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Interview   

Katla : suivez le guide…


La nature islandaise est une source intarissable d’inspiration pour les artistes résidant sur cette île du cercle polaire. Il n’est donc pas très étonnant de retrouver Guðmundur Óli Pálmason alias Gummi, l’ancien batteur, co-leader et fondateur de Sólstafir, dans un nouveau groupe baptisé Katla, du nom d’un volcan Islandais. Enfin, « groupe » est un bien grand mot, puisqu’il s’agit en réalité d’un duo formé en compagnie d’Einar Thorberg Guðmundsson, avec qui il a trouvé une authentique connexion autant artistique que personnelle. Mais si la nature est le point de départ de leur musique, d’autres thématiques chères au duo s’y sont greffées, en tête desquelles celle de la famille, notion très importante pour eux, et une figure de celle-ci en particulier : la mère.

Gummi nous parle ainsi longuement de cette nouvelle entité artistique ainsi que de son premier album Móðurástin, fait d’une musique une nouvelle fois ouverte et pleine de sensibilité. Cependant, difficile également de passer à côté du délicat sujet de son éviction de Sólstafir en 2015, en particulier après que le frontman Addi ait lui-même déballé sa version de l’histoire dans nos colonnes. Un peu hésitant à donner la totalité de la sienne, Gummi partage tout de même avec nous certains éléments offrant une autre perspective de cette triste séparation.

« Un jour par exemple j’étais sur un glacier, j’assistais au coucher du soleil d’hiver, et c’est quelque chose qui te change. Si ça ne t’affecte pas, c’est que tu n’as pas d’âme [petits rires]. »

Radio Metal : Tu as formé un nouveau groupe, Katla, avec Einar Thorberg Guðmundsson. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Gummi (batterie) : C’est une très longue histoire. Pas forcément longue, mais qui remonte à longtemps. Einar et moi nous connaissons depuis plus de vingt ans. Quand mon ancien groupe a sorti sa première démo, j’ai entendu parler d’un autre groupe de black metal islandais qui était aussi sur le point de sortir une démo, et comme à l’époque on devait être dix personnes à écouter du black metal en Islande, c’était presque une évidence que nos chemins finissent par se croiser. Donc j’ai dû rencontrer Einar pour la première fois en 1995, et quelques années plus tard, il avait besoin d’un batteur pour l’enregistrement d’une démo de son groupe et j’ai joué pour eux. Par la suite, le groupe a évolué et est devenu Potentiam, et j’ai enregistré la batterie pour leur premier album. C’était le tout premier album que j’enregistrais, pareil pour Einar. Je n’ai jamais été un membre de Potentiam mais j’ai de nouveau travaillé avec eux en 2005 pour une autre démo, et Einar et moi avons enregistré un album en 2008 qui n’est jamais sorti. Donc nous avons travaillé ensemble par intermittence depuis 1996, notre collaboration ne date pas d’hier.

Je suppose donc que c’était logique de former un groupe ensemble…

Tout à fait. Tu connais déjà sûrement l’ennuyeuse histoire donc je ne vais pas m’étendre sur le sujet mais quand en 2015 je me suis retrouvé dans le besoin d’un nouvel exutoire pour ma musique, tout ce que je voulais c’était créer de la musique pour les bonnes raisons et je voulais travailler avec des gens que je considère comme des amis ; tout esfle reste n’avait pas d’importance. J’ai contacté Einar et quelques autres gars mais au final, à cause de problèmes d’emplois du temps, nous nous sommes retrouvés à deux, Einar et moi. Notre relation professionnelle fonctionne parfaitement, les choses sont moins compliquées avec seulement deux personnes dans le groupe.

Est-ce que vous avez l’intention de rester un duo ?

Je ne sais pas. Nous n’avons pas vraiment réfléchi à l’avenir, ce qui devra arriver arrivera. Nous ne prévoyons pas de nous reproduire en live, mais il est évident que si nous le faisons nous aurons besoin de plus de personnes. Mais pour l’instant, nous sommes satisfaits de notre duo, notre collaboration se passe très bien.

Tu as dit que c’était plus simple de faire partie d’un groupe composé de seulement deux membres. Est-ce que ça veut dire que tu as eu du mal, par le passé, à collaborer avec plus de personnes ?

Je pense que c’est le cas pour n’importe quel groupe : plus il y a de membres, plus il y aura des opinions divergentes. Ce n’est pas forcément dramatique. Simplement, quand il y a deux opinions au lieu de cinq, c’est toujours plus facile. Einar et moi sommes sur la même longueur d’onde en ce qui concerne la musique et l’art, donc nos rapports professionnels sont assez décontractés et il n’y a nullement besoin de compliquer les choses pour l’instant. Comme je l’ai dit, si nous faisions des concerts, alors nous aurions besoin de musiciens mais ils ne seraient probablement pas des membres à part entière du groupe. Nous ne savons pas, ça ne fait pas partie de nos préoccupations pour le moment.

Katla est le nom d’un volcan islandais. En quoi ce volcan représente votre musique ?

