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Live Report   

Karma To Burn met le feu au Ground Zero



Karma To Burn est un groupe de desert rock / stoner, parfois proche du regretté Kyuss mais en instrumental, trop méconnu au regard de la qualité de sa musique. Le groupe avait d’ailleurs décidé de jeter l’éponge en 2002, suite au départ de son irremplaçable bassiste Rich Mullins, léguant à la postérité trois excellents albums. Mais, le desert rock sulfureux, ils ont ça dans le sang les trois bouseux de Morgantown. Pas étonnant donc de les voir célébrer leur retour en 2009 avec des tournées américaine et européenne, incluant un passage remarqué au Hellfest. Le groupe compte bien rattraper le temps perdu : non seulement il vient tout juste de mettre dans les bacs sont premier DVD mais prévoit même déjà un nouvel album. Tant pis pour ceux qui sont à la traîne. Tant pis pour ceux qui ne jugent pas digne de prêter attention à un trio de têtes brûlées sudistes qui se la donnent instrumental.

En attendant nous, nous sommes là ce soir – une petite poignée de mordus du riff gras et groovy – au Ground Zero Gerland pour nous faire labourer les cages à miel. Sans compter que les groupes Anaerobie et Sleepy Sun sont de la partie pour placer cette soirée sous le signe des grosses guitares, de l’instru et du psychédélisme.

Déjà, le cadre est particulier : une sorte d’entrepôt à moitié déglingué parsemé de canapés et une scène ressemblant plus à un empilage de palettes en bois qu’à une structure digne de ce nom. C’est dans cette atmosphère qui ne manque pas de cachet que le public se rassemble petit à petit pour former une audience respectable.


Le concert commence à une heure relativement tardive : 21h, les deux musiciens d’Anaerobie entrent en scène, ou plutôt sur le sol où la batterie est posée. Le guitariste enfourche sa sept cordes. A quoi s’attendre ? Dès les premières notes, c’est un son très metal aux structures complexes qui sort des enceintes. Dans l’esprit cela pourrait rappeler le duo avec Morgan Agren de Mats & Morgan à la batterie et Fredrik Thordendal de Meshuggah à la guitare reprenant des titres du projet Sol Niger Within.

On nage en plein délire de gros plans bien barrés, d’un enchevêtrement de riffs et de rythmiques bizarroïdes. Mais la prestation n’atteint pas le niveau du duo suédois. Certes, relever le défi de l’instrumental reste un pari osé, mais quand on voit la qualité du concert donné par la tête d’affiche plus tard, on réalise qu’il est possible de captiver l’audience sans s’embarrasser d’un chanteur. Il y a de bonnes choses, mais sur la longueur la musique perd en intérêt. Les mélodies ont du mal à rester en tête. On a parfois l’impression d’entendre une suite d’idées mises bout à bout. De même, les passages en double grosse caisse se font au final trop redondants et tranchent trop avec le reste de la musique très syncopée. Finalement ce sont les passages les plus calmes au milieu de cette marée de riffs qui retiennent l’attention et soulagent nos oreilles.

Pour la suite, Sleepy Sun se révèlera être une grosse claque !


Sleepy Sun nous en a fait voir de toutes les couleurs !

D’emblée, le son est très bon. Les musiciens, la qualité des morceaux, et surtout du chant, sont éblouissants. Autant être clair tout de suite : inutile de chercher le metal. Ici on nage en plein rock psychédélique, tout droit sorti de la fin des années 60’s et bien sur l’époque reine des 70’s. Les six musiciens interprètent une musique planante avec une conviction, un talent et une attitude qui renvoient directement à l’époque insouciante du premier Woodstock. Respect. Alors il y a tout de même des riffs dans cette musique qui rappellent certains groupes affiliés à la scène stoner qui, bien souvent, lorgne vers le psychédélique. Et à parler de stoner, il faut noter la frappe du batteur qui est d’une sacrée intensité. Il est transcendé derrière son kit et c’est tout son corps qui est en mouvement pour marquer le rythme de la musique. Mais s’il y a un point fort, c’est bien au niveau du chant. La chanteuse a une voix hallucinante, d’une justesse, d’une clarté et d’une puissance admirable. En plus de cela elle semble possédée par la musique. Le chanteur principal est aussi très bon, avec un timbre assez aigu, et un traitement avec deux micros pour obtenir une texture sonore comme à la bonne époque. Leur premier et unique album Embrace possède d’excellents titres comme « Sleepy Son » qui prend sur scène une autre dimension.

