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Interview   

Katatonia : une étincelle dans le noir


En décembre 2017, à l’issue de la tournée en soutient de l’album The Fall Of Hearts, Katatonia annonçait faire une pause « de courte durée » pour « prendre le temps de réévaluer ce que le futur peut réserver au groupe ». Le chanteur Jonas Renkse et le guitariste Anders Nyström ont formé le groupe il y a bientôt trente ans alors qu’ils étaient adolescents. Ils n’ont donc connu que ça : on peut comprendre qu’arrive un moment où une prise de recul est nécessaire pour savoir si oui ou non, la flamme est toujours présente.

La réponse s’est vite imposée au groupe, comme une évidence : oui. A vrai dire, dans le cas de Jonas Renkse, la pause n’a été que partielle, puisqu’il n’a jamais cessé de composer, permettant à Katatonia de revenir cette année avec un onzième album, City Burials. Si celui-ci s’inscrit dans l’ère du « Dead End King » débutée en 2012, il n’en apporte pas moins sa propre pierre à l’édifice discographique de Katatonia avec quelques surprises et une belle diversité musicale, sous le signe du souvenir et de la nostalgie.

Nous nous sommes entretenus avec Jonas Renkse pour qu’il nous parle de tout cela.

« Avec un groupe comme le nôtre, si tu fais des chansons trop compliquées, ça ne passera pas très bien en live, et je pense que les gens ne s’attendent pas à ce que nous soyons un autre Dream Theater. »

En 2018, vous avez décidé de mettre le groupe en pause parce que vous aviez besoin « de prendre du temps pour réévaluer ce qui attendait le groupe à l’avenir ». D’où est venue cette nécessité ?

Je pense qu’il y a plusieurs raisons à ça, mais principalement, nous venions de terminer le cycle de tournée du précédent album, nous avions été presque partout, et puis nous n’avions jamais vraiment fait de pause avec Katatonia. Nous avons continué non-stop. Donc nous nous sommes dit que, peut-être, il était temps de nous mettre en retrait et de prendre du recul, pour voir si nous voulions toujours faire ce groupe à plein temps ou pas. Je pense que c’est quelque chose qui finit toujours par arriver, quelle que soit notre activité, on commence à réfléchir à ce qu’on fait, à ce que ça nous apporte et à ce que ça pourrait apporter aux autres. Nous avons fait cette petite pause et après, nous nous sommes de nouveau réunis. Nous avons réalisé que ça nous manquait beaucoup et nous voilà aujourd’hui avec un nouvel album.

Vous doutiez d’avoir encore la motivation de faire Katatonia ?

Oui, je pense. Enfin, nous étions très confiants en tant que groupe et très à l’aise avec notre statut et ce que nous faisions, mais les temps changent et nous avons tous une famille, et c’est assez dur d’être constamment en tournée. Donc, bien sûr, nous avons eu des doutes au fil des années. Je pense qu’il faut certaines étincelles pour surmonter ces doutes et je pense que faire un nouvel album est une très bonne étincelle pour te motiver à continuer.

As-tu l’impression qu’avec l’industrie qui va toujours plus vite, c’est facile de perdre nos repères et de ne plus savoir quels sont nos objectifs ?

Assurément. Comme tu l’as dit, l’industrie va de plus en plus vite ; tout va plus vite. La capacité de concentration des gens diminue. Nous ne sommes pas le genre de groupe qui cherche à avoir un tube ou à être tendance. Nous avons de la chance, à cet égard, parce que nous ne sommes pas obligés de nous soucier de ce qui est à la mode en ce moment, mais bien sûr, ça affecte n’importe qui dans l’industrie, je pense. Mais nous faisons ce qu’il faut pour prendre quelques raccourcis et ne pas tomber dans certains pièges qui sont tendus. Nous avons notre intégrité en tant que groupe et en tant qu’artistes. Nous pouvons aussi compter sur les gens qui s’attendent à ce que nous restions fidèles à nous-mêmes. Je pense que nous avons une solide communauté de fans qui ne cesse de croître, et j’en suis très heureux.

Quel était votre état d’esprit quand vous avez mis fin à la pause et que vous avez abordé le processus de composition de ce onzième album ?