Quand j’ai contacté Einar et quelques autres amis à la création du groupe, nous avons échangé quelques idées de noms et je leur ai dit que j’aimerais que le groupe porte le nom d’un volcan islandais car cela reflète le concept sur lequel le groupe est basé – ça va paraître un peu cliché mais il s’agit de la nature islandaise. Les volcans ne sont pas seulement puissants et destructeurs, mais également, d’une certaine manière, créateurs de vie puisque sans eux notre planète n’aurait pas d’atmosphère. Ils éruptent de la lave mais rejettent aussi différents gaz, et sans eux, tout ce gaz serait emprisonné à l’intérieur de la Terre. Donc on peut dire qu’ils apportent aussi la vie. C’est une dualité que nous voulons illustrer. Tout n’est pas tout noir, il y a aussi un peu d’espoir dans notre musique. Et dans ce sens, cela correspond très bien au concept du groupe. Et puis la nature islandaise : je sais que ça fait très cliché de dire ça, c’est comme tous ces groupes de black metal norvégiens des années 90, « oh les forêts norvégiennes nous inspirent tellement », alors que la plupart vivaient à Oslo qui est une grande ville [petit rires]. Mais c’est différent en ce qui nous concerne. Einar vit à la campagne et moi, en tant que guide touristique, je suis amené à passer mes journées dans la nature, donc c’est quelque chose qui nous inspire pour la musique, les paroles mais aussi l’aspect visuel. Toutes ces choses ont la même source, la même origine : la nature islandaise, la nation islandaise et sa connexion avec la nature. Les deux sont inséparables.

Tu as dit qu’un volcan représente à la fois la destruction et la vie. Est-ce que c’est une philosophie de vie pour toi de ne jamais oublier ce lien entre la vie et la mort ?

Oui, je suppose que c’est inconscient. Je n’irai pas jusqu’à dire que nous sommes obsédés par la mort ou quoi que ce soit, mais nous écoutons du death metal depuis que nous avons treize ou quatorze ans, je suis sûr que ça a eu une certaine influence, bonne ou mauvaise, sur la façon dont nous voyons la vie. C’est quelque chose que j’ai toujours essayé de faire avec ma musique et mes paroles et je pense que c’est aussi le cas d’Einar. Même si nous avons tendance à nous pencher plus sur l’aspect le plus sombre, nous aimons toujours penser qu’il reste un peu d’espoir au bout du tunnel.

« Même si je sais que la plupart des gens ne comprennent pas nos paroles, j’espère qu’ils peuvent entendre cette sincérité, qu’ils sentent que nous sommes nous-mêmes, que nous n’essayons pas d’être autre chose. »

Tu nous as expliqué pourquoi vous avez choisi le nom d’un volcan pour votre groupe, mais pourquoi celui-là en particulier ? Est-ce que tu as un lien particulier avec ?

Oui et non. J’ai proposé Katla et Hekla, qui sont tous les deux des volcans islandais, à Einar, et il a choisi Katla. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est toujours mieux que Eyjafjallajökull [rires]. Je sais que tu vas devoir chercher sur Google pour l’écrire correctement, et c’est précisément la raison pour laquelle personne n’appellerait son groupe comme ça. Pour ce qui est d’un lien particulier… d’une certaine façon oui. Comme je l’ai dit, je suis guide, et je fais des sortes de circuits hors route extrêmes et je suis allé en haut du volcan Katla, il y a un glacier appelé Mýrdalsjökull à cet endroit. Je me suis tenu là-haut, sur le volcan. Sur Hekla aussi d’ailleurs. Donc oui, il y a un lien personnel. Ce n’est pas quelque chose que nous tirons d’un conte de fée, mais c’est bien quelque chose qui touche directement nos vies.

Tu as parlé du fait que tu es guide. En quoi être tous les jours au milieu de la nature t’inspire, en tant qu’homme et en tant qu’artiste ? Comment est-ce que cela transparait dans ta musique ?

Je pense que ça a une influence directe. J’ai commencé à travailler comme guide quelques mois après m’être séparé de mon ancien groupe et ça a eu pour effet de raviver mon inspiration pour créer de l’art. Depuis le début, l’idée derrière Katla était d’avoir un véhicule pour cette inspiration. A force d’être chaque jour au milieu de cette nature incroyable, peu importe le temps, je me suis dit « J’ai toutes ces choses en moi, il faut que ça sorte ». Et, comme je l’ai dit plus tôt, Einar est un amoureux de la nature et vit à la campagne. Cependant je dois préciser qu’Einar a écrit une bonne partie de la musique en Norvège, je ne peux donc pas dire qu’il y a juste un lien avec la nature islandaise. Je pense qu’il est impossible d’ignorer l’influence qu’a eue la Norvège sur Einar qui a vécu là-bas pendant huit ans.

La nature et les paysages d’Islande jouaient également un rôle important pour ton groupe précédent, et c’est aussi le cas du groupe islandais Sigur Rós et d’autres groupes ; penses-tu que cette nature a quelque chose d’irrésistible qui inspire systématiquement les artistes ?

Absolument. Si un jour tu te retrouves au cœur de la nature islandaise et en particulier dans des endroits où il n’y a personne… Un jour par exemple j’étais sur un glacier, j’assistais au coucher du soleil d’hiver, et c’est quelque chose qui te change. Si ça ne t’affecte pas, c’est que tu n’as pas d’âme [petits rires]. Ça t’affecte de manière puissante et profonde. Mais je tiens à dire que nous vivons dans une ville et c’était pareil avec mon ancien groupe. Et tu as mentionné Sigur Rós : je ne dis pas qu’ils ne vont jamais dans la nature mais je ne sais pas si ça arrive très souvent, tandis que pour Einar et moi, ça fait partie de notre vie quotidienne, littéralement. Au lieu de partir en tournée ou de m’enfermer dans des salles de répétition, je suis en haut d’un glacier ou au sommet d’une montagne, et Einar, comme je l’ai dit, vit à la campagne, il y est tous les jours. C’est la seule façon pour nous d’être honnêtes. Nous aurions pu essayer de former un groupe qui chante à propos de Satan, des guerres, de serpents ou d’autres conneries qui n’ont rien à voir avec notre réalité. Mais nous nous sommes dit que c’était notre manière d’être honnêtes, il s’agit de notre vie quotidienne. Je pense, et j’espère, que cette honnêteté se traduit dans notre musique et nos paroles. Même si je sais que la plupart des gens ne comprennent pas nos paroles, j’espère qu’ils peuvent entendre cette sincérité, qu’ils sentent que nous sommes nous-mêmes, que nous n’essayons pas d’être autre chose.

