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Interview   

Karl Sanders (Nile) étend son règne de pharaon


Probablement l’une des révélations majeures de la scène death metal des années 2000, Nile a su s’imposer malgré la brutalité de ses œuvres. Le thème de l’Égypte Ancienne finement mis en musique a su trouver écho auprès du public. Comment aurait-il pu en être autrement avec des albums de la stature de In Their Darknened Shrines ou, plus récemment, Those Whom The Gods Detest ?

Près de quinze ans après son amarrage au port d’Alexandrie, Nile chante encore la même mélodie, oh, oh… Bref, la troupe de Sanders continue coûte que coûte à explorer les rives de son concept. Aujourd’hui débarque donc sa nouvelle offrande. Intitulé At The Gates Of Sethu, celle-ci a pour particularité de se démarquer par certains aspects de son prédécesseur.

Karl Sanders nous en dit plus dans l’entretien qui suit sur cette nouvelle étape dans son périple.

« Quand on écoute At The Gate Of Sethu, il est immédiatement évident que nous avons travaillé dur pour que tout soit propre, carré et à sa place. Tout le travail que nous avons mis dedans en fait un disque très concentré. »

Radio Metal : En février de cette année, vous avez annoncé que vous aviez perdu contact avec votre bassiste, Chris Lollis, pendant l’écriture et l’enregistrement de l’album. Après trois mois de silence, vous avez engagé un remplaçant, Todd Ellis. Avez-vous eu des nouvelles de Chris depuis ? Que s’est-il passé depuis ?

Karl Sanders (chant, guitare) : Il s’avère qu’il a eu des problèmes judiciaires et qu’il a choisi de n’en parler à personne. C’était une mauvaise décision de sa part. Tout ce qu’il avait à faire, c’était prendre son téléphone, nous appeler et nous expliquer la situation. Ç’aurait été très simple. Mais ne pas nous contacter, disparaître comme ça… Il n’était pas chez lui, sa copine ne savait pas où il était, il ne répondait à aucun mail et à aucun appel… On ne peut pas gérer un groupe si on ne peut pas contacter les gens ! Qu’aurait-il fallu qu’on fasse ? Attendre en se demandant s’il allait se pointer à temps pour la tournée ? On ne pouvait pas se le permettre. C’était un mauvais choix de son côté.

J’imagine que vous n’avez pas eu beaucoup de temps pour trouver un remplaçant, dans la mesure où vous étiez au milieu de l’enregistrement du nouvel album. Comment avez-vous trouvé Todd ?

Comme tu viens de le dire, nous avons réalisé que nous n’avions pas de temps devant nous : une fois l’album terminé, nous devions embarquer pour la tournée avec The Black Dahlia Murder. Nous avons repris toutes les cassettes d’auditions que nous avions reçues il y a deux ans. De toutes ces auditions, Todd était le meilleur.

Il semblerait que Nile ait du mal à trouver un bassiste stable. Si je compte bien, vous en avez eu cinq depuis la création du groupe…

Oui. Ce serait une bonne raison de détester les bassistes !

D’après ce que j’ai pu lire, vous avez travaillé dix mois de suite sur cet album, de façon exclusive. C’est un processus très long. La conception des albums de Nile prend-t-elle toujours si longtemps ?

Non, celui-ci a pris plus de temps. J’ai écrit onze titres, que j’ai enregistrés intégralement en mode démo : guitares, chant, basse, batterie, claviers, tout. Nous n’avons pas tout utilisé, je crois que nous avons utilisé huit chansons sur celles que j’avais écrites. Mais, effectivement, nous avons beaucoup travaillé sur ce disque. Quand on écoute At The Gate Of Sethu, il est immédiatement évident que nous avons travaillé dur pour que tout soit propre, carré et à sa place. Tout le travail que nous avons mis dedans en fait un disque très concentré.

Qu’allez-vous faire du matériel que vous avez laissé de côté ?

Certains membres du groupe veulent l’utiliser sur le prochain disque. D’autres voudraient sortir un EP. Je ne sais pas, il va falloir réfléchir.

L’ancien bassiste et chanteur de Nile, Jon Vesano, a assuré quelques lignes de chant sur Those Whom The Gods Detest, et il est encore plus présent sur ce nouvel album. Que s’est-il passé quand vous avez entendu sa performance sur Those Whom The Gods Detest pour que vous vouliez utiliser davantage son chant ?

