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Interview   

Kiko Loureiro (Angra) ouvre la porte de son jardin secret


Angra entre dans une nouvelle ère, pour reprendre le titre d’une chanson de son album Rebirth (2001), même si le guitariste Kiko Loureiro, dans l’entretien qui suit, réfute toute similitude avec les circonstances de cette époque. Il n’empêche que le combo brésilien a été ébranlé par deux changements majeurs : le départ du chanteur Edu Falaschi et du batteur emblématique Ricardo Confessori, qui s’éclipse pour la seconde fois mais cette fois-ci dans des circonstances plus amicales.

Et les changements, il faut savoir les prendre comme des opportunités. L’opportunité de découvrir de nouveaux talents, comme le jeune batteur Bruno Valverde. L’opportunité de dévoiler des potentiels, comme la polyvalence dont fait preuve le nouveau chanteur du combo Fabio Lione, pourtant déjà réputé. L’opportunité de concrétiser de vieux désirs, comme celui du guitariste Rafael Bittencourt qui donne très largement de la voix sur le nouvel opus du combo, Secret Garden. L’opportunité de chercher « de nouvelles façons de faire de la musique », sans pour autant perdre de vue l’essence du groupe – une notion chère à Loureiro. Une fois de plus Angra se reconstitue et poursuit sa route avec de nouvelles têtes, transmettant la flamme et restant fidèle à lui-même, à ses aspirations et à sa passion pour la musique qu’il créé. Et au bout du compte, c’est certainement pour ça que son public s’est toujours accroché à lui.

Loureiro revient avec nous sur ces deux dernières années, nous livre ses sentiments et sa vision du groupe, avant d’entrer plus en détail dans le nouvel album et ses petits secrets. Un entretien décontracté pendant lequel nous avons échangé une heure durant avec le toujours aussi charmant guitariste. De quoi rassasier les fans en réponse aux questions qu’ils doivent se poser !

« Le groupe, le concept du groupe, c’est quelque chose qui doit être bien plus grand que les individus qui le compose. »

Radio Metal : Depuis 2012 Edu Falaschi et Ricardo Confessori sont tous les deux partis. Comment avez-vous réagi à ces départs ?

Kiko Loureiro (guitare) : Ce n’était pas tout à fait au même moment. C’est d’abord Edu, le chanteur, qui est parti et c’était quelque chose dont nous parlions depuis un bon moment. Donc, lorsque c’est arrivé, ça s’est fait de manière très naturelle. Nous le savions et nous en parlions beaucoup en coulisses, nous discutions des possibilités. Ce n’était donc pas une surprise. Il arrive parfois que quelqu’un dans un groupe décide de partir et se contente d’annoncer son départ, mais dans le cas d’Edu, nous en avons discuté pendant longtemps pour trouver le bon moment pour que ça puisse se produire. Après, pour Ricardo, c’était un peu la même chose, mais il a joué avec nous jusqu’au mois de mai de cette année (NDLR : interview réalisée fin 2014), lorsque nous avons donné quelques concerts. Nous avons fait un DVD live l’année dernière et une tournée d’anniversaire d’Angel’s Cry [avec lui] ; il a fait toute la tournée avec nous. Mais je dirais que c’était plus une décision liée à des raisons familiales. Nous n’avons aucun problème avec Ricardo. La vie en tournée, lorsque tu as une famille, est parfois difficile. Parfois, si tu dois beaucoup voyager, il y a des décisions à prendre et dans son cas, il avait un bébé alors il a dit [qu’il ne pouvait pas continuer]. Et puis ça implique de devoir beaucoup s’entraîner, beaucoup jouer, beaucoup voyager… C’était juste difficile pour lui. C’était une décision commune également. Ce n’était pas un gros problème.

Tu viens de dire que vous aviez depuis longtemps parlé avec Edu de son départ du groupe, mais de quoi parliez-vous exactement ? Est-ce que son départ a quelque chose à voir avec son communiqué qu’il a publié quelques mois auparavant au sujet de ses capacités vocales ?

Ouais, ouais, tu sais, il avait des difficultés avec sa voix. Ça faisait quelques années qu’il était malade, avec de bonnes périodes et de mauvaises périodes. C’était dur pour tout le monde, pour tout le groupe. [Nous parlions de] comment faire face à cette situation. Car il y avait beaucoup de pression de la part des fans, même par rapport au planning : tout le groupe voulait faire des concerts, enregistrer des albums, etc. Ce genre de choses. Avec cette pression, nous nous sommes demandés : « Devrions-nous nous arrêter et attendre qu’il se rétablisse ? » Et ensuite il disait qu’il allait bien… C’était difficile de trouver une solution. Alors nous avons décidé : « Dans quelques mois, tu annonceras que la relation n’était plus bonne à cause de ces choses et d’autres… » Mais nous savions ; ce n’était pas une surprise. Nous parlions pour trouver la meilleure solution au problème. Je crois que maintenant il est complètement guéri, mais je ne sais pas vraiment.

Y a-t-il eu des doutes à un certain point quant au futur du groupe, dans la mesure où c’est la seconde fois que le combo doit changer de chanteur ?

Je crois que ça a plus à voir avec la passion de continuer à faire ce que nous aimons faire avec le groupe. Nous avons cette passion pour le groupe [qui nous empêche] de l’abandonner. Nous laissons faire les choses et faisons ça librement. Après, nous avons réfléchi si nous devions trouver un autre chanteur ou arrêter le groupe pendant un moment ou… Et ensuite nous avons donné un concert avec Fabio. Il n’y avait en fait qu’un seul concert de prévu et nous avons invité Fabio. C’était la croisière du 70 000 Tons Of Metal qui part de Miami aux US. Nous avons demandé à Fabio de nous rejoindre pour ce concert, en tant qu’invité, car nous voulions faire ce show. Ça s’est très bien passé, sans accro, c’est un super professionnel, une super voix. Non seulement nous avons trouvé ça bon, mais les promoteurs et les fans aussi. Ils voulaient voir Angra avec Fabio. Nous avons donc commencé à recevoir de nombreuses offres pour des festivals ou concerts. Alors nous avons demandé à Fabio s’il voulait faire quelques concerts supplémentaires. C’était très organique et naturel. C’est juste qu’on ressentait un bon feeling en jouant ces chansons.