Il semble que l’Islande soit devenue une destination touristique populaire ces dernières années ; est-ce que tu crains que la nature en souffre ?

Oui, totalement. Je n’aime pas le tourisme de masse. Etant moi-même guide, je ne prends que des petits groupes. Je conduis ce qu’on appelle une « super jeep », en gros ce sont des SUV modifiés, donc je ne peux prendre que 6 ou 9 passagers au maximum. Je ne veux pas entendre parler des pratiques qui consistent à mettre 5000 personnes dans un bus. Quand chaque endroit est bondé de milliers de personnes, ça gâche l’expérience. Mais en même temps, qu’est-ce qu’on peut faire ? Je pense que tous ceux qui souhaitent profiter de la nature devraient être les bienvenus en Islande, mais malheureusement, on voit beaucoup de touristes qui viennent seulement pour mettre une croix sur leur liste de choses à faire « je suis allé là, j’ai fait ça, j’ai vu ça », et ils ne profitent pas de ce qu’ils voient ou ce qu’ils vivent. Donc oui, ça me préoccupe et je ne suis pas le seul, cela inquiète aussi au moins une partie de l’industrie du tourisme en Islande.

Etant donné son emplacement géographique, l’Islande paraît un peu isolée du reste du monde. Est-ce que tu penses que c’est la raison pour laquelle les artistes islandais sont généralement originaux et ont un son très différent ?

Oui je pense que c’est le cas. Tu parles avec quelqu’un qui a formé un groupe avant l’arrivée d’internet, et je connais tous les groupes de l’époque, donc je peux t’affirmer que nous n’avions pas beaucoup de contact avec le monde extérieur. Nous pensions que nous ne pourrions jamais vivre de notre musique et donc que nous pouvions faire ce que nous voulions. Nous n’avons pas à nous adresser à un public en particulier et je pense que ça détermine la personnalité des groupes islandais. Ça préserve leur individualité. Par la suite, quand un semblant de scène a commencé à se développer, des groupes de black metal jouaient avec des groupes de hardcore, des groupes de punk et des groupes de death metal ; tous les styles étaient mélangés. Je pense que ça crée plus de polyvalence. Parce que si les cinq membres d’un groupe de black metal écoutent uniquement ce style de metal, le résultat sera dans un black metal typique, il n’y aura aucune originalité. Je pense que la petite taille de l’Islande et son isolation ont eu un effet positif sur la scène musicale.

« J’espère que les gens apprécient notre musique pour ce qu’elle est et pas parce qu’elle est associée à un certain pays ou une certaine scène musicale. La valeur d’un groupe doit se mesurer à sa musique, rien d’autre. »

La scène metal islandaise attire beaucoup d’attention en ce moment ; qu’est-ce que tu penses de ça ?

Je n’en pense rien ! Ça ne me concerne pas donc ça ne m’affecte pas. Je suis content pour les groupes qui ont du succès mais je ne suis impliqué dans aucune scène musicale quelle qu’elle soit. J’ai coupé tous les liens que j’avais avec la scène musicale et je sais qu’Einar n’a jamais été concerné par ça non plus. Donc ça ne nous affecte pas, que ce soit d’une manière positive ou négative. C’est vrai que nous recevons de l’attention grâce au succès de la scène metal islandaise, mais ça vient avec un certain danger. Je pense par exemple à ce qu’il s’est produit avec la scène black metal norvégienne des années 90, où le seul critère requis pour être signé était d’être norvégien. Donc je ne considère pas forcément ça comme une bonne chose. J’espère que les gens apprécient notre musique pour ce qu’elle est et pas parce qu’elle est associée à un certain pays ou une certaine scène musicale. La valeur d’un groupe doit se mesurer à sa musique, rien d’autre.

Tu as déclaré que Katla est « un projet d’art holistique mêlant musique, poésie et art visuel ». Est-ce que tu peux m’en dire plus à propos de ta vision globale du groupe ? Comment ces différentes formes d’art s’entremêlent et interagissent ?

Je ne veux pas avoir l’air d’un con prétentieux, mais nous considérons que Katla est bien plus qu’un simple groupe. Un groupe se retrouve en salle de répétitions et joue de la musique, puis décide d’ajouter quelques paroles sur la musique histoire que le chanteur ait quelque chose à faire, ensuite ils partent en tournée et tout ce qui compte c’est de s’éclater. Le concept global qui entoure le groupe est très important pour nous. L’aspect visuel est tout aussi important que la musique ou les paroles, qui sont essentielles. J’aimerais que les gens puissent comprendre nos paroles parce que nous travaillons énormément dessus. Et en même temps, j’en reviens à ce que je disais plus tôt sur le fait que nous essayons d’être honnêtes envers nous-mêmes autant que possible : nous ne pouvons pas écrire en anglais, ça ne serait pas une expression honnête de ce que nous sommes. Tous ces éléments interagissent, ils viennent tous de la même source d’inspiration. Si tu en enlèves un de l’équation, le projet ne serait plus le même. C’est la raison pour laquelle j’ai dit que Katla est pour moi un « projet d’art holistique ». D’ailleurs nous aimerions creuser cette idée et faire plus que ce que nous faisons actuellement ; pas seulement de la musique mais inclure de la poésie et des arts visuels. Peut-être qu’un jour nous développerons plus le concept.

