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Chronique   

Kataklysm – Of Ghosts And Gods


Kataklysm - Of Ghosts And GodsExactement vingt ans après leur premier album Sorcery, les Québécois de Kataklysm sont toujours là. Plus encore, la formation montréalaise revient avec Of Ghosts And Gods, un nouvel opus où elle n’a clairement pas la tête tournée vers le passé, surgissant d’où on ne l’attend pas forcément. Non content d’être reconduit derrière les fûts en remplacement de Max Duhamel parti soigner des problèmes articulaires, le nouveau batteur Olivier Beaudoin intègre pleinement le noyau dur du groupe, toujours composé de Jean-François Dagenais (guitares), Maurizio Iacono (chant) et Stéphane Barbe (basse). Confortablement installé chez Nuclear Blast depuis une quinzaine d’années, Kataklysm s’il ne renie en rien son art, démontre avec Of Ghosts And Gods, comme avec son prédécesseur Waiting For The End To Come, que son intention n’est pas de s’endormir dans le coton, mais bien de poursuivre sa marche en avant en bousculant un peu ses habitudes, en témoigne cet étonnant et épuré artwork ornant la pochette, signé de la main de Surtsey Castaño Iacono – épouse de Maurizio – volontairement sombre et peu engageant au premier abord.

Se recentrant sur les mythes et religions ainsi que leur articulation dans la vie des Hommes, ce douzième opus laisse entendre très vite que Kataklysm a pris de la hauteur avec son terreau traditionnel. « Breaching The Asylum » est assez représentatif du genre, avec son intro montante sur fond de sample de dialogue de film (semble-t-il issue d’Exodus : Gods And Kings réalisé par Ridley Scott en 2014), puis une scie sauteuse rythmique ponctuée de passages modernes, le tout enveloppé d’une ambiance mélodique haute perchée. Comparé à ses premières heures où le groupe venait tout terrasser sur son passage, le style en présence peut paraître bien « décontracté » et en manque de bestialité. Coutumière de ne pas s’encombrer d’une ultra-technicité dans ses riffs, la musique des Québécois peut sonner nonchalante aux oreilles désormais « blasées » par la musique extrême actuelle qui n’a de cesse de toujours repousser d’avantage les limites de la technique et de la rapidité. On le savait déjà, Kataklysm ne souhaite plus se lancer dans un tel diamétral récital de brutalité au détriment de l’émotion. Ce dosage intelligent aboutit à une oeuvre riche et non-monocorde.

Cette quête du riff tueur, ou de la mélodie qui fera la différence, gouverne clairement la composition du groupe sur Of Ghosts And Gods, quitte à ralentir parfois le tempo, comme sur « Vindication », puis à soudain bousculer l’auditeur – qui pourrait avoir baissé sa vigilance – avec des séquences incisives et un chirurgical rouleau compresseur qui démontrent que les Canadiens n’ont rien perdu de leur énergie. Kataklysm, que des groupes plus jeunes les citant comme influence majeure pourraient se targuer à leur tour désormais d’avoir influencé le cuirassé québécois, se risque à des morceaux plus modernes. Dagenais et les siens semblent donc vouloir vivre avec leur temps, en témoignent notamment « Thy Serpent’s Tongue » et « Soul Destroyer » flirtant avec le néo-metal dans les guitares, quelques relents aussi que l’on pourrait assimiler au metalcore dans « The Black Sheep », comportant cassures, contre-temps et breakdowns façon marteau-pilon, ou encore mentionnons « The World Is A Dying Insect » ponctué de quelques lignes de sitar en intro et enrichi surtout d’un pont atmosphérique terriblement prenant. Les mélodies et rythmiques tiennent encore parfois, de plus en plus même, de la scène death suédoise (« Marching Through Graveyards »), renvoyant par exemple à l’oeuvre de Dark Tranquillity (« The Black Sheep ») ou du In Flames de ces dernières années (le refrain presque planant de « Shattered », « The World Is A Dying Insect »). Et que dire enfin de l’époustouflant et ésotérique « Hate Spirit » où le chant de Maurizio mêlant growl et aigu saturé transporte littéralement, bien servi par un instrumental poignant pas si éloigné du black metal.

Of Ghosts And Gods, aux angles un peu plus arrondis et moins chaotiques, peut légèrement dépayser, mais la variété des différents contours de son imposante architecture ainsi que son sens mélodique et de l’efficacité sauront très vite convaincre, et gageons que même les plus perplexes (les termes « mélodie », « metalcore » ou « néo-metal » dans un papier sur un album de death metal ont généralement tendance à rendre le lecteur fébrile) se laisseront séduire. Et si tel n’était pas le cas, qu’importe, avec Of Ghosts And Gods Kataklysm vise l’avenir et s’offre de véritables atouts pour séduire autant chez ses fidèles que bien au-delà.

Regarder les clips illustrant l’ensemble des chansons de l’album :

Album Of Ghosts And Gods sortie le 31 juillet 2015 chez Nuclear Blast.



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