L’année dernière vous avez sorti l’album live des 20 ans d’Angels Cry. Comment s’est passé cette tournée en fait ? Est-ce que ce n’était pas étrange dans la mesure où le groupe était en plein milieu d’un grand changement ? A ce stade Fabio était encore considéré comme un invité je crois…

Le changement ne concernait qu’une personne : c’était Fabio, parce que Ricardo… En fait Ricardo n’a de toute façon pas enregistré Angels Cry mais il avait fait la tournée de l’album, il était là à cette époque. Ensuite, Felipe, le bassiste, est dans le groupe depuis quatorze ans, il est déjà, plus ou moins, un ancien membre, mais il n’était pas là pour l’enregistrement d’Angels Cry. Il n’y avait que Fabio qui n’était pas un membre d’origine mais nous n’avions pas d’autre option. En fait, nous avons essayé de contacter André Matos, le chanteur d’origine, mais il ne voulait pas le faire. Et nous ne pouvons pas attendre une décision basée sur les souhaits de quelqu’un d’autre. Comme je l’ai dit, c’était très naturel : nous n’avons pas décidé de faire plein de concerts et un DVD, nous avons commencé à recevoir de nombreuses demandes pour des concerts et ça a conduit à faire une tournée. Ensuite, pendant la tournée, nous avons eu le sentiment qu’elle allait être bonne et le dernier concert allait se faire à São Paolo, notre ville, donc nous avons décidé : « Pourquoi ne pas filmer ce concert ? » L’idée s’est développée pendant la tournée. C’était fou parce qu’il fallait travailler rapidement pour prendre contact avec l’équipe de tournage et tout, mais de nos jours ce n’est pas si compliqué que ça. La salle était bonne, nous la connaissions, nous étions dans notre ville, nous connaissions du monde qui pouvait nous aider, l’équipe de tournage était sympa… Ce n’était donc pas très compliqué de mettre en place le shooting du DVD. C’était très naturel dans la mesure où nous voyions que nous étions très bien acceptés avec Fabio pendant les concerts brésiliens et en Amérique du Sud. Évidemment la solution idéale aurait été d’avoir tous les anciens membres pendant le show, mais ce n’est pas possible. Donc, si ce n’est pas possible, ce n’est pas possible. Et Fabio est un super chanteur et performeur. Et nous avons besoin de gens qui veulent travailler pour le groupe. Nous avons besoin de gens qui ont une passion pour le groupe. Peu importe si le gars joue dans le groupe depuis un an ou dix ans. Autrement, si tu prends un ancien membre qui ne s’implique pas, ça ne fera que détruire le groupe. C’est ce que me dit mon expérience.

Mais qu’est-ce qui rendait impossible d’impliquer les anciens membres ?

Eh bien, ils ne voulaient pas.

Mais pourquoi ne voulaient-ils pas prendre part à seulement un concert ?

Parce qu’ils ne veulent pas [petits rires] ! Ils ont juste dit qu’ils ne voulaient pas. Et ensuite… Ils ne voulaient pas, qu’est-ce que je peux y faire ? Tu vois ? S’ils ne veulent pas jouer, je dois le respecter. Il faut juste que je le respecte ; je n’ai pas besoin de comprendre pourquoi. Personne n’a à comprendre pourquoi. Il faut juste le respecter. Je trouve que ce serait sympa de donner un concert spécial. Ce serait bien. Mais je comprends aussi que c’est quelque chose qui appartient au passé, c’était il y a longtemps, et peut-être est-ce mieux que ça reste dans le passé, comme c’était. Peut-être que si nous essayons de faire à nouveau ce que nous faisions il y a vingt ans, personne ne pourra certifier que ce sera aussi bien qu’avant. Alors autant ne pas le faire. Si nous ne pouvons pas le faire de la bonne façon, avec tout le monde vraiment impliqué, passionné et avec la volonté de travailler dur pour faire quelque chose de bien, c’est mieux si nous ne le faisons pas ou si nous le faisons avec les gens qui ont aujourd’hui la passion pour le groupe et la musique. Je crois que seuls des psychologues pourraient expliquer ça, pas moi [rires]. C’est mon point de vue.

« Nos mains reviennent aux mêmes endroits […]. C’est comme la gravité […]. Tu dois donc beaucoup travailler pour rééduquer tes mains, rééduquer ton cerveau, pour faire des choses différentes. « 

Mieux vaut aller de l’avant…

Ouais, ouais, juste aller de l’avant et respecter le fait que les gens, parfois, ne veulent pas vivre dans le passé. Nous non plus d’ailleurs. Nous n’avons fait qu’une tournée. C’était une bonne chose de célébrer et parler de l’album mais ce que nous célébrons véritablement c’est le groupe, pas seulement un album. Et maintenant nous avons un nouvel album et de nouvelles façons de faire de la musique. Au final, ce que je veux vraiment, c’est apporter de la musique que les gens peuvent apprécier, accrocher, aimer et chanter par-dessus et qui peut aider des gens à passer de meilleurs moments dans la vie. Nous sommes les créateurs de cette industrie, n’est-ce pas ? Les compositeurs, les musiciens et les artistes, ce sont les créateurs de cette industrie. Sans les groupes, les créateurs, les compositeurs, rien n’existerait. Alors nous continuons à faire ça parce que si chaque compositeur et chaque groupe arrête de faire ça, l’industrie disparaîtra, n’est-ce pas ? C’est notre passion : apporter nos chansons aux gens.