Est-ce que vous savez déjà de quelles manières vous le ferez ?

Nous avons quelques idées, oui. Rien de concret pour l’instant, donc je n’en dirai pas plus, je ne veux pas promettre des choses que nous ne ferons peut-être pas au final. Mais oui, nous avons quelques idées pour approfondir ce thème.

Si je ne me trompe pas, le titre de l’album se traduit par « l’amour d’une mère ». Qui est cette figure maternelle ? Qu’est-ce qu’elle représente ?

Le titre m’est juste venu à l’esprit un jour. Je me suis dit que ça ferait un bon titre de chanson et que ça devrait être celui de la chanson la plus heavy de l’album. Et puis je me suis rendu compte que ça ferait aussi un bon titre pour l’album donc j’en ai parlé à Einar. Je pensais qu’il allait dire « T’es fou ? C’est un titre stupide, ça ne fait pas black metal ! » [Petits rires] Mais heureusement, Einar et moi sommes sur la même longueur d’ondes pour ce genre de choses et nous avons conclu que c’était un titre très original et cool. Cependant le concept qui se cache derrière est bien plus sombre que ce qu’il laisse penser. Il n’y a pas de sentiment plus fort que l’amour qu’une mère a pour son enfant, c’est plus fort que toutes les autres émotions. Mais les paroles ont un côté plus sombre, elles parlent d’événements qui se sont passés en Islande pendant des siècles jusque dans les années 1900. A l’époque, les mères extrêmement pauvres étaient en fait forcées d’abandonner leurs enfants nouveaux nés dans la nature pour qu’ils y meurent. Donc le titre fait référence à un contexte très sombre. Nous avons essayé de faire dans l’émotionnel, d’imaginer ce qu’une mère qui se sépare involontairement de son enfant et le laisse mourir peut ressentir, les émotions qui traversent une personne dans cette situation. C’est totalement inimaginable. Nous pensions que ça devait être l’émotion la plus forte que quelqu’un puisse ressentir dans toute sa vie. Juste pour t’en dire un peu plus sur le contexte historique : à l’époque en Islande, les gens très pauvres comme les ouvriers dans les fermes par exemple, n’avaient pas le droit de se marier s’ils n’étaient pas propriétaires, et beaucoup d’entre eux ne pouvaient évidemment pas se le permettre. En gros c’était de l’esclavage mais sous un autre nom. Et puisqu’ils n’avaient pas le droit de se marier, ils n’avaient pas le droit non plus d’avoir d’enfant. Sauf qu’ils en avaient, et souvent, les femmes, sous la menace d’un châtiment – elles pouvaient même être condamnées à mort pour adultère -, devaient cacher leur grossesse et abandonner leur enfant nouveau-né dans un champ de lave le jour de sa naissance pour qu’il y meure. Imagine être obligé de faire ça. Donc voilà, c’est l’histoire qui se cache derrière le titre. Ce n’est pas aussi sympa que ce qu’il pourrait suggérer.

« Je ne veux pas avoir l’air d’un con prétentieux, mais nous considérons que Katla est bien plus qu’un simple groupe. »

A vrai dire, puisque la musique s’inspire de la nature, je pensais que cette « mère » était une référence à la nature.

On peut aussi l’interpréter comme ça. Chacun est libre d’interpréter le titre à sa manière. La chanson qui porte ce titre traite de ce sujet en particulier, mais ça ne veut pas dire que le titre de l’album doit être interprété de la même manière. Le titre de l’album fonctionne comme une sorte d’ombrelle englobant toutes les chansons. Il existe beaucoup d’amours maternels différents et l’un d’eux peut très bien être celui de mère nature ; la métaphore est également là. Ce n’est pas juste une chose précise, le titre est ouvert aux interprétations de chacun.

L’album évolue autour du thème de la famille et des générations. Que représente la famille pour toi ?

Elle est très importante. Je pense que ça explique pourquoi l’album a commencé à tourner autour de ce thème. Au départ, quand nous avons formé Katla, nous allions juste chanter à propos de la nature islandaise et sur le fait de se perdre quelque part sur un glacier et d’y mourir [rires]. Mais ensuite quand nous avons commencé à travailler sur l’album, différents thèmes nous sont apparus et la famille était l’un d’eux. Comme je l’ai dit, le titre parle de l’amour d’une mère pour son enfant mais aussi peut être de notre amour pour nos familles. Dans certaines sociétés le père est considéré comme le chef de famille mais dans beaucoup d’autres c’est la mère qui est vue comme la chef de famille, la matriarche, celle qui lie le tout ensemble. Nos familles ont été à nos côtés et nous ont réellement soutenu pendant toutes ces années, et nous avons pensé que ce serait sympa de les remercier en quelque sorte, de leur dédier cet album. Et il l’est véritablement, ce n’est pas juste quelque chose inscrit sur la pochette de l’album, il est vraiment dédié à nos familles. Notre inspiration nous vient aussi de là.

Sylvía Guðmundsdóttir, la sœur d’Einar, chante sur la chanson-titre, chanson sur laquelle on peut aussi entendre un enregistrement de ton arrière-grand-mère. Je suppose que c’est en lien avec le thème de l’album, que c’est une « affaire de famille » ?

