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Chronique   

Katla – Móðurástin


Ce n’est certainement pas son éviction de Sólstafir qui empêchera Guðmundur Óli Pálmason dit Gummi, ex-batteur du combo islandais, de rendre à nouveau un hommage musical à sa terre natale. D’ailleurs son nouveau projet, cofondé avec le chanteur et multi-instrumentaliste Einar Thorberg Guðmundsson (Fortíð, Potentiam), intitulé Katla doit son nom à un des plus grands volcans actifs d’Islande. Un nom loin d’être anecdotique puisque Gummi explique que « les volcans ne sont pas seulement puissants et destructeurs, mais également créateurs de vie puisque sans eux notre planète n’aurait pas d’atmosphère » et que cette dualité-là se veut être une illustration du projet. Par analogie, on peut penser que ce choix annonce une musique qui est à la fois intense et contemplative, maniérant beauté et noirceur… Mó∂urástin, premier album du duo signé chez Prophecy Productions, permet de vérifier cela et de voir si l’inspiration créative des deux musiciens est toujours en ébullition.

Il est difficile d’aborder Katla sur un plan stylistique spécifique puisque le duo islandais ne se contente pas des frontières d’un seul genre, et même qualifier sa musique simplement de metal atmosphérique serait bien réducteur. En effet, le titre d’ouverture « Aska » est un instrumental mêlant atmosphère doom et des sonorités post-rock appuyées par des guitares et nappages de clavier aux touches aériennes. Le morceau se dévoile progressivement, comme une éclosion musicale, qui vient installer le climat sombre dans lequel évolue l’album. Au service de cette ambiance, les chants clairs et les notes de guitares de « Hyldýpi » rappellent la scène black/folk des années 90. On pense inévitablement à Sólstafir sur un « Hreggur » qui se balade délicatement d’un rock progressif aux allures mélancoliques jusqu’à des sonorités plus extrêmes pouvant rappeler les débuts du groupe, avec toujours un chant clair superposé, mais également sur « Nátthagi » qui se présente plus comme un hit rock entraînant. Finalement l’auditeur découvre rapidement que le registre musical n’a ici que peu d’importance dans Katla puisque la musique est davantage un outil pour créer un véritable univers visuel.

L’essence du groupe réside donc dans les images mentales proposées, à l’instar d’Ulver qui dans sa carrière a écrasé toutes barrières, se focalisant sur des inspirations analogues – entendez ici la mère Nature – et bâtir l’identité qu’on lui connait. Ainsi si Móðurástin signifie « l’amour maternel » et pourrait induire un sentiment chaleureux, le propos fait en réalité appel à des émotions plus sombres et tortueuses. Même si on retrouve un peu d’espoir et de réconfort, comme sur le final de « Hvila », ou voir défiler les paysages magnifiques de l’Islande à travers la dynamique « Natthagi », le reste du tableau est plus noir et dessine une nature plus dangereuse voire mortifère – le titre de l’album en lui-même renvoie aux mères qui, dans une situation très précaires, étaient forcées d’abandonner leurs nourrisson dans la nature pour qu’ils y meurent dans les années 1900. La chanson éponyme est d’ailleurs sans aucun doute la plus troublante du disque. Elle démarre sur un duo guitare/batterie très lourd ainsi qu’un chant criard transpirant la rage, ce à quoi vient s’ajouter le chant de la sœur d’Einar, envoûtante mais aussi particulièrement bouleversante. L’ensemble prend ainsi une allure quasi-psychédélique, puis s’achève sur des enregistrements nostalgiques de la grand-mère du batteur. La palme du morceau dramatique revient au long « Dulsmál » qui évoque une de ces affaires d’infanticide. A travers sa progression musicale, avec sa montée en puissance, celle-ci développe une poigne glaçante et se fera ressentir par l’auditeur comme particulièrement pesante, voir même culpabilisante, achevant l’œuvre dans un sentiment endeuillé.

Móðurástin se voulait, certes, une œuvre atmosphérique et émotive, mais c’est avant tout une œuvre sincère. Si le projet sera inévitablement comparé à leurs confrères de Sigur Rós, ou aux travaux des anciens collègues de Gummi, on peut le distinguer principalement par son approche qui n’est pas que contemplative et souhaite véritablement aller au-delà. Un transfert s’opère entre les deux artistes qui composent et s’inspirent de moments vécus comme solennels et en communion avec la nature, et l’auditeur qui se verra parfois confronté à ses propres instants de solitude. A l’heure actuelle, le duo ne sait pas ce qui suivra derrière ce premier disque, mais il est certain qu’une alchimie est à l’œuvre. En résulte une musique qui a incontestablement une âme.

L’album en écoute intégrale :

Album Móðurástin , sorti le 27 octobre 2017 via Prophecy Productions. Disponible à l’achat ici



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