Et avec ces concerts, étiez-vous surpris de voir qu’il y avait toujours un tel engouement pour le groupe, peu importe qui est derrière le micro ?

Ma réponse sera peut-être un peu prétentieuse : chaque membre du groupe est très important et utilise sa patte musicale pour créer le style et le son, mais le groupe, le concept du groupe, c’est quelque chose qui doit être bien plus grand que les individus qui le compose. Paul McCartney, John Lennon, etc. ils sont super et incroyables, mais les Beatles est quelque chose de bien plus grand que les individus. C’est pareil pour les Rolling Stones. Ce sont des groupes emblématiques. Ils sont plus grands que n’importe qui dans ces groupes qui ne sont que des êtres humains. Lorsque ceux-ci seront partis, les groupes resteront. Tu vois ce que je veux dire ? C’est comme AC/DC aujourd’hui, avec les changements dans le line-up, les problèmes… AC/DC est intouchable ! C’est AC/DC. Ils ont fait l’histoire. Ils ont fait le son, le concept, l’image, c’est comme une marque, un mouvement, c’est plus grand que tout. Evidemment, les proportions sont différentes, je ne dis pas qu’Angra est comme les Beatles, mais il est important d’avoir cette mentalité. Le groupe doit être plus grand que les individus. Les individus sont là pour aider le groupe à être à tout moment remarquable, plus gros et plus grand. Si tu apportes un super chanteur qui fait un super album et contribue à l’histoire du groupe, alors c’est génial !

Le groupe doit avoir un concept et une essence qui ne changent jamais, et c’est ça la partie difficile. Lorsque les gens écoutent le groupe, il faut qu’ils soient là : « Oh, ça sonne comme Angra. » Est-ce que tu connais un gars dénommé Olivier Garnier (ndlr : aujourd’hui chargé de promotion du Hellfest et créateur de Replica Promotion) ? Bien sûr, n’est-ce pas ? Ok, donc je me souviens lorsque le line-up avait changé, c’était en 2000, il y a très longtemps, et Olivier était un grand partenaire du groupe ; il nous a beaucoup aidé à promouvoir Angra en France pendant les années 90, et il était un grand fan du groupe – il avait créé sa boite qu’il avait appelé NTS, ce qui voulait dire « Nothing To Say », en référence à notre chanson. Ensuite, lorsque nous lui avons dit que nous allions conserver le groupe Angra mais avec un line-up différent, il n’était pas d’accord et était contre ça. Il disait : « Si trois membres du groupe quittent le groupe, vous ne pouvez pas garder le groupe. » C’était son point de vue à l’époque. Nous respections vraiment son opinion et nous avons vraiment pensé à changer le nom du groupe à l’époque. Mais ensuite, nous lui avons envoyé notre démo de cinq chansons. Lorsqu »il l’a écouté, il a dit : « C’est Angra, gardez le nom. » Donc, la raison pour laquelle je te raconte cette histoire, c’est pour expliquer que tu peux parfois changer les membres tout en conservant l’essence du groupe. Bien sûr, la voix est quelque chose de très déterminant, parce qu’il est très facile de s’y identifier, et parfois c’est difficile [de la changer]. Mais si tu gardes l’essence du son, du concept, de l’image et tout, c’est ce qui compte et c’est ce que nous avons essayé de faire. C’est comme lorsque tu écoutes Yes, ils ont changé de line-up ici et là, mais Yes reste Yes. Donc, aujourd’hui, nous avons une nouvelle voix, mais nous voulons l’utiliser pour aller de l’avant et changer un peu l’environnement sonore du groupe. Nous conservons la tradition et l’essence mais en apportant quelque chose de neuf, de frais et de moderne. C’est très difficile de trouver cet équilibre. Très difficile. C’est ce que nous avons fait avec Secret Garden et j’espère que les fans, la presse et tout le monde l’apprécieront et le comprendront. Car, au final, ce qui compte vraiment c’est le fait de s’amuser, d’apprécier la musique et d’en retenir quelque chose.

Et penses-tu que toi et Rafael, qui êtes dans le groupe depuis le début, soyez en fait responsable de l’essence d’Angra, dans la mesure où le groupe n’a pas beaucoup changé dans son essence, musicalement ?

Non, je ne suis pas d’accord avec ça. Nous en parlons beaucoup. Angra est quelque chose déconnectée de moi et Rafael. Donc quiconque arrive dans le groupe doit comprendre l’essence et travailler pour elle. Maintenant, ça n’a plus d’importance qui est dans le groupe. C’est une question de comprendre l’essence et de travailler pour elle. Tu vois ce que je veux dire ? Ça n’a donc pas à voir avec moi et Rafael. Evidemment, moi et Rafael avons été dans le groupe depuis si longtemps que nous comprenons cette essence, nous savons ce que nous voulons et pouvons l’expliquer à de nouveaux membres. Comme je l’ai dit, Felipe est dans le groupe depuis quatorze ans, donc il sait. Et il est très naturel de changer, car nous changeons en tant que personnes, nos vies changent… J’avais dix-neuf ans à l’époque et désormais j’en ai quarante-deux, donc je suis une personne complètement différente. Il faut que nous utilisions ces changements pour le meilleur. Bien sûr, moi et Rafael avons l’histoire et l’expérience, donc nous pouvons dire : « tu te souviens lorsque nous avions vingt-et-un ans, nous avions fait ça et ça paraissait super et ça fonctionnait, alors essayons de garder cette flamme… » Quelque chose du genre ; parfois nous avons ce type de conversation. Même Fabio, il est très expérimenté également et il connaît Angra, et c’est quelque chose qui nous a vraiment aidés aussi. Même Edu, un autre gars qui a rejoint le groupe plus tard… Ils étaient comme des fans du groupe, ils respectaient le groupe, ils aimaient le groupe, ils connaissaient l’histoire du groupe… Mais ils regardaient le groupe avec un regard extérieur et lorsqu’ils y entrent, ils ont beaucoup de choses à dire et à apporter parce qu’ils ont ce regard extérieur. Ça aide beaucoup. Parce que lorsque tu es à l’intérieur, parfois tu ne vois pas les erreurs, tu ne vois pas très clairement le message que tu transmets, c’est donc très important d’avoir de nouvelles personnes qui arrivent et font part de ce regard extérieur. J’aime ça. Et ensuite tu combines ça avec le regard intérieur et essayes d’amener le groupe à un autre niveau.

