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Interview   

Katatonia entre jour et nuit


Imaginez-vous : on vous propose une interview avec une légende de la scène extrême, Anders Nyström, juste avant le concert de Katatonia, quelle serait votre réaction ? La joie, l’excitation, bien entendu ! Et si on vous proposait cette interview dans une sorte de garage à vélo, seriez-vous toujours partant ? Je vous sens déjà plus hésitant, là… C’est donc dans une annexe du CCO de Villeurbanne qu’a eu lieu cette rencontre. Les lieux improbables se prêtent bien aux rencontres extraordinaires.
Disponible et aimable, Anders Nyström, accompagné de Daniel, le batteur du groupe, a gentiment répondu aux questions de votre envoyée spéciale. A quand Katatonia sponsor du Tour de France ?


« (NDLR : à propos du studio d’enregistrement) C’était un endroit étrange. Il s’y passait toujours des choses bizarres quand on était là-bas. A chaque fois qu’on arrivait, il y avait de la pisse par terre, alors on se demandait vraiment quel était le problème de ces gens ! Le soir, en partant, il y avait toujours du verre brisé de partout et des choses du genre. Tout cela nous a fait vivre une expérience étrange. »

Lasse Hoile, le réalisateur de votre dernier clip a aussi travaillé avec Opeth, Porcupine Tree et Dream Theater, tous les trois évoluant dans le progressif. Y a-t-il un lien entre Katatonia et le métal progressif ?

Anders :Bien sûr que oui, car nous voyons la musique progressive en général comme un terrain de jeu intéressant pour Katatonia. On prend cela comme un défi à relever. On aime beaucoup de groupes du genre, et le genre en général.

Comme qui par exemple ?

Anders :Porcupine Tree, Opeth etc… Il y a beaucoup de bons groupes qui évoluent dans le métal progressif. On n’avait pas encore exploré le genre. On était un groupe assez simple jusqu’ici, et on trouve cela passionnant d’avancer dans la scène progressive aujourd’hui.

Si vous deviez faire un duo avec un de ces groupes, qui choisiriez-vous ?

Anders :Je dirais Porcupine Tree, mais on a déjà tourné avec eux en Scandinavie. On voulait tourner un peu plus avec eux, et on espère que cela va pouvoir se refaire. Sinon, il y a un groupe que nous aimions beaucoup à nos débuts : Paradise Lost. Mais on a aussi tourné avec eux ! Ce sont des rêves devenus réalité, donc on est vraiment contents.

Le Ghost Ward Studio, où vous avez enregistré votre dernier album est situé dans une banlieue bidonville. Est ce que cet environnement a influencé votre travail ?

Anders :C’était un endroit étrange. Il s’y passait toujours des choses bizarres quand on était là-bas. A chaque fois qu’on arrivait, il y avait de la pisse par terre, alors on se demandait vraiment quel était le problème de ces gens ! Le soir, en partant, il y avait toujours du verre brisé de partout et des choses du genre. Tout cela nous a fait vivre une expérience étrange. Enfin, dans le studio en lui-même, tout se passait bien, on était en sécurité avec toutes les portes fermées. Mais il est possible que l’atmosphère environnante ait influencé l’album qui est un peu plus sombre que ce qu’il devait être.

La chanson Nephilim avait apparemment un autre nom. Pourquoi avez vous changé le titre ?

Anders :Je n’en sais rien, c’est une question qu’il faudrait poser à Jonas. Il écrit les paroles. Mais j’aime bien ce nouveau titre parce que, quand on a parlé de ce titre, on s’est dit que cela ferait un hommage à Fields Of Nephilim, qui est un de nos groupes favoris et qui a eu une grosse influence sur notre musique. Pour être franc, j’aimerait beaucoup tourner avec ce groupe.

Est-ce possible de se sentir libre d’esprit quand on écrit des textes sombres, ou qu’on joue de la musique sombre, comme vous ?

Anders :Bonne question. Je crois que cela nous est venu naturellement. On n’y pense pas et cela se passe. Voila qui nous sommes, et on aime le faire. On a commencé Katatonia en 1991, cela fera vingt ans l’an prochain, et on ne connait rien d’autre. Je crois que nous sommes naturellement attirés par le côté sombre des choses. C’est un intérêt commun dans le groupe qui est venu tout seul, parce qu’on ne l’a pas choisi.