Jon a un don pour canaliser une certaine possession démoniaque interne. Il ferme les yeux et laisse cet esprit maléfique sortir de lui. Nous voulions insister là-dessus sur ce disque. On peut l’entendre sur le titre « Slaves Of Xul », et il participe également à « Tribunal Of The Dead ».

N’aurait-il pas pu rejoindre le groupe lorsque vous cherchiez un bassiste ?

Jon a une carrière très sérieuse, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a quitté le groupe à la base. Pour lui, il est impossible de concilier sa carrière et des tournées. Il a dû faire un choix entre les deux, et il a choisi une carrière stable. Nous comprenons ce choix : partir en tournée avec un groupe de death metal, ça ne rapporte pas lourd. Nous comprenons le choix de Jon. Nous sommes toujours amis avec lui, nous avons toujours des liens.

« C’est toujours un formidable défi pour n’importe quel groupe de conserver son identité tout en faisant du neuf et de l’intéressant dans les limites de cette identité. »

On perçoit véritablement un sentiment de folie au niveau des performances vocales sur cet album, qui sont également très diversifiées. Il semblerait que le chant ait été au cœur de vos préoccupations pour ce disque.

Tout à fait. Cette fois-ci, nous avons enregistré très tôt le chant pour toutes les démos, afin de nous concentrer là-dessus autant que sur les guitares, la basse et la batterie.

Les titres de cet album durent tous moins de six minutes, à l’exception du dernier – et encore, celui-ci dure à peine sept minutes. Vos précédents albums comportaient au moins deux chansons épiques, considérées comme les morceaux principaux du disque. Était-ce l’un des défis que vous avez dû surmonter, écrire des chansons plus concises tout en conservant un côté épique ?

Absolument. Nous voulions écrire des titres plus courts et plus carrés, en répétant peut-être moins les différentes parties. Écrire des chansons plus courtes était une décision consciente. L’une des critiques que j’ai entendues à propos des derniers albums – et à laquelle il y a un fond de vérité – c’est que les chansons devenaient trop longues pour certains auditeurs.

La musique est assez frénétique et technique sur cet album, particulièrement en ce qui concerne la batterie. En plus des vocaux, était-ce une façon pour vous d’explorer un autre aspect du concept musical de Nile ?

Oui, tout à fait. Nous voulions essayer de nouveaux arrangements, de nouvelles idées pour la batterie, les guitares et les structures. C’est toujours un formidable défi pour n’importe quel groupe de conserver son identité tout en faisant du neuf et de l’intéressant dans les limites de cette identité. Nous ne voulons pas toucher à ce que nous sommes mais nous aimons aussi la nouveauté. Il faut que les choses restent intéressantes pour nous également.

Pour la quatrième fois consécutive, cet album a été produit par Neil Kernon. Penses-tu qu’il soit le producteur idéal pour Nile ?

Neil a investi beaucoup de temps et de travail là-dedans. Avec Neil, nous nous sommes embarqués pour un voyage de découverte. Nous avons appris ce dont ce groupe précis, Nile, avait besoin en termes d’enregistrement, et ce que nous devions faire pour permettre à Nile de sonner comme il doit sonner. C’est un processus d’apprentissage très long que d’apprendre ce qui fonctionne ou non avec le groupe. Tout recommencer avec quelqu’un d’autre signifierait jeter à la poubelle tout le travail que nous avons fourni pour apprendre comme réaliser des disques avec Nile.

La production est d’ailleurs moins massive et plus brute que sur vos précédentes sorties. Était-ce voulu ?

Lorsque Neil a assisté aux répétitions pour la première fois, avant le début de l’enregistrement, il nous a dit que ce qu’il voulait faire avec cet album, c’était capturer les émotions brutes, le feu qu’il perçoit quand il vient nous voir jouer en salle de répétition. Il voulait capturer et présenter cela. Il voulait une production invisible, qui capturerait simplement la musique et la présenterait telle quelle, avec les sensations brutes.

De façon générale, la musique de Nile est réputée pour être assez brutale. Penses-tu que la brutalité représente bien l’Égypte Antique ?