Pour la première fois, vous avez un membre non-brésilien, Fabio étant italien. Et il est aussi dans un autre groupe très actif, Rhapsody Of Fire. Donc est-ce que ça ne complique pas un peu le travail ensemble ?

Oui. Clairement, oui. C’est bien sûr plus facile lorsque tu dois répéter avec le gars d’à côté mais le plus organisé tu es dans un groupe, le mieux c’est. C’est sûr que c’est plus couteux si tu veux faire juste un concert, alors parfois tu dois refuser des offres pour un seul concert, dans la mesure où ça représente plus d’effort pour Fabio et pour moi, vu que j’habite à Los Angeles. Il faut que nous soyons organisés et prévoir à l’avance, et faire de vraies tournées pour que nous puissions prendre l’avion, aller dans la première ville, jouer et repartir. Donc si tu es bien organisé, ça va à peu près. Evidemment, ce serait plus facile que ce soit comme dans le bon vieux temps, avec le groupe qui vit dans une maison, tout le monde ensemble… Mais ce n’est plus ainsi. Jusqu’ici, nous avons travaillé pendant deux ans depuis la croisière, mais ça fait surtout un an et demi d’affilée, mais ouais, ça a bien marché. Parfois ça demande de faire des efforts supplémentaires, tu fais de longs voyages ou c’est un peu plus cher ici et là, mais ça va, c’est cool, tout le monde peut garder sa famille, sa maison et vivre où il veut. En fait, beaucoup de groupes sont dans ce cas, si tu regardes bien : ils vivent dans différentes villes et ils ne veulent pas déménager de chez eux.

« Nous avons donc un chrétien, un athée, etc. Dans ce petit groupe de gens, tu as différentes manière de penser de ce point de vue et nous vivons ensemble strictement sans aucun problème et nous nous respectons. »

Mais j’imagine qu’il y a aussi des problèmes de planning entre les deux groupes…

Pas encore. Au début nous y pensions, bien sûr, et ensuite nous avons dit : « On verra ! » On se laissait aller, tu sais. Nous ne savions pas jusqu’où nous irions. Maintenant nous avons fait un album, donc il y a plus d’engagement. J’en ai parlé avec Fabio. Rhapsody Of Fire ne fait pas toujours de longues tournées. Et jusqu’à présent ça a bien fonctionné. Tout le monde, en tant que musiciens, a d’autres choses. Je fais aussi beaucoup de trucs de guitare, je prends des cours de business musical, j’ai mes album solo, et tous ces trucs qui prennent du temps. Et puis on essaie de planifier ça correctement. Si tu es vraiment organisé, tu peux y arriver. Ce n’est pas un problème.

Tu as dit que vous ne saviez pas jusqu’où vous iriez. Est-ce que ça veut dire que vous n’êtes pas encore sûrs, par exemple, que Fabio est bel et bien intégré au groupe ?

Non mais ce sont des questions que je me pose et j’ai le sentiment que c’est quelque chose que les gens se demandent, tu sais. Les Beatles [étaient actifs] pendant quelque chose comme sept ou huit ans, et parfois tu vois des groupes comme U2 ou Rush qui sont ensemble depuis quarante ans. Et parfois je me demande : « Vais-je faire Angra jusqu’à mes soixante ou soixante-cinq ans, comme dans la chanson des Beatles ? » Ou c’est comme Paul McCartney qui joue toujours, il a quelque chose comme soixante-dix ans, je ne sais pas quel âge il a. Parfois je me pose ces questions, pas à propos de Fabio mais à propos de la longévité du groupe et de notre carrière, à jouer ce type de musique. Parfois nous nous amusons de ça, parce que nous jouons tout ces trucs compliqués : « Pendant combien de temps allons-nous avoir l’énergie de jouer ça ? » [Petits rires] Nous ne jouons pas du reggae ou un truc cool et relax…

Le batteur Bruno Valverde a fait partie de ton groupe solo ces derniers temps. Etait-il donc un choix évident pour Angra pour cette raison ?

Oui. J’ai fait un album solo avec Virgil Donati qui est un des meilleurs batteurs. Et ensuite j’avais besoin d’un batteur pour jouer quelques concerts parce que Virgil a un agenda compliqué également qui ne lui permet pas de partir un peu partout, il a ses trucs. J’ai fais quelques concert avec lui mais ensuite j’ai trouvé Bruno parce que c’est un incroyable batteur, très mature. Nous avons joué ensemble pendant un moment, peut-être un an ou un an et demi. Ce n’est pas qu’une question de jeu parce que lorsque tu as un groupe, tu as besoin d’un gars qui joue bien mais aussi avec qui il est agréable de voyager et qui est une bonne personne, quelqu’un en qui tu peux compter et dont tu es certain de son engagement au travail. Bruno était comme ça. Je le connaissais, il était bon et chaque fois je découvrais quelle bonne surprise c’était de l’avoir trouvé. Et puis lorsque Ricardo était là : « Je ne sais pas si je reste parce que je dois beaucoup voyager, j’ai une famille et tout… » Et alors j’ai dit : « Tu sais, Ricardo, il faut que tu décides parce que si tu ne veux pas, il faudra que nous trouvions quelqu’un d’autre. » Et Bruno était là, du coup c’était plus facile de lui demander tout de suite, dans la mesure où je jouais déjà beaucoup avec lui.

