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Live Report   

Quand Kataklysm réveille Hypocrisy


« Death… Is just the Beginning », tel est le nom de la tournée européenne réunissant deux importantes entités dans le monde du death metal : Kataklysm et Hypocrisy. Alors que les Québécois de Kataklysm viennent sur le vieux continent pour défendre leur dernier album Meditations paru le 1er juin chez Nuclear Blast, les Suédois de la formation culte Hypocrisy viennent… faire un petit coucou, sans doute ! En tout cas pour signifier que le groupe ne s’est pas éteint depuis End Of Disclosure paru il y a déjà cinq ans.

Cette affiche alléchante présentant de multiples nuances de death metal, avec un goût évidemment prononcé pour le death mélodique, sera aussi l’occasion de présenter un nouveau groupe toujours sur la grosse écurie qu’est Nuclear Blast. Ce sont donc les Allemands de The Spirit qui viennent en effet ouvrir ce bal mortifère qui s’élance sur l’Europe. Nous nous sommes arrêtés sur le concert du 29 octobre au Ninkasi Kao à Lyon pour voir ce que cette nouvelle réunion allait délivrer sur scène…

Artistes : KataklysmHypocrisyThe Spirit
Date : 29 octobre 2018
Salle : Ninkasi Kao
Ville : Lyon [69]

Alors que les premiers spectateurs ont dû braver la pluie glaciale pour venir jusqu’au Ninkasi, tout en traversant la salle voisine avec sa traditionnelle soirée salsa du lundi soir, The Spirit monte sur scène pour sa première date en France. C’est à 19H30 que les Allemands se présentent au Kao et démarrent leur set. Le groupe a seulement un album à son actif, mais ce premier effort a suscité l’attention des géants de Nuclear Blast et on se dit que ce n’est pas forcément un hasard. Pourtant en apparence le groupe a tout du groupe de metal extrême, tant dans leur look partagé entre les cheveux longs et raides du chanteur ou à l’inverse les crânes rasés de la session rythmique, que sur leur position scénique froide avec ces regards sérieux et fermés que l’on connait déjà par cœur. Le grand backdrop et les quelques éléments de décorations scéniques aux ambiances célestes reste assez classiques, mais néanmoins efficaces.

Méfions-nous tout de même des apparences car on aurait tort de ne pas tendre une oreille attentive sur ce groupe en pensant qu’il s’agit juste d’un énième groupe de metal extrême… Sur le terrain du blackened death, The Spirit s’aventure parfois dans le mélodique et prend un angle progressif particulièrement intéressant. Ce parti pris musical rappellera un grand poncif de la musique extrême mélodique, et c’est ainsi que le nom de Dissection viendra instinctivement aux lèvres. Si certaines mauvaises langues pourraient penser à Jon Nodtveidt au vu de la ressemblance physique de son bassiste, c’est surtout l’atmosphère générale qui se dégage qui fait écho directement à quelques morceaux du groupe suédois. Dans son attitude, The Spirit sera classiquement froid et statique, le tout sous un light show principalement nuancé de rouge. Le groupe semble en tout cas avoir déjà pas mal de repères et d’automatismes pour une jeune formation, même s’il gagnerait à avoir davantage d’assurance, chose qui viendra probablement avec l’expérience malgré le bagage de certains membres. Le musicien qui s’illustrera par sa technicité est sans aucun doute MS derrière les fûts, qui présente un jeu très fluide malgré la complexité de ses parties, rendant les compositions de la formation captivantes. Preuve en est que le public qui s’amasse progressivement est assez réceptif, bien que timide dans ses mouvements, et semble découvrir là un groupe prometteur pour la suite.

