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Live Report   

Karnivool : dans l’attente d’un jour nouveau


“Sound is the basis”. C’est par ces bribes des paroles de “Change” que le 12 mai dernier Karnivool nous invite, à contrecœur, à célébrer en streaming la décennie de son album Sound Awake. À contrecœur car les Australiens se sont finalement résignés à diffuser ce concert sur les réseaux, sans public pour partager la si précieuse énergie que chacun et chacune réclame avec avidité. L’amertume est d’autant plus perceptible que les musiciens ont dû reporter à 2022 leur « Regeneration Tour ». Ce concert n’est donc ni innocent ni insignifiant, il se veut cathartique.

Le titre « Simple Boy » se dessine sobrement, une lumière blafarde et poussiéreuse nous en dit un peu plus sur la scène et ses protagonistes, les guitares arborent leurs balafres, symboles de concerts passés. Le ronflement si caractéristique de la basse de Jon Stockman entame « comme il se doit » les hostilités en étant frontalement appuyé par le jeu de batterie implacable de Steve Judd. Quelques minutes sont suffisantes pour adhérer au pacte limpide de Karnivool : pas de faux-semblants, pas de simulacre. Les musiciens partagent entre eux leur musique, de la manière la plus authentique possible malgré le contexte. Rien de moins, rien de plus. C’est ce parti pris qui permettra à la totalité du concert de résonner avec justesse et équilibre.

L’enchaînement vers “Goliath” et ses riffs acérés confirme l’impeccable mix des Australiens : la spatialisation de chaque instrument force le respect et chaque nuance est correctement mise en valeur avec assertivité, à l’image du chant littéralement impeccable de Ian Kenny qui offre une performance vocale déconcertante de minutie et de virtuosité. Côté scénique, le vocaliste s’impose comme le point de repère du public : là où Drew Goddard, Jon Stockman et Mark Hosking restent (logiquement) figés sur leurs instruments, le membre originaire d’Irlande offre son visage et son regard incarnés.

Le son est certes extrêmement bien produit, mais il reste également humain et ne commet pas l’erreur d’être aseptisé : les petits craquements de micros de guitare précipitamment étouffés, les paroles presque étranglées du frontman, et la mésaventure technique d’une guitare avant le grand final de “New Day” font aussi partie du spectre sonore et le rendent vivant. Les choix scéniques et visuels de Karnivool complètent agréablement la setlist mais ne sont pas non plus remarquables : un jeu de lumière monochrome pour chaque morceau, aucun artwork à l’honneur. Le contenu musical s’avère tellement riche et l’exécution tellement ciselée que le public numérique n’a vraisemblablement pas le temps de déplorer ces quelques éléments de moindre importance. Côté captation vidéo, on profite d’une alternance équilibrée entre les plans fixes et les caméras de proximité, les enchaînements de plans sont fluides et variés.

Si “Set Fire To The Hive” achevait la dynamique frénétique de ce début de concert, “All I know” et “Umbra” nous font basculer dans l’envers mélancolique et éthéré des Australiens. À nouveau, la voix de Ian Kenny fascine par sa délicatesse et son adresse sans pour autant manquer de percussion lorsqu’il s’agit de se joindre aux martèlements plus sombres de l’inquiétant “The Caudal Lure”. Karnivool navigue ensuite vers la dernière partie de son péplum autour de Sound Awake : le duo “Deadman” et “Change”. Pour l’occasion, le chanteur brise le décorum et se tient seul au milieu des sièges vides, symbolisant sans détours la tristesse évidente de jouer à huis clos. Nettement plus progressifs que les autres titres de l’album, ces deux morceaux permettent encore mieux aux artistes d’investir leurs élans hargneux et leurs parenthèses pleines de complaintes, comme le pont si fragile de “Deadman”. Ian rejoint finalement ses acolytes en s’époumonant “Don’t we feel the same ?” avant de conclure les dernières paroles de “Change” accompagnées d’une guitare sèche dépouillée.

Difficile de ne pas acquiescer avec évidence devant une telle prestation. Mais Karnivool ne semble pas rassasié et enchaîne plusieurs bonds dans leur entière discographie avec des titres comme “Fade”, “Roquefort”, “Aeons” et même le fameux “All It Takes”, révélé en 2016 et qui devrait figurer sur leur prochain album. Avec du recul, on pourrait presque regretter cet appendice versatile et furieux tant le propos musical de Sound Awake était cohérent. Le quintet s’efface alors sobrement, sans autre forme de célébrations artificielles, jusqu’à ce que le silence devienne roi.

Setlist :

Simple Boy
Goliath
New Day
Set Fire To The Hive
Umbra
All I Know
The Medicine Wears Off
The Caudal Lure
Illumine
Deadman
Change (Part 1)
Change

Rappels :
Fade
Roquefort
Aeons
All It Takes

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