La première chanson du nouvel album Secret Garden s’intitule « Newborn Me » (NDT : « Moi, nouveau-né »). Du coup est-ce que ça vous donne le sentiment d’une renaissance pour Angra, exactement comme en 2001 ?

Non, je n’ai pas ce sentiment. Je ne ressens vraiment pas ceci. Je crois qu’en 2001, les changements étaient plus agressifs. A cette époque il y avait beaucoup de bagarres et de discussions, les gars avaient un autre groupe… C’était bien plus intense. Et ensuite, lorsque nous avons fait un nouvel album, nous avons investi toute notre énergie pour montrer que nous étions de retours et prouver que nous pouvions le faire par nous-mêmes. Cette fois-ci, je n’ai pas ce sentiment. C’est bien plus serein. C’est plus comme une continuité du travail et de l’héritage, apportant de bons albums aux gens qui aiment ce type de musique.

Alors cette chanson n’est pas tant une métaphore pour le groupe comme avait pu l’être l’album Rebirth (NDT : « Renaissance ») ?

Tu peux le lire de cette façon, si tu veux. Mais je parle juste de ce que je ressens, en comparaison de lorsque Rebirth était sorti. C’est totalement différent. Nous essayons d’apporter quelque chose de nouveau par rapport à la musique et non pas de montrer que nous pouvons nous en sortir, comme nous l’avons fait avec Rebirth. L’album sonne différent de ce que nous avons fait dans le passé. Donc nous voulions utiliser ce changement, avec Fabio dans le groupe, en étant plus matures pour apporter quelque chose qui sonne différent. Nous avons choisi une autre manière de travailler avec la production – tu vas certainement m’en parler plus tard – avec Jens Bogren et Roy Z, avec l’accordage des guitares, avec Rafael qui chante un peu, avec Fabio qui chante, avec l’artwork dessiné à la main et plein de petites choses que nous avons essayé d’amener dans le groupe comme de nouveaux éléments que nous n’avions jamais eu avant. En ce sens, c’est un nouveau-né.

En fait, plus tôt au cours de notre entretien tu as dit que vous aviez « de nouvelles façons de faire de la musique ». Du coup, quelles sont ces nouvelles façons de faire de la musique et comment avez-vous, comme tu l’as dit, mis à profit ces changements dans la musique ?

Ca rentre plus dans la partie composition. La manière dont tu composes et utilises ta créativité… Parce que, regardons les choses en face, nous avons fait beaucoup d’albums et tu as deux options : te copier ou essayer de faire quelque chose de nouveau. Nous ne voulons pas nous copier mais nous voulons conserver l’essence. Et la frontière est mince entre le fait de copier ce que tu as déjà fait et faire quelque chose qui ressemble à ce que tu as déjà fait mais dont les gens peuvent quand même admettre que c’est différent. C’est donc difficile. Et pour le groupe, c’est à ce stade que nous parlons le plus. Nous parlons plus que nous jouons. Nous parlons de ce que devrait être cet équilibre. Et ensuite, lorsque tu joues, lorsque tu improvises avec les autres gars et tu t’amuses avec les idées, nous commençons toujours avec quelque chose que nous n’avons jamais fait auparavant et ensuite l’essence naturelle et les éléments naturels du passé reviennent automatiquement parce que ça fait des années que nous jouons les vieilles chansons. Nos mains reviennent aux mêmes endroits, tu vois ce que je veux dire ? C’est comme la gravité ; ça retombe au même endroit, les mêmes types de riffs… Tu dois donc beaucoup travailler pour rééduquer tes mains, rééduquer ton cerveau, pour faire des choses différentes. C’est comme devenir végétarien ou quelque chose comme ça : tu dois te rééduquer pour ne pas refaire les choses que tu avais l’habitude de faire pendant longtemps. Et là je parle de la partie composition, de la créativité, de la manière dont tu travailles en boeuffant avec les gars ou en faisant des chansons à la maison, la manière dont tu abordes les premiers moments des chansons. C’est ce que j’essayais de faire. Tout le monde essayait de faire quelque chose de différent.

« Il n’est pas nécessaire d’enregistrer toujours les quatre mêmes accords […]. La chanson ‘Synchronicity II’ montre que tu peux être à la fois sophistiqué et pop. »

Vous avez fait une pré-production avec Roy Z. Etait-ce important pour cet album et qu’est-ce que Roy Z a apporté au groupe dans ce processus ?

Nous avons eu trois temps [dans la réalisation de l’album], je pourrais même dire quatre temps, en dehors de lorsque tout le monde travaillait chez lui – lorsque tu trouves des riffs ou parfois des chansons complètes, peu importe. Tu as ces moments où nous jammions, pas avec le groupe au complet mais avec des guitares acoustiques ou un djembé, des moments vraiment amusants et créatifs, où nous enregistrions aussi ce que nous jouions. Beaucoup d’idées sont venues de ces jams. Ensuite nous avons eu un autre temps où nous sommes allés à la mer au Brésil avec Fabio, avec les ordinateurs, à écouter ces jams et en faire quelque chose plus proche du cadre du groupe, en programmant la batterie, enregistrant des guitares et en expérimentant avec tout ça. Le troisième temps, c’était avec le groupe au complet, avec une vraie batterie, des guitares puissantes, tu sais, le véritable groupe qui joue dans la salle de répétition. Ensuite Roy Z est arrivé. Les chansons et les mélodies étaient plus ou moins terminées, mais nous travaillions toujours sur les arrangements et les structures des chansons, et nous avions quelque chose comme vingt chansons. Donc Roy Z est venu et nous a aidé avec les structures et le feeling des chansons, ou en décidant quelles chansons seraient meilleures que les autres, comme : « Retirons cette chanson pour l’instant, » « Travaillions bien sur ces dix chansons. » Ce type de point de vue de pré-production de la part de Roy Z était très bons parce qu’il est très expérimenté et c’est un artiste qui a joué dans d’énormes stades et scènes. Il a un point de vue intéressant sur la musique. Parfois nous avons tendance à être très enfermé dans la technique, à essayer de jouer de manière très précise, à essayer d’être très compliqués ou sophistiqués, et Roy Z arrive avec une approche plus organique… Je ne sais pas comment l’expliquer. Mais c’était super de travailler avec lui et il est très sympa. Parfois le simple fait d’avoir quelqu’un de sympa dans la salle de répétition qui te motive dans tes idées est suffisant pour te faire ressortir ou sélectionner tes meilleures idées. C’était donc ça le boulot de Roy Z. Et ensuite le quatrième temps était lorsque nous sommes allés en studio, cette fois-ci avec Jens Bogren, et nous avons fait une semaine de pré-production là-bas, là où nous allions enregistrer, avec la batterie installée avec les micros et tout, et à nouveau nous avons joué les chansons, nous les avons écoutées, modifiées, éditées, nous avons changé les tonalités, tous ces petits réglages. C’était donc le quatrième temps avant de commencer l’enregistrement.

