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Chronique   

Katatonia – City Burials


Katatonia avait besoin de répit. Le cycle de tournée de l’album The Fall Of Hearts (2016) d’environ deux années avait éprouvé le groupe, jusqu’à l’amener à se questionner sur la pertinence de continuer. Heureusement, ce sentiment était seulement né d’une forme de lassitude, une fatigue que beaucoup de groupes endurent en raison d’un rythme de tournée de plus en plus éreintant pour les groupes de poids. Les conséquences des changements de l’industrie musicale en somme. Le chanteur Jonas Renkse a très vite ressenti le besoin de remettre le pied à l’étrier, ravi de constater une attitude similaire chez les autres membres de Katatonia. City Burials était déjà en cours d’écriture juste après l’enregistrement de The Fall Of Hearts, en grande partie imaginé par Jonas. A certains égards, on pourrait voir City Burials comme l’exemple parfait de la capacité d’adaptation d’un groupe à un contexte musical changeant et à l’évolution des pratiques d’écoute. Dans les faits, pas sûr que ce fût réellement le souci du frontman, mais les ajustements dont profite l’album constituent un gage de pérennité.

The Fall Of Hearts avait une identité résolument progressive, une exploration poussée et une complexification de la formule amorcée par Dead End Kings (2012). L’inspiration derrière City Burials se nourrit comme toujours d’introspection (le titre de l’album renvoie aux souvenirs de Jonas dans la ville de Stockholm, où il a grandi), mais aussi d’un cycle de tournée relativement long et de l’empirisme de Katatonia : constater ce qui transporte l’audience et ce qui peut provoquer de la dissipation. Les titres sont plus concis, n’excédant pas les six minutes. Tout l’enjeu était de garder la même force émotionnelle, de la condenser sans l’altérer. « Heart Set To Divide », introduit par la voix de Jonas et des accords plaqués comme une sorte de « colonne vertébrale harmonique », évolue tout en fluidité vers un riffing plus alambiqué. Sans suivre une structure traditionnelle couplet/refrain, Katatonia parvient à disséminer suffisamment de balises pour nous permettre d’appréhender le titre sans peine. Cette science du riffing aux nombreuses articulations rythmiques crée une dynamique qui contraste avec le timbre très feutré et délicat de Jonas. Une chanson telle que « Neon Epitaph » laisse apprécier la tension entre une guitare finement brodée et un chanteur sûr de lui et de son placement extrêmement fluide.

L’efficacité n’a pas influé sur la charge mélancolique de Katatonia. La douceur de « City Glaciers » n’introduit pas d’élans cathartiques, simplement un soin maniaque apporté sur les arrangements de guitare pour créer du beau, en phase avec la poésie qui nous est contée. « Rein », et son riffing grandiloquent, renvoie aux racines death du groupe et à son attrait pour le malsain, et joue sur différents niveaux d’intensité. Le quasi-trip-hop de « Lacquer » se paie le luxe d’amener une réelle variété dans les méthodes de composition de Katatonia, laissant pleinement Jonas s’exprimer avec une emphase sur la narration et son interprétation. Ce dernier propose même un duo avec Anni Bernhard du groupe Full Of Keys sur l’aérien « Vanishers » et ses enchevêtrements veloutés de voix et de nappes de clavier. Plus insolite est « Behind The Blood », son influence heavy metal des années 80, avec sa rythmique binaire et ses solos hurlants, apport à l’arsenal du groupe du guitariste Roger Öjersson (dont il fait profiter plusieurs titres, comme le long lead d’« Untrodden », et qui signe sa première participation à un disque complet de Katatonia). « Behind The Blood » est né des exercices de reprise de Katatonia, en particulier du titre « Night Comes Down » de Judas Priest. L’audace est d’avoir placé le titre en second, quitte à déstabiliser immédiatement l’habitué des longues complaintes que peut proposer la formation. L’énergie de « Behind The Blood » et celle du refrain pop de « The Winter Of Our Passing » contribuent à faire de City Burials un album contrasté aux multiples dimensions. Katatonia s’offre une disparité d’approches inédite sans jamais se travestir : la patte de Katatonia demeure en toute circonstance empreinte de tristesse et de sombreur.

Katatonia évite le sectarisme. Il refuse de s’enfermer dans le cliché du groupe aux progressions lentes systématiques, d’associer continuellement mélancolie et introspection excessive. Il introduit de l’énergie, de la diversité et, surtout, de la concision. City Burials condense le talent d’écriture de Katatonia et sa sensibilité sans en proposer une version amoindrie. Après trente ans de carrière, cette capacité de recul sur la tension entre musique présumée « intellectuelle » et « immédiateté » est plus que louable. City Burials est un argument supplémentaire en faveur de l’acuité et de la lucidité de Katatonia.

Clip vidéo de la chanson « Behind The Blood » :

Chanson « Lacquer » :

Album City Burials, sortie le 24 avril 2020 via Peaceville Records. Disponible à l’achat ici



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