Setlist :

Sounds From The Vortex
Cosmic Fear
Fields Of The Unknown
Cross The Brigde To Eternity
Illuminate The Night Sky
The Clouds Of Damnation

Imaginer l’emploi du temps du multi-instrumentiste et producteur Peter Tägtgren a de quoi provoquer des maux de tête. Mais ce dernier trouve encore le temps de sortir de nouveaux disques avec son side-project Lindemann, son second projet Pain ainsi que de tourner ces dernières années avec ce même groupe ! Tout en s’occupant des projets de ses collègues de la scène, évidemment…. On le retrouve donc aujourd’hui avec le groupe co-headliner de la soirée, et pas n’importe lequel, puisque Hypocrisy est une figure emblématique du death mélodique. Si la question légitime demeure sur ce que la formation suédoise allait nous proposer en cette fin octobre, le groupe répondra assez rapidement à la question dès les premières secondes du concert. Quand résonne les notes du titre emblématique « Fractured Millenium », qui ravira d’emblée une grande partie de la salle, partiellement composée de vieux fans du groupe, le choix de ce titre en ouverture semble indiquer que la setlist sera une sorte de florilège de morceaux phares de leur discographie.

Hypocrisy ne jouera absolument aucune nouveauté, peut-être car il n’y a pour l’instant justement rien de nouveau de composé et que cela n’a pas l’air d’être dans les clous. Mais quel plaisir de revoir Peter et sa bande pour ce que l’on peut appeler un set best of. Ainsi, les musiciens jonglent entre le répertoire plus « récent » en enchaînant « Valley Of The Damned » et « End Of disclosure » des deux derniers albums, en remontant subitement aux années 90 avec « Adjusting The Sun ». Le son s’est rapidement perfectionné pour devenir massif, permettant aux titans du death suédois de montrer qu’ils ont toujours la forme, avec un Peter au visage toujours bien communicatif passant par ses nombreuses mimiques qui peuvent prêter à sourire. Le tout en démontrant ses prouesses vocales, transitant d’un growl grave à un chant aiguë avec une facilité déconcertante. Ce dernier remerciera d’ailleurs le public de se déplacer pour les applaudir un dimanche soir – se faisant rapidement rattraper puisque le concert a lieu un lundi soir, ce qui ne l’épargnera pas de quelques moqueries, bien reçues par le frontman qui se tournera lui-même en dérision.

Malgré sa confusion temporelle, Tägtgren n’a rien perdu de son talent dans le death metal et il est en effet difficile pour le spectateur de détourner son regard de sa personne. Pourtant, le light show assez riche et cohérent avec les ambiances des morceaux enrichit la performance scénique des Suédois. « Fire In The sky » verra alors des lumières très chaudes éclairer la scène du Ninkasi Kao, permettant à l’audience de se plonger pleinement dans l’univers complet d’Hypocrisy. Le public d’ailleurs restera relativement inerte pendant le set, semblant préférer vivre le spectacle de manière plus introspective plus que dans une logique de défouloir (comme ça sera le cas sur Kataklysm), ce qui peut surprendre puisqu’il en sera de même sur les vieux titres purement death metal. Car le groupe reviendra sur ses vieux démons et son début de carrière en faisant un medley de « Pleasure Of Molestation / Osculum Obscenum / Penetralia », rappelant que si la mélodie est arrivée avec le temps, ce n’était pas pour modérer son propos. La rage intérieure de la première période régnant toujours au sein du groupe. C’est sur un light show teinté principalement de vert que ces pièces de l’âge d’or du death old school se déploient sans compromis, avec une agressivité qui rend nostalgique les amateurs de ce style bestial et viscéral dont les Suédois étaient de bons représentants.

Le set est carré, rapide et intense. Peu de temps mort, mis à part sur le classique « The Final Chapter » à l’atmosphère plus apaisante, qui voit Peter user de son chant clair, là encore avec une aisance des plus respectables. C’est évidemment sur le morceau phare « Roswell 47 » que le groupe fera un bref rappel, avant d’être salué chaleureusement par le public bien heureux d’avoir revu la bête Hypocrisy à nouveau sur les planches. Les spectateurs n’auront pas trop à prendre leur mal en patience puisque les Suédois se sont lancés dans une longue tournée qui repassera par les festivals européens cet été et quelques dates sont déjà prévues dans l’hexagone.