Pourquoi ne pas avoir continué avec Roy Z pour la production réelle de l’album au lieu de Jens Bogren ?

Ouais, on aurait pu le faire mais, tout d’abord, nous avions déjà signé avec Jens Bogren. Donc Jens était déjà le producteur. J’ai rencontré Roy Z à Los Angeles, vu que j’y vis, c’est un peu un voisin, et nous l’avons impliqué après coup. Donc lorsque nous l’avons impliqué pour nous aider avec la partie composition, nous avions déjà signé avec Jens Bogren. Roy Z est un très bon compositeur et arrangeur. Donc c’est comme ça que ça s’est fait.

Fabio s’adapte très bien au style d’Angra avec ses mélodies. Pour certaines d’entre elles, comme le refrain de « Newborn Me », on n’aurait pas de mal à les imaginer chantées par Edu Falaschi. Est-ce que tu as pour ainsi dire coaché Fabio pour lui donner des directives ?

Je ne dirais pas « coacher Fabio » parce qu’il a beaucoup d’expérience et il savait ce qu’il voulait dans l’album, mais c’est ce dont je parlais au sujet de l’essence d’Angra. Le gars est arrivé dans le groupe, nous avons répété ensemble, et nous nous sommes posés sur la plage, isolés, à parler et décider ce que nous voulions. Ce n’est donc pas du coaching mais ça vient plus du fait de parler avec tout le monde. Et Fabio savait que ce serait sa chance d’entrer dans l’esprit d’Angra. Je suis heureux que tu dises ça parce que ça montre que toutes ces conversations ont aidé. Ce n’est pas du coaching parce qu’avec toutes ces conversations, il a aussi réalisé son potentiel. C’est un super chanteur, très expérimenté, et il est polyvalent. Certaines personnes ne savent peut-être pas ça, donc c’était une chance pour lui de mettre en avant dans Angra cette polyvalence, car Angra est un groupe très polyvalent et nous voulions vraiment conserver ça.

Non seulement vous avez un nouveau chanteur mais Rafael désormais chante également sur plusieurs chansons : il a un duo avec Fabio sur la reprise de The Police, un autre avec Doro Pesch, il chante seul sur « Violet Sky », etc. Comment ça s’est fait ? Qu’est-ce qui vous a poussé à lui donner une telle importance vocalement ?

C’était le rêve de Rafael. Ca a toujours été le rêve de Rafael de pouvoir chanter plus. Et il a pas mal été porté sur le chant ces derniers temps et s’est beaucoup amélioré, et les gens ont aimé sa voix. C’était juste son rêve de chanter sur une chanson d’Angra, et nous en avons parlé et avons dit : « Pourquoi pas ? C’est ton groupe et si tu as le rêve de faire quelque chose, pourquoi les autres gars refuseraient ? » Le groupe existe depuis tellement d’années, alors pourquoi ne pas faire en sorte qu’un membre réalise son rêve et montre ce qu’il veut montrer ? Et tu peux en faire quelque chose de super. Le fait que Rafael chante créé de nouvelles textures et atmosphères dans les chansons. Le fait d’avoir des voix différentes rend l’album plus intéressant. Quelques groupes ont eu ça, comme Kiss qui a deux voix. Il s’agissait d’expérimenter. Encore une fois, nous avons utilisé cette transition avec Fabio pour essayer quelque chose que nous avons toujours voulu faire – Rafael a toujours voulu chanter sur les albums. Il a déjà chanté une fois sur un titre bonus pour le Japon (NDLR : « Out Of This World » sur l’album Aurora Consurgens de 2006) et pendant les concerts il chantait sur une ou deux chansons. C’était juste une progression par rapport à ça.

Doro Pesch et Simone Simons ont toutes les deux été invitées à chanter sur l’album. Recherchiez-vous justement cette diversité vocale en les invitant ?

Ouais. La chanson « Secret Garden » a été composé en premier lieu pour une voix de femme, en imaginant une voix de femme. Ensuite nous avons demandé à Fabio d’essayer de la chanter mais l’atmosphère n’allait pas, ça ne collait pas à la chanson, si tu vois ce que je veux dire. Nous avions tellement l’habitude d’entendre une voix de femme sur cette chanson dans sa version démo que nous avons dit : « Non, gardons une voix féminine. » Et puis comme le concept de l’album et l’histoire parlent d’un scientifique qui a un accident de voiture dans lequel sa femme meurt, et le jardin secret, le lieu secret, serait cet endroit où ils se rencontrent dans leurs rêves ou leur monde spirituel ou peu importe – vous pouvez découvrir tout ceci dans les paroles de l’album -, nous nous sommes dit que ce serait bien d’avoir une femme qui chante, représentant la femme décédée. Ça colle donc au concept, à la mélodie, à la tonalité et à la chanson. Et Fabio est ami avec Simone et nous trouvions qu’elle était une super chanteuse, nous adorons ça voix, alors nous lui avons demandé, elle a accepté et c’était super. Pour Doro, c’était une situation un peu différente parce qu’elle est ami avec notre manager. Et puisque nous avions Simone, il a dit : « Appelons Doro ! » Car elle représente le metal européen et allemand. Alors nous lui avons demandé et elle était très heureuse de chanter pour nous également.