Pour moi, ça n’a pas été un grand changement, parce que j’avais déjà écrit une grande partie de la musique. Pas des chansons complètes, mais plein de parties étaient déjà faites quand nous avons décidé de faire un autre album, car dès que le dernier album, The Fall Of Hearts, est sorti, je n’ai pas arrêté d’écrire. J’ai continué de composer parce que c’est mon truc, je ne peux pas m’en passer. Donc même si je n’étais pas sûr pour quoi j’étais en train de composer, je continuais à le faire. Quand nous avons fini par décider de faire un autre album, j’avais déjà beaucoup de matière. Ça nous a donné une bonne avance, pour ainsi dire, au moment de plonger dans l’univers de la conception d’un autre album. Pour moi, le changement n’était pas si énorme mais peut-être que certains des autres gars ont dû davantage se remettre dedans.

En fait, tu as écrit la très grande majorité de la musique et tous les textes. Comment se fait-il que les autres, et en particulier Anders Nyström – ton partenaire depuis le premier jour –, n’aient pas été plus impliqués cette fois ?

La situation avec Anders est que, par intermittence, il est victime du syndrome de la page blanche. Ça va et ça vient. Pour cet album, il n’avait pas de véritable idée qui pouvait se concrétiser en chanson. Enfin, il a écouté toutes mes idées, m’a donné son avis, etc., mais il n’a rien écrit. Il se peut que ce soit juste parce qu’il a eu du mal à se lancer, car il a la tête remplie de plein d’autres choses aussi, il s’occupe d’une bonne partie du business du groupe. Mais pour nous, ça n’a pas d’importance qui écrit la musique. Nous ne faisons pas la compétition entre nous. Ce groupe est une entité. Si quelqu’un écrit toutes les chansons et qu’elles sont suffisamment bonnes, c’est mieux de sortir un nouvel album que de rester posé là à essayer de recueillir des riffs. Je pense que tout le monde est content de ce que nous avons fait ensemble, même si j’ai écrit toute la musique. Il est clair que ça reste un effort de groupe : tout le monde a été impliqué. Même quand j’ai fait les démos, tout le monde les a écoutées, m’a donné son avis, etc. et puis tout l’enregistrement a été un travail d’équipe. Il n’y a pas d’ego. Ce n’est pas du tout un album solo. C’est clairement un album de Katatonia fait par l’intégralité du groupe.

« Quand les gens entendent la musique du nouvel album, je veux qu’ils se disent : ‘C’est une bonne chanson.’ Et pas : ‘C’est une chanson complexe. Cette chanson a le rythme de batterie le plus cool du monde.’ Nous pensons au tableau d’ensemble. »

As-tu vu le bénéfice d’avoir fait une pause avec le groupe sur la composition ou ton approche de la musique ?

Oui ! Comme je n’avais pas de deadline ou quoi que ce soit, j’ai pu composer de la musique à mon rythme, dans ma propre intimité, sans avoir à être dérangé par des trucs de la maison de disque ou autre. Donc il est clair que je vois les bénéfices de s’être arrêté pendant un temps et de m’être concentré sur la musique. C’est d’ailleurs quelque chose que je recommanderais aux gens qui sont dans la même position que moi. C’est bien de faire un vrai break parfois, si on en ressent le besoin.

Est-ce que ça t’a permis d’aller puiser plus profondément toi, le fait de ne pas avoir d’interférence dans ton propre processus créatif ?

Peut-être ! Je n’y ai pas réfléchi, en fait. Pour moi, tout le processus de composition est un processus continu. Je ne m’arrête jamais vraiment de composer, ce qui à la fois me donne moins l’occasion de me poser et de réfléchir à ce que je fais [petits rires]. Peut-être que maintenant que l’album sort, je vais l’écouter, l’analyser et en tirer des conclusions. Mais quand je suis dans le processus d’écriture, en sort ce qui en sort. Tout vient principalement de moi, donc il est clair que c’est très personnel, mais ça a toujours été comme ça. Je veux dire que j’ai déjà fait ça auparavant : l’album Night Is The New Day, j’ai également composé la majorité de la musique moi-même, donc ce n’est pas nouveau. Il est clair que c’est un boulot très solitaire [petits rires]. Le fait d’être introspectif est mon mode d’écriture par défaut. Ça vient aussi de la musique et du genre d’art que nous faisons avec Katatonia. Mais oui, on peut avoir certains éclairages sur notre personnalité, probablement, mais je n’ai jamais été aussi loin parce que nous mettons l’accent avant tout sur la musique.