Exactement. Nous étions très contents de pouvoir le faire. Ce n’était pas prévu, je suis tout simplement tombé sur des vieux enregistrements de mon arrière-grand-mère que ma mère avait et j’ai immédiatement pensé que ça pourrait être cool de les utiliser, même si je ne savais pas vraiment comment. Et puis nous avons écrit la chanson et c’est venu tout seul. D’ailleurs la chanson sur laquelle elle chante est liée aux paroles de la chanson éponyme. Dans cette chanson, la mère parle de son enfant en l’appelant « her little singing bird » (son petit oiseau chanteur, NDT), et le titre de la chanson sur laquelle mon arrière-grand-mère chante est « The Little Singing Bird », il y a donc une connexion parfaite entre les deux. C’est encore mieux avec ce lien familial. Nous savions dès le début qu’il nous fallait trois voix sur cette chanson : Einar est la voix de la figure d’autorité, la mort en personne peut- être ou une autorité terrestre, qui dit à la mère d’abandonner son enfant et de le laisser mourir. Ensuite il y a la voix de l’enfant qui pleure, pleine d’angoisse. Et enfin la voix de la mère. Nous avons décidé au dernier moment de demander à la sœur d’Einar d’être cette voix. Einar m’avait dit que sa sœur savait chanter mais elle n’avait jamais chanté en studio auparavant donc c’était sa toute première expérience. Le résultat est très bon et j’en suis ravi. Le fait que nous ayons pu en faire « une affaire de famille », si je peux dire, est très important pour nous.

D’où vient l’enregistrement de ton arrière-grand-mère ?

D’un album qui appartient à ma mère. Ça a été enregistré directement sur un disque qui tourne 78 fois par minute ; comment on appelle ça ? Tu sais, aujourd’hui on a les 33 tours et les 45 tours. A l’époque il y avait aussi des 78 tours. C’est directement enregistré là-dessus, donc il n’en existe qu’une seule copie. Ma mère l’avait mais je lui ai plus ou moins volé, il fait partie de ma collection maintenant. Voilà d’où ça vient, enregistré ici à Reykjavik en 1934. Je ne pense pas que mon arrière-grand-mère se doutait qu’elle finirait un jour sur un album de heavy metal écouté dans le monde entier [sourit].

Ton arrière-grand-mère était aussi une artiste ?

Oui, elle était chanteuse. D’ailleurs elle était un peu connue en Islande. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’elle était célèbre, l’Islande était un pays très isolé et petit en 1934, elle n’était pas mondialement connue. Mais je pense qu’elle était connue au sein de la scène musicale islandaise. Elle était une des rares personnes à avoir enregistré un album à cette époque. Tout le monde n’avait pas de Pro Tools dans sa chambre, ce n’était pas rien d’avoir fait un album en 1934 en Islande.

Est-ce que tu penses avoir hérité son esprit artistique ?

Oui, totalement. Ma mère l’a hérité de sa grand-mère et moi je le tiens de ma mère. Donc oui, il y a un lien direct.

L’artwork de l’album ressemble beaucoup à celui de l’EP The Crestfallen du groupe Anathema. Est-ce qu’il s’agit d’une simple coïncidence ?

Oui, c’est une coïncidence. Quelqu’un nous l’a fait remarquer quand nous avons révélé l’artwork. Pour être honnête, je l’avais déjà vu il y a de très nombreuses années mais je l’avais totalement oublié quand je travaillais sur l’artwork de notre album. Mais c’est vrai, il y a une ressemblance. Ça doit être inconscient, en tout cas ce n’est pas une décision consciente.

« Je considère Katla comme un groupe de metal. Peut-être pas de black metal, mais plutôt de brown metal, c’est pourquoi la pochette de l’album est marron [petits rires]. »

Qui est la fille que l’on voit sur l’artwork ?

C’est ma petite amie [petits rires]. Encore une fois, quand j’ai fait part de l’idée à Einar en lui disant « j’ai ce titre et je veux utiliser cette photo avec », j’ai cru qu’il allait répondre : « Vraiment Gummi, tu veux mettre ta copine sur la pochette de l’album ? » C’est quelque chose qu’un groupe de hair metal des années 80 ferait pour essayer d’impressionner leur petite amie, mais ce n’était pas du tout mon cas. Je suis photographe et ma petite amie m’a beaucoup servie de modèle, et elle pose aussi pour d’autres photographes, donc c’était naturel pour moi d’utiliser une de ses photos. D’ailleurs c’est une photo que j’avais déjà, je ne l’ai pas prise pour l’album. Quand nous avons commencé à réfléchir au concept de l’album et au titre, la photo correspondait parfaitement. Je suis très content qu’Einar l’ai vu, qu’il savait que je n’essayais pas de la mettre sur la pochette de l’album juste parce que c’est ma petite amie. Elle est aussi sur la pochette de notre 45 tours Ferðalok. Du coup je pense qu’il faudra mettre la femme d’Einar sur la pochette de notre prochain album, pour qu’on soit à égalité [rires]. Mais comme je l’ai dit, c’est une coïncidence. C’est simplement la personne avec laquelle je travaille le plus en tant que photographe.

Est-ce que tu aimes bien Anathema ?

Oui, j’aime bien. Ça fait une éternité que je n’ai pas écouté l’EP The Crestfallen, ce n’est pas ma période préférée du groupe, mais j’aime beaucoup certaines des choses qu’ils ont faites par la suite, même si je n’ai pas écouté leur dernier album. J’ai entendu dire qu’il était très pop, donc je ne sais pas. Pour être honnête, j’ai un peu perdu de mon intérêt pour ce groupe. Mais j’aime bien ce qu’ils ont fait dans les années 90 et 2000.

Bien que Katla ne soit pas un groupe de black metal, il y a quelques passages de l’album qui font écho à ton passé black metal – je pense notamment à la chanson « Hreggur » -, plus que ce que tu as fait avec Sólstafir ces dernières années. Est-ce que ces moments plus sombres et intenses te manquaient ?