Le dossier de presse explique que « Secret Garden est un album conceptuel qui soulève la question : est-ce que quelque chose qui n’existe pas pour les yeux, ou n’est pas perçu par les sens, peut être considéré comme non-existant ? » Comment en êtes-vous venu à ce concept ? D’où vous est venue l’inspiration ?

Les paroles ont surtout été écrites par Rafael. C’est le genre de sujet qu’il adore. Il aime vraiment relier et mélanger les mondes spirituels, les religions, les pensées plus sceptiques, etc. C’est intéressant parce que, dans le groupe, nous avons un ensemble de gens qui pensent très différemment, pour ce qui est des sujets spirituels, sceptiques, métaphoriques ou religieux. Nous avons donc un chrétien, un athée, etc. Dans ce petit groupe de gens, tu as différentes manières de penser, de ce point de vue et nous vivons ensemble strictement sans aucun problème et nous nous respectons. Parfois pendant les tournées nous nous engageons dans de profondes discussions à propos de ces sujets et je pense que ça a aidé Rafael à trouver ce concept et ce thème parce que ça reflète bien le groupe. Mais, évidemment, il a mis ces idées dans une histoire avec ce scientifique qui ne croit qu’en ce qu’il voit, et lorsque l’accident de voiture se produit et que sa femme meurt, il rencontre ces situations où il doit faire confiance et commencer à penser davantage en termes spirituelle, mais son côté sceptique et scientifique dit : « Est-ce que je deviens fou ? Est-ce que je suis schizophrène ? » Mais ensuite il découvre qu’il peut rencontrer et parler à sa femme dans ce lieu secret, à un niveau spirituel… L’histoire remet tout ceci en question. Et le thème religieux a toujours été très présent dans les albums.

« Je pense que c’était bien de perdre [la coupe du monde] et sortir de ça, pour remettre les gens face à la réalité : si tu ne travailles pas dur, si tu ne fais pas tes trucs correctement, tu perdras. »

Comme tu l’as dit, l’album parle de l’histoire d’un scientifique. Etiez-vous, et Rafael en particulier, influencé ou intéressé par de véritables scientifiques qui ont travaillé sur l’idée de la perception ? Comme Erwin Schrödinger et sa fameuse expérience imaginée avec un chat ?

Rafael est complètement dans ce monde, je dirais, de bien des manières, bien plus que moi. Je suis plus terre à terre et dans les choses concrètes [petits rires]. Je suis plus porté sur le management du groupe et les choses de ce genre, plus droit au but. Rafael est porté sur tout type de bouquins qui parlent de ces sujets, et Felipe également. Et puis Bruno, notre batteur, est un Chrétien tout ce qu’il y a de plus traditionnel. C’est donc un environnement très intéressant dans lequel voyager et avoir une discussion sur la vie.

Vous avez repris la chanson « Synchronicity II » de The Police. C’est un choix intéressant et original pour un groupe de metal. Peux-tu nous en dire plus et comment cette chanson s’insère-t-elle dans le concept ?

La première idée était le synchronisme… En fait, la première idée n’était pas complètement claire parce que nous avons un peu changé le concept. Mais, tout en ayant ces différences – encore une fois, le sceptique, le spirituel, le métaphorique -, il y a tout de même beaucoup de terrains commun entre les différentes religions et manières de penser, et le synchronisme dans la vie est très mystérieux. Nous avions donc ce vague sujet à aborder : le synchronisme. Mais ensuite, pendant la tournée d’anniversaire d’Angels Cry, moi, Fabio et Felipe étions dans un restaurant et la radio était allumée, ils ne passaient que des chansons des années 80 et il y avait des trucs cool, et tout d’un coup il y a eu cette chanson de The Police. Au moment où nous discutions du possible concept de synchronisme et tout, nous avons dit : « Vous vous souvenez de cette chanson de The Police ? » et nous nous sommes aussi dit que c’était un signe de synchronisme ! Parce que nous discutions du sujet et soudainement, tu vas dans un restaurant et ils commencent à jouer la chanson « Synchronicity II » ! Et nous adorons cette chanson. Je crois que c’est la première chanson de The Police que nous avons tous écouté. Ensuite nous avons dit : « Ouais, essayons de jouer cette chanson ! » Mais en fait nous n’avons jamais répété cette chanson. C’est seulement lorsque nous étions en studio que nous avons dit à Jens : « Tu sais, on a cette idée de reprise de The Police. » Et nous l’avons apprise sur place et l’avons enregistrée. Nous n’avons pas changé les arrangements. Nous l’avons joué tel qu’Angra l’aurait joué, mais nous n’avons pas changé l’harmonie, la tonalité ou le tempo. Nous l’avons joué exactement telle quelle mais avec notre patte. Nous n’y avons pas trop réfléchi. C’était très naturel. Une bonne chanson reste une bonne chanson. Ça n’a pas d’importance : tu la joues et ça sonnera super. Et je trouve le résultat vraiment sympa. Je l’aime vraiment.

Et d’ailleurs cette chanson sonne toujours très moderne…

Ouais, c’est très, très moderne ! Je me souviens à l’époque – j’étais très, très jeune -, c’était une chanson très intéressante. Sting est vraiment un excellent compositeur. Ce sont des harmonies et des accords très, très modernes. Je trouve que ça colle vraiment à notre mentalité lorsque nous composons : les accords, les harmonies, très sophistiqué mais quand même très pop, dans le sens où les gens peuvent accrocher facilement. Il n’est pas nécessaire d’enregistrer toujours les quatre mêmes accords, les même harmonies et les même mélodies répétées indéfiniment et qu’on trouve dans les hits de tête de classement. La chanson « Synchronicity II » montre que tu peux être à la fois sophistiqué et pop.