Un autre fait notable est que ceci est le premier album pour le guitariste Roger Öjersson en tant que membre à part entière, puisqu’il a rejoint le groupe lorsque les enregistrements de The Fall Of Hearts étaient terminés. Quelle différence est-ce que ça a fait qu’il soit à vos côtés cette fois ?

Je pense que ça a fait quelques différences parce que, tout d’abord, c’est quelqu’un de très musical. Alors que moi, je n’ai strictement aucune formation musicale. Je ne connais que dalle des noms d’accords ou de ce qu’on peut ou ne peut pas faire en musique. Lui est formé à toutes sortes de jeux de guitare. Donc c’était sympa pour moi d’avoir ses idées et réflexions sur ce que j’avais fait avec les chansons. C’est aussi sympa qu’il fasse un peu le fou sur certains solos. Ça apporte de la fraîcheur à Katatonia, car nous n’avons jamais vraiment eu de solo de guitare avant. Vu à quel point il est doué dans ce domaine, c’est cool d’avoir ça. C’est une nouvelle carte à jouer. Globalement, Roger est un membre important aujourd’hui. Enfin, ça fait quatre ans qu’il est dans le groupe, donc même si c’est son premier album, ce n’est pas comme si nous venions de le rencontrer. C’est juste qu’il n’était pas présent lors de la réalisation de l’album précédent, car nous ne le connaissions pas encore à ce moment-là [petits rires], mais c’est un vrai atout maintenant.

J’imagine qu’il avait hâte de participer à son premier album avec Katatonia et qu’il avait de l’enthousiasme à revendre…

C’est sûr. Il est toujours enthousiaste quand il s’agit de jouer et répéter, mais évidemment, je pense que pour lui, personnellement, le fait de participer à un album avec le groupe dont il fait partie depuis quatre ans est une étape importante. Il est clair que c’est bien pour lui qu’il se sente faire partie de quelque chose et pas juste d’être un musicien live. Il est vraiment dans le groupe. Je pense qu’il a beaucoup apprécié ça.

Tu as mentionné le fait que vous n’avez jamais vraiment fait de solos de guitare avant. Pourquoi ?

Nous n’avons jamais vraiment eu quelqu’un pour les jouer. Enfin, notre précédent guitariste Per Eriksson était un peu soliste, mais il n’a jamais vraiment… Bon, je crois qu’il a fait deux ou trois solos sur nos précédents albums, mais avant lui… Parce qu’Anders n’a jamais été un soliste et Fredrik [Norrman], qui était dans le groupe encore avant, n’était pas non plus du genre à faire des solos. Du coup, nous n’avons jamais vraiment songé à avoir des solos. Nous nous concentrions sur d’autres choses. Nous avons nos mélodies caractéristiques à la place. Mais c’est sympa d’avoir quelqu’un capable d’apporter un plus, surtout si c’est une chanson comme « Behind The Blood » sur cet album, qui est un petit peu plus entraînante, c’est sympa d’avoir un petit côté années 80 à la guitare.

« Nous voulons toujours que nos albums soient aussi variés que possible dans le cadre de l’univers de Katatonia. Mais cette fois, nous avons été un peu plus loin. »

Si on compare à The Fall Of Hearts, City Burials paraît moins progressif. As-tu consciemment recherché plus de concision et d’efficacité ?

Oui. Ce que nous avons fait avec The Fall Of Hearts était probablement une contre-réaction à l’album d’avant et nous voulions nous étendre vers des territoires inexplorés. Enfin, nous nous étions déjà essayés un petit peu à des trucs progressifs avant, mais nous voulions faire de The Fall Of Hearts un album assez complexe. Maintenant, le nouvel album, je pense, est une contre-réaction à ça. Du coup, celui-ci est clairement plus accessible. De même, quand on tourne et joue beaucoup en live, on voit ce qui fonctionne bien en concert. En tout cas, avec un groupe comme le nôtre, si tu fais des chansons trop compliquées, ça ne passera pas très bien en live, et je pense que les gens ne s’attendent pas à ce que nous soyons un autre Dream Theater. Je pense que ce que nous faisons maintenant est un bon mélange de tout ce que nous avons fait par le passé, ou en tout cas les quinze dernières années. C’est juste une bonne combinaison de tout ce que nous aimons. Il y a également des parties complexes sur le nouvel album, mais il est globalement plus direct.

