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Live Report   

Katatonia : une rhétorique Woodstockienne


Katatonia, Alcest, Junius : un trio hallucinogène, planant, envoûtant. Une pièce de théâtre ? Un drame, une comédie romantique, une tragédie assurément. Trois groupes, trois temps : le pathos, l’ethos et enfin l’éloquence. Oui, en ce 23 novembre au CCO de Villeurbane, le temps s’est arrêté, l’art musical est devenu rhétorique et une faille spatio-temporelle a emporté le public venu en masse dans une époque où les visions psychotiques donnaient un sens à la vie.

Cependant, seul les plus profonds toxicomanes pouvaient savourer cette dose extra-large de musicocaïne. Le choc a été puissant, mené par un crescendo vicieux, laissant un public rêveur en début de soirée muter en une foule possédée en fin de set. Woodstock n’était finalement pas si loin.

Artistes : KatatoniaAlcestJunius
Date : 23 novembre 2012
Salle : CCO
Ville : Villeurbanne


Junius : un groupe peut-être trop sérieux.

Les Américains de Junius ouvrent cette soirée avec un set concis et pourtant trop linéaire. Deux poids, deux mesures s’offrent alors. Dans un premier temps, la linéarité musicale entraîne une certaine forme de transe psychotique, prenante et appuyée par un son épais qui, malgré tout, ne s’avère pas des plus audibles par instant. L’ambiance est presque solennelle, religieuse diront certains. Le CCO est plongé dans une atmosphère contrastée, les lumières jouant énormément sur les contres-jour et les jeux d’ombres. Visuellement, le show se savoure comme l’un de ces vieux films en noir et blanc. Junius est bel est bien présent. Le public déjà nombreux n’a d’yeux que pour eux, observant cette chose un peu comme une étrangeté que l’on ne sait pas trop comment aborder.

Car là est le bémol majeur du combo américain. Là est le second poids à ce show. La musique du groupe et sa créativité. Même si, visuellement, tout est fait pour attirer l’œil et l’hypnotiser (comme Joseph E. Martinez, guitariste-chanteur, qui passera le set caché sous la capuche de son sweat), musicalement, le soufflé prend avant de retomber quelque peu à plat. L’amertume se fait tenace. Junius captive indéniablement son audience mais si vous venez à décrocher, se replonger dans le « trip » devient compliqué. Et si la tentative avorte, alors l’ennui guette à la porte…

Reste un œil extérieur au « délire », observant le quatuor en tant que musiciens lambda, appliqués, concentrés. Mention spéciale à Dana Filloon, batteur du combo, qui a assuré un concert propre, développant des parties bien pensées pour ne pas dire bien senties. Agréable à regarder, ça reste – paradoxalement – l’un des membres qui a le plus bougé. Les guitaristes (bassiste compris) sont tout trois restés sur leurs positions, un peu raides mais, faut-il croire, leur musique veut ça. Ainsi nous est présenté le pathos.


Alcest, un groupe assez mature pour quitter l’ombre.

Alcest ou l’ethos. Les Français débarquent enfin sur scène. A leurs pieds : une foule dense et compacte, formée en rangs serrés, conviviale et proche. Selon la Bible Wikipédia, afin de définir ce qu’est l’ethos, on retiendra cela : « L’ethos représente le style que doit prendre l’orateur pour capter l’attention et gagner la confiance de l’auditoire, pour se rendre crédible et sympathique. Il s’adresse à l’imagination de l’interlocuteur. Aristote définit le bon sens, la vertu et la bienveillance comme étant les éléments facilitant la confiance en l’orateur. On pourra y ajouter la franchise et la droiture. » Ainsi peut se résumer le set d’Alcest. Un groupe qui fait évoluer sa musique entre le post-rock, le black avant-gardiste et le metal ambiant. Après plaidoirie du groupe en terre lyonnaise : un parterre de jurés convaincus de sa franchise après 45 minutes d’argumentation sans faille.


Alcest sait transmettre des émotions à travers sa musique.

Le son n’est pas optimal. Ce dernier est par instant brouillon. Mais, indéniablement, cela n’a en rien entaché la performance du groupe qui, à coups de riffs et de mélodies, récite un poème qui se savoure accompagné par son opium. La sincérité du combo se ressent dans toute la salle, rendant le concert presque romantique. D’ailleurs, de nombreux couples sont présents ce soir-là, exprimant à travers des regards et des gestes l’expression de leur sentiment à l’égard de leur conjoint(e). Le groupe exprime, quant à lui, sa bienveillance et sa passion. Le public aurait presque pu se mettre nu et se laisser aller à un déhanchement du corps. Celui-ci engourdi par la musique.