Sur un tout autre sujet, cette année le Brésil a accueilli la coupe du monde de football avec beaucoup de polémiques à cause de problèmes sociaux mais aussi du score de l’équipe brésilienne contre l’Allemagne. Qu’en as-tu pensé ?

[Rires] Nous étions en Allemagne… Non, désolé, en fait nous étions en Suède en train d’enregistrer l’album. Donc nous regardions ce match qui a abouti à un 7-1 en Suède. Dans la mesure où nous n’étions pas au Brésil, nous ne savons pas précisément quel sentiment régnait à ce sujet. Mais il y a eu tant de choses de travers dans cette coupe du monde, le pays l’a rejetée à cause de tout l’argent dépensé, la corruption qui se tramait, le fait que la FIFA ne payait aucune taxe, cet accord énorme entre le gouvernement et la FIFA, etc. Ce n’est pas ce que les gens auraient imaginé en accueillant la coupe du monde au Brésil. Ce n’était plus une question de joie, de faire la fête, de regarder les matchs et de soutenir notre pays. C’était quelque chose d’étrange, de différent. Et ce sentiment est apparu des mois avant la coupe du monde. Et je pense que, d’une certaine manière, c’est arrivé jusqu’aux joueurs. Le pays n’était pas uni, pensant que le football serait la solution à nos problèmes. Beaucoup, beaucoup de gens pensaient que ça aurait été mieux si le Brésil sortait dès le premier match, parce qu’on ne peut continuer à avoir des problèmes dans le pays, croyant que le fait de jouer au foot apportera le bonheur à la population. C’est une illusion. La moitié du pays était comme : « Tu sais quoi ? Ce serait mieux si l’équipe perdait pour que les gens reviennent à la réalité. » Nous avons beaucoup de problèmes dans ce pays et ce n’est pas avec la FIFA qui vient ici, prenant un paquet d’argent et faisant cette fête privée pour ses invités et sponsors [que ça se règlera]. C’était très, très mauvais. Je ne sais pas si tu le sais, mais en l’occurrence, au Brésil, nous n’étions pas autorisés à avoir de l’alcool dans l’enceinte des stades pendant des années, c’est comme un genre de loi fédérale. Mais puisque Budweiser était un gros sponsor pour la FIFA, ils ont dû changer la loi au Brésil. Donc la FIFA a changé une loi fédérale au Brésil uniquement pour satisfaire les sponsors et pouvoir vendre de la bière dans les stades, allant à l’encontre de la sécurité des gens ! Beaucoup de choses de ce type se sont passées et c’était un peu trop. Et je pense que les joueurs l’on ressenti. Ou peut-être n’étaient-ils tout simplement pas assez bons… Mais je n’en ai pas grand-chose à faire, pour être franc. Je pense que c’était bien de perdre et sortir de ça, pour remettre les gens face à la réalité : si tu ne travailles pas dur, si tu ne fais pas tes trucs correctement, tu perdras.

Tu n’es pas trop porté sur le foot ?

Plus maintenant. Je regardais les matchs, j’appréciais, tu sais, mais tout ce qu’il y avait autour était vraiment dégoutant. Donc au final, tu perds la joie de regarder les matchs, le divertissement.

Et comment peux-tu expliquer que la présidente Dilma Rousseff ait été réélue malgré tous les problèmes qui ont eu lieu ?

Ouais [rires], c’est fou. Je ne sais pas. Bon, en fait, je sais. Je crois que c’est un truc très sud-américain. C’est très compliqué à expliquer parce que ça nécessiterait plus de temps. Mais ils ont fait beaucoup de choses. Lorsque tu as la main sur le gouvernement, tu peux faire des choses, tu peux un peu contrôler l’économie. Mais aujourd’hui, après la réélection, nous subissons beaucoup de problèmes, tu sais, le marché boursier a baissé de, je ne sais pas, vingt pourcent et beaucoup de corruption a été révélée. Beaucoup de choses se produisent après l’élection. Donc, lorsque tu as la main sur le gouvernement, tu peux faire beaucoup de choses. Tu peux contrôler l’inflation. Tu peux faire en sorte que le prix des maisons que tu vends à la population pauvre soit bas et cette population représente un très grand nombre de gens. Je vis aux US, donc je ne suis pas ceci en détail, mais les gens qui font 80% du revenu brut du pays n’ont pas voté pour notre président. Mais ça n’a pas d’importance parce que cet autre 20% représente un tel nombre de gens que ça fait 50% du pays. D’ailleurs, Dilma a été réélue à 51% ou quelque chose comme ça. C’est donc du cinquante-cinquante. Alors voyons ce qu’il va se passer. Ça allait déjà mal un mois après sa réélection. Alors, voyons ce qu’elle peut faire. Voyons si elle est intelligente. Elle a déjà pris des décisions pour unir les forces. Beaucoup de gens ont toujours peur de voir le Brésil se changer en Argentine ou Venezuela avec Hugo Chávez ou Bolivie ou Cuba… Ils ont toujours peur de se retrouver avec une dictature de gauche, une dictature qui ne dit pas son nom. Je n’y crois pas mais, tu sais, il faut toujours faire attention parce que les techniques qu’ils utilisent pour manipuler les gens et faire en sorte qu’on vote pour eux sont en gros les mêmes techniques que tous ces pays d’Amérique du Sud ont toujours utilisées. Lorsque tu as beaucoup de gens pauvres qui votent, et le vote est obligatoire au Brésil, c’est très dangereux, tu peux tout contrôler.

Interview réalisée par téléphone le 16 décembre 2014 par Nicolas Gricourt.
Retranscription, traduction et introduction : Nicolas Gricourt.

Site internet officiel d’Angra : www.angra.net.



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