Oui, Einar et moi avons consciemment pris la décision d’aller dans cette direction. C’est de là que nous venons et c’est ce que j’aime jouer et écouter, même si j’apprécie aussi le rock n’roll et la pop, je pense d’ailleurs que c’est bien d’avoir ces influences, dans une certaine mesure. Nous ne voulons nous limiter d’aucune façon. Nous sommes ouverts à un peu près tous les styles sauf le rap et le RnB [petits rires]. Mais je considère Katla comme un groupe de metal. Peut-être pas de black metal, mais plutôt de brown metal, c’est pourquoi la pochette de l’album est marron [petits rires]. Non, je ne sais pas. Katla se base sans aucun doute sur le côté sombres des choses, peut-être qu’on peut appeler ça du dark metal. Je ne sais pas. Tu devrais demander à Metal Archives, ils disent que nous ne sommes pas un groupe de metal [rires]. Un de nos amis a essayé d’y faire entrer notre groupe mais ils lui ont répondu « non, ce n’est pas du metal ». Donc je ne sais pas. D’après eux, Katla n’est pas un groupe de metal. Mais bien sûr que nous en sommes un ; pas forcément un groupe de black metal mais il y a assurément des influences dans notre musique.

Qu’est-ce que tu as contre le rap et le RnB ?

Est-ce que j’ai vraiment besoin de répondre ? C’est simplement de la très mauvaise musique. Allume la radio et dis-moi que tu n’as pas envie de te tuer en entendant ça ! Bien sûr, il y a toujours du bon dans la scène underground mais… Je ne sais pas, c’est juste un style de musique que je n’aime pas du tout. Je ne peux pas mieux l’expliquer. Ça ne m’attire absolument pas, et ça n’attire pas non plus Einar. Tout le reste, nous pourrions le faire, nous pourrions faire du bluegrass, de la country, du jazz ou même de la musique électronique. Nous aimons tous les deux beaucoup la musique électronique.

Tout à l’heure, tu as mentionné le fait qu’Einar habitait en Norvège quand vous avez fait l’album. Etant donné les circonstances, comment avez-vous réussi à créer cet album ensemble, à l’écrire et à l’enregistrer ?

Nous avons échangé des idées par mail. Einar a écrit la plupart de la musique, j’ai écrit la plupart des paroles mais j’ai aussi tenté de composer quelques trucs que j’ai envoyés à Einar. C’est un autre aspect de notre relation professionnelle que j’apprécie beaucoup : Einar est très ouvert à toutes les idées que je lui envoie. Je suis très mauvais à la guitare mais je peux quand même jouer un peu. Je lui ai envoyé ce que j’avais composé et quelques jours plus tard il m’a renvoyé son travail : il s’est basé sur ce que j’avais fait et l’a développé en quelque chose de bien plus abouti que ce que j’avais fait au départ. Lui aussi m’envoyait ses idées, des choses qu’il avait faites et nous les avons travaillées ensemble, nous avons modifié quelques petites choses. Einar est capable d’écrire deux chansons pendant que j’écris un riff de guitare donc il est forcément plus productif en ce qui concerne l’écriture de la musique. Mais aucune des chansons n’est entièrement de lui ou entièrement de moi, nous avons travaillé en équipe, nous avons coopéré. Donc peu importe qui a la guitare en mains, pour ainsi dire.

Il est aussi très ouvert d’esprit en tant que chanteur. Avec mon ancien groupe, j’écrivais la plupart des paroles, mais je savais très bien que je n’avais pas mon mot à dire en ce qui concernait les mélodies vocales. Einar n’est pas le genre de personne qui pense tout savoir et tout faire mieux que les autres, il est ouvert aux idées des autres. Nous sommes partis de ce que nous avions composé et nous l’avons modelé ensemble. Ça a été notre méthode de travail pour cet album. Peut-être que nous procéderons différemment pour le prochain parce qu’Einar a ré-emménagé en Islande. Donc peut-être que nous allons enfin avoir un endroit pour répéter et jouer un peu les chansons avant de les enregistrer. La seule chanson que nous avons jouée avant de l’enregistrer est la dernière sur l’album. J’avais écrit quelques parties que j’avais envoyé à Einar, il a ajouté quelques éléments à ce que j’avais fait et me l’a renvoyé, mais nous avions l’impression qu’il manquait quelque chose à la chanson, donc nous nous sommes retrouvés dans un garage pour jouer le long passage à la fin. Je suppose qu’on peut entendre la différence dans l’écriture, cette chanson-là est peut-être un peu plus déstructurée que les autres chansons. C’est probablement la différence entre deux personnes qui écrivent chacun de leur côté et une ambiance de groupe. Je ne sais pas, peut-être.

« J’ai ressenti une sorte de grand soulagement. Maintenant, je travaille avec quelqu’un qui accorde de l’importance à mon opinion, quelqu’un qui prend mes idées en considération, je n’ai plus à insister pour qu’on écoute ce que j’ai à dire. Ça m’a toujours demandé beaucoup d’efforts pour que mes idées soient prises en compte et acceptées dans Sólstafir. »

Cette interaction et collaboration directe ne te manquait pas ?

C’est une manière très différente d’écrire. Avec mon ancien groupe, nous écrivions tout ensemble dans la même pièce, aucun de nous n’est jamais arrivé aux répétitions avec une chanson entièrement écrite. Mais je sais qu’Einar a l’habitude de travailler différemment, ses autres groupes sont plus ou moins ses projets, donc c’est lui qui écrit tout. L’approche était différente avec Katla et j’ai trouvé que c’était très sympa et une très bonne méthode de travail. Evidemment, il se peut que le résultat soit un peu différent, mais est-ce que ça me manque de passer cinq heures par jour dans une salle de répétition puante ? Non, pas vraiment.

