ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Katatonia – The Fall Of Hearts


Katatonia - The Fall Of HeartsQuatre années se sont finalement passées sans que Katatonia offre au public de nouveaux titres à part entière, étant donné que Dethroned And Uncrowned sorti en 2013 se « contentait » de recycler les morceaux de Dead End Kings sous une forme acoustique. Si deux nouveaux éléments et pas des moindres sont venus rejoindre le line-up du groupe, un seul a réellement participé à l’écriture et l’enregistrement de ce nouvel opus, le batteur Daniel Moilanen. Roger Öjersson, le nouveau guitariste soliste remplaçant Per Eriksson n’a lui placé que quelques solos sur ce nouveau The Fall Of Hearts, amalgame entre ambiances ténébreuses et lumières de composition. Si la patte de Katatonia est immédiatement reconnaissable dès les premières notes, l’apport du nouveau batteur et les nouvelles ambitions du groupe à livrer un effort plus complexe voire progressif se ressentent dès l’introducteur « Takeover ».

Katatonia change sans réellement changer, c’est un fait. Les compositions du groupe avaient, depuis une dizaine d’années, fait preuve d’une certaine redondance dans l’écriture, un manque de dynamisme et une linéarité dans le chant qui plaçaient nombre de leurs titres au même niveau dans la mémoire des fans du groupe : assez bas. « Takeover » ou « Old Heart Falls » suffiront presque à raviver la flamme d’un Viva Emptiness (2003) : les rythmes sont enlevés, la mélodie reste enfin mieux dans les esprits, considérant le faible potentiel accrocheur des dernières compositions du groupe. L’exploit n’est pas mince quand on considère que le groupe évolue désormais dans des structures moins traditionnelles et plus alambiquées, où les refrains débarquent quand le moment est le plus approprié (« Sanction »), même si l’univers mélodique et mélancolique à souhait reste le même.

Les Suédois ont cette fois-ci aussi beaucoup varié leur propos pour augmenter l’attractivité de ce The Fall Of Hearts : quand « Shifts » et « Last Song Before The Fade » lorgnent parfois vers le jazz, c’est un univers proche de l’Opeth prog des derniers albums qui se décline de plus en plus, au travers de « Decima » ou « Sanction », par exemple, ou d’éléments comme les parties de mellotron. S’il n’y a pas vraiment d’agressivité à relever dans l’album, certains arrangements franchement metal refont surface pour pimenter les ébats (les riffs finaux de « Residual », le couplet de « Serac », le refrain de « Passer », pour ne citer qu’eux), toujours au service de cette fameuse diversité. Daniel Moilanen n’a pas peur de faire chauffer la double pédale pour accompagner quelques riffs acérés et cela se révèle assez salutaire pour la discographie du groupe.

En effet, bon nombre des compositions de ce onzième album du groupe viennent se placer dans le haut du pavé des titres du groupe (« Old Heart Falls », « Last Song Before The Fade », « Decima »…) et c’est un vrai soulagement de retrouver un Katatonia à ce niveau. Instrumentalement très réussi grâce à des arrangements de haut vol et un jeu de guitare qui se greffe excellemment bien sur le jeu de batterie de Moilanen, les lignes de voix ont aussi gagné en accroche, ce qui permet de mémoriser un peu mieux les lignes des morceaux phares de l’album et ainsi baliser l’itinéraire à travers les titres. Les ambiances éthérées, parfois presque symphoniques (le très beau « The Night Suscriber »), donnent un écrin de volupté autour des parties plus étoffées en saturation.

Album « à tiroirs », The Fall Of Hearts prend du temps à être dévoilé, effeuillé, apprivoisé et adopté, comme tous les bons crus. Les structures plus originales (« Last Song Before The Fade », « Serein ») interpellent, les moments franchement calmes (« Shifts », « Pale Flag ») s’apprécient pour qui prendra le temps de ne faire rien d’autre qu’écouter et décortiquer toutes les subtilités de l’œuvre. Comme ils nous l’ont eux-mêmes confiés récemment, Jonas Renkse et Anders Nyström, les deux « historiques » du groupe ne font pas dans la musique « fast-food », mais dans la qualité et ceci se vérifie à chaque seconde de l’album. Rien n’y est facilement balancé ou achevé, tout est réfléchi dans le plus intime détail : l’ajout d’un piano, le placement d’un coup de double pédale, une note de guitare dans une gamme ou le doublement d’une voix… Sans parler des percussions – vestiges de la tournée acoustique –, disséminées ici et là, qui participent à cette dentelle. Le fait que le groupe s’occupe aussi de la production joue évidemment dans ce sens et chaque aspect semble absolument maîtrisé, contrôlé. C’est un vrai plaisir de relancer le disque plusieurs fois sans être lassé et de se laisser aller à déceler l’orfèvrerie réalisée par les Suédois. Vingt-cinq ans de carrière ne seront finalement pas venus à bout de leur créativité et la richesse de ces morceaux vient, s’il le fallait, en faire la plus belle démonstration.

La chanson « Serac » :

Les lyrics vidéos pour les chansons « Serein » et « Old Heart Falls » :

Album The Fall Of Hearts, sortie le 20 mai 2016 via Peaceville.



Laisser un commentaire

  • Döden666 dit :

    excellent album, un mix de toute les bonnes choses de leurs premiers albums ! je me serait jamais attendu à de tels morceaux, sans compter le retour de la double pédale

    [Reply]

  • Pour avoir écouté l’album en avant première, je le trouve intéressant mais l’émotion est moins franche que par le passé

    [Reply]

  • Arrow
    Arrow
    In Flames @ Lyon
    Slider
  • 1/3