On voit de plus en plus de musiciens faire remarquer à quel point la capacité de concentration a tendance à diminuer chez les gens – comme tu l’as toi-même fait remarquer plus tôt. Est-ce quelque chose que tu prends en compte ?

Ce n’est vraiment pas que j’essaye d’écrire des chansons qui retiennent l’attention des gens plus longtemps, mais bien sûr, en tant que compositeur et musicien, on veut créer quelque chose qui dure dans le temps. Pour notre part, nous nous focalisons sur l’écriture de chansons mémorables, parce que même si tu as une petite capacité de concentration, si tu entends une très bonne chanson, tu t’en souviendras. C’est l’objectif que nous visons. Quand les gens entendent la musique du nouvel album, je veux qu’ils se disent : « C’est une bonne chanson. » Et pas : « C’est une chanson complexe. Cette chanson a le rythme de batterie le plus cool du monde. » Nous pensons au tableau d’ensemble.

Tu as mentionné la chanson « Behind The Blood ». Elle est assez inattendue avec ses couleurs heavy metal old school manifestes. Comment est-ce venu ?

Tout d’abord, c’est parce que nous voulons toujours que nos albums soient aussi variés que possible dans le cadre de l’univers de Katatonia. Mais cette fois, nous avons été un peu plus loin, surtout si tu écoutes « Behind The Blood » et que tu compares à « Lacquer », par exemple. Ce sont deux morceaux très différents, mais je pense qu’on peut quand même les identifier comme étant du Katatonia. « Behind The Blood » est venu parce pour notre dernier album, The Fall Of Hearts, nous avons fait plein de titres bonus et de faces B et l’une d’entre elles était la reprise de « Night Comes Down » de Judas Priest, une chanson tirée de l’album Defenders Of The Faith. Nous avons commencé à la jouer en concert l’année dernière, simplement parce que nous l’adorons. Je suppose que ça a enclenché quelque chose en nous et nous a fait repenser à la bonne époque du vieux heavy metal avec lequel nous avons grandi. Je me suis dit que nous devrions essayer d’écrire quelque chose dans cette veine, qui peut-être rappellerait un peu Priest et Accept, mais aussi faire que ça sonne comme Katatonia. C’était l’idée tout du moins. Je pense que nous avons été assez loin avec cette chanson. J’en suis très content, je la trouve super. Et c’est une chanson très orientée live, donc ce sera sympa d’essayer de la jouer la prochaine fois que nous montrons sur scène quelque part !

Dirais-tu que le heavy metal des années 80 est vos racines, même si Katatonia n’a jusque-là pas eu grand-chose à voir avec ça ?

Le groupe a ses racines dans le death metal, parce que c’est à l’époque de la première vague de death metal, en 89-90, que nous avons commencé le groupe, mais avant même que nous ayons essayé de jouer de nos instruments, quand nous étions gamins, nous écoutions du heavy metal. Notre intérêt et passion pour la musique avait déjà commencé quand nous nous sommes mis à écouter Priest, Iron Maiden, Kiss et tous ces trucs. Mais je pense que Katatonia, en tant que groupe, est plus enraciné dans le death metal. « Behind The Blood » est la toute première fois que j’ai ressenti un côté heavy metal dans une de nos chansons. Peut-être que quelque part dans une chanson dont je ne me souviens même pas… Mais pour moi, en tout cas, ceci est la première fois où il est évident que nous flirtons avec le heavy metal des années 80.

D’un autre côté, « Vanishers », qui voit la participation d’Anni Bernhard de Full Of Keys, est presque une chanson diamétralement opposée à « Behind The Blood », ce qui apporte une jolie dynamique à l’album…

Oui. Comme tu dis, elle est très différente de certaines autres chansons de l’album, mais c’est aussi un ingrédient de Katatonia… Comme je l’ai déjà mentionné, nous voulons que ce soit varié. Cette chanson est bien plus électronique et se focalise principalement sur les voix et la narration, ce qui explique pourquoi nous avons voulu faire apparaître quelqu’un d’autre sur la chanson. C’était bienvenu d’avoir une autre voix. Anni était la voix parfaite pour ça. Nous avons écouté les albums de Full Of Keys qu’elle a fait et, dès le début, nous sommes tombés amoureux de sa voix. Je crois que nous en avons déjà parlé auparavant mais ça ne s’était jamais concrétisé. Cette fois, nous voulions vraiment que ça se fasse, donc nous lui avons parlé et demandé si l’idée d’être invitée l’intéressait, et elle l’était ! Je trouve le résultat magnifique. C’est une chanson très centrée sur le chant. Elle n’est pas trop orientée instrumentation, mais bien plus chant et textes. J’en suis très content, elle est très belle.