[rires] C’est une bonne question ! Je pense que la vie était beaucoup plus brutale qu’aujourd’hui. À l’heure actuelle, la vie est très facile : nous avons l’électricité, l’air conditionné, les voitures, des machines qui font tout le travail à notre place. Nous vivons dans un monde dominé par la démocratie. Ce n’était pas le cas il y a 6 000 ans. Les Égyptiens semblent avoir inventé la dictature totalitaire. Le pharaon était au centre de tout, il était dieu sur terre, ce qui est totalement opposé au concept de démocratie.

« Nile est connu pour faire un certain type de musique et je pense qu’il est important de conserver une identité. […] Je ne vais pas sortir un disque disco demain parce que j’en ressens le besoin artistique. Je n’ai pas ce besoin, d’ailleurs. »

Dans une interview, tu as déclaré que vous n’aviez pas abandonné votre identité et que vous ne vouliez pas « entuber vos fans ». Est-ce important pour vous de rester fidèles à une certaine ligne directrice ?

Oui, absolument. Beaucoup de groupes ont radicalement changé ce qu’ils faisaient. Quand le changement est trop important, les fans ne comprennent pas toujours. Je ne citerai pas de noms d’autres groupes. Mais Nile est connu pour faire un certain type de musique et je pense qu’il est important de conserver une identité. Qu’est-ce que Nile ? Un groupe avec certaines caractéristiques. Je pense que les gens qui nous sont loyaux depuis des années, qui viennent à nos concerts, achètent nos disques et soutiennent le groupe ont une grande importance. Sans fans, on ne fait pas de musique. Les fans sont donc très importants pour nous.

Ne penses-tu pas que les fans trop possessifs envers un groupe doivent être un peu secoués, de temps en temps ? Ne penses-tu pas qu’un artiste doit être libre de faire ce qu’il veut, plutôt que ce que veulent les fans ?

Je n’ai pas dit que nous étions limités par nos fans. [longue hésitation] Oui, c’est de l’art, et oui, nous devons être libres. Je me sens libre, je ne me sens pas limité, mais je sais également qui je suis. Je ne vais pas sortir un disque disco demain parce que j’en ressens le besoin artistique. Je n’ai pas ce besoin, d’ailleurs. Avoir la liberté de faire ce que nous faisons, sans personne pour nous dire quoi faire, ça me suffit. Avec Nile, je fais exactement ce que j’ai envie de faire. Pour moi, la liberté, c’est ça : la possibilité d’être ce que je veux artistiquement parlant. Et je sais ce que je veux être : Nile ! [rires]

Que ferais-tu si tu ressentais le besoin artistique de faire du disco ?

Je lancerais un projet différent.

En parlant d’autres projets, peut-on attendre un troisième album solo de ton côté ?

Beaucoup de gens m’ont déjà posé la question. Maintenant que j’en ai fini avec ce disque de Nile, peut-être que j’aurai le temps de travailler sur un projet solo. En fait, je crois que, à chaque interview et à chaque concert de la tournée avec The Black Dahlia Murder, quelqu’un m’a demandé : « Quand pourra-t-on entendre à nouveau ton side-project ? Y aura-t-il un troisième album ? » Je pense que oui. Je voudrais faire un troisième disque.

Penses-tu que cet album sera dans la même veine, ou, comme on l’a déjà dit tout à l’heure, as-tu d’autres besoins artistiques ?

C’est une question intéressante. J’avais une idée, un concept pour un troisième album, mais c’est plus heavy que les deux précédents. Je ne sais pas. Je vais y réfléchir et essayer de définir exactement ce que j’ai envie de faire.

C’est tout pour moi. Un dernier mot ?

J’ai hâte de revenir en France. Fuck yeah !

OK ! À un de ces jours en tournée, dans ce cas.

Oui, en novembre. On travaille sur une grande tournée avec Kreator, Morbid Angel et Nile. Nous allons passer dans toute l’Europe.

Belle affiche !

Oui, je pense que ça fera son effet !

Interview réalisée en mai 2012 par téléphone
Transcription et traduction : Saff’

Site internet de Nile : www.nile-catacombs.net

Album At The Gates Of Sethu, sortie le 29 juin chez Nuclear Blast



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  • Breizhwarrior dit :

    Je suis OBLIGÉ d’aller les voir à Rennes quand ils passeront ! Surtout avec le reste de l’affiche !!

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