l’avant en permanence et sa carrière est là pour le prouver. Cette dernière a été marquée par des décisions de changement, au point même d’arrêter la musique pendant un temps, et de remise en question. Artistiquement curieuse et ouverte, elle n’hésite pas à s’essayer à l’inconnu, jusqu’à la drum and bass ou encore à The Sirens, un trio vocal avec ses consœurs Liv Kristine (Leaves’ Eyes, ex-Theatre Of Tragedy) et Anneke Van Giersbergen (ex-The Gathering).

A l’occasion de la sortie de son nouvel album solo, To The North, thème explorant la sensation de se sentir chez soi, nous avons donc discuté des différents épisodes, artistiques ou non, de sa vie. Cela a notamment été l’occasion de parler de The 3rd And The Mortal, un de ces groupes pionniers étant resté confidentiel malgré son indiscutable influence sur une scène s’étant popularisée par la suite, en l’occurrence celle du metal gothique/atmosphérique à chant féminin.

Kari Rueslåtten

« Je suis particulièrement fascinée par l’esprit humain, sur ce qui s’y trouve à l’intérieur, comment les gens agissent, se comportent et prennent les décisions qu’ils prennent, qui s’avèrent parfois fatales et engendrent des conséquences néfastes. »

Radio Metal : L’album To The North a été inspiré par les paysages nordiques. Peux-tu décrire ces paysages, surtout pour ceux qui n’ont jamais eu la chance de les voir et admirer leur beauté ?

Kari Rueslåtten (chant) : J’ai écrit une grande partie des chansons dans la Norvège profonde qui est connue pour ses montagnes abruptes et c’est aussi très proche de la mer. C’est très sauvage et vierge, avec de vives couleurs, beaucoup de vert… C’est très beau mais, pour moi, c’est un peu mélancolique parce qu’aussi, ce n’est pas très amical. C’est donc de là que je tire mon inspiration.

D’ailleurs, la musique et le son de l’album sont très délicats et chaleureux mais paraissent à la fois incroyablement sombres et tristes. Cette atmosphère paradoxale était-elle donc intentionnelle, pour que la musique retranscrive ces paysages ?

Ouais et aussi je pense qu’en tant que personne, j’ai toujours un peu été attiré par l’obscurité et le côté sombre des choses. Je suis aussi particulièrement fascinée par l’esprit humain, sur ce qui s’y trouve à l’intérieur, comment les gens agissent, se comportent et prennent les décisions qu’ils prennent, qui s’avèrent parfois fatales et engendrent des conséquences néfastes. Ouais, je suis fascinée par l’esprit humain et c’est aussi, grosso-modo, de là que la mélancolie provient, je crois.

J’ai lu que lorsque tu tournais avec The Sirens, le fait de jouer en Amérique du Sud t’as fait immédiatement te sentir chez toi. Donc comment comparerais-tu la Norvège avec les pays que tu as pu voir en Amérique du Sud ?

Tout d’abord, je crois que pour moi, mon chez moi, c’est bien sûr le nord, et c’est en gros aussi pourquoi j’ai appelé l’album To The North, comme si j’invitais l’auditeur chez moi. Mais aussi, mon chez moi peut être un état d’esprit, comme quelque part où tu as l’impression d’être à ta place, où tu te sens bien. Et, en gros, c’est aussi ce que j’ai ressenti lorsque je suis venue en Amérique du Sud. Je n’y avais jamais été auparavant et j’ai trouvé toutes ces merveilleuses personnes qui avaient vraiment le sentiment que ma musique avait du sens pour eux, et j’avais l’impression que c’était une compréhension mutuelle, et donc comme si j’étais de retour à la maison. Je dirais aussi qu’il y a plein d’endroits magnifiques là-bas, du point de vue nature.

L’album a été enregistré aux studios Parr Street de Liverpool ; étant donné que tu voulais que cet album rappelle le nord, j’ai d’abord été surpris que tu ne l’enregistre pas en Norvège, mais comme tu l’as dit, être chez soi, c’est aussi un état d’esprit, donc dirais-tu que tu t’es sentie chez toi en Angleterre, à Liverpool ?

Je crois que parfois, mettre un pied à l’extérieur et regarder ce qui s’y passe est aussi une bonne façon de composer. Partir en exile et ensuite regarder notre chez nous d’un œil extérieur permet d’avoir une autre perspective. Mais aussi, à Liverpool, j’aime ce côté maussade et sombre qu’apporte la météo anglaise [petits rires], et puis il y a plein de gens sympathiques. Même si c’était loin de chez moi, c’était bien parce que ça nous a offert l’occasion de nous concentrer sur l’album. Lorsque tu es chez toi, il y a toutes ces autres choses auxquelles penser. Lorsque nous étions exilés, nous pouvions nous concentrer sur le fait de faire l’album en mettant du cœur à l’ouvrage, sur une longue période de temps. Donc c’était aussi ça la raison.