Tu dis être heureux. Est-ce que c’est facile d’être heureux quand autour de toi, tout est sombre et froid comme dans la musique que tu composes ?

Anders : C’est le genre de contraste qu’on aime avoir à traiter. Par exemple, en tant qu’individu, je ne suis pas « Katatonia » tout le temps. Mais en tant que groupe, on a choisi ce moyen pour canaliser notre part d’obscurité. Mais en même temps, je suis assis avec toi dans un putain de hangar à vélos et cela me va très bien (rires) ! Katatonia est un groupe sombre, et quand on travaille, on est tous sur la même longueur d’onde pour créer cette musique lourde et atmosphérique. Ce qu’on fait dans nos vies privées n’a rien à voir.

Daniel Liljekvist (batterie) : Peut-être qu’il est plus simple d’être heureux quand tu mets tes pensées et ta colère dans ta musique plutôt que de les laisser s’entasser en toi. Un peu comme un peintre qui exprime ses émotions sur une toile, ou un boxeur qui libère sa colère sur le ring. Je pense que nous sommes un groupe heureux.

Anders : On est groupe de dark heureux (rires)!


« On est groupe de dark heureux (rires)! »

Vous avez dit avoir des influences sombres. Lisez-vous des livres sombres, ou regardez-vous des films sombres ?

Anders :Oui. Jonas lit beaucoup. C’est probablement celui d’entre nous qui lit le plus, et c’est peut-être pour cela qu’il écrit nos textes. Pour les films, on en parle en permanence. Les films inspirent beaucoup Katatonia parce qu’ils peuvent retranscrire une atmosphère sombre très facilement.

Quel genre de films ?

Anders :En général des drames, mais pas forcément d’horreur. On a regardé le film The Road hier soir.

Tiré du roman de Cormac McCarthy ?

Anders : Oui. Ce livre est un très bon exemple, parce qu’il nous fait nous dire que son contenu pourrait influencer notre musique.

Quel sujet de prédilection choisissez vous pour écrire des textes ?

Anders :Tout et n’importe quoi. On a un autre projet qui s’appelle Bloodbath, qui est purement death métal, donc les paroles que j’écris pour ce groupe sont plus folles et plus extrêmes. J’aime bien dire que Bloodbath, c’est Katatonia en vacances. J’aime énormément Katatonia, c’est un groupe fabuleux, mais il est toujours très sérieux et il y a beaucoup de choses sur lesquelles on doit se concentrer. D’un autre côté, Bloodbath c’est toujours l’éclate, tout le temps. On était tous fans de death metal avant même que Katatonia ne commence. Donc pour répondre à ta question, j’aimerais écrire des paroles de death metal.

Daniel : Je n’écris pas de textes, parce que je suis mauvais pour cela. J’essayerai peut-être un jour et quand je le ferai, je pense que ce sera quelque chose de sombre, comme Katatonia.

Vous avez commencé par faire du doom metal. Aujourd’hui vous faites plutôt du métal ambivalent en même temps froid et joyeux. Que pensez-vous de vos débuts ?

Anders :On en est très fiers, parce qu’à l’époque, on était des adolescents. Aujourd’hui nous sommes… Et bien on ne dira pas quel âge on a (rires) !

Quel âge avez-vous ?

Daniel : 23 ans. Je suis le gamin du groupe !

Il nous fait garder notre jeunesse (rires). En tout cas, toute cette période doom metal a été super et excitante parce qu’à l’époque, tout était neuf pour nous, il se passait plein de choses et il y avait énormément de nouveaux groupes. J’ai de très bons souvenirs de cette époque, mais la vie continue et on ne peut pas vivre dans le passé. C’est pour cela qu’il ne faut pas que je sois trop nostalgique en y pensant, sinon je vais en parler toute la nuit.

Daniel : Et tu vas pleurer ensuite (rires) !

Est-ce que vous pensez que la musique est la meilleure manière d’exprimer ses sentiments ?