« Le temps file à toute vitesse et je ne suis pas sûr d’aimer vieillir, mais je ne peux rien y faire. Au lieu de ça, je me contente d’écrire des chansons à ce sujet [petits rires]. »

En tant que chanteur, comment abordes-tu l’exercice du duo ?

Ce n’est pas très dur, parce que je suis un fan de chant, et pas juste de mon chant. Je trouve que ça donne de la respiration à la chanson. Je ne vois pas ça comme une compétition ou quoi. Avoir une fréquence supplémentaire renforce la chanson.

Le titre de l’album, City Burials, fait référence à tes souvenirs après avoir longtemps vécu à Stockholm. Es-tu nostalgique de tes jeunes années à Stockholm ?

Oui, un petit peu ! Je ne suis pas quelqu’un de très nostalgique, mais c’est sûr qu’une dose de nostalgie me vient de temps en temps. Le titre m’est venu quand je suis passé dans le quartier où j’ai grandi ici à Stockholm. Je n’y vis plus, mais ce n’est pas loin de là où j’habite aujourd’hui. J’étais en train de me balader là-bas un jour et j’ai réalisé le nombre de souvenirs que j’avais de ce lieu, parce que j’y ai vécu très longtemps et j’y ai grandi. Stockholm, en tant que ville, m’a façonné de bien des façons. Evidemment, je n’ai pas grandi ailleurs, donc je ne peux pas dire quel genre de personne j’aurais été si j’avais grandi ailleurs, mais Stockholm est un endroit très important pour moi. Ça vaut probablement pour tout le monde : quand on grandit quelque part, ce lieu devient une part importante de notre vie, de notre éducation, etc. Les souvenirs qu’on en retient sont quelque chose qu’on ne perdra jamais, même si le titre sous-entend que les souvenirs c’est du passé, ils sont morts et enterrés. Ce n’est qu’un jeu de mots, mais pour moi, ça représente les souvenirs et le fait qu’ils renvoient à des choses qui n’existent plus. Ce sont des choses qui se sont passées, qui t’ont formé en tant que personne, mais elles ne sont plus là. Je sais que c’est un peu vague, mais au moins, c’est ce que j’avais en tête quand j’ai trouvé ce titre.

As-tu du mal avec le temps qui passe ?

Plus récemment, je pense que oui. Le temps file à toute vitesse et je ne suis pas sûr d’aimer vieillir, mais je ne peux rien y faire. Au lieu de ça, je me contente d’écrire des chansons à ce sujet [petits rires].

Justement, à partir de cette idée de base, comment as-tu abordé les textes ?

Généralement, je commence par penser que je veux exprimer quelque chose… pas forcément quelque chose de beau, mais je veux l’exprimer d’une belle manière. Même si ce sont des thématiques très dures, je veux qu’elles soient entourées d’une belle aura, ce qui est conféré probablement par ma manière d’utiliser les mots, les rimes et tout. Mais niveau contenu, c’est toujours des sujets un peu lugubres et sombres que je traite. Je pense qu’il faut que ce soit ainsi dans un groupe comme Katatonia. La musique et les textes doivent aller de pair. C’est ce que nous voulons, en tout cas. Les sujets sont assez sombres mais je veux au moins qu’ils soient beaux à lire.

L’illustration de Lasse Hoile représente l’ère actuelle du Dead End King, pour citer le dossier de presse. Quel lien fais-tu entre City Burials, Dead End Kings et The Fall Of Hearts ?

Nous n’avons pas de concept ou même de fil rouge entre ces albums, mais bien sûr, c’est le même groupe et nous écrivons sur les mêmes types de sujets. Je veux dire que le Dead End King, le personnage qui apparaît sur cette illustration, n’est pas forcément lié à l’album Dead End Kings. C’est juste que nous avons donné un nom à un personnage qui n’existe pas. Sur l’album Dead End Kings, nous faisions référence à nous-mêmes, alors que sur cet album, le Dead End King est une entité responsable des souvenirs. C’est un peu celui qui fabrique les souvenirs. Je ne sais pas si ça a du sens [petits rires]. Nous aimons avoir des petits détails qui relient les albums, mais ce n’est pas un concept qui se poursuit ou quoi que ce soit. Ceci dit, je dirais que les trois derniers albums représentent un peu la même chose pour moi. Quand nous avons fait The Great Cold Distance et Night Is The New Day, j’ai l’impression que c’était une version plus jeune de moi, alors qu’à partir de Dead End Kings jusqu’à aujourd’hui, je pense être plus ou moins la même personne. Je suppose que ça se reflète un peu dans les textes. Et la musique possède un peu les mêmes ingrédients. C’est dur à dire, mais ces trois albums ont clairement un feeling spécial, plus actuel.