D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que tu vas en Angleterre pour enregistrer un album, puisque tu l’as aussi fait pour d’autres albums solo. As-tu une relation particulière avec ce pays ?

Je le crois, et je pense aussi qu’une bonne partie de la musique gothique et mélancolique est composée là-bas. J’aime bien être là-bas, ça m’apporte ce sentiment lugubre que je recherche, que j’aime avoir dans mes compositions, mais bien sûr, on ne se sent jamais mieux que chez soi [rires].

On dirait vraiment que les paysages jouent un rôle important dans ton identité musicale…

Oui, clairement. Depuis que je suis très jeune, j’ai toujours été inspirée par la nature, la musique folk et le folklore norvégien lorsque j’écris.

Kari Rueslåtten - To The North

« Nous étions tous au bord des larmes lorsque nous nous sommes rendus compte que c’était le dernier jour [d’enregistrement] et qu’après ce serait fini. »

D’importants albums ont été enregistrés aux studios Parr Street, comme Parachutes de Coldplay. Est-ce que tu as ressenti de la pression à cause de ça ?

Au départ, je me suis dit : « Wow, mais qu’est-ce que je fais là ?! » Mais ensuite, lorsque j’y suis entrée, je me suis très vite sentie à l’aise. C’est un endroit très chaleureux et sympathique, et les gens sont très terre-à-terre. Mais c’était un sentiment particulier de s’asseoir devant ce piano à queue avec lequel je savais qu’ils avaient enregistré ces chansons qui ont beaucoup compté pour beaucoup de gens. Je me suis sentie humble mais c’était aussi très sympa.

Tu as dit en interview que l’enregistrement était un moment très spécial et magique, et apparemment, le dernier jour était très émotionnel. Peux-tu nous en parler ?

Oui, c’était très étrange. Je ne crois pas avoir jamais vécu une telle période d’enregistrement parce que nous avons décidé que nous ferions toutes les chansons live en studio. Car, tu sais, lorsque tu enregistres un album, tu peux le faire ainsi : le bassiste arrive, joue sur tous les titres et repart chez lui, le guitariste arrive, joue sur tous les titres et repart chez lui… Donc lorsque nous avons décidé que nous ferions ça en live, ça requiert bien plus de la part des musiciens parce qu’il faut vraiment qu’ils se concentrent et nous devons tous nous mettre d’accord sur l’expression musicale que nous voulons adopter, car nous ne pouvons la changer après coup. Il faut que ce soit déterminé. J’ai donc ressenti que nous nous sommes beaucoup rapprochés les uns des autres et que les musiciens ont vraiment ouvert leurs cœurs et leurs âmes pour ces enregistrements. Je pense que nous étions tous au bord des larmes lorsque nous nous sommes rendus compte que c’était le dernier jour et qu’après ce serait fini, et que c’était vraiment une belle aventure. Ouais, c’était un moment spécial et je ne me souviens pas avoir vécu quelque chose de semblable auparavant.

Etait-ce important pour le groupe d’enregistrer en live, de façon à créer cet album organique et presque fragile ?

Oui, c’est certain. Ça donne une envergure très différente lorsque tu fais ça en live, c’est clair.

L’album est également censé rappeler des images de films Scandinaves sombres. Peux-tu nous en dire plus ?

Oui, parce que la première chose que j’ai trouvé pour cet album, c’était le titre, le fait que ça allait s’appeler To The North. Et j’ai décidé que peut-être je pourrais envisager les chansons comme une bande originale, celle du nord. Et c’est là que cette idée m’est venue à l’esprit, le fait que ça me rappelle ces sentiments que tu as lorsque tu te plonges dans ces films obscurs, lorsque tu vois ces images, que tu ressens ces mélodies obscures et cette atmosphère effrayante. Mais je trouve qu’il y a aussi de la beauté là-dedans, ce n’est donc pas effrayant ; « effrayant » n’était peut-être pas le bon terme. Mais oui, la mélancolie que j’ai ressentie était un peu la même.

Tu es connue pour avoir été l’ancienne chanteuse et compositrice de The 3rd And The Mortal. Ce groupe a été l’un des plus influents pour beaucoup de groupes menés par une chanteuse. Lorsque tu étais membre de ce combo, que ressentais-tu par rapport au rôle et à l’importance de celui-ci sur la scène metal ?

Nous n’en n’avions pas vraiment conscience à l’époque parce que nous faisions juste notre truc, nous jouions de la musique qui nous paraissait naturelle. Nous nous rendions tout de même compte qu’aucun autre groupe ne faisait exactement ce que nous faisions et que chanter comme je le faisais était nouveau. Je me souviens lors d’interviews de gens qui me demandaient : « Pourquoi chantes-tu ainsi ? » Ou affirmaient : « Personne ne fait ça ! » Mais c’est plus tard que j’ai appris que ça a eu un impact, parce que nous ne le savions pas du tout !

