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Chronique   

Katatonia – Sky Void Of Stars


Depuis l’abandon des inclinations doom death de ses lointains débuts, Katatonia suit un chemin clair sans accrocs, au gré d’évolutions persistantes mais subtiles et bien senties. Un drôle d’oiseau, exposant un malheur dont on se délecte encore et toujours. Les épisodes récents ont vu le quintet ouvrir un volet plus progressif, qui s’ajoute aux éléments électroniques de mieux en mieux enracinés. Accessibles ou non, ces albums maintiennent leur qualité et trouvent leur public – City Burials a même décroché une place dans les charts allemands, à défaut de profiter d’une tournée en son nom du fait de la pandémie. Pas de concerts, mais davantage de compositions, menant à Sky Void Of Stars. Cette sortie est la première depuis le transfert du groupe vers Napalm Records – quittant Peaceville après en avoir longtemps été un groupe emblématique. L’occasion pour les deux membres fondateurs encore présents (le guitariste Anders Nyström et le chanteur Jonas Renkse, ce dernier étant pour la seconde fois consécutive intégralement à l’origine de l’écriture) de jeter un regard périphérique entre passé et nouveaux horizons, qui plus est après le duo de compilations Melancholium / Mnemosynean.

Sky Void Of Stars est comme un condensé des trois précédents albums, mais les influences ne s’arrêtent pas là : beaucoup d’ambiances tirent vers celles, particulièrement lacrymales, que la formation affectionnait dans les années 2000. Certains éléments, notamment des transitions, sentent en conséquence le réchauffé, mais jamais un morceau entier, et c’est déjà fort honorable pour un groupe de cette ancienneté. Katatonia s’est découvert une vocation expérimentale et compte bien en extraire la moelle. Continuant sur la lancée amorcée avec The Fall Of Hearts, le groupe brandit des rythmiques déstructurées, souvent déroutantes (« Austerity »). Loin de mépriser le groove pour autant, ils en injectent dans une poignée de morceaux plus ouverts (« Colossal Shade »). L’album en devient assez imprévisible, à l’image de « Birds » dont le refrain nous prend en embuscade. La densité de certains passages et les mélodies sinueuses imposent une approche attentionnée, consciente, lors d’écoutes répétées. Les touches électroniques perdurent également, comme sur « Opaline » dont l’introduction est échafaudée autour d’elles. Ceci offre à ce titre une allure curieusement enjouée, consolidée par un refrain au riffing direct et à l’énergie plus rock que metal. Donnant la réplique à la troupe, les claviers de cet album, se drapant volontiers comme des violons, apportent une perspective solennelle et raffinée.

Les thématiques, toujours abstraites à souhait, façonnent d’innombrables images poétiques dans l’esprit de quiconque daigne lire des bribes de paroles. Libre à chacun d’interpréter à sa manière des titres comme « Sclera » (le nom scientifique du « blanc de l’œil »)… On se surprendra volontiers à être touché par des métaphores qu’on ne percera pourtant jamais à jour (et qui ne sont probablement pas vouées à l’être). Les vers qui constituent ces chansons peuvent aussi bien être de longues tirades qu’un unique mot fatidique étalé cérémonieusement sur toute une mesure, jusqu’à embrasser les changements de dynamiques. Sous les effets, de nature et d’intensité diverses (« Drab Moon »), le chant de Jonas, aujourd’hui indissociable de la substance de Katatonia, n’a pas pris une ride. Ses lignes en apparence timides se révèlent plus complexes qu’on pourrait le croire, comme des bas-reliefs exprimant beaucoup avec peu de latitude. Pour accentuer ce phénomène, « Impermanence » accueille un invité de luxe en la personne de Joel Ekelöf (Soen). La composition elle-même s’en trouve souvent aiguillée : on retrouve ici la « patte Soen », avec une douceur et une brillance qui apportent un semblant de réconfort dans ces tréfonds gothiques. Sky Void Of Stars est sombre, oui, mais jamais glauque, et ce malgré le retour en force d’une lourdeur concernant les guitares (« Austerity », « Author », l’inattendu break central de « No Beacon To Illuminate Our Fall »…). Entre accalmies caractéristiques, lumière tamisée et ponts efficaces, tout ou presque renforce cette fragilité caractéristique.

Katatonia, en perpétuelle évolution, ne renie pas pour autant ses origines complexes. Pas question non plus de vendre son âme dans un courant trop conciliant. Si on retrouve quelques refrains immédiats (« Opaline », « Atrium ») ou mélodies entêtantes (le lead de guitare à la Paradise Lost de « Birds ») voués à marquer les esprits et enrichir les setlists, l’album dissimule des richesses dans des recoins à peine éclairés. Son potentiel n’est pas négligeable, mais tend par moments à se mériter. À travers ce tumulte se forme l’identité moderne de Katatonia, incompatible avec la stagnation.

Clip vidéo de la chanson « Birds » :

Clip vidéo de la chanson « Austerity » :

Clip vidéo de la chanson « Atrium » :

Album Sky Void Of Stars, sortie le 20 janvier 2023 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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