Setlist :

Fractured Millennium
Valley Of The Damned
End Of Disclosure
Adjusting The Sun
Eraser
Pleasure Of Molestation / Osculum Obscenum / Penetralia
Fire In The Sky
Killing Art
Warpath
The Final Chapter
Roswell 47

Cette soirée death metal se poursuit avec un groupe qui n’a plus grand-chose à prouver. 27 ans d’existence et 13 albums à son actif, la formation québécoise Kataklysm n’a pas eu de temps de sommeil et n’en a visiblement pas besoin. C’est sur « Narcissist », issue de leur dernier méfait, que « les cousins », comme ils se nomment eux-mêmes, débarquent sur scène avec la douceur et la sensibilité d’un bourreau… Car oui, ce qui retentit immédiatement aux oreilles lorsqu’on est face à Kataklysm est que l’aspect mélodique est mis en retrait en live par rapport au studio. Pourtant, ces dernières années les Québécois ont su montrer qu’ils savaient manier subtilement lead guitare et mélodie sur album, or le mot d’ordre sur scène est bien différent puisque c’est avant tout l’efficacité et l’impact qui prime sur le reste.

Ainsi Maurizio Iacono n’hésitera pas à ordonner au public de provoquer un bon gros dawa, lui qui s’était jusqu’alors abstenu de toute folie corporelle. C’est à partir de « Fire » que les spectateurs s’agitent. Le leader semble avoir débloqué quelque chose puisque la soirée prend ici une autre tournure quand le pit a été lancé. Il faut dire que Maurizio est assez convaincant et qu’on peut difficilement lui refuser cela, tant une sympathie émane naturellement de sa personne. En effet, celui qui nous appelle « cousins » et « amis » est vraiment communicatif et discute pas mal entre les morceaux. Ce dernier va dédicacer « Guillotine » à tous nos ennemis, une délicate attention bien reçu par l’audience, qui d’ailleurs est un peu taquine avec le groupe… En effet certains spectateurs crient des « Tabarnak » et imitent grossièrement l’accent québécois, ce qui amusera Maurizio et apprendra au public la véritable prononciation de « tabarnak » aux français moqueurs que nous sommes. D’ailleurs, Maurizio a failli être français puisqu’entre deux morceaux le leader nous fait part d’une confidence. A l’âge de 5 ans, il a failli vivre à proximité de Lyon… C’est alors qu’il évoque Le Creusot (à 160 km, tout de même) où il a encore de la famille là-bas, visiblement propriétaire de restaurants auxquels le public sera convié via Facebook. Des promesses, toujours des promesses…

Entre quelques traits d’humours et des anecdotes passionnantes donc, le concert se poursuit dans la bonne humeur et le tabassage musical… Niveau son, on peut regretter que les basses prédominent et, fatalement, a tendance à éclipser le reste, même si on peut se demander si cela n’est pas désiré par le combo, toujours dans une logique d’écrasement sonore. En cela ils se situent dans l’antithèse du concert précédant qui semblait faire davantage de place aux mélodies. Ici Kataklysm choisit la voie d’un death tranchant et sans compromis, prenant le risque peut-être de s’éloigner d’une partie du public plus proche de l’esprit d’Hypocrisy. D’ailleurs les Québécois salueront leurs prédécesseurs tout en se réjouissant de les avoir convaincus de tourner avec eux et de se réunir à nouveau, déclarant même qu’ils ont réveillé Hypocrisy qui dormait depuis quelques années.

Kataklysm poursuit son set qui restera dans le même ton pendant 70 minutes, tout en piochant ici et là dans leur discographie, dans l’unique but de faire headbanguer les spectateurs et de les faire suer. Maurizio remerciera avec une grande sincérité son public en le qualifiant de « bien humble » de venir ce soir et d’avoir choisi Kataklysm alors qu’il y a tant de chose à faire et à voir en même temps, et surtout un soir de semaine (en taclant amicalement Peter en nous adressant un « bon vendredi soir ! »). Concluant par « Blood In Heaven » et « At The Edge Of The World », les Québécois quittent la scène du Ninkasi Kao sans aucune délicatesse ! Et c’est ce qu’on aime lors de ce type de soirées.

Setlist :

Narcissist
The Black Sheep
Fire
Thy Serpents Tongue
10 Seconds From The End
Guillotine
As I Slither
Crippled & Broken
Outsider
Manipulator Of Souls
In Shadows & Dust
…And Then I Saw Blood
Blood In Heaven
At The Edge Of The World

Report : Jean-Florian Garel
Photos : Julien Perez (Hypocrisy, Paris 2013), Sylvain Leobon (Kataklysm, Hellfest 2018)



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