Comment est-ce que tu comparerais ton interaction artistique avec Einar avec ton expérience dans Sólstafir ?

C’est totalement différent. Comme je l’ai dit, Einar est bien plus ouvert d’esprit en ce qui concerne mes idées, il n’est pas égocentrique, c’est quelqu’un de vraiment très talentueux. C’est un des musiciens les plus talentueux que j’ai jamais connu et je ne dis pas ça juste parce qu’il est dans un groupe avec moi, c’est quelque chose que j’ai répété au fil des années. C’est un musicien extrêmement talentueux. Et pourtant il n’est pas prisonnier de son ego, il ne pense pas « je suis le meilleur de tous et mes idées sont toujours les meilleures et mieux que les vôtres. » Il accepte très bien que ses idées soient changées ou que quelqu’un fasse une critique. Par exemple, j’ai suggéré une mélodie vocale pour une des chansons et il a tout simplement dit « ouais, c’est cool, faisons comme ça ! » Honnêtement, je n’avais jamais vécu une relation professionnelle comme celle-là.

Est-ce que ça veut dire que les gars de Sólstafir sont égocentriques ?

L’un d’eux l’est, c’est sûr ! C’est assez facile de savoir lequel.

C’est intéressant parce qu’Addi nous a raconté que c’était étrange de faire un album de Sólstafir sans toi, car après vingt-cinq ans il avait l’habitude d’avoir ton avis. Est-ce que toi aussi tu as ressenti quelque chose d’étrange en collaborant avec quelqu’un d’autre ?

Non, pas vraiment. J’ai plutôt ressenti une sorte de grand soulagement. Maintenant, je travaille avec quelqu’un qui accorde de l’importance à mon opinion, quelqu’un qui prend mes idées en considération, je n’ai plus à insister pour qu’on écoute ce que j’ai à dire. Ça m’a toujours demandé beaucoup d’efforts pour que mes idées soient prises en compte et acceptées dans Sólstafir. Ce n’est plus le cas. Je ne pense pas que ce soit étrange. Je pense plutôt que c’est plus naturel. L’autre situation est étrange, celle dans laquelle une personne a tellement confiance en sa propre valeur qu’elle n’écoute pas les autres, ça c’est bizarre !

Est-ce que tu penses que c’est ce qui est à l’origine de cette distance qui s’est installée entre vous deux ?

Oui, en grande partie. Je ne veux pas trop m’étendre sur ce sujet, mais je peux te dire que c’est très difficile quand tu as un égocentrique qui essaye de tout contrôler et que tu essayes de te faire entendre, de faire entendre ton opinion. Je n’ai pas écouté le nouvel album de Sólstafir, mais je sais déjà comment il est, parce que je sais exactement quelle direction Addi prend quand personne n’est là pour lui dire non. Désormais, il n’y a plus personne dans le groupe qui va lui dire non. Il est le capitaine du navire et personne ne remet ça en question. Et d’après ce que j’ai entendu, beaucoup de gens ne sont pas très contents du nouvel album, je me demande pourquoi ! [Petits rires]

Généralement, quand il y a un problème au sein d’une relation, la faute est un peu dans les deux camps. Est-ce que tu reconnais avoir une part de responsabilité ?

Oui, bien sûr. Mais c’est tellement compliqué et il y a tant de choses que je n’ai pas révélées. Ce n’est pas dans mon intérêt de garder toutes ces choses derrières des portes closes ; je ne vois pas non plus l’intérêt de continuer avec ça, mais si je devais dire à tout le monde ce qu’il s’est passé dans le groupe pendant les cinq ans précédents mon départ… Je ne suis pas en train de protéger mes intérêts en restant silencieux. Je pense qu’ils savent que s’ils venaient à en parler un jour – ce qu’ils n’ont jamais fait d’ailleurs, ils n’ont jamais donné aucune explication -, je serai en mesure de répondre à tout ce qu’ils pourraient me reprocher. Sans donner trop de détails, je peux te dire que si tu penses que le harcèlement n’existe qu’à l’école, tu te trompes complètement. Ça arrive aussi à des adultes, et je me suis retrouvé dans cette situation pendant quelques années : tout ce que je disais et faisais était vu comme mauvais et négatif, peu importe ce que j’essayais de dire. En gros c’était du harcèlement de cour d’école.

« Je n’aime pas passer tout ce temps dans les aéroports, les bus dégueulasses, les minuscules loges insalubres… Tout ça ne m’attire pas. Faire des concerts, être sur scène, ça c’est génial mais ça ne dure que quarante-cinq, soixante, quatre-vingt-dix minutes sur vingt-quatre heures [petits rires]. Le reste du temps est d’un ennui mortel ! »

Tu viens de dire qu’ils n’ont jamais donné d’explication pour ce qui s’est passé, mais en réalité, ils l’ont fait : Addi m’a raconté sa longue version des faits la dernière fois que nous l’avons interviewé (note : nous lui faisons un résumé de ce que Addi a partagé avec nous).