« Je veux exprimer quelque chose… pas forcément quelque chose de beau, mais je veux l’exprimer d’une belle manière. Même si ce sont des thématiques très dures, je veux qu’elles soient entourées d’une belle aura. »

Ça fait presque trente ans que le groupe est actif. Vous avez continuellement évolué et parfois même changé de style durant votre carrière : penses-tu que c’est l’une des clés de la longévité, et pour ne jamais se lasser de son propre groupe ?

Oui, c’est clair. C’est obligatoire quand on est dans notre groupe que tout le monde s’intéresse à différents types de musique. Si tu es dans un groupe à la AC/DC, tu n’as pas envie de changer quoi que ce soit, mais dans Katatonia, il s’agit d’explorer et expérimenter. C’est certain que ça nous a aidés à durer aussi longtemps.

D’un autre côté, tu as aussi eu des projets parallèles, comme Bloodbath, October Tide ou Wisdom Of Crowds. On compare souvent les groupes à un mariage, mais penses-tu que contrairement à un mariage, c’est sain de s’impliquer dans des liaisons extraconjugales ?

Pour moi, ce n’est pas une obligation de faire ça, parce que je suis très heureux avec Katatonia. Ça représente totalement tout ce que je veux exprimer en musique, mais bien sûr, parfois, tu parles d’une idée avec quelqu’un et tout d’un coup, cette idée devient quelque chose. Dans ce cas, effectivement, je ne pense pas que ce soit comme un mariage. Par exemple, quand j’ai fait l’album de Wisdom Of Crowds, je suis revenu à Katatonia en ayant plus d’expérience et d’idées pour mon groupe principal. Si on a envie d’explorer d’autres choses, je pense que c’est bien.

Anders et toi êtes les deux membres restants des débuts du groupe, ce qui, j’en suis sûr, a créé un lien incomparable entre vous deux. Comment décrirais-tu ce lien aujourd’hui ?

C’est un lien important, parce que ce que nous avons créé ensemble est devenu l’œuvre de nos vies respectives. Il y a quelque chose d’extraordinaire entre nous deux. Je veux dire que tout a commencé avec une amitié toute simple, normale, mais une fois que nous avons réalisé que nous avions le même type de vision et même de plans, c’est devenu plus qu’une amitié. Je suis très content que nous soyons devenus amis à l’époque. Il est clair qu’aujourd’hui, nous nous comprenons de manière tacite. Nous n’avons pas besoin de beaucoup parler de musique aujourd’hui. Nous savons d’emblée ce qui, dans notre esprit, est bien ou pas bien. Evidemment, nos préférences personnelles diffèrent un petit peu, mais pour Katatonia, nous sommes toujours sur la même longueur d’onde. Il arrive que nous nous disputions, mais ce n’est jamais vraiment sérieux. Si nous avons des opinions qui divergent, nous trouvons rapidement et facilement un terrain d’entente. Nous ne restons pas sur des ressentiments, parce que ce truc que nous avons créé, c’est-à-dire Katatonia, est plus grand que n’importe quelle petite prise de bec.

Comment comparerais-tu le groupe des débuts qui jouait du death metal et le groupe aujourd’hui ?

C’est très différent. A l’époque, nous étions encore très jeunes et très nerveux à l’idée de présenter notre musique aux gens. Tout le contexte était radicalement différent à l’époque, mais ce sont aussi les bases de ce que nous faisons aujourd’hui. Donc ce que nous faisons maintenant est construit sur l’envie et le dévouement que nous avions à l’époque. Je suis reconnaissant pour tout ce que nous avons fait dans le passé, parce que ça nous a façonnés et permis de nous retrouver là où nous sommes aujourd’hui.

Interview réalisée par téléphone le 16 mars 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Ester Segarra.

Site officiel de Katatonia : katatonia.com.

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