Anders :Je crois qu’il y a beaucoup de façons différentes d’exprimer ses sentiments. Pour nous, c’est à travers la musique, parce que cela nous est venu naturellement et c’est ce que nous avons choisi. On n’est pas réalisateurs ou écrivains… Quoique Jonas pourrait être un très bon écrivain. Je pense que si on lui en donne la possibilité, il le fera. Mais j’aimerais avoir avoir plus de place dans nos vidéos, parce que même si nous ne sommes pas réalisateurs, nous avons beaucoup d’idées à ajouter au scénario. Je pense que la prochaine fois, je ferai en sorte que la vidéo reflète la chanson à 100%.

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Sur scène, Jonas (chant) semble très timide. C’est difficile pour lui d’être sur scène, ou avec vous dans le tour bus ?

Anders :Pas du tout. Si tu voyais Jonas, en coulisses et en tournée, tu verrais qu’il est très charismatique et qu’il a beaucoup de personnalités différentes ! Il est même un peu comédien. C’est quelque chose que peu de gens savent. J’en ai compté au moins une dizaine de ses putains de personnalités ! Il est toujours à faire des bruits, à parler bizarrement et à aller traîner avec toutes sortes de gens. Il est complètement différent sur scène. Quand il y est, Jonas est très timide. Ceci dit, je comprends cela parce que les choses dont il parle sur scène ne sont pas drôles. Pour rester honnête envers ses textes et notre musique, il faut être plus calme. Quand des gens nous disent que notre chanteur est trop timide, on prend cela comme un compliment. Au moins, ce n’est pas une putain de pantomime ! Il n’est pas vraiment timide, c’est juste qu’il ne parle pas beaucoup, mais il apprécie toujours le moment présent. Si tu veux, on te l’envoie après, tu pourras lui demander toi-même (Rires) !

Daniel : Je pense que rester immobile avec tes cheveux devant le visage est une bonne façon d’exprimer ta musique, au lieu de courir partout comme les groupes de power metal… ou comme Mike (guitare) !

Anders :Oui, mais je sais pourquoi il fait ça. C’est parce qu’il en a marre de tourner toute l’année, alors il fait cela pour s’amuser lui-même. J’en ai parlé avec lui et je lui ai demandé pourquoi il faisait du one man show sur scène tous les soirs. Et il m’a répondu : “parce que je m’ennuie ! Que veux- tu que je fasse d’autre ?” C’est juste sa manière d’être, il veut s’amuser pendant le show avec la foule etc, mais il prend sa musique très au sérieux. C’est juste qu’il s’ennuie. Du coup, il fait vraiment des trucs fous sur scène !

Daniel : Oui, comme par exemple quand il commence à jouer son riff, la musique commence puis il s’étonne : “Hé ! c’était quoi le riff d’avant ?”

Anders : C’est du Mike tout craché, il est juste marrant !


« Je lui (NDLR : Mike) ai demandé pourquoi il faisait du one man show sur scène tous les soirs. Et il m’a répondu : “parce que je m’ennuie !»

Si on prend Mickael, d’Opeth, sur scène. Lui, il agit comme un clown, malgré le fait que leur musique est très déprimante…

Et vous, vous vous ennuyez ?

Anders :Être sur scène c’est génial, parce que c’est ce que tu a attendu toute la journée. On y est seulement pendant une heure , alors qu’est-ce que tu fais des 23 autres ? On boit des bières (rires), on regarde des films….

Vous visitez les pays ?

Anders : On n’a pas le temps, parce que dès qu’on arrive à la salle de concert, on nous dit que personne ne doit partir ou aller nulle part. En ce moment même, on est dans une salle pleine de vélos et c’est la seule chose que j’ai vue de cette ville (rires).

Daniel : Parfois, on a juste le temps de voir le Mac Do! C’est horrible.

Anders : C’est bien de rencontrer du monde dans des villes différentes et de faire des concerts, mais le reste c’est chiant… Si ! Il y a les filles !

Daniel : À partir du moment où tu ouvres les yeux, c’est une attente de 10 heures jusqu’à ta montée sur scène. Les balances sont un moment sympathique, parce qu’au moins, tu fais quelque chose.

Anders :Cela a l’air un peu triste comme cela…. Quelle vie glamour (Rires)!

Interview réalisée au CCO de Villeurbanne.

Myspace Katatonia : http://www.myspace.com/katatonia




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