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Il semblerait que ce groupe hors du temps a marqué des points ce soir, à en juger les applaudissements en fin de set et la queue au stand merchandising pour se procurer leur disque.

Après l’improbable prestation de Sleepy Sun, c’est le moment de se prendre une bonne bouffée de desert rock. Ca tombe bien, avec l’air extérieur qui s’engouffre dans la salle, il ne fait pas très chaud, il était donc temps de faire monter le mercure. Le soleil somnolent qui nous a emmenés dans la lune au set précédent, est sur le point de se réveiller et compte bien brûler les planches. Karma To Burn, nous avait déjà éblouis sous la chaleur torride de la mainstage du Hellfest. C’est donc avec plaisir que nous retrouvons ce trio de « rednecks » dans un contexte autrement plus intimiste.

Dans bien des cas, le mode d’expression instrumental est le terrain de jeu de musiciens virtuoses, choisi afin d’exploiter sans contrainte leurs atouts techniques. Parfois, c’est une résignation. Pour beaucoup, d’ailleurs, musique instrumentale rime avec ennui. Mais Karma To Burn est un ovni voué à faire tomber ces acquis et surtout à botter l’arrière train de tous ceux qui croiseront leur route. Dans cette honorable mission, le groupe a fait le choix délibéré de se dispenser de chant – et même contre les vents et marées de leur maison de disque – et ils savent parfaitement où ils veulent en venir.


Eight : un tube

Karma To Burn est ce qu’on appelle un power trio : pour le coup, la dénomination n’est pas galvaudée ! Jamais un groupe de rock instrumental n’a été aussi puissant, fédérateur et enivrant. Karma to Burn est une machine à riffs, une usine à groove. Impossible de résister. C’est tel un seul homme que le public entier bat le rythme par d’amples mouvements de buste. Les sourires sont partout. Le bonheur se lit sur chaque visage, y compris ceux des musiciens. Ce groupe gagne à réduire les distances avec son public. S’il pouvait jouer directement dans la fosse, probablement qu’il le ferait.

Sur scène d’ailleurs, chacun apporte sa dose de lave au magma en fusion : les rythmes et breaks puissants de Rob Oswald, le jeu incisif et gras de William Mecum et le groove distordu du génial Rich Mullins. L’alchimie est totale. Les musiciens semblent soudés les uns aux autres tellement la mise en place est impeccable. Cette sensation est mise en valeur par la très bonne qualité du son et, de la part de cette modeste salle, s’en est même étonnant !

Les titres interprétés ce soir sont piochés équitablement dans Almost Heathen (“Thirty Eight”, “Thirty Four”, “Thirty Nine”, “Thirty Six”, etc.) et Wild, Wonderful Purgatory (“Twenty Eight”, “Thirty”, “Thirty Two”, “Eight”, etc.). Même un tout nouveau titre s’est frayé un chemin dans le set. Par contre aucune trace du pourtant classique « One ». Dommage ? Non, on s’en fout en fait. Le groupe nous en a déjà donné pour notre dose (et notre argent : la soirée ne coûtait que 7 euros !). On prend comme ça vient et on prie pour que ce moment ne s’arrête jamais… Mais en vain.

En sortant de cette petite salle qui ne paye pas de mine, perdue au fond d’un cul de sac, on ne peut s’empêcher de se sentir privilégié. Privilégié d’avoir eu la bonne idée de venir en ce lundi soir au bon endroit, au bon moment.

Un détail qui ne trompe pas : dans le métro pour rentrer chez soi, quelques têtes pleines de souvenirs se secouent encore, comme par réflexe, avec une banane sur le visage dessinée au feutre indélébile.

Note : parties sur Anaerobie et Sleepy Sun signées par Claude.

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  • Amaury / RM dit :

    Je suis jamais allé là-bas, c’est super d’avoir une petite salle avec un bon son pour les artistes. Et la place à 7 euros…hmmm…on peut pas dire que c’était pas donné !

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