« Autre Temps » ou encore l’excellent « Les Voyages de l’Âme » démontrent, tour à tour, le talent de composition des musiciens. Ils savent faire de la musique en plus de savoir l’exprimer, ce qui apporte ce petit plus à ce groupe qui, ce soir au CCO, a reçu un accueil enthousiaste et grandement mérité. L’avenir d’Alcest s’ouvre à de grandes choses si le groupe continue sur cette lancée. Du rêve, voilà ce qu’Alcest a distribué avec générosité à son audience.


Katatonia en début de set : la montée.

Voilà enfin l’éloquence. Celle-ci se nomme Katatonia, elle nous vient de Suède et elle est repartie après avoir achevé le public lyonnais. Katatonia a tapé fort, par et grâce à son professionnalisme dans un premier temps, mais aussi par son charisme, sa cohérence musicale et le plaisir que ce show apporte après avoir subi des préliminaires excitant à souhait depuis 19h30. Le groupe ouvre son set par le très bon « The Parting » qui, d’emblée, annonce un concert de qualité. Jonas Renkse apparait en grande forme vocale, plaçant note juste sur note juste. Le reste du combo est en place à l’image des solos et autres riffs de guitares assurés par Anders Nyström et Per « Sodomizer » Eriksson. Nous n’en sommes qu’au premier titre et déjà le set est éprouvant émotionnellement.


Katatonia en fin de set : l’apogée.

« Buildings », puis « Deliberation », puis « My Twin », puis « Burn The Remembrance ». Éprouvant à énumérer ? Éprouvant à ressentir en live. Mais Katatonia impressionne et le public ne cache pas son plaisir de voir le groupe sur scène. L’épreuve est intense et les headbanguers en sont la preuve. La salle est ventilée par de longues crinières qui bougent en rythme avec les chansons. Celles-ci sont toujours similaires, alternant rythmique électrisante et passage acoustique atmosphérique, le tout en mid-tempo. Cependant, tout est tellement bien fait que la bande garde toute crédibilité dans ce qu’elle fait. Même si on pourrait reprocher ce procédé de composition, des enchaînements tel que « Soil’s Song » suivi de « Omerta » rappelle définitivement au public (qui de toute façon est déjà conquis), ce en quoi le groupe est bon.

L’atmosphère dans la salle est profondément chaleureuse, bien que le groupe ne s’adresse pas plus que cela au public. Jonas Renkse le remercie par instant de manière assez formelle. Les musiciens sont dans leur set, voire dans leur monde. Incroyable présence scénique qui pose alors un dilemme cornélien : headbanguer ou rester subjugué devant la scène ? Votre serviteur testera un peu des deux pour tout vous dire. Et le public fera de même. D’autant plus quand ces Suédois offrent à leur public un excellent et puissant « Ghost Of The Sun ». Un titre rageur donnant une impressionnante envie d’extérioriser tout son mal, sa peine, ses douleurs, ses cauchemars… Le groupe continue avec « July » et « Day And Then The Shade » avant de quitter la scène pour les habituels rappels. Courte absence avant de voir Katatonia revenir pour enfin mettre à mort ses sujets avec un trio redoutable d’efficacité : « Dead Letters », « Forsaker » puis enfin « Leaders ». Ainsi finit cette leçon sur l’art de la rhétorique ! Éloquent ? Katatonia l’a été. Tout le monde quitte alors le CCO, le corps cassé, engourdi, l’esprit encore brumeux. Où puis-je trouver une clope ?

Setlist :

The Parting
Buildings
Deliberation
My Twin
Burn the Remembrance
The Racing Heart
Lethean
Teargas
Strained
The Longest Year
Soil’s Song
Omerta
Sweet Nurse
Deadhouse
Ghost of the Sun
July
Day and Then the Shade

Rappel :

Dead Letters
Forsaker
Leaders

Photos : Claudia Mollard

A voir également :

Galerie photos du concert de Katatonia
Galerie photos du set d’Alcest
Galerie photos du set de Junius



Laisser un commentaire

  • Bon live-report, mais erreur dans les titres d’Alcest. « Zero » et « Indria » n’ont jamais été joué et ne sont même pas des titres du groupe.

    [Reply]

    Alastor/RM

    Grossière erreur rectifiée. Merci pour la remarque. Là est l’un des soucis majeurs des live reports : trouver les setlist exactes car notre pauvre science n’est pas infuse 😉

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    Mass Hysteria @ Transbordeur
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