Il y a beaucoup de demi-vérités, de faits erronés et de mensonges malveillants dans ce qu’il t’a dit, les choses ne sont pas si simples. Je ne sais pas si je me sens d’en parler maintenant, parce que je n’en vois pas l’intérêt, mais comme je l’ai dit tout à l’heure, je ne reste pas silencieux pour me protéger ; ça ne concerne pas juste moi et le groupe, d’autres personnes sont impliquées et je ne pense pas qu’elles veulent se retrouver mêlées à tout ce bordel. Je pourrais donner tous les détails mais ça prendrait une éternité. C’est une très longue histoire qui remonte à longtemps, bien avant ce qu’il dit. Je pense même que ça a commencé avant 2010, en 2008 quand il a commencé à consommer de la cocaïne tous les jours et à faire beaucoup de choses immorales et malhonnêtes. Je ne sais pas si tu sais comment c’est d’avoir affaire à quelqu’un qui prend de la cocaïne tous les jours. C’est l’enfer ! Soit la personne est défoncée, soit elle est dans la redescente le jour après le pic de drogue, et là tu te rends compte qu’en fait il vaut mieux lui parler quand elle est défoncée ! Parce qu’au moins… Je ne sais pas, la cocaïne fout le bordel dans la tête des gens. Je peux te dire que c’est la pire des drogues. La personnalité des gens qui consomment de la cocaïne tous les jours change, et c’est compliqué de revenir en arrière, même s’ils arrêtent d’en consommer. Je suis sûr que tu connais quelqu’un ou quelqu’un qui connait quelqu’un qui en prend, et tout le monde te dira la même chose : c’est une drogue horrible et elle change ta personnalité, et c’est ce qu’il s’est passé. Il a fait beaucoup de choses qui n’étaient pas honnêtes envers moi ou le groupe. C’est là que les problèmes ont commencé.

L’une des choses que lui et Svavar, le bassiste, m’ont faite remonte à 2008 je crois : je sortais avec cette fille et elle m’a trompé avec les deux, pas en même temps mais avec les deux. Donc s’ils racontent des trucs à propos de problèmes de relations personnelles [petits rires]… Ce qu’ils m’accusent de faire, ils l’ont fait avant et à un niveau supérieur. Si ce qu’Addi dit sur moi était vrai, est-ce que tu penses qu’une personne comme Einar travaillerait avec moi ? Il y a beaucoup de choses qui n’ont pas été dites et il a eu beaucoup plus d’opportunités que moi de dire les choses publiquement. Quand une personne dit des choses sur une autre personne qui n’est pas présente, tu peux être sûr que ce ne sera que la moitié de la vérité et des informations erronées. Peut-être qu’un jour je me poserais et j’écrirai toute l’histoire, et je t’assure que ce ne sera pas beau à voir !

Pourquoi est-ce que les autres sont restés avec Addi s’il avait des problèmes de drogues ?

C’est très dur d’expliquer la dynamique d’un groupe qui existe depuis si longtemps. Dans ce genre de situation, il y a toujours quelques personnes qui ont le contrôle et quelques personnes qui ne sont que des passagers. Addi et moi avions le contrôle ; par exemple, j’étais le seul dans le groupe à écouter du post metal, du post rock comme Godspeed You! Black Emperor, Neurosis, ce genre de choses, donc c’est moi qui ai poussé le groupe dans cette direction qu’il a suivi plus tard. Au final, Addi ne supportait pas de partager le contrôle avec moi. Mais peu importe ce qui allait se passer, les autres n’étaient que des passagers suivant le mouvement. Pas musicalement, mais en ce qui concerne les prises de décisions. Donc c’est pour ça. Je ne peux pas vraiment mieux l’expliquer, mais si tu les rencontres un jour, si tu leur parles, tu comprendras ce que je veux dire.

Tu as dit n’avoir aucune intention de faire une tournée avec Katla pour promouvoir cet album. Pourquoi ?

Parce que nous n’avons pas le temps. Nous ne sommes que deux et nous n’avons pas le temps de trouver des musiciens et de répéter. Honnêtement, ça ne me manque pas d’être sur la route. J’adore être sur scène mais je n’aime pas passer tout ce temps dans les aéroports, les bus dégueulasses, les minuscules loges insalubres… Tout ça ne m’attire pas. Faire des concerts, être sur scène, ça c’est génial mais ça ne dure que quarante-cinq, soixante, quatre-vingt-dix minutes sur vingt-quatre heures [petits rires]. Le reste du temps est d’un ennui mortel ! Et puis nous avons tous les deux une famille. Etre loin de sa famille, rentrer à la maison avec peu d’argent… Je veux être en mesure d’offrir une vie convenable à ma famille. Donc ce n’est pas une option. Nous préférons avoir une vie normale et avoir les moyens de subvenir aux besoins de nos enfants plutôt qu’être sur la route à essayer d’être des rockstars à quarante ans passé [petits]. Nous ne sommes plus tout jeunes ! La réalité finit par te rattraper.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Nous n’en avons pas ! Nous verrons. De toute façon ce n’est pas possible de prévoir l’avenir. Ce qui doit arriver arrivera. C’est à peu près la seule chose que j’ai apprise dans ma vie : si tu fais des projets, les choses ne se passeront pas forcément comme tu l’avais prévu ou planifié. Donc nous verrons. Nous ne nous inquiétons pas de ça.

Interview réalisée par téléphone le 28 octobre 2017 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Lison Carlier.

Page Facebook officielle de Katla: www.facebook.com/katla.band.

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  • Interview au top. Comme d’habitude avec Radio Metal 🙂
    Sur le sujet Solstafir, c’est intéressant d’avoir les 2 points de vue. Pas étonnant que chacun défende sa vision de la rupture. Les relations ne peuvent pas être au beau fixe toute la carrière d’un groupe, la gestion d’ego est un enfer.
    L’essentiel reste la musique, les histoires perso ont peu d’intérêt et desservent l’oeuvre la plupart du temps (autre ex : Ghost et les liens entre T.Forge et les musiciens).

    Bref, allons écouter Katla à défaut de les voir 😉

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