Le groupe n’a jamais rencontré le succès commercial et populaire que des groupes comme The Gathering ou Nightwish ont eu. Comment l’expliquer ?

Je ne sais pas ! Je crois que c’était peut-être du hasard, car j’ai aussi quitté le groupe très tôt pour poursuivre ma carrière solo. Je crois juste que le groupe n’avait pas les gros moyens qu’une grande maison de disque peut offrir, car nous étions sur un très petit label. Pour ce qui est de la musique et de ce qui devient gros ou pas, je crois qu’il y a beaucoup de hasard qui rentre en jeu. Donc… Je n’ai pas vraiment de réponse !

Kari Rueslåtten

« Je m’ennuie un peu si je fais sans arrêt la même chose. Je crois que ça vient de ma curiosité et ça me conduit à partir dans tous les sens. »

Tu as chanté des chansons de The 3rd And The Mortal avec The Sirens dernièrement. Est-ce que tu as ressenti de la nostalgie ?

Ouais, complètement ! Je n’aurais jamais imaginé que j’allais refaire une chanson comme « Death-Hymn » à nouveau avec un groupe. Donc, chaque soir, j’ai ressenti un grand frisson et j’ai de la chance d’avoir eu l’occasion de faire ça, car ça m’a fait vraiment du bien et ça m’a ramené vingt ans en arrière. Ça fait du bien de jeter ce genre de regard sur son passé et pouvoir en être fier. C’était vraiment très bien, très spécial.

Tu as fait une pause par rapport à ta carrière artistique de 2005 à 2013. Peux-tu nous dire pourquoi avoir fait ça et ce que tu as fait pendant ces huit années ?

J’étais vraiment fatiguée, bon, pas fatiguée mais je pense que j’avais besoin de me concentrer sur d’autres choses pour pouvoir réfléchir. Je me disais : « Je fais ça depuis que je suis toute jeune ! » Je voulais fonder une famille et avoir des enfants, et j’avais besoin de plus de stabilité, moins de voyages et plus de revenus stables. C’était simplement naturel d’en arriver là. Ensuite, j’ai étudié la psychologie et je m’y suis mise à fond. En tant que personne, je m’investis complètement dans ce que je fais, donc je ne fais pas les choses à moitié. Et ensuite, tout d’un coup, les années sont passées et je me suis dit : « Ok, peut-être que je ne devrais plus faire de musique. » Donc ce n’était pas avant de rencontrer Tuomas Holopainen (ils ont collaboré sur le remake de la chanson de The 3rd And The Mortal « Why So Lonely », NDLR) et Nightwish il y a trois ans que j’ai retrouvé l’inspiration pour m’y remettre. Et maintenant [je m’en veux] vraiment [petits rires]. Comment pourrais-je ne pas faire de musique ? C’est vraiment stupide ! Mais, bon, c’est comme ça. C’est très étrange d’y repenser aujourd’hui parce que la musique compte énormément pour moi.

Tu as une carrière très variée, tu as même chanté avec un duo de drum and bass. Est-ce important pour toi, en tant que chanteuse, d’essayer de nouvelles choses ?

Ouais et j’ai toujours été très curieuse vis-à-vis des différents modes d’expression musicaux et aussi de la technologie musicale. J’ai toujours été attiré par ce que les programmes musicaux pouvaient faire. Je m’ennuie un peu si je fais sans arrêt la même chose. Je crois que ça vient de ma curiosité et ça me conduit à partir dans tous les sens.

Peux-tu nous donner des nouvelles de The Sirens ?

Ouais, The Sirens était surtout un concept live. Notre idée était d’amener ces vieilles chansons et aussi quelques nouvelles sur la route. Donc je ne sais pas vraiment ce qu’il se passe maintenant. Aujourd’hui, je sors mon album solo et Anneke [Van Giersbergen] et Liv [Kristine] ont également leurs projets. Avec un peu de chance, nous verrons un peu plus de The Sirens plus tard mais là tout de suite, nous n’avons rien de concret.

The Sirens est un concept assez original, puisqu’on y retrouve trois chanteuses. Comment c’était de travailler avec elles ?

C’était super, très inspirant, rien que de pouvoir chanter live avec ces deux fantastiques femmes et aussi avec leurs fantastiques voix. C’était une expérience merveilleuse et j’ai énormément appris avec elles, c’était super ! Nous sommes toutes les trois dans des genres différents – je suis plus dans le folk alternatif, Liv est plus porté sur le metal et Anneke est plus rock -, donc bien sûr, c’était chacune ce que nous représentions. Mais sur scène, en live, c’était tellement cool, vraiment, vraiment super. J’aimerais vraiment faire plus de concerts avec The Sirens parce que c’est un gros boost d’énergie.

Interview réalisée par téléphone les 30 octobre 2015 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Céline Fiévez.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Arild Juul.

Site officiel de Kari Rueslåtten